Guerre Israël-Hezbollah : les habitants du Liban-Sud face aux affres de l'attente

Dans les villes frontalières libanaises considérées comme le bastion du Hezbollah, les habitants restent sur le qui-vive, affectés quotidiennement par les bombardements et les frappes aériennes israéliennes. (AFP)
Dans les villes frontalières libanaises considérées comme le bastion du Hezbollah, les habitants restent sur le qui-vive, affectés quotidiennement par les bombardements et les frappes aériennes israéliennes. (AFP)
De la fumée s'échappe du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la périphérie du village de Kfar Hamam, dans le sud du Liban, le 9 août 2024. (AFP)
De la fumée s'échappe du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la périphérie du village de Kfar Hamam, dans le sud du Liban, le 9 août 2024. (AFP)
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Publié le Lundi 02 septembre 2024

Guerre Israël-Hezbollah : les habitants du Liban-Sud face aux affres de l'attente

  • Les habitants de la banlieue sud de Beyrouth, ainsi que des villes et des villages du Liban-Sud ont repris une routine semi-normale, mais ils demeurent prudents
  •  Par ailleurs, leurs valises sont prêtes au cas où ils seraient amenés à évacuer les lieux

BEYROUTH : Après des semaines de tension, les habitants de la banlieue sud de Beyrouth, ainsi que des villes et des villages du Liban-Sud ont repris une routine semi-normale, mais ils demeurent prudents. Par ailleurs, leurs valises sont prêtes au cas où ils seraient amenés à évacuer les lieux.

Depuis les représailles du Hezbollah à la suite de l'assassinat d'un haut commandant militaire et proche collaborateur de son chef, Hassan Nasrallah, les habitants craignent qu'Israël ne saute sur l'occasion pour lancer un assaut dévastateur contre le groupe chiite libanais soutenu par l'Iran.

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Des Libanais suivent, dans un café de la banlieue sud de Beyrouth, le 25 août 2024, le discours  télévisé du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Il annonce que l'attaque de son groupe contre Israël visait la base de Glilot, près de Tel-Aviv, au cours d'un échange de frappes avec Israël qui risquait de se transformer en une guerre à grande échelle. (AFP)

La riposte discrète du Hezbollah, en plus des insinuations d'Israël selon lesquelles il ne voulait pas d'une guerre à grande échelle, étaient en quelque sorte source de soulagement pour les habitants du Liban-Sud. Toutefois, nombre d'entre eux considèrent que ce répit n'est que temporaire et que le risque d'un futur conflit est élevé, en l'absence d'un accord visant à calmer les tensions à la frontière avec Israël et à mettre en place un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Le Hezbollah et Israël ont chacun revendiqué la victoire le 25 août, lorsque le premier a lancé des centaines de missiles et de drones contre le second en riposte à l'assassinat de Fouad Chokr le 30 juillet.

Le Hezbollah a lancé son assaut en deux temps, d'abord au moyen de 340 roquettes visant les bases militaires et de renseignement israéliennes, puis avec des drones ciblant la base de Glilot, près de Tel-Aviv. Israël a affirmé avoir déjoué les attaques de manière préventive, détruisant 90 % des roquettes du Hezbollah.

La courte confrontation de ce jour-là a été considérée comme mutuellement satisfaisante, permettant un retour au statu quo et aux règles d'engagement en vigueur depuis le 8 octobre 2023.

« Depuis le début, le Hezbollah a déclaré qu'il ne voulait pas la guerre, mais qu'il était prêt à faire face à toute agression israélienne », a déclaré une source proche du Hezbollah à Arab News, ajoutant que l'objectif du groupe était de protéger les civils libanais.

Les analystes et les experts ont une opinion quelque peu différente. Certains pensent que la forte présence militaire américaine dans la région a joué un rôle pour empêcher l'escalade. Le vote unanime du Conseil de sécurité des Nations unies en faveur d'une prolongation d'un an du mandat de la Finul a été perçu par les hommes politiques, dont le Premier ministre intérimaire Najib Mikati, comme un signe que la stabilité du Liban est une priorité internationale.

