Immigration clandestine: dans le nord de la France, l'intarissable flot des procès de "petites mains"

Une voiture de pompiers arrive au port de Calais, dans le nord-ouest de la France, le 23 octobre 2024, après la mort de deux migrants qui tentaient de traverser illégalement la Manche. (AFP)
Une voiture de pompiers arrive au port de Calais, dans le nord-ouest de la France, le 23 octobre 2024, après la mort de deux migrants qui tentaient de traverser illégalement la Manche. (AFP)
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Publié le Samedi 02 novembre 2024

Immigration clandestine: dans le nord de la France, l'intarissable flot des procès de "petites mains"

  • "Ça fait vingt ans qu'il y a des morts et vingt ans qu'on tire la sonnette d'alarme", s'émeut Emmanuelle Osmont, avocate boulonnaise qui défend occasionnellement des passeurs depuis deux décennies
  • Parfois, l'enquête démontre que ces personnes "ont été contrôlées à de multiples reprises" à proximité des plages

PARIS: Des audiences qui s'enchaînent, parfois tranchées en quelques minutes: depuis des années, le tribunal de Boulogne-sur-Mer, dans le nord de la France, s'échine à juger les "petites mains" des réseaux de passeurs de migrants vers le Royaume-Uni, vouées à être "sans arrêt remplacées".

"Ça fait vingt ans qu'il y a des morts et vingt ans qu'on tire la sonnette d'alarme", s'émeut Emmanuelle Osmont, avocate boulonnaise qui défend occasionnellement des passeurs depuis deux décennies. "Vu l'argent que ça génère, les lieutenants sont sans arrêt remplacés".

"Tant qu'il y aura une demande, il y aura une offre", reconnaît Guirec Le Bras, procureur de Boulogne-sur-Mer, établissant un parallèle avec le trafic de stupéfiants.

"Ce sont des sommes énormes", souligne-t-il. Plusieurs dizaines de millions d'euros par an, à raison de 1.500 à 4.000 euros la traversée par exilé et de plus de 30.000 personnes arrivées en Angleterre par la mer depuis janvier.

"À nous, les acteurs à la fois policiers et judiciaires, d'être suffisamment présents pour faire en sorte que l'offre ne satisfasse pas la demande", ajoute le procureur.

À Boulogne-sur-Mer, où sont jugés chaque semaine plusieurs de ces dossiers, ce sont majoritairement des "petites mains" qui comparaissent, pour avoir participé à l'organisation d'une traversée vers les côtes anglaises ou tenté de passer le tunnel sous la Manche avec un migrant caché dans leur véhicule.

Dès que le dossier prend une plus grande ampleur, avec des ramifications interrégionales ou internationales, la juridiction spécialisée dans la lutte contre la criminalité organisée (Jirs) de Lille, la capitale régionale, prend le relais.

- 20 minutes -

Mi-octobre comparaissent ainsi deux chauffeurs routiers kazakhs accusés d'avoir dissimulé des ressortissants vietnamiens dans leurs camions. Une méthode qui, malgré son recul, génère encore un grand nombre d'audiences.

Non-assistés d'avocats, tous deux reconnaissent les faits. Les deux audiences vont très vite, vingt minutes chacune. Les délibérations sont également extrêmement courtes, de deux à trois minutes. Tous deux sont déclarés coupables.

Assylzhan S. se tourne vers l'interprète, davantage préoccupé par l'amende de 2.000 euros qui lui est infligée que par sa peine de prison avec sursis.

"Il ne veut plus entendre parler de dette", explique l'interprète. "Ben oui, mais monsieur est déclaré coupable", soupire le président.

Arman T. a, lui, tenté de franchir le tunnel avec un homme caché dans un coffre de 190 centimètres de long, 45 de large et 40 de profondeur dans son camion. "Je ne savais pas que c'était illégal", se justifie-t-il.

La procureure accuse: "C'est grâce aux petites mains que les passeurs peuvent agir. Ces chauffeurs ne font pas que conduire, ils participent à un réseau et profitent de la misère d'autrui".

Ces petites mains présumées, Guirec Le Bras s'en méfie. "Si on n'arrive à relier la personne qu'à un passage, elle va dire +C'est mon seul passage+, parfois même +Je suis un migrant qui a payé son passage en aidant+. C'est du classique".

- "Emballement" -

Parfois, l'enquête démontre que ces personnes "ont été contrôlées à de multiples reprises" à proximité des plages, signe d'un "rôle beaucoup plus important, de superviseurs", dit-il.

Le tribunal "juge autant d'affaires d'une année sur l'autre", assure-t-il, malgré "l'effet d'emballement" que traduit l'explosion du nombre de décès en mer, au moins 60 en 2024.

Un contexte que souligne le ministère public fin octobre lors de l'audience de Nado S. et Merhan O., deux Kurdes syriens, interpellés à côté d'une camionnette contenant un canot pneumatique et des gilets de sauvetage.

Une avocate s'emporte: "Le fait que des gens meurent en traversant la Manche, ce ne sont pas ces messieurs les responsables, ce sont les politiciens".

Merhan O. assure avoir fait le trajet depuis l'Allemagne, où il réside, à la demande d'un ami, sans savoir ce que contenait le véhicule. Nado S., qui habite à Cologne, dit n'être venu en France que pour venir en aide à Merhan O., accidenté. "On a du mal à savoir ce qui est vrai, ce qui est faux", regrette le procureur.

Tous deux ont les larmes aux yeux dès les réquisitions, 18 mois de prison ferme et une interdiction définitive d'entrer sur le territoire français. Réquisitions suivies à la lettre par le tribunal.


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
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  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
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  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.