Intensification du conflit Israël-Hezbollah: quel sera le sort des Libanais déplacés?

Les autoroutes du sud ont été engorgées par la circulation, les civils tentant d'échapper aux bombardements israéliens contre le Hezbollah. (AFP)
Les autoroutes du sud ont été engorgées par la circulation, les civils tentant d'échapper aux bombardements israéliens contre le Hezbollah. (AFP)
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Publié le Jeudi 26 septembre 2024

Intensification du conflit Israël-Hezbollah: quel sera le sort des Libanais déplacés?

  • La question la plus pressante est de savoir si le déplacement sera temporaire ou permanent
  • Le gouvernement libanais n'est pas en mesure de mettre en place des efforts de secours significatifs

LONDRES: Près d'un demi-million de civils libanais ont été déplacés de leurs maisons dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa depuis qu'Israël a intensifié sa campagne aérienne contre le mouvement libanais Hezbollah, soutenu par l'Iran, cette semaine, ce qui laisse présager une urgence humanitaire majeure.

Dans un pays déjà aux prises avec une profonde crise économique, l'exode de milliers de civils des villes et villages limitrophes d'Israël met à rude épreuve les ressources limitées du Liban et déstabilise encore davantage sa société fragile.

La question la plus pressante est de savoir si leur déplacement sera temporaire ou permanent.

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Des régions comme Tyr, Sidon et Nabatiyeh ont connu un exode massif. (AFP)

En effet, les villages les plus proches de la frontière ont été les plus gravement endommagés, des zones entières ayant été réduites à l'état de ruines. Les forces israéliennes ont été accusées de créer une «zone morte» comme tampon entre les deux pays.

«Nous ne pensons pas que cette situation sera de courte durée», a déclaré à Arab News Tania Baban, directrice pour le Liban de l'organisation caritative MedGlobal, basée aux États-Unis. «Certaines personnes pourraient ne pas être en mesure de rentrer chez elles si leur maison est détruite.»

Depuis que le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur le nord d'Israël en solidarité avec ses alliés du Hamas, à la suite de l'attaque du 7 octobre contre Israël qui a déclenché la guerre à Gaza, le sud du Liban s'est transformé en champ de bataille, Israël menant des frappes de représailles.

La région, bastion du Hezbollah, a subi des bombardements quasi quotidiens qui ont rasé des villes et des villages et ravagé des forêts et des terres agricoles.

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a déclaré qu'environ 500 000 Libanais avaient été déplacés depuis l'intensification de l'offensive israélienne contre le Hezbollah, et que plus de 110 000 d'entre eux avaient fui avant la récente escalade.

Des régions telles que Tyr, Sidon et Nabatiyeh ont connu un exode massif. Quelque 70% de la population de Tyr a été évacuée, selon le maire de la ville, Hassan Dbouk. «Les gens ne pouvaient plus tolérer cette situation», a-t-il déclaré au Washington Post.

Baban pense que le nombre officiel de personnes déplacées est sous-estimé. «Nous avons commencé à distribuer des articles de première nécessité dans les abris mardi, tels que des matelas, des serviettes, des oreillers, de l'eau et des kits d'hygiène personnelle», a-t-elle déclaré.

«Nous nous sommes rendus dans plusieurs écoles pour obtenir des informations et procéder à notre évaluation et nous avons constaté que les personnes déplacées affluaient, et ce uniquement à Beyrouth.»

«Les déplacés viennent principalement du sud. Je suis sûre qu'il y en a aussi dans la Bekaa, mais nous n'avons pas encore ce genre de détails, parce que les gens continuent d'affluer.»

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L'exode de milliers de civils des villes et villages limitrophes d'Israël met à rude épreuve les ressources limitées du Liban. (AFP)

Safa Kosaibani, 21 ans, qui a fui Nabatiyeh vers la ville côtière de Sidon avec ses filles et ses belles-sœurs, a déclaré qu'elle avait entendu dire qu'Israël demandait aux civils de quitter le Liban-Sud, mais qu'elle ne se fiait pas à ces avertissements.

«Nous pensions qu'il s'agissait simplement d'une guerre psychologique», a-t-elle déclaré au Washington Post. «Nous pensions qu'il s'agissait d'une guerre psychologique, qu'ils essayaient simplement de nous pousser à quitter notre terre, parce que nous les avions repoussés de leur terre dans le nord. Ils veulent faire la même chose avec nous.»

On estime à environ 60 000 le nombre d'Israéliens déplacés de l'autre côté de la frontière. Le 17 septembre, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a mis à jour les objectifs de guerre de son gouvernement pour inclure le retour de ces personnes chez elles.

