Yémen: les houthis, classés «terroristes», s'en prennent à l'administration Trump

Les sanctions visent à tenir les Houthis notamment « pour responsables des attaques transfrontalières menaçant les populations civiles, les infrastructures et le transport maritime » (Photo, AFP)
Les sanctions visent à tenir les Houthis notamment « pour responsables des attaques transfrontalières menaçant les populations civiles, les infrastructures et le transport maritime » (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Lundi 11 janvier 2021

Yémen: les houthis, classés «terroristes», s'en prennent à l'administration Trump

  • «Nous condamnons cet acte et nous nous réservons le droit d'y répondre», a déclaré sur Twitter un haut responsable des Houthis, Mohamed Ali al-Houthi
  • Les sanctions américaines contre les Houthis entreront en vigueur le 19 janvier, soit la veille de l'entrée en fonctions du président élu Joe Biden

SANAA: Classés « groupe terroriste » par les Etats-Unis, les Houthis au Yémen s'en sont pris lundi à l'administration sortante de Donald Trump dont la décision fait craindre aux organisations internationales une aggravation de la crise humanitaire dans le pays en guerre. 

Les Houthis sont appuyés politiquement par l'Iran, ennemi des Etats-Unis et grand rival régional de l'Arabie saoudite. Le royaume saoudien, un allié de Washington, est à la tête d'une coalition militaire soutenant le gouvernement yéménite face aux Houthis.  

Dimanche, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a annoncé, à dix jours de la fin du mandat de son administration, que les Houthis seraient inscrits sur la liste des groupes « terroristes ». Trois chefs des Houthis sont également inscrits sur la liste noire, dont leur dirigeant Abdel Malek al-Houthi. 

« Nous condamnons cet acte et nous nous réservons le droit d'y répondre », a déclaré sur Twitter un haut responsable des Houthis, Mohamed Ali al-Houthi. « La politique et les actions de l'administration Trump sont terroristes » et « le peuple yéménite n'a que faire de toute désignation de l'administration Trump du moment qu'elle est complice dans le meurtre de Yéménites ». 

En revanche, le gouvernement yéménite s'est félicité de la décision américaine dans un communiqué. « Les Houthis méritent d'être classés comme une organisation terroriste étrangère, non seulement pour leurs actes terroristes, mais aussi pour leurs efforts permanents pour prolonger le conflit ». 

L'annonce américaine était attendue depuis l'élection présidentielle du 3 novembre aux Etats-Unis. Des ONG et institutions internationales redoutaient alors que M. Trump, battu dans les urnes, ne cherche à frapper un grand coup diplomatique contre l'Iran, avant l'arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, qui souhaite lui renouer le dialogue avec Téhéran. 

« Pas crédible » 

L'Iran a condamné la décision américaine, jugeant que la liste noire américaine est « un processus qui a perdu sa crédibilité (...) ». 

Les sanctions américaines contre les Houthis entreront en vigueur le 19 janvier, soit la veille de l'entrée en fonctions du président élu Joe Biden. 

Mike Pompeo a expliqué dans un communiqué qu'il notifierait le Congrès de cette décision afin de renforcer la « dissuasion contre les activités néfastes du régime iranien ». 

Les sanctions visent à tenir les Houthis notamment « pour responsables des attaques transfrontalières menaçant les populations civiles, les infrastructures et le transport maritime », a-t-il dit, en allusion apparente aux attaques aux missiles et drones des Houthis contre le royaume saoudien voisin. 

Déclenché en 2014 par une offensive des Houthis qui se sont emparés de vastes pans du territoire principalement dans le Nord, y compris la capitale Sanaa, le conflit au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts selon des ONG internationales.  

Alors que les combats ont fortement baissé d'intensité depuis des mois et que les violences restent ponctuelles, des organisations s'inquiètent de la décision américaine qui risque selon elles de provoquer une paralysie de l'acheminement de l'aide humanitaire au Yémen, comme les contacts avec des chefs Houthis, le paiement du personnel médical et l'achat de nourriture et pétrole. 

« Catastrophe »  

Après plus de six ans de guerre, le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique où 80% de la population dépend désormais de l'aide internationale, est en proie à ce que l'ONU a qualifié de pire crise humanitaire au monde. 

« Le gouvernement américain doit s'assurer que les sanctions n'empêchent pas l'entrée de nourriture, de carburant et de médicaments dans un pays déjà en pleine catastrophe humanitaire totale », a déclaré le directeur de l'ONG Norwegian Refugee Council au Yémen, Mohamed Abdi. 