Le Liban est en proie à une crise financière qui a débuté en octobre 2019. Cette crise, considérée comme la plus grave au monde depuis le milieu du XIXe siècle, a créé des conditions de vie désastreuses pour la population.

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Sur cette photo prise le 27 juillet 2022, de longues files d'attente se forment devant une boulangerie dans la ville portuaire de Tripoli, au nord du Liban, alors qu'une crise économique de plusieurs années a vidé les caisses de l'État. (AFP)

En outre, les divisions politiques ont empêché l'élection d'un nouveau président et l'adoption des réformes économiques nécessaires pour que le Liban puisse prétendre à des prêts internationaux. Les analystes estiment que la dernière chose que le pays peut se permettre aujourd'hui est une guerre plus importante.

Pourtant, des questions subsistent. La résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui a mis fin à la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, peut-elle empêcher de futurs conflits, malgré les limites qui sont devenues évidentes au cours des 11 derniers mois ?

« On assiste à un retour aux schémas traditionnels de confrontation sur  le front sud », a déclaré à Arab News Ali Fadlallah, expert libanais en relations internationales. « L'affirmation selon laquelle Israël aurait anticipé l'attaque du Hezbollah était fausse. Les drones du Hezbollah ont atteint leurs cibles. La déclaration rapide d'Israël sur la fin de son opération militaire suggère que la réponse du Hezbollah a eu un effet dissuasif. »

Néanmoins, il reconnaît que les tensions transfrontalières sont élevées, même si elles se sont légèrement atténuées. « Je m'attends à ce que cette situation perdure jusqu'aux élections américaines de novembre », a-t-il déclaré.

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Des soldats israéliens évacuent un homme blessé à la suite d'une attaque transfrontalière menée par des combattants du Hezbollah au Liban, le 1er septembre 2024. (Reuters)

Israël a de bonnes raisons d'éviter une guerre à grande échelle avec le Hezbollah, du moins pour l'instant. Ses soldats se battent sur deux fronts depuis l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre, sans pouvoir détruire le groupe militant palestinien ni obtenir la libération des dizaines d'Israéliens toujours retenus prisonniers à Gaza.

Depuis le 8 octobre, l'armée israélienne n'a pas non plus réussi à repousser les combattants du Hezbollah à au moins 10 à 12 kilomètres de sa frontière afin de permettre le retour en toute sécurité de 80 000 personnes déplacées dans le nord d'Israël.

Dans ce contexte, la demande de cessez-le-feu d'Israël, plutôt que la cessation des hostilités prévue par la résolution 1701, est perçue comme le reflet d'une vision persistante du Liban-Sud en tant que front actif.

Citant les violations répétées par Israël de l'espace aérien et de la souveraineté du Liban, ainsi que les différends territoriaux le long de la frontière revendiquée par le Liban, M. Fadlallah a déclaré que la résolution 1701 était viciée dès le départ, puisque les forces de la Finul n'étaient stationnées que sur le sol libanais.

Toutefois, a-t-il ajouté,« malgré ses failles, la résolution 1701 reste le cadre le plus propice au maintien de la stabilité ».

La résolution 1701 a conduit au déploiement des forces de maintien de la paix de la Finul dans le sud du Liban pour surveiller un cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël. Cependant, certaines dispositions de la résolution n'ont toujours pas été respectées, notamment la pleine souveraineté du Liban sur les zones frontalières.

 

quelques chiffres

 

  • Plus de 130 civils tués au Liban depuis que le Hezbollah a entamé le combat avec Israël le 8 octobre 2023.
  • 110 000 Libanais déplacés des villages frontaliers par les combats entre le Hezbollah et Israël.
  • Plus de 90 % des réfugiés syriens et palestiniens au Liban vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Robert Wood, l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, a récemment souligné ce qu'il a appelé les efforts continus du Hezbollah pour saper la résolution, menaçant à la fois le mandat de la Finul et la sécurité régionale.

« La résolution 1701 est le meilleur espoir de stabilité à la lumière de la guerre d'usure du Hezbollah », a déclaré Mohieddin Houshaimi, expert en droit international, dans un entretien accordé à Arab News.

Déconnectées des institutions de l'État libanais, les décisions unilatérales du Hezbollah n'ont pas protégé le pays de l'agression israélienne ou des déplacements de civils, a-t-il ajouté.