Nour Hamad, étudiante de 22 ans dans la ville libanaise de Baalbeck, a déclaré avoir vécu «dans un état de terreur» toute la semaine. «Nous avons passé quatre ou cinq jours sans dormir, sans savoir si nous allions nous réveiller le lendemain», a-t-elle déclaré à l'agence de presse AFP.

«Le bruit des bombardements est très effrayant, tout le monde a peur. Les enfants ont peur, les adultes aussi.»

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Les forces israéliennes ont frappé de nombreuses cibles au Liban, causant la mort de près de 600 personnes, dont de nombreux civils. (Reuters)

Les civils qui ont tenté de fuir les zones de conflit cette semaine ont vu les autoroutes du sud engorgées par la circulation. Les routes menant à la sécurité étaient tellement encombrées que beaucoup ont passé 12 heures ou plus pour un trajet qui ne prenait auparavant qu'une ou deux heures.

Si certains ont trouvé refuge chez des amis ou des parents, le nombre de personnes déplacées dépasse les capacités d'accueil du Liban. Les écoles, les centres communautaires et les bâtiments inachevés se sont rapidement transformés en abris temporaires.

Le gouvernement libanais n'est pas en mesure de mettre en place des efforts de secours significatifs. Ces dernières années, il a été paralysé par une impasse politique et un effondrement financier, sa monnaie ayant perdu plus de 90% de sa valeur.

«Le Liban a dû faire face à de multiples crises et ne s'est toujours pas remis des effets dévastateurs de l'explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, ainsi que de la crise économique qui a englouti le pays à partir de fin 2019», a déclaré Hovig Atamian, directeur des programmes de CARE International au Liban, à Arab News.

«Les organisations humanitaires se préparent depuis des mois au pire scénario d'une escalade très importante, mais la réalité sur le terrain, y compris les contraintes d'accès dues aux risques sécuritaires, restera toujours un défi.»

«Nous appelons les parties au conflit à respecter les dispositions du droit international humanitaire, notamment en prenant des mesures pour éviter et minimiser les pertes en vies humaines, les blessures aux civils et les dommages aux biens de caractère civil, ainsi que pour protéger l'ensemble du personnel et des opérations humanitaires.»

Le financement international étant déjà très sollicité en raison des crises à Gaza, en Ukraine et dans d'autres zones de conflit, il est à craindre que le Liban soit négligé en termes d'aide humanitaire.

Imran Riza, coordinateur humanitaire des Nations unies pour le Liban, a alloué une aide d'urgence de 24 millions de dollars provenant du Fonds humanitaire libanais pour répondre aux besoins urgents des personnes touchées par les hostilités. Toutefois, ces besoins sont susceptibles de s'accroître rapidement.

Le Liban est «aux prises avec des crises multiples qui ont dépassé la capacité du pays à y faire face», a déclaré M. Riza dans un communiqué.

«L'escalade des hostilités dans le sud du Liban se prolongeant plus longtemps que nous ne l'avions espéré, elle a entraîné de nouveaux déplacements et aggravé les besoins déjà critiques.»

Des organisations caritatives telles que MedGlobal se mobilisent actuellement pour livrer des produits de première nécessité dans les abris temporaires.

«Nous allons distribuer de la nourriture préparée à l'avance, parce qu'ils n'ont pas de matériel de cuisine, mais aussi des matelas, des kits d'hivernage, des couvertures – parce que l'hiver est aux portes et qu'ils ont besoin d'être préparés» a déclaré Baban.

«Les personnes qui arrivent dans les abris sont souvent des personnes âgées qui ont tout laissé derrière et qui ont besoin de médicaments pour leurs maladies chroniques.»

«Nous parlons de diabète, de problèmes cardiaques, d'hypertension et certains patients sont sous dialyse. Certains patients sont peut-être sous chimiothérapie et nous n'avons même pas encore évoqué le risque de maladies transmissibles.»

«Les écoles seront surpeuplées, les abris transformés et l’hiver sera bientôt là. C’est sans compter la grippe, la Covid-19 et tout ce qui s'ensuit. La situation est donc très inquiétante.»

Les forces israéliennes ont frappé de multiples cibles au Liban, causant la mort de près de 600 personnes, dont de nombreux civils. Ces frappes font suite à une attaque synchronisée, menée la semaine dernière contre les dispositifs de communication du Hezbollah, qui a fait 39 morts et plus de 3 000 blessés.

Les forces de défense israéliennes ont déclaré mardi qu'elles avaient frappé 1 500 «cibles d'infrastructures terroristes dans le sud du Liban et à l'intérieur du territoire libanais».

«Le Hezbollah d'aujourd'hui n'est pas celui que nous connaissions il y a une semaine», a déclaré le ministre de la Défense Yoav Gallant, affirmant que le groupe «a subi une série de coups au niveau de son commandement et de son contrôle, de ses combattants et de ses moyens de combattre».

quelques chiffres


- 500 000 personnes déplacées au Liban. – 600 morts, dont 50 enfants et 94 femmes.

- 1 700 personnes blessées par les frappes au Liban.

- 60 000 Israéliens évacués des zones frontalières depuis octobre.

La violence s'est intensifiée mercredi lorsque le Hezbollah a déclaré avoir lancé un missile balistique sur Tel-Aviv. Bien qu'Israël ait intercepté le missile, il s'agit d'une action sans précédent et d'une nouvelle phase dangereuse du conflit.

Tôt dans la journée de mercredi, le Hezbollah a confirmé que le commandant de son unité de missiles, Ibrahim Mohammed Qobeissi, a été tué, quelques heures après que l'armée israélienne a déclaré qu'il avait été «éliminé» lors d'une frappe aérienne sur Ghobeiri, dans la banlieue sud de Beyrouth.

Cette escalade intervient près d'un an après que le Hezbollah a commencé à lancer des attaques peu après l'attentat perpétré le 7 octobre par le groupe militant palestinien Hamas dans le sud d'Israël, qui a fait environ 1 200 morts et 240 otages.

Israël a réagi en envahissant la bande de Gaza contrôlée par le Hamas, ce qui a conduit à un conflit qui a fait plus de 41 000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Les efforts diplomatiques visant à désamorcer le conflit entre Israël et le Hezbollah ont jusqu'à présent échoué. Le président américain Joe Biden, s'adressant à l'Assemblée générale des Nations unies mardi, a mis en garde contre les dangers d'une guerre totale au Liban, appelant toutes les parties à la retenue.

«Une guerre totale n'est dans l'intérêt de personne», a déclaré M. Biden. «Même si la situation s'est aggravée, une solution diplomatique reste possible.»

Pour Baban, de MedGlobal, l'urgence humanitaire qui se profile pourrait avoir de graves répercussions sur l'ensemble de la région.

«Il faut faire quelque chose pour mettre fin à tout cela et empêcher que cette catastrophe ne devienne une catastrophe régionale.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Hamas exhorte l'Iran à cesser de bombarder ses voisins

Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
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  • Le Hamas appelle l’Iran à cesser de frapper les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre
  • Le mouvement palestinien exhorte aussi la communauté internationale à agir pour mettre fin immédiatement à la guerre régionale

Gaza, Territoires palestiniens: Le mouvement islamiste palestinien Hamas a exhorté samedi Téhéran à cesser ses frappes contre les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes dont il est la cible, tout en affirmant le droit de son allié à se défendre.

Le Hamas a également appelé la communauté internationale à "œuvrer à l'arrêt" immédiat de la guerre.

Il s'agit de la première déclaration en ce sens du Hamas, dont la République islamique est traditionnellement l'un des principaux soutiens, depuis le début, le 28 février, de l'offensive menée conjointement par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

"Tout en affirmant le droit de la République islamique d'Iran à riposter à cette agression par tous les moyens disponibles, conformément aux normes et au droit international, le mouvement appelle ses frères en Iran à ne pas prendre pour cible les pays voisins", a écrit le Hamas sur Telegram.

Le Hamas avait auparavant condamné l'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne à Téhéran au premier jour de la guerre, le qualifiant de "crime odieux".

"Il a fourni toutes les formes de soutien politique, diplomatique et militaire à notre peuple, à notre cause et à notre résistance", avait déclaré le mouvement peu après la mort de l'ayatollah Khamenei.

Mercredi, le Hamas a souhaité au fils de Khamenei, Mojtaba Khamenei, nommé nouveau guide suprême en remplacement de son père, de "vaincre l'agression israélo-américaine".

Face à l'offensive américano-israélienne, l'Iran a riposté par des tirs contre une dizaine de pays. Samedi, le Qatar a annoncé avoir intercepté deux missiles après des explosions entendues dans la capitale Doha.

Le mouvement libanais Hezbollah, lui aussi allié de Téhéran, est entré en guerre le 2 mars en tirant des roquettes sur le sol israélien, provoquant une campagne de bombardements massifs menée par Israël au Liban.