« Les Etats-Unis reconnaissent qu'il existe des inquiétudes quant à l'impact que cette désignation aura sur la situation humanitaire », a dit Mike Pompeo. « Nous prévoyons de mettre en place des mesures pour réduire son impact. » 

Mais pour Peter Salisbury, spécialiste du Yémen à l'International Crisis Group, le classement des Houthis sur la liste noire « risque de punir collectivement tous les Yéménites en précipitant une famine tout en faisant peu de mal aux Houthis, si ce n'est de les pousser plus près de l'Iran ». 


L'Iran doit «conclure un accord» avec les Etats-Unis, estime un ex-chef de la diplomatie iranienne

L'Iran doit "conclure un accord" avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, en faisant des concessions sur son programme nucléaire et en rouvrant le stratégique détroit d'Ormuz, a a suggéré dans une tribune l'ancien chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. (AFP)
L'Iran doit "conclure un accord" avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, en faisant des concessions sur son programme nucléaire et en rouvrant le stratégique détroit d'Ormuz, a a suggéré dans une tribune l'ancien chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif. (AFP)
Short Url
  • L'Iran, pour éviter davantage de pertes civiles, "devrait tirer parti de sa position dominante non pas pour poursuivre les combats, mais pour proclamer la victoire et conclure un accord qui mette à la fois fin à ce conflit"
  • Téhéran "devrait proposer de limiter son programme nucléaire et de rouvrir le détroit d'Ormuz en échange de la levée de toutes les sanctions - un accord que Washington aurait refusé par le passé, mais qu'il pourrait accepter aujourd'hui"

PARIS: L'Iran doit "conclure un accord" avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, en faisant des concessions sur son programme nucléaire et en rouvrant le stratégique détroit d'Ormuz, a a suggéré dans une tribune l'ancien chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif.

L'ex-ministre des Affaires étrangères entre 2013 et 2021, un des architectes de l'accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, n'a plus de rôle officiel au sein du gouvernement, mais c'est la première fois depuis le déclenchement de la guerre par l'offensive militaire américano-israélienne le 28 février qu'une figure de haut rang en Iran se positionne publiquement en faveur d'un accord de paix.

L'Iran, pour éviter davantage de pertes civiles, "devrait tirer parti de sa position dominante non pas pour poursuivre les combats, mais pour proclamer la victoire et conclure un accord qui mette à la fois fin à ce conflit et empêche qu'un nouveau ne survienne", a écrit le diplomate dans une tribune publiée jeudi soir par la revue américaine Foreign Affairs.

Téhéran "devrait proposer de limiter son programme nucléaire et de rouvrir le détroit d'Ormuz en échange de la levée de toutes les sanctions - un accord que Washington aurait refusé par le passé, mais qu'il pourrait accepter aujourd'hui", a-t-il écrit.

"L'Iran devrait également être prêt à accepter un pacte de non-agression avec les Etats-Unis, par lequel les deux pays s'engageraient à ne plus s'attaquer à l'avenir", a encore proposé Mohammad Javad Zarif. Il a aussi évoqué des "échanges économiques" entre les deux pays qui n'ont plus de relations diplomatiques depuis plus de quatre décennies.

Cette tribune a été publiée dans la revue américaine quelques heures après que Donald Trump a menacé mercredi d'intensifier ses frappes et de renvoyer l'Iran "à l'âge de pierre".

"En tant qu'Iranien, indigné par l'agression irresponsable et les insultes grossières de Donald Trump (...) je suis partagé quant à la publication de ce plan de paix dans Foreign Affairs. Je suis néanmoins convaincu que la guerre doit prendre fin à des conditions compatibles avec les intérêts nationaux iraniens", s'est justifié vendredi sur le réseau social X l'ancien chef de la diplomatie.


Le Royaume-Uni déploie un système anti-drones au Koweït

Le Royaume-Uni a déployé au Koweït le système anti-drones Rapid Sentry, tandis que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a condamné vendredi une attaque de drone nocturne "irresponsable" contre une raffinerie de pétrole koweïtienne. (AFP)
Le Royaume-Uni a déployé au Koweït le système anti-drones Rapid Sentry, tandis que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a condamné vendredi une attaque de drone nocturne "irresponsable" contre une raffinerie de pétrole koweïtienne. (AFP)
Short Url
  • "Le régiment de la RAF a déployé au Koweït son système anti-drones Rapid Sentry, d'une grande efficacité", a annoncé jeudi la Royal Air Force britannique
  • Il s'agit d'un système de défense aérienne terrestre qui, selon le ministre britannique de la Défense, John Healey, avait été "testé au combat" la semaine dernière, lors de l'annonce initiale du plan de déploiement

LONDRES: Le Royaume-Uni a déployé au Koweït le système anti-drones Rapid Sentry, tandis que le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a condamné vendredi une attaque de drone nocturne "irresponsable" contre une raffinerie de pétrole koweïtienne.