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Des soldats de la paix de la Finul sont postés près de Khiam, dans le sud du Liban, le 23 août 2024, alors qu'Israël et le Hezbollah continuent d'échanger des tirs. (AFP)

Au moins 130 civils ont été tués au Liban depuis que le Hezbollah a rejoint le combat contre Israël en tant que « front de soutien » le 8 octobre. Selon Imran Riza, coordinateur humanitaire des Nations unies au Liban, plus de 110 000 personnes ont été déplacées des villages frontaliers et 150 000 autres se trouvent dans un rayon de 10 kilomètres de la « Ligne bleue » contrôlée par les Nations unies dans certaines régions du Liban- Sud.

Houshaimi a mis en garde contre une situation sans issue, avec un engagement non réglementé et le Hezbollah qui sape l'autorité de l'État. « La résolution 1701 reste la clé de toute solution et la récente décision d'étendre le mandat de la Finul a pris une importance inhabituelle en raison de l'escalade de la situation », a-t-il déclaré.

Malgré les violations généralisées commises par le Hezbollah et Israël, il estime que la résolution 1701 conserve toute sa valeur, même si elle n'a pas réussi à gagner le plein respect de l'une ou l'autre des parties.

Fares Souaid, analyste politique et ancien député libanais, estime que le discours de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, après l'élimination de Chokr par Israël, a clarifié certains points.

« Le Hezbollah a prouvé qu'Israël ne pouvait pas remporter de guerre sans le soutien des États-Unis, tout comme le Hezbollah et le Hamas ont besoin de l'Iran. Avec la communication indirecte entre les États-Unis et l'Iran, nous pourrions assister à une trêve temporaire », a-t-il déclaré.

M. Souaid a également insisté sur l'annonce de M. Nasrallah selon laquelle le Hezbollah avait déplacé son arsenal au nord du fleuve Litani avant l'assassinat de M. Chokr, affirmant que cela offrait à Israël une sorte de garantie de sécurité.

Dans ces conditions, M. Souaid estime qu'une guerre totale n'est pas imminente. Il considère plutôt les négociations indirectes entre les États-Unis et l'Iran comme une force motrice dans les développements futurs.

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Un portrait du commandant militaire du Hezbollah Fouad Chokr est exposé lors d'une manifestation dans la ville côtière libanaise de Sidon le 2 août 2024, pour dénoncer son assassinat lors d'une frappe aérienne israélienne. (AFP)

Néanmoins, vendredi en fin de journée, l'armée de l'air israélienne a frappé des structures militaires et des lanceurs qui appartiendraient au Hezbollah dans la région de Teir Harfa, dans le sud du Liban. Des avions de guerre ont également frappé Maryamine et Yaroun dans le sud du Liban, tandis que le Hezbollah a tiré une quarantaine de roquettes sur Israël, qui ont atterri en Haute Galilée.

« La guerre peut éclater à tout moment », a déclaré Bilal Abdullah, député du bloc politique du Rassemblement démocratique du Liban, ajoutant que les assassinats de Chokr à Beyrouth et du chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, à Téhéran, laissaient présager qu'Israël pourrait prendre d'autres mesures unilatérales pour remodeler le paysage géopolitique de la région.

M. Abdullah a déclaré que la question palestinienne non résolue était une source d'instabilité depuis 1948. « Le fait de ne pas accorder aux Palestiniens leurs droits naturels alimente l'instabilité », a-t-il soutenu.

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Des Iraniens participent à la procession funéraire du chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, à Téhéran, le 1er août 2024, avant son enterrement au Qatar. (AFP)

Malgré une baisse générale des tensions le long de la frontière sud, le Liban est confronté à deux possibilités : soit la conclusion d'un accord significatif avec les puissances internationales, soit le report d'une guerre inévitable, comme l'a suggéré le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant.

Entretemps, les habitants des villes frontalières touchées quotidiennement par les bombardements et les frappes aériennes israéliennes restent sur le qui-vive, craignant une nouvelle escalade. Récemment, des images de camions transportant des marchandises de la ville frontalière méridionale de Mays el-Jabal vers des zones plus sûres ont circulé, suscitant des inquiétudes quant à de futurs déplacements de population.

