Boualem Sansal et les paradoxes des relations franco-algériennes : entre tensions et incompréhensions

Boualem Sansal : entre critique légitime et enjeu de souveraineté (Photo Fournie)
Boualem Sansal : entre critique légitime et enjeu de souveraineté (Photo Fournie)
Boualem Salsal et Kamel Daoud (Photo Fournie)
Boualem Salsal et Kamel Daoud (Photo Fournie)
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Publié le Dimanche 01 décembre 2024

Boualem Sansal et les paradoxes des relations franco-algériennes : entre tensions et incompréhensions

  • l’Algérie fonde ses relations sur le respect mutuel et le principe de non-ingérence dans les affaires internes.
  • Malgré une histoire commune complexe, Paris semble encore hésiter à adopter une approche véritablement équitable et respectueuse de la souveraineté algérienne.

RIYAD : Si la relation entre la France et l’Algérie est souvent marquée par des incompréhensions et des tensions, celle-ci contraste fortement avec les liens solides que l’Algérie entretient avec de grandes puissances internationales. Membre actif de l’Union africaine et partenaire stratégique de plusieurs puissances du G20 ainsi que des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, l’Algérie fonde ses relations sur le respect mutuel et le principe de non-ingérence dans les affaires internes.

Ces principes guident l’approche algérienne dans ses engagements bilatéraux et multilatéraux, qu’il s’agisse de questions de souveraineté ou de coopération internationale. En affirmant ces valeurs, l’Algérie a su construire des partenariats stratégiques équilibrés, basés sur le dialogue constructif et la reconnaissance mutuelle des priorités de chacun. Ces partenariats soulignent les responsabilités de la France dans les malentendus et déséquilibres qui caractérisent toujours les relations entre Alger et Paris.

Malgré une histoire commune complexe, Paris semble encore hésiter à adopter une approche véritablement équitable et respectueuse de la souveraineté algérienne. En tant que nation fondée sur l’état de droit, l’Algérie adopte des positions cohérentes et fermes sur des dossiers fondamentaux. Cela inclut la défense inconditionnelle du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, le soutien indéfectible à la cause palestinienne, ainsi que la mise en œuvre de procédures judiciaires à l’encontre de ses propres citoyens conformément à son code pénal. Ces engagements s’inscrivent dans une vision où la légitimité et la souveraineté nationales sont des piliers intangibles.

Ce cadre juridique et éthique renforce la crédibilité de l’Algérie sur la scène internationale. Il lui permet d’entretenir des relations équilibrées et respectueuses avec ses partenaires tout en préservant son indépendance dans sa prise de décision. En s'appuyant sur le droit et les principes universels, l’Algérie renforce son rôle de partenaire fiable et souverain dans un monde multipolaire.

À l'inverse, la France freine les progrès de la coopération qu’elle initie. Prenons l’exemple d’Algériens ayant participé à des programmes de coopération mis en place par la France pour renforcer les relations bilatérales. Ces Algériens, souvent issus de la société civile et engagés dans des initiatives culturelles, scientifiques ou sociales, ont été intégrés dans des projets soutenus par des institutions françaises. Ces initiatives visent à encourager les échanges d'idées et à établir des ponts entre les deux pays.

Cependant, après avoir contribué à ces projets, certains de ces acteurs se sont vu refuser les visas nécessaires pour poursuivre ou développer ces collaborations. Cette situation soulève une question troublante : pourquoi initier des programmes censés renforcer les relations bilatérales si, dans les faits, ils ne permettent pas d'aller jusqu'au bout ? Ce paradoxe met en lumière une incohérence dans la politique française, où la volonté affichée de coopération se heurte à des obstacles bureaucratiques ou politiques qui en sapent la crédibilité.

Boualem Sansal : entre critique légitime et enjeu de souveraineté

En France, l’écrivain est fréquemment présenté comme une figure emblématique de la liberté d’expression. Cependant, ses prises de position suscitent le débat en Algérie. Par ses propos, Sansal remet en question les choix politiques de son pays d’origine, parfois dans des termes qui, pour certains, peuvent être perçus comme une remise en cause de la souveraineté nationale.

Cette posture, souvent mise en avant en France, est perçue en Algérie comme un encouragement à des discours susceptibles de fragiliser le pays dans un contexte géopolitique déjà complexe.