"Le régiment de la RAF a déployé au Koweït son système anti-drones Rapid Sentry, d'une grande efficacité", a annoncé jeudi la Royal Air Force britannique.

Il s'agit d'un système de défense aérienne terrestre qui, selon le ministre britannique de la Défense, John Healey, avait été "testé au combat" la semaine dernière, lors de l'annonce initiale du plan de déploiement.

"Le Premier ministre a commencé par condamner l'attaque de drone nocturne irresponsable contre une raffinerie de pétrole koweïtienne", a indiqué Downing Street dans un compte rendu de l'entretien téléphonique entre M. Starmer et le prince héritier du Koweït.

"Ils ont discuté du déploiement du système de défense aérienne britannique Rapid Sentry au Koweït, qui protégera le personnel et les intérêts koweïtiens et britanniques dans la région, tout en évitant une escalade du conflit", a ajouté le communiqué de Downing Street.

Les pays du Golfe, dont le Koweït, les Émirats arabes unis et Bahreïn, ont été entraînés dans la guerre au Moyen-Orient, visés par des frappes iraniennes en représailles aux attaques lancées par les États-Unis et Israël le 28 février.


Les églises de Dubaï passent les messes de Pâques en ligne pour des raisons de sécurité

Traditionnellement, la Semaine Sainte est rythmée par des prières communautaires, de grandes réunions familiales et des célébrations religieuses en vue de Pâques. (Photo AFP)
Traditionnellement, la Semaine Sainte est rythmée par des prières communautaires, de grandes réunions familiales et des célébrations religieuses en vue de Pâques. (Photo AFP)
Short Url
  • Les églises de Dubaï annoncent un passage en ligne des messes pendant le week-end de Pâques pour des raisons de sécurité

DUBAÏ : Les églises aux Émirats arabes unis ont annoncé une fermeture temporaire pendant Pâques en raison de préoccupations liées à la sécurité dans un contexte de tensions régionales.

Les églises, dont l’église catholique St. Mary, l’église catholique St. Francis of Assisi et la cathédrale orthodoxe St. Thomas, ont indiqué qu’elles resteraient fermées suite à une directive du gouvernement et que les offices du Vendredi saint seraient diffusés en ligne via leurs chaînes officielles.

« Les paroissiens sont priés de ne pas se rendre dans les locaux de l’église, dans l’intérêt de la sécurité et du bien-être de la communauté », indique l’annonce.

Cette décision représente un changement majeur pour les communautés chrétiennes, particulièrement pendant l’une des périodes les plus sacrées de l’année.

Traditionnellement, la Semaine Sainte est remplie de prières communautaires, de grandes réunions familiales et de célébrations religieuses menant à Pâques.

Sandra Sabbagh, résidente de Dubaï, a déclaré que la Semaine Sainte est l’un des moments les plus attendus de l’année.

« Nous jeûnons pendant presque cinq semaines, et cette semaine est considérée comme très importante pendant notre période de jeûne. Donc oui, c’est décevant. Nous l’attendons depuis le tout début du Carême », a-t-elle expliqué, ajoutant que cette période est habituellement consacrée à se rassembler à l’église avec d’autres.

« Bien sûr, nous sommes attristés, mais en même temps, le gouvernement n’aurait pas pris une telle décision si ce n’était pas pour le bien des gens et leur sécurité. Et bien sûr, nous soutenons ces décisions. Je prie pour que la paix revienne bientôt, que nous puissions traverser cette situation, et que les gens puissent revenir à une vie sûre et paisible, comme nous en avons l’habitude dans ce pays », a-t-elle ajouté.

Bien que les messes diffusées en direct permettent aux fidèles de maintenir un lien spirituel depuis chez eux, beaucoup estiment que l’absence de participation physique rend les célébrations incomplètes, mais ils comprennent l’importance de respecter les règles gouvernementales.

Rachel Henry, résidente de Dubaï, a déclaré que, même si ne pas pouvoir se rendre à l’église est décevant, elle est reconnaissante que la technologie permette à la communauté de se rassembler virtuellement pour le culte.

« Grâce à la technologie et tout, nous pouvons assister en ligne. Donc, le même sentiment de participation est là, mais la perte de ne pas être physiquement présente à l’église se fait toujours ressentir », a-t-elle dit.

« Nous réalisons que tout cela est pour notre sécurité et notre bien-être, et nous souhaitons respecter les règles », a-t-elle ajouté.

Depuis le 28 février, les Émirats arabes unis sont sous attaque de missiles et drones iraniens. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com