Certains affirment que ces départs équivalent à un déplacement permanent des résidents locaux hors d'une zone menacée par la guerre, mais le Hezbollah a rejeté cette théorie. Les militants du groupe ont qualifié l'évacuation de « mesure visant à minimiser les pertes » plutôt que d'abandon des villes frontalières.

Quoi qu'il en soit, les efforts diplomatiques intenses menés par l'Occident se poursuivent en vue de réduire les tensions et d'éviter des erreurs de calcul mortelles.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


En Egypte, «la fille du bus» qui a filmé son harceleur insultée et menacée en ligne

Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective. (AFP)
Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective. (AFP)
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  • Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir
  • Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques

LE CAIRE: Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective.

Lundi, la comédienne âgée d'une vingtaine d'années diffuse une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire, pour dénoncer un homme qu'elle accuse de l'avoir traquée et harcelée plusieurs fois près de son lieu de travail.

"Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus (...) et s'est permis des propos déplacés", dit sur son compte Tiktok celle que les médias ont surnommée "la fille du bus" - et qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Elle espère un instant être soutenue par les passagers... "mais les gens se sont rangés de son côté".

Ses images montrent des hommes au fond du bus la toiser tandis qu'elle interpelle son harceleur. Lui, sourire en coin, la traite de "poubelle" et raille sa tenue : "c'est quoi ces vêtements que tu portes?", avant de s'approcher et d'esquisser un geste violent.

Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir.

"Le premier à te tuer" 

Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques.

"Elle porte un piercing (...) c'est évident ce qu'elle cherche", lance le chanteur Hassan Shakosh.

"Je serai le premier à te tuer", promet un internaute. "Si on t'éliminait, personne ne te pleurerait", assène un autre.

La séquence ravive une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années.

En 2010, le film de Mohamed Diab "Les femmes du bus 678", consacré au harcèlement en Egypte, avait fait le tour du monde. Dans une étude de l'ONU en 2013, 99,3 % des Egyptiennes disaient avoir enduré au moins une forme de harcèlement, plus de 80 % être régulièrement importunées dans les transports.

La même année, de vastes manifestations contre les violences sexuelles avaient secoué la capitale égyptienne. En 2014, une loi punissant le harcèlement de rue a été adoptée.

Mais depuis, les changements sont peu visibles. L'application de la loi de 2014 reste opaque - les autorités n'ont jamais donné de chiffres de condamnations.

En 2022, l'affaire de l'assassinat filmé de Nayera Achraf, une étudiante tuée par un homme dont elle avait repoussé les avances, avait révolté, et là aussi saturé les réseaux sociaux. Le coupable avait été condamné à mort et exécuté.

A l'époque, "certains exigeaient sa libération", rappelle Nadeen Ashraf, activiste égyptienne pour les droits des femmes.

"Réputation de l'Egypte" 

Dans le cas de "la fille du bus", les autorités ont réagi - même si la société d'autobus a nié tout incident dans un communiqué rediffusé par le ministère des Transports.

Au lendemain de la publication de Mariam Shawky, "l'individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé", a annoncé le ministère de l'Intérieur.

"Confronté aux faits", il "a nié avoir commis l'infraction ou avoir rencontré auparavant la victime".

Selon la presse locale, il a été relâché sous caution de 1.000 livres égyptiennes (environ 17 euros), avant d'être détenu à nouveau pour une affaire antérieure de détournement de fonds.

Son avocat a demandé une expertise psychiatrique de la jeune femme. "La réputation de l'Egypte a été salie", a accusé Me Ali Fayez sur Facebook. Ces images disent "au monde entier qu'il y a des harceleurs en Égypte, et que les hommes égyptiens encouragent le harcèlement, le défendent et se taisent".

L'affaire révèle surtout "un problème systémique et structurel" ; un délit "comme celui-ci n'est jamais pris au sérieux", note Nadeen Ashraf pour l'AFP.

Et sa "première justification est toujours liée à l'apparence des femmes".

Elle porte le voile ? "On dira que ses vêtements sont trop serrés". Elle n'en porte pas ? "On parlera de ses cheveux". Et "même si elle est en niqab", on critiquera "son maquillage" aux yeux, énumère-t-elle. "Il y aura toujours quelque chose".


Soudan : le ministre de la Défense qualifie de faux un « document des services de renseignement » après l’attaque d’un convoi

Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
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  • Le général Hassan Kabroun affirme à Arab News que les accusations selon lesquelles l’armée aurait dissimulé des armes dans un convoi d’aide sont « totalement fausses »

RIYAD : Le ministre soudanais de la Défense a fermement démenti des informations attribuées aux services de renseignement soudanais, selon lesquelles un convoi ciblé au Kordofan du Nord transportait secrètement des armes sous couvert d’aide humanitaire.

Le général Hassan Kabroun a qualifié ces accusations de « fausses » et a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de détourner l’attention de ce qu’il a décrit comme un crime commis par une milice.

La controverse a éclaté après la publication d’articles affirmant qu’un document attribué au Service général de renseignement du Soudan soutenait que le convoi frappé vendredi à Al-Rahad n’était pas une mission purement humanitaire, mais transportait en réalité « des armes et des munitions de haute qualité » destinées à des unités des Forces armées soudanaises opérant dans l’État.

Le rapport alléguait en outre que le convoi avait été présenté comme humanitaire afin d’obtenir un passage sûr à travers les zones de conflit, et que les Forces de soutien rapide (RSF) l’avaient détruit après avoir recueilli des renseignements sur son itinéraire et sa cargaison.

Kabroun a catégoriquement rejeté cette version des faits.

« Tout d’abord, nous tenons à souligner que cette information est fausse », a-t-il déclaré à Arab News. « Même le titre évoquant la sécurité de régions telles qu’Al-Dabbah n’est pas un titre que l’armée utiliserait. »

Il a qualifié le document de fabrication à motivation politique, affirmant qu’il visait à « couvrir le crime odieux qu’ils ont commis ».

Le ministre a assuré que la zone visée par des drones est entièrement sous le contrôle des Forces armées soudanaises et ne nécessite aucun transport militaire clandestin.

« Deuxièmement, nous confirmons que la région ciblée par les drones est contrôlée par l’armée et parfaitement sûre », a déclaré Kabroun. « Il n’est pas nécessaire d’y transporter du matériel militaire en utilisant des convois humanitaires comme couverture, car il s’agit d’une zone sécurisée sous contrôle de l’armée, qui dispose de capacités importantes pour acheminer l’aide humanitaire. »

Selon lui, l’armée soudanaise possède les capacités logistiques et les itinéraires sécurisés nécessaires pour déplacer du matériel ouvertement lorsque cela est requis.

« L’armée est professionnelle et n’a pas besoin d’acheminer quoi que ce soit à Kadugli ou Dalang à bord de convois d’aide », a-t-il affirmé. « La route entre Dalang et Kadugli est ouverte. Les forces soudanaises ont emprunté cette route pour entrer et prendre le contrôle de la région. La route est ouverte et, chaque fois que des camions militaires doivent livrer du matériel, ils peuvent le faire sans recourir à une quelconque forme de camouflage. »

Kabroun a également rejeté toute suggestion selon laquelle l’armée utiliserait des opérations humanitaires comme couverture.

« L’aide est transportée par des véhicules humanitaires dédiés vers les zones qui en ont besoin », a-t-il précisé. « L’aide n’est pas transportée par l’armée. L’armée et les services de sécurité n’interfèrent pas du tout avec les efforts de secours et n’escortent même pas les convois. »

Il a souligné que les Forces armées soudanaises maintiennent une séparation institutionnelle claire entre les opérations militaires et le travail humanitaire, en particulier dans le contexte de la crise que traverse le pays.

« Ce sont des accusations mensongères », a-t-il déclaré. « Cette fausse information vise à couvrir le crime odieux qu’ils ont commis. »

Le Soudan est en proie au conflit depuis avril 2023, lorsque des combats ont éclaté entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, plongeant le pays dans ce que les Nations unies ont qualifié de l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.