Le Hamas et le Hezbollah, comme les rebelles houthis du Yémen, font partie des groupes armés soutenus par l'Iran contre Israël dans la région. Parmi les objectifs affichés de son offensive contre Téhéran, Israël avait affirmé vouloir détruire le soutien iranien à ces mouvements.

- "Semer la discorde" -

Selon une source au sein du Hamas, interrogée par l'AFP, la direction du mouvement est en contact avec les dirigeants iraniens "depuis plusieurs jours en les appelant à ne pas viser des États voisins comme les pays du Golfe, d'autres pays arabes et la Turquie".

Israël "cherche à semer la discorde entre l'Iran et ses voisins arabes et musulmans", a ajouté cette source sous couvert d'anonymat. "La direction du Hamas a également pris contact avec des responsables de plusieurs pays, dont le Qatar, la Turquie et l'Irak, les exhortant à œuvrer pour mettre un terme" à l'offensive israélo-américaine.

Plusieurs pays majoritairement sunnites entretiennent aussi des liens avec le Hamas, notamment la Turquie et le Qatar, qui héberge depuis 2012 la direction politique du mouvement et a joué un rôle-clé dans les négociations indirectes avec Israël en vue de mettre un terme à la guerre dans la bande de Gaza.

Ces négociations ont abouti à un cessez-le-feu fragile qui se maintient depuis le 10 octobre 2025, après deux ans de guerre provoquée par l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Le Qatar a aussi fourni une importante aide financière à Gaza depuis la prise de pouvoir du Hamas dans le territoire palestinien en 2007, en grande partie présentée comme une aide humanitaire ou à la reconstruction.

La Turquie de son côté fournit principalement un soutien politique et diplomatique plutôt qu'un financement direct à grande échelle au Hamas.

Vendredi, la Turquie a annoncé qu'un troisième missile balistique tiré depuis l'Iran, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, avait été abattu dans l'espace aérien turc par les forces de l'Otan.


Le chef de l’ONU affirme que « le temps des groupes armés est révolu » après sa rencontre avec le président libanais

Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
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  • Antonio Guterres était à Beyrouth « en ami du peuple libanais »
  • Il a appelé à ce que l’intégrité territoriale du pays soit « pleinement rétablie »

NEW YORK : Le secrétaire général de l’ONU a appelé vendredi à un État libanais fort détenant le monopole de l’usage de la force, après une rencontre avec le président Joseph Aoun.

« Ce n’est plus le temps des groupes armés », a déclaré Antonio Guterres. « C’est le temps des États forts. »

S’exprimant après la réunion à Beirut, il a ajouté : « J’appelle fermement les deux parties, le Hezbollah et Israël, à un cessez-le-feu afin d’arrêter la guerre et d’ouvrir la voie à une solution. »

Une telle solution, a-t-il précisé, devrait permettre au Liban d’émerger comme un État souverain doté d’une pleine intégrité territoriale et d’institutions étatiques contrôlant l’usage de la force.

Arrivé plus tôt à Beyrouth pour une visite de solidarité « en ami du peuple libanais », il a déclaré aux journalistes : « C’est dans les moments difficiles que l’amitié et la solidarité sont essentielles. »

Il a déclaré être conscient de la souffrance « énorme » des Libanais alors que le mois sacré musulman du Ramadan coïncide avec la période chrétienne du Carême. « Ce devraient être des moments de paix, ce devraient être des moments de solidarité », a-t-il ajouté.

« Malheureusement, le Liban a été entraîné dans une guerre qui n’est pas une guerre que son peuple aurait souhaitée. »

« J’espère sincèrement que lors de ma prochaine visite au Liban, je pourrai voir un Liban en paix, un Liban où l’État détient le monopole de l’usage de la force et où l’intégrité territoriale est pleinement rétablie », a-t-il conclu. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis frappent le hub pétrolier de l'Iran dans le Golfe

Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
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  • Donald Trump affirme que l’armée américaine a « totalement détruit » des cibles militaires sur l’île iranienne de Kharg Island et menace de viser ses infrastructures pétrolières si l’Iran entrave la navigation dans le dans le détroit d’Ormuz
  • Le conflit régional se poursuit avec des frappes et représailles entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés, tandis que Washington envisage d’escorter des pétroliers dans ce détroit stratégique par où transite environ 20% du pétrole mondial

TEHERAN: Donald Trump a déclaré vendredi soir avoir "complètement détruit" des cibles militaires sur l'île de Kharg, le hub pétrolier de l'Iran, et menacé de s'en prendre à ses infrastructures pétrolières si Téhéran entrave la libre circulation des navires dans le détroit stratégique d'Ormuz.