La comparaison avec d’autres contextes, notamment celui de la Nouvelle-Calédonie, met en lumière un double standard. Alors que la France défend farouchement sa souveraineté sur ce territoire d’outre-mer, elle adopte une posture bien différente face à des discours critiques concernant la souveraineté d’autres États, comme l’Algérie. L'incarcération récente de militants kanaks accusés d’intelligence avec des puissances étrangères illustre ainsi la fermeté de la France lorsqu’il s’agit de protéger ses intérêts stratégiques et son intégrité territoriale. Pourtant, cette même fermeté se transforme en soutien apparent lorsque des voix critiques, comme celles de Boualem Sansal, s’attaquent aux choix souverains de l’Algérie.

Ce double standard est encore exacerbé par la proximité de Boualem Sansal avec des personnalités telles que Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, connu pour ses liens étroits avec l'ancienne classe politique algérienne corrompue.

Cette classe politique, largement rejetée par le peuple algérien lors des manifestations massives de 2019, est perçue par beaucoup comme symbolisant un système corrompu et déconnecté des aspirations citoyennes. Cette association renforce l'idée en Algérie que les soutiens apportés à Sansal sont moins relatifs à la défense de la liberté d'expression qu'à une stratégie visant à maintenir des relais d'influence sur une nation en quête de renouveau et de souveraineté.

Ce contexte alimente une méfiance profonde en Algérie, où de telles figures sont souvent considérées comme des instruments au service d’intérêts étrangers ou comme des voix déconnectées des réalités et aspirations locales. Sans remettre en cause la liberté d’opinion, il est essentiel de replacer ces discours dans leur contexte géopolitique. Menacer la stabilité et l’unité d’un pays est un acte illégal dans toute juridiction respectueuse du droit international. Ainsi, la perception en Algérie que ces idées serviraient des agendas étrangers ou déstabilisateurs trouve un écho légitime dans ce cadre juridique et politique universel.

Ses positions controversées et leurs implications

Les prises de position de Boualem Sansal sur des sujets sensibles, notamment son soutien explicite à l’État d'Israël, suscitent également des interrogations. Ses déclarations en faveur d’une entité perçue par les Algériens comme coloniale et oppressive à l’égard des Palestiniens créent un malaise. De surcroît, certaines de ses critiques envers les sociétés arabes et musulmanes ont été interprétées comme dénigrantes, alimentant un sentiment de rejet chez ceux qui estiment que ces propos manquent d’équilibre.

Loin d’être unanimes, ces positions posent la question des valeurs que l’on choisit de promouvoir dans le cadre des relations internationales. La défense de la liberté d’expression ne devrait-elle pas s’accompagner d’une réflexion sur l’impact que peuvent avoir certaines idées dans des contextes aussi sensibles que ceux de l’Afrique du Nord ?

Un partenariat fragile, entre contradictions françaises et respect des positions algériennes.

La relation franco-algérienne, souvent marquée par des paradoxes et des tensions, témoigne de malentendus profonds dans la gestion des intérêts bilatéraux. L’exemple de figures littéraires algériennes telles que Yasmina Khadra, Kamel Daoud et Boualem Sansal illustre de manière frappante ces dynamiques complexes. Contrairement à Sansal et Daoud, Khadra, bien que largement lu et respecté dans le monde francophone et au-delà, est boycotté par certaines institutions littéraires françaises. Ce traitement contraste avec la visibilité et l’exposition médiatique dont bénéficient Sansal et Daoud, malgré leur public relativement restreint.

Ce phénomène met en lumière une dynamique préoccupante : alors que Yasmina Khadra affirme son refus de « verser dans la haine de l’Algérie », selon ses propres termes, et adopte une posture constructive dans son discours, il semble que cette approche soit paradoxalement moins valorisée dans certains cercles français. À l’inverse, les positions critiques de Sansal et Daoud, parfois perçues comme polarisantes ou éloignées des réalités algériennes, reçoivent un soutien et une attention disproportionnés, reflétant un intérêt potentiel pour des voix critiques à l’égard de l’État algérien.

Cette situation soulève une interrogation fondamentale sur les valeurs que la France choisit de promouvoir dans ses relations avec l’Algérie : faut-il privilégier des discours critiques, parfois au détriment de la souveraineté et de l’unité algériennes, ou encourager un dialogue basé sur le respect mutuel et la compréhension des réalités locales ?

Pour construire un partenariat durable et équilibré, il est impératif que la France dépasse ces contradictions et reconnaisse pleinement la diversité et la richesse des voix algériennes, sans chercher à instrumentaliser ou polariser le débat à des fins de politique intérieure.


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »