AlUla dévoile sa vision artistique à Paris avec “Orbis Tertius”

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Publié le Vendredi 25 octobre 2024

AlUla dévoile sa vision artistique à Paris avec “Orbis Tertius”

  • Le programme de résidence d’artistes d’AlUla a fait ses débuts en France lors d’Art Basel Paris ce mois-ci avec “Orbis Tertius,” une exposition mettant en lumière les œuvres de 20 artistes internationaux
  • L’exposition fait partie du programme global d’Arts AlUla, qui cherche à positionner l’ancienne oasis en tant que centre émergent d’art et de créativité

PARIS : Le programme de résidence d’artistes d’AlUla a fait ses débuts en France lors d’Art Basel Paris ce mois-ci avec “Orbis Tertius,” une exposition mettant en lumière les œuvres de 20 artistes internationaux. Ce programme a été lancé en 2021 par la Commission Royale pour AlUla, en partenariat avec l’Agence française pour le développement d’AlUla.

L’exposition fait partie du programme global d’Arts AlUla, qui cherche à positionner l’ancienne oasis en tant que centre émergent d’art et de créativité. Pendant des millénaires, AlUla a été un carrefour essentiel du commerce et de la culture. Elle est le foyer de Hegra, le premier site d’Arabie saoudite inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, et constituait une étape clé sur la route de l’encens. Le riche héritage préislamique d’AlUla et ses paysages à couper le souffle continuent d’inspirer des formes d’expression artistique innovantes, comme en témoigne l’exposition “Orbis Tertius”.

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Arnaud Morand, AFALULA, commissaire d'exposition, Orbis Tertius (2024). (Fourni) 

L’artiste et photographe Louis-Cyprien Rials a déclaré à Arab News que l’essence de sa résidence reposait sur “l’idée presque troublante de n’être qu’une infime partie d’un lieu qui paraît éternel, et qui nous rappelle, facilement, notre propre insignifiance”.

Situé dans la palmeraie de Mabiti AlUla et doté d’une résidence d’artistes récemment ouverte à Al-Jadidah, le programme offre un cadre idéal pour permettre aux artistes de réfléchir au rôle et aux méthodes de la création dans le monde contemporain. Il encourage un dialogue dynamique et enrichissant entre les artistes et la communauté locale d’AlUla.

Selon le conservateur et le responsable de l’art et des industries créatives à AFALULA, Arnaud Morand, ce programme de résidence est véritablement “unique”. La participation se fait exclusivement sur invitation, après la soumission d’un portfolio et d’une lettre d’intention. La répartition des nationalités est équilibrée, avec environ la moitié des artistes venant du monde arabe et l’autre moitié de l’international.

“Les artistes devaient avoir une pratique solide qui suscite notre intérêt, en explorant les liens entre passé et futur”, a expliqué M. Morand. “Dans le cadre unique et intense de cette oasis désertique, ils ont collaboré étroitement avec les communautés locales. Beaucoup avaient déjà travaillé avec des scientifiques et experts. Un minimum de 10 semaines sur le terrain était requis. Les artistes ont eu l’occasion de rencontrer et d’échanger avec les spécialistes d’AlUla, notamment des archéologues, géologues, anthropologues, agronomes, botanistes, conservateurs du patrimoine et experts en environnement. Sans cet engagement en termes de temps, leur candidature ne pouvait être retenue”.

M. Morand a choisi le thème de l’exposition, “Orbis Tertius, un voyage entre fictions et mythes”, inspiré par l’écrivain argentin Jorge Luis Borges. Dans ses “Fictions”, Borges explore comment la compréhension de notre monde peut être enrichie en fusionnant mythes et légendes anciens avec la réalité observée.

“AlUla se réinvente chaque jour en tant qu’utopie du 21e siècle,” a déclaré M. Morand. “Le programme de résidence offre aux créatifs un cadre unique pour s’engager pleinement dans un projet plus vaste. Il permet également de mieux comprendre comment la communauté aborde les changements. En définitive, il nous oriente dans la bonne direction en s’appuyant sur les perceptions et les interrogations des artistes, tout en leur offrant un temps précieux et un contexte incomparable pour approfondir leur pratique”.

À Art Basel, “Orbis Tertius” a été présentée sur quatre étages de la galerie située au 5 rue Saint-Merri, à deux pas du Centre Pompidou. Les œuvres transcendaient les médiums traditionnels. Les 20 artistes contemporains ont exposé 43 créations, allant des peintures, sculptures, vidéos et photographies, à la poésie, calligraphie, fabrication de briques, ainsi que des installations et performances en direct.

Au rez-de-chaussée, la sculpture en aluminium de 4,5 mètres intitulée “The Guardian” (Le gardien) de l’artiste koweïtienne Monira Al-Qadiri dominait l’espace. Son œuvre interroge les représailles de la nature face à l’intervention humaine dans l’environnement. Cette sculpture totémique s’inspire du pommier de Sodome (Calotropis Procera), une plante native de la région qui prospère sur des sols arides et peut survivre jusqu’à trois ans sans la moindre goutte d’eau. La plante sécrète une sève laiteuse qui, selon la tradition bédouine, pourrait rendre aveugle.

L’artiste pluridisciplinaire Anhar Salem, originaire de Djeddah, se spécialise principalement dans le cinéma. Son film, “A Day in AlUla” (Une journée à AlUla), est une série de huit portraits sociaux délicatement réalisés, capturant avec finesse une journée dans la vie des habitants, locaux et expatriés, d’AlUla.

“J’ai dû choisir entre explorer AlUla à travers son paysage et son histoire ou à travers ses aspects sociaux et humains”, explique Mme Salem. “J’ai finalement opté pour cette dernière approche, en engageant des conversations simples avec tous les habitants d’AlUla que j’ai croisés”.
Les frères Abdulrahman et Turki Gazzaz, basés à Djeddah, ont fondé le studio d’architecture, de design et de recherche expérimentale Bricklab en 2015. Durant leur résidence, ils ont exploré les techniques de la terre battue pour développer un matériau de construction résilient, spécifiquement adapté à la région. En mêlant du sable récolté dans différentes zones d’AlUla à du béton, de l’époxy et divers additifs artificiels, leurs briques condensent l’histoire et les récits qui ont façonné AlUla au fil du temps.

Reem Al-Nasser, basée à Jizan, fonde son travail sur des études anthropologiques et explore des concepts tels que le temps, l’espace et l’astrologie. Pendant sa résidence, elle a créé “Alma of the North” (Alma du nord), une installation en acier brillant, composée de portes ornées de symboles archéologiques et astronomiques tirés de l’histoire d’AlUla.

L’installation vidéo immersive “The Desert Keeper” (Le gardien du désert) d’Ayman Zedani, basé à Riyad, est le résultat de plusieurs années de recherche sur une plante parasite du désert d’Arabie. Cette plante a la particularité d’acquérir des gènes de sa plante hôte, assurant ainsi la survie de sa descendance. Son œuvre associe des images de cette plante à un voyage cosmique généré par ordinateur, accompagné de la voix off de l’écrivaine et poétesse Wided Rihana Khdraoul.

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'The Desert Keepers' de Ayman Zedani. (Supplied)

“AlUla a toujours été un carrefour de cultures et un berceau de créativité”, a déclaré Nora Aldabal, directrice exécutive des arts et des industries créatives de l’UCR, dans un communiqué de presse. “Avec le programme de résidence d’artistes d’AlUla, nous mettons en valeur l’incroyable vision artistique qui y fleurit et démontrons son pouvoir unique de rapprocher les cultures et d’inspirer le dialogue”.

“Orbis Tertius,” ajoute-t-elle, “témoigne de l’incroyable inspiration que les artistes et créateurs puisent à AlUla – un lieu où le monde se connecte à une histoire millénaire tout en explorant des formes d’expression artistiques contemporaines. L’ambition d’AlUla dans les domaines de l’art, du design et de la culture est de forger un avenir prometteur pour la région, en créant des emplois et des opportunités d’enrichissement culturel pour ceux qui y vivent, y travaillent et la visitent”.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".