La dernière controverse autour du convoi intervient alors que les combats s’intensifient au Kordofan du Sud, région stratégique reliant le centre du Soudan aux zones contestées du Darfour et du Nil Bleu.

Le faux rapport suggérait que la surveillance des services de renseignement avait permis aux RSF de frapper ce qu’elles décrivaient comme un convoi militaire déguisé en aide humanitaire. Mais Kabroun a rejeté catégoriquement cette version.

« Les services de renseignement connaissent parfaitement leurs responsabilités », a-t-il affirmé. « L’armée soudanaise dispose de suffisamment d’armes et d’équipements pour ses opérations. Ces accusations sont totalement fausses. »

Il a estimé que le récit diffusé visait à détourner la responsabilité des attaques contre des infrastructures civiles et des mouvements humanitaires.

« Cela montre qu’ils cherchent à dissimuler les atrocités », a-t-il ajouté, en référence à la milice.

Kabroun a soutenu que l’armée a repris l’initiative sur plusieurs fronts et demeure pleinement capable de poursuivre ses opérations sans recourir à la tromperie.

« La région est sécurisée, les routes sont ouvertes et l’armée n’a pas besoin de camouflage », a-t-il conclu. « Nous opérons de manière professionnelle et transparente. »

« Ces accusations sont totalement fausses », a-t-il insisté. « L’armée soudanaise n’utilise pas de convois humanitaires à des fins militaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président somalien à Asharq Al-Awsat: Travailler avec des partenaires de l'Arabie saoudite pour annuler la reconnaissance du Somaliland par Israël

 Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
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  • M. Mohamud a souligné que l'unité de la Somalie est une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio a pris des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale
  • S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique

RIYAD: Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a dévoilé une stratégie politique et juridique à trois volets pour annuler ce qu'il a décrit comme une reconnaissance israélienne de la région sécessionniste du Somaliland, avertissant qu'une telle décision menace la souveraineté de la Somalie et la stabilité régionale.

S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique de ce qu'il a qualifié d'"escalade irréfléchie".

Sans nommer de pays en particulier, le dirigeant somalien a déclaré que certains États de la région pourraient voir dans la reconnaissance israélienne une occasion de poursuivre "des intérêts étroits et à court terme au détriment de l'unité de la Somalie et de la stabilité régionale".

"Je ne souhaite pas nommer un ou plusieurs pays en particulier", a-t-il déclaré. "Mais il est clair que certains pourraient considérer cette reconnaissance comme une occasion de réaliser des gains limités.

Il a souligné que l'unité de la Somalie était une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio avait adopté des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale. "Nous mettons en garde contre le risque d'être induits en erreur par l'aventurisme israélien imprudent", a-t-il déclaré.

Trois étapes parallèles

M. Mohamud faisait référence à la reconnaissance, annoncée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, de la République autoproclamée du Somaliland en tant qu'État indépendant.

"J'affirme avec la plus grande clarté et fermeté que toute reconnaissance du Somaliland en tant qu'État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté et de l'unité de la République fédérale de Somalie", a-t-il déclaré.

Il a qualifié cette démarche de grave violation du droit international, de la charte des Nations unies et des résolutions de l'Union africaine qui prônent le respect des frontières héritées de l'Afrique.

Sur cette base, la Somalie a adopté et continuera à appliquer trois mesures parallèles, a-t-il révélé.

La première consiste en une action diplomatique immédiate par l'intermédiaire des Nations unies, de l'Union africaine et de l'Organisation de la coopération islamique afin de rejeter et d'invalider juridiquement et politiquement cette reconnaissance.

M. Mohamud a déclaré que la Somalie avait demandé et obtenu une session formelle du Conseil de sécurité des Nations unies pour traiter ce qu'il a qualifié de "violation israélienne flagrante" de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Somalie.

Cette session, a-t-il ajouté, constitue une victoire diplomatique importante pour Mogadiscio, compte tenu notamment du fait que la Somalie est actuellement membre du Conseil.

Il a exprimé sa "profonde gratitude" pour les déclarations de solidarité et de condamnation émises par l'Union africaine, la Ligue arabe, l'OCI, le Conseil de coopération du Golfe, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et l'Union européenne, entre autres.