"J'ai choisi de NE PAS détruire les infrastructures pétrolières de l'île. Cependant si l'Iran, ou quiconque d'autre venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d'Ormuz, je reconsidérerais immédiatement ma décision", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Il a annoncé que l'armée américaine "a mené l'un des raids aériens les plus puissants de l'histoire au Moyen-Orient, et a totalement détruit toutes les cibles militaires" sur Kharg.

La veille, le président du Parlement iranien, l'influent Mohammad Bagher Ghalibaf, avait déclaré que Téhéran "abandonnera toute retenue" si les Etats-Unis et Israël attaquent ses îles du Golfe.

Bande de terre broussailleuse située dans le nord du Golfe, à environ 30 kilomètres des côtes, Kharg abrite le plus grand terminal d'exportation de pétrole brut de l'Iran.

Après deux semaines de guerre qui n'ont pas fait céder le pouvoir iranien, l'intransigeance de l'ensemble des belligérants, qui poursuivent samedi matin leurs frappes, ne laisse présager aucun répit dans ce conflit qui déchire le Moyen-Orient et perturbe de plus en plus le commerce mondial faisant flamber les prix du pétrole.

L'Iran continue ainsi ses représailles aériennes contre les Etats du Golfe. Des explosions ont été entendues tôt samedi à Doha, la capitale du Qatar, par des journalistes de l'AFP, après que le ministère de l'Intérieur a ordonné l'évacuation de certaines zones clefs.

Donald Trump a également déclaré que la marine américaine allait commencer "très bientôt" à escorter des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, par où transite 20% de la production mondiale d'hydrocarbures.

- Frapper "très fort" -

Selon la presse américaine, les Etats-Unis vont aussi envoyer des renforts au Moyen-Orient, le New York Times parlant de quelque 2.500 Marines et trois navires de plus.

Le Wall Street Journal cite lui des responsables américains selon lesquels le navire d'assaut Tripoli, basé au Japon, et les Marines qui lui sont attachés, se dirigent vers la même région.

Combien de temps va durer cette guerre? Elle se poursuivra la semaine prochaine, où les Etats-Unis veulent frapper l'Iran "très fort", a annoncé Donald Trump.

Mais le président américain a aussi admis qu'un renversement du pouvoir par le peuple à Téhéran, espéré par Washington dans la foulée du déclenchement de cette guerre le 28 février, ne se produirait "peut-être pas immédiatement".

Les Etats-Unis ont annoncé offrir 10 millions de dollars en échange d'informations qui permettront de savoir où sont dix des plus hauts dirigeants iraniens, dont le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, et le chef de la sécurité Ali Larijani.

L'état de santé de Mojtaba Khamenei reste incertain après qu'il a été lui-même blessé dans un bombardement. Vendredi, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a avancé qu'il était "probablement défiguré".

Téhéran a été visée vendredi par de nouveaux bombardements, du matin jusqu'en début de soirée où une brève série de fortes explosions a été entendue, selon des journalistes de l'AFP.

- "Trump ne comprend pas" -

Dans la matinée, Ali Larijani était apparu en public au coeur de Téhéran, aux côtés du président Massoud Pezeshkian, défiant l'ennemi en participant à une manifestation pro-gouvernementale.

La manifestation a rassemblé une importante foule - difficile à évaluer même si elle tapissait complètement certaines grandes artères - malgré la pluie et la peur des frappes meurtrières qui ont fait plus de 1.200 morts selon le dernier bilan des autorités, et plus de 1.800 selon l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).

"Le problème de Trump, c'est qu'il ne comprend pas que le peuple iranien est une nation courageuse, une nation forte, une nation déterminée", a lancé Ali Larijani. "Plus il accentuera sa pression, plus la détermination de la nation se renforcera".

- "Longue confrontation" -

L'armée israélienne a annoncé avoir mené 7.600 frappes en Iran en deux semaines, et 1.100 frappes au Liban, où elle pilonne le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran. Ses bombardements au Liban ont tué 773 personnes, dont 103 enfants, et blessé près de 2.000, selon les autorités locales.

Une frappe israélienne contre un centre de santé dans le sud du Liban a tué au moins 12 membres du personnel médical, a annoncé samedi le ministère libanais de la Santé.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a également fait part de frappes israéliennes ayant touché vendredi un quartier général des casques bleus dans le sud du Liban.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affiché son inflexibilité, déclarant que son groupe était prêt à "une longue confrontation" avec Israël.

Les Gardiens ont annoncé avoir tiré avec le Hezbollah des missiles et drones sur Israël en réplique aux attaques américano-israéliennes.