Critique littéraire : « Le Mystère d’Henri Pick », un roman français empreint d’intrigues

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  • C’est un livre qui donne envie de s’attarder, au sens propre comme au sens figuré
  • « Le Mystère d’Henri Pick » est mon choix – pas si mystérieux que ça – pour une bonne lecture alors que je me prépare à un prochain voyage en France

RIYAD: Ce roman policier humoristique nous emmène en Bretagne, dans une bibliothèque sans prétention au bord de la mer qui accepte tout manuscrit original n’ayant pas trouvé d’éditeur
« Le Mystère d’Henri Pick » est mon choix – pas si mystérieux que ça – pour une bonne lecture alors que je me prépare à un prochain voyage en France.

Écrit par le maître des mots français David Foenkinos, initialement sous le titre « Le Mystère Henri Pick » (2016), puis traduit en anglais en 2020 par Sam Taylor chez Pushkin Press, ce roman allie intrigue et espièglerie.

Ce roman policier humoristique nous emmène en Bretagne, dans une bibliothèque sans prétention au bord de la mer qui accepte tout livre original n’ayant pas trouvé d’éditeur.

Une seule condition : vous devez vous-même déposer en personne un exemplaire papier du livre « refusé ».

Il s’agit en somme, pour reprendre mes propres termes, d’un cimetière littéraire où vos manuscrits peuvent continuer à vivre.

Alors qu’elle rend visite à ses parents, la jeune éditrice Delphine Despero se rend à vélo à la bibliothèque avec son amant, un auteur un peu aigrí qui se considère toujours comme un raté depuis que son propre livre n’a pas connu le succès escompté.

Là, ils tombent sur un roman extraordinaire attribué à feu Henri Pick, un pizzaiolo du coin.

Despero meurt d’envie de rencontrer cet auteur talentueux, mais le mystère s’épaissit lorsque la veuve de Pick affirme que son défunt mari n’aurait pas pu écrire ce livre. Il n’a jamais aimé lire, dit-elle, et elle l’aurait su.

Alors que les questions commencent à tourbillonner autour d’Henri Pick et de son succès littéraire improbable, Despero ramène le livre à Paris, où il connaît un succès immédiat.

Il en résulte un mystère autour de la renommée littéraire, de l’ambition, de la paternité littéraire et de la question de savoir dans quelle mesure nous connaissons réellement les gens qui nous entourent.

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre, c’est qu’il fait confiance à l’intelligence des lecteurs pour combler les blancs entre les lignes. J’aime la façon dont le récit fournit juste ce qu’il faut de contexte et de description sans se noyer dans les détails.

J’ai lu ce livre dans un café tranquille et je me suis surprise à m’arrêter toutes les quelques pages pour réfléchir. Un passage m’a fait pleurer.

C’est un livre qui invite à s’attarder, au sens propre comme au sens figuré. C’est un rappel poétique que si nous avons le courage de coucher nos pensées sur le papier, peut-être que quelqu’un, quelque part, parviendra à nous faire revivre — ou à faire revivre la version de nous-mêmes qui a écrit un livre fantastique — longtemps après notre départ de ce monde.


De Gaulle, L'Odyssée: deux blockbusters à succès, attendus par les profs à la rentrée

Le réalisateur et scénariste français Antonin Baudry et l’acteur franco-arménien Simon Abkarian posent lors d’un photocall du film « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » au 79e Festival de Cannes, à Cannes, le 21 mai 2026. (Photo : AFP)
Le réalisateur et scénariste français Antonin Baudry et l’acteur franco-arménien Simon Abkarian posent lors d’un photocall du film « La Bataille de Gaulle : L’âge de fer » au 79e Festival de Cannes, à Cannes, le 21 mai 2026. (Photo : AFP)
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  • La Bataille de Gaulle pourrait devenir un outil pédagogique pour enseigner la Résistance et confronter histoire et récit cinématographique
  • L’Odyssée sera surtout étudiée avec des élèves plus âgés pour analyser le récit, les héros et les polémiques médiatiques

PARIS: Après leur triomphe estival au cinéma, L’Odyssée et La Bataille de Gaulle poursuivront-ils leur parcours en classe ? A l’approche de la rentrée scolaire, plusieurs professeurs de lettres et d'histoire prévoient déjà d'en faire des ressources pédagogiques.

"Je pense que nous allons être très nombreux à utiliser ces films", déclare à l'AFP Joëlle Alazard, présidente de l'Association des professeurs d’histoire et de géographie.

Selon elle, le diptyque du réalisateur Antonin Baudry, vu par plus de 4,7 millions de spectateurs, permet de "donner chair au monument de Gaulle", étudié en classe de troisième et au-delà.

"C'est ce qu'on essaie de faire en cours : expliquer la situation de juin 1940, le courage des premiers résistants, des premiers opposants à la France de Vichy", explique la professeure d'histoire au lycée Louis-Le-Grand, à Paris.

A défaut de pouvoir visionner La Bataille de Gaulle en entier avec ses élèves, chaque volet durant plus de 2 heures et demie, Ludovic Chevassus, prof d'histoire-géographie au lycée du Golfe, à Gassin (Var), prévoit d'en étudier des extraits ciblés, pour "les mettre en perspective avec un regard critique".

En particulier sur leur dimension "très héroïque", alors que les Français activement résistants ne représentaient que "2 à 3% de la population".

Même s'il reconnaît "certaines libertés" du film avec la réalité, il estime "important de montrer aux élèves qu'il y a ce qui s'est passé et puis ce qui est raconté", d'autant que les deux volets s'adressent aux jeunes, de l'aveu même du réalisateur Antonin Baudry.

Les enseignants interrogés se félicitent aussi que La Bataille de Gaulle mette en avant des événements peu abordés en classe par manque de temps, tels que l'attaque de Mers-el-Kébir ou le ralliement des colonies d'Afrique.

- L'Odyssée, pour des élèves plus âgés -

Ils peuvent en outre recourir au kit pédagogique du film publié par Belin peu avant sa sortie et conçu par Natacha Zeiger, professeure d'histoire-géographie au lycée international de Saint-Germain-en Laye (Yvelines), en concertation avec Pathé, producteur des films.

Complémentaire au déroulement chronologique du film, "très compréhensible" pour les élèves, selon l'enseignante, ce document pensé de "manière thématique" contient ainsi des "fiches clé en main" sur la figure de Jean Moulin ou encore sur les femmes dans la résistance.

Le visionnage de L'Odyssée de Christopher Nolan s'avère en revanche impossible pour les élèves qui étudient l'oeuvre originelle d'Homère en 6e, le film étant "interdit aux moins de 12 ans", pointe Robert Delord, professeur de lettres classiques au collège Daniel Faucher, dans la Drôme, et président d’Arrête ton char, association de promotion des langues et cultures de l'Antiquité.

"Le film est suffisamment magistral pour être étudié dans d’autres dimensions, moins littérales, avec des élèves plus âgés", estime cependant Milly La Delfa, professeure de lettres modernes et enseignante en collège et lycée au Collège Sévigné, à Paris.

Elle envisage ainsi "une exploitation en classe de 3e dans le cadre de l’étude du récit", qui se pencherait sur l'"infléchissement de la figure héroïque (d'Ulysse, interprétée par) Matt Damon" et "les traumatismes et les lacunes mémorielles (provoqués par) les conflits" dans l'adaptation de Christopher Nolan, qui a attiré 5,7 millions de spectateurs en France.

Robert Delord imagine pour sa part pouvoir travailler avec ses élèves sur les "choix narratifs" du réalisateur, en confrontant sa chronologie du voyage d'Ulysse, condensée en un peu moins de trois heures, à celle d'Homère.

Mais l'enseignant aimerait surtout, avec ses classes de la 5e à la 3e, consacrer une "séance d'éducation aux médias et aux réseaux sociaux, autour des polémiques racistes qu'il y a eu autour du film", principalement autour du choix de l'actrice mexicano-kényane Lupita Nyong'o pour incarner le personnage mythologique d'Hélène.

Une approche partagée par Ludovic Chevassus, qui prévoit l'étude, dans sa spécialité HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) de Terminale, de cette polémique en ligne, alimentée notamment par le patron de X, Elon Musk.

"Ce que je constate chez mes élèves, c'est qu'avant de voir un film (...) ils se réfèrent à des influenceurs" sur TikTok ou YouTube, pour se faire un avis, et "notre travail (est) de leur apprendre à penser par eux-mêmes", conclut l'enseignant.