La deuxième étape consiste à coordonner une position arabe, islamique et africaine unifiée. M. Mohamud a félicité l'Arabie saoudite pour avoir été l'une des premières à publier une déclaration claire rejetant toute atteinte à l'unité de la Somalie.

Il a déclaré que la position saoudienne reflétait l'engagement de longue date du Royaume en faveur de la souveraineté de l'État et de l'intégrité territoriale, renforcé par le soutien "ferme et de principe" du cabinet saoudien à la Somalie dans ce qu'il a décrit comme un moment délicat.

La troisième étape est axée sur le renforcement du dialogue national interne afin d'aborder les questions politiques dans le cadre d'un État somalien unique, à l'abri de toute ingérence ou de tout diktat extérieur.

Sécurité régionale

M. Mohamud a prévenu que si rien n'était fait, la reconnaissance pourrait créer un "dangereux précédent et compromettre la paix et la sécurité régionales et internationales".

Il a ajouté que cela pourrait encourager les mouvements séparatistes non seulement dans la Corne de l'Afrique, mais aussi dans toute l'Afrique et le monde arabe, citant les développements dans des pays tels que le Soudan et le Yémen comme preuve du coût élevé de la fragmentation de l'État.

"Il s'agit d'une artère maritime mondiale vitale et d'un élément essentiel de la sécurité nationale arabe", a-t-il déclaré en faisant référence à la mer Rouge.

"Toute tension politique ou sécuritaire le long de la côte somalienne affectera directement le commerce international et la sécurité énergétique.

Il a ajouté que l'instabilité aurait des répercussions sur les États riverains de la mer Rouge, en particulier l'Arabie saoudite, l'Égypte, le Soudan, l'Érythrée, le Yémen et la Jordanie. "Préserver l'unité de la Somalie est la pierre angulaire de la sécurité collective de la mer Rouge", a-t-il déclaré.

Point d'appui stratégique

M. Mohamud a affirmé que l'objectif d'Israël allait au-delà de la reconnaissance politique.

"Nous pensons que l'objectif va au-delà d'un geste politique", a-t-il déclaré à Asharq Al-Awsat. "Il comprend la recherche d'un point d'appui stratégique dans la Corne de l'Afrique, près de la mer Rouge, permettant d'exercer une influence sur le détroit de Bab al-Mandeb et menaçant la sécurité nationale des États riverains de la mer Rouge.

Il a décrit cette initiative comme un test de la détermination somalienne, arabe et africaine sur les questions de souveraineté et d'unité territoriale, soulignant que l'opposition de la Somalie à la sécession est une position nationale de principe et durable largement soutenue dans les mondes arabe et africain, "en premier lieu par l'Arabie saoudite".

Il a rejeté toute tentative visant à faire de la Somalie un champ de bataille pour les rivalités régionales ou internationales. "Nous ne permettrons pas que la Somalie devienne une arène pour le règlement de conflits qui ne servent pas les intérêts de notre peuple ou la sécurité de notre région", a-t-il déclaré.

Liens avec l'Arabie saoudite

En ce qui concerne les relations entre l'Arabie saoudite et la Somalie, M. Mohamud a décrit le partenariat comme étant "profondément enraciné et stratégique, enraciné dans une histoire et une religion partagées et dans une destinée commune". L'Arabie saoudite, a-t-il déclaré, "reste un partenaire central dans le soutien à la stabilité, à la reconstruction et au développement de la Somalie, ainsi qu'à la sécurité de la mer Rouge".

Il a exprimé son admiration pour la Vision 2030 de l'Arabie saoudite et les gains économiques et de développement réalisés sous la direction du Gardien des deux saintes mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz, et du prince Mohammed bin Salman, prince héritier et Premier ministre.

Interrogé sur la récente décision du Cabinet saoudien rejetant toute tentative de diviser la Somalie, M. Mohamud a déclaré que le gouvernement fédéral l'avait reçue avec "beaucoup d'appréciation et de soulagement."

Selon lui, cette position prolonge le soutien historique du Royaume à l'unité territoriale et à la souveraineté de la Somalie, renforce la stabilité régionale et envoie un message important à la communauté internationale sur la nécessité de respecter la souveraineté des États et de s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures.