L'art en lumière : Les chefs-d'œuvre de la première vente aux enchères internationale du Royaume

Refik Anadol, Machine Hallucinations Mars (Infinite AI Data Painting), 2021 (estimation entre 800 000 et 1 200 000 dollars) - in situ (Photo fournie).
Refik Anadol, Machine Hallucinations Mars (Infinite AI Data Painting), 2021 (estimation entre 800 000 et 1 200 000 dollars) - in situ (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 06 février 2025

L'art en lumière : Les chefs-d'œuvre de la première vente aux enchères internationale du Royaume

  • Des légendes locales aux icônes internationales, la vente de Sotheby's du 8 février regorge de classiques

RIYAD : Le 8 février, la maison de vente aux enchères Sotheby's organisera la vente "Origins" à Riyad. Cette vente est présentée comme "la première vente aux enchères internationale de l'histoire de l'Arabie saoudite". De nombreux lots ont déjà été présentés dans le cadre de l'exposition d'une semaine à la Bujairi Terrace de Diriyah, qui s’achèvera demain.

Ashkan Baghestani, responsable des ventes d'art contemporain de Sotheby's à New York et au Moyen-Orient, nous présente quelques-unes des œuvres d'art mises en vente dans le cadre de la vente "Origins".

Abdulhalim Radwi

« Untitled »

Il a joué un rôle déterminant dans le développement du modernisme saoudien, aux côtés de Mohammed Alsaleem et de quelques autres figures de proue. Il a été l'un des premiers artistes à être envoyé par le Royaume pour étudier en Europe, et il est l'un des rares artistes à mélanger les traditions européennes, comme le cubisme et l'expressionnisme, avec les traditions saoudiennes. À mon avis, il est l'un de mes modernistes saoudiens préférés, peut-être en raison de ses influences européennes. Cette œuvre particulière n'a pas été vue depuis les années quatre-vingt. Le propriétaire actuel l'a acquise directement auprès de l'artiste lui-même. Nous avons choisi cette œuvre parmi plusieurs autres qui nous ont été proposées parce que nous avons trouvé qu'elle décrivait vraiment la culture saoudienne et que la palette de couleurs était assez rare chez Radwi. On voit beaucoup de ses œuvres avec des teintes bleues ou vertes, mais rarement avec du rouge.

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Abdulhalim Radwi, « Untitled » (estimation entre 150 000 et 200 000 dollars) (Photo fournie).

Monir Farmanfarmaian

« Variations of Hexagon »

Personne n'a créé d'œuvres comme Monir - mêlant l'abstraction occidentale aux traditions persanes - elle est tellement unique. Une grande partie de sa pratique et de sa technique s'inspire de l'artisanat persan traditionnel que l'on trouve dans les mosquées et les palais depuis l'ère Safavide jusqu'à l'ère Qajar. La technique spécifique s'appelle aina-kari, c'est-à-dire le travail du miroir. Elle a donc introduit certaines de ces techniques américaines sophistiquées de construction, d'architecture et de sculpture dans l'artisanat persan traditionnel avec des miroirs comme celui-ci.

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Monir Farmanfarmaian, « Variations of Hexagon », 2008 (estimation entre 120 000 et 180 000 dollars) (Photo fournie).

René Magritte

« L'État de Veille »

Magritte est peut-être le surréaliste européen le plus célèbre. Il a battu des records saison après saison. Il est d'origine belge. Il est mort en 1967. Cette œuvre date de 1958, donc plus tard dans sa carrière, mais elle est très influencée par ses motifs les plus emblématiques - le mélange de l'architecture et de l'environnement. Il s'agit d'une gouache qui représente un ciel bleu vif parsemé de nuages cotonneux et ce qui semble très proche de vieilles façades belges. Il y a toujours cette idée de trompe-l'œil chez Magritte, où l'on ne sait pas vraiment ce que l’on ne regarde ni quand on le regarde. 

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René Magritte, « L'État de veille », (estimation entre 1 000 000 et 1 500 000 dollars) (Photo fournie).

Refik Anadol

« Machine Hallucinations : Mars »

Anadol adopte les nouvelles technologies, mais ses œuvres sont profondément centrées sur l'homme, explorant les émotions et l'interaction entre les personnes et leur environnement. "Machine Hallucinations" est son œuvre la plus célèbre. En collaboration avec la NASA, il a introduit des millions d'images provenant de satellites et de vaisseaux spatiaux de l'espace lointain dans un algorithme qui a généré ces images qui se transforment constamment et qui transcendent toute compréhension de ce que nous voyons. Elles sont extrêmement abstraites. Elles sont également très spirituelles. Elles sont en constante évolution. Celle-ci mélange des images de la Station spatiale internationale, du télescope Hubble et de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter. L'une des raisons pour lesquelles je voulais vraiment une œuvre d'art numérique est que je pensais que c'était un clin d'œil parfait à un pays qui est fortement investi non seulement dans de nombreuses formes d'art traditionnel, mais aussi dans l'art du futur. 

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Refik Anadol, « Machine Hallucinations Mars » (Infinite AI Data Painting), 2021 (estimation entre 800 000 et 1 200 000 dollars) - in situ (Photo fournie).

Louay Kayyali

« Then What ?? »

Il s'agit probablement de l'œuvre moderne arabe la plus importante jamais vendue aux enchères. C'est un moment très important pour nous et pour le marché. Kayyali est considéré comme l'un des artistes les plus socialistes de la région, aux côtés de Mahmoud Sabri, et il s'était vraiment engagé à représenter des "gens normaux". La Naqba - l'exil des Palestiniens - l'a profondément révolté et ému, et le titre de cette peinture pose la question suivante : « Après l'exil, que reste-t-il ? ». Il y a une vraie profondeur psychologique et une vraie division dans la toile. À gauche, le regard tourné vers le passé, et à droite, le regard tourné vers Dieu et l'avenir.

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Louay Kayyali, « Then What ?? », 1965 (estimation entre 500 000 et 700 000 dollars) (Photo fournie).

Asim Abu Shakra

« Untitled »

Abu Shakra est mort à l'âge de 28 ans. Il a consacré une grande partie de sa vie à peindre un cactus, et ses œuvres demeurent imprégnées de ces couleurs terreuses : verts, bruns, gris. Elles ont un certain ton nostalgique. Les coups de pinceau sont soudains, très spontanés. Ils s'installent en quelque sorte dans le néant. Abu Shakra vivait en Israël en tant qu'artiste arabe, il y a donc cette analogie avec un cactus qui survit dans des conditions arides dans le désert, sans beaucoup d'aide. Il n'a pas besoin de beaucoup d'eau. Il a des aiguilles qui le protègent des agressions extérieures. C'est un symbole de dislocation et d'endurance, mais aussi une réflexion profondément personnelle sur la mortalité de l'artiste. Le cactus offre de l'espoir car certains produisent des fleurs lorsqu'ils sont sur le point de mourir, ce qui est une belle analogie.  

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Asim Abu Shakra, « Untitled » (estimation entre 60 000 et 80 000 dollars) (Photo fournie).

Fernando Botero

« Society Woman »

Botero a transcendé toutes les lignes directrices générationnelles et toutes les régions géographiques, car il s'adresse à un public très large. Ses œuvres sont devenues emblématiques dans les années quatre-vingt-dix. Elles sont faciles et ludiques, mais ce sont aussi des peintures sérieuses. Botero s'ancre dans la tradition des vieux maîtres, mais leur donne une tournure : la plupart de ses peintures et sculptures sont toujours un peu gonflées. Indépendamment de la taille et de l'échelle, elles ont une posture élégante et imposante. Il a montré que même si l'on est voluptueux, on peut avoir de la grâce, de la féminité, de l'assurance et célébrer ses rondeurs. Il souligne souvent le contraste entre la douce sensualité du corps et les qualités sculpturales de la forme humaine. Il a vraiment reconsidéré les idéaux conventionnels de beauté et de proportion. 

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Fernando Botero, « Society Woman » (estimation entre 800 000 et 1 200 000 dollars) (Photo fournie).

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président du Château de Versailles nommé à la tête du Louvre en crise

Christophe Leribault, président du domaine du Château de Versailles, pose lors d’une visite de presse des infrastructures des sites des Jeux olympiques et paralympiques de Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 à Versailles, le 29 mars 2024.
Christophe Leribault, président du domaine du Château de Versailles, pose lors d’une visite de presse des infrastructures des sites des Jeux olympiques et paralympiques de Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 à Versailles, le 29 mars 2024.
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  • Christophe Leribault prend la tête du Musée du Louvre après la démission de Laurence des Cars, fragilisée par le vol spectaculaire des joyaux de la Couronne et une crise sociale persistante
  • Défis majeurs à relever : sécurisation et modernisation du musée, restauration du dialogue social, gestion de la surfréquentation et pilotage du projet « Louvre Nouvelle Renaissance » annoncé par Emmanuel Macron

PARIS: Le musée parisien du Louvre change de tête: au lendemain de la démission de Laurence des Cars, Christophe Leribault, président du château de Versailles, a pris mercredi la tête du musée le plus visité au monde, dans la tourmente depuis le spectaculaire cambriolage du 19 octobre.

Ce conservateur général du patrimoine de 62 ans a été nommé à la présidence du Louvre en Conseil des ministres.

Il "aura à conduire des chantiers majeurs pour l'avenir de l'institution" comme  "la sécurisation et la modernisation", a déclaré la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. Il devra également "restaurer un climat de confiance", a ajouté le ministère de la Culture, son autorité de tutelle.

Cet historien d'art arrive au Louvre dans un climat très lourd.

Sa présidente depuis fin 2021, Laurence des Cars, a démissionné mardi, emportée par les dysfonctionnements mis au jour par le vol de joyaux de la Couronne et la grève perlée des personnels qui grippe le musée parisien depuis la mi-décembre.

Dans ce contexte, Christophe Leribault aura pour mission de "sécuriser" et "moderniser" le musée, a indiqué la source.

Pour cela, le nouveau patron pourra s'appuyer sur sa forte expérience de la gestion d'institutions culturelles: avant Versailles, il a dirigé plusieurs musées parisiens, notamment le Petit Palais et le musée d'Orsay.

"Tenir la barre ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir avancer. Et les conditions pour avancer ne sont plus réunies", a déclaré au quotidien Le Figaro Mme des Cars, à qui M. Leribault avait déjà succédé à la tête du musée d'Orsay fin 2021.

La pression était devenue trop forte pour la dirigeante, mise en très grande difficulté par une série de rapports ayant pointé la "sous-estimation chronique" des risques de vol au Louvre, l'obsolescence des dispositifs de sûreté et la priorisation donnée à des "opérations visibles et attractives" au détriment de la sécurité.

Laurence des Cars avait également dû admettre n'avoir découvert qu'après le cambriolage l'existence d'un audit alarmant sur la vulnérabilité de la galerie Apollon, dans laquelle les cambrioleurs se sont introduits en plein jour le 19 octobre pour s'emparer de huit bijoux d'une valeur de 88 millions d'euros.

- "Nouveau chapitre" -

Selon le ministère de la Culture, le départ de Laurence des Cars, effectif dès mercredi, "permettra au musée d'ouvrir un nouveau chapitre de son histoire".

Miné par la surfréquentation (quelque neuf millions de visiteurs par an) et des équipements vieillissants, le musée est par ailleurs confronté depuis la mi-décembre au plus long conflit social de son histoire.

Dénonçant leurs conditions de travail et l'absence de dialogue social, les personnels mènent une grève perlée qui a contraint le musée à rester fermé à quatre reprises, occasionnant quelque deux millions d'euros de pertes de recettes.

"On a besoin d'un apaisement social", a déclaré à l'AFP la déléguée CFDT au Louvre Valérie Baud, assurant que les discussions avec l'ancienne direction étaient dans "l'impasse".

Le nouveau patron du Louvre devra notamment s'attaquer à la gouvernance du Louvre, devenu un "Etat dans l'Etat" selon le député Alexandre Portier, qui préside une commission d'enquête sur la sécurité des musées.

L'exécutif se tourne vers le projet "Louvre Nouvelle Renaissance", le colossal chantier annoncé par Emmanuel Macron début janvier 2025, qui doit permettre de rénover le bâtiment existant et créer une nouvelle entrée et une nouvelle salle pour la Joconde.

Evalué à plus d'un milliard d'euros et contesté par les syndicats, ce projet a connu un récent revers avec le report sine die de la désignation du groupement d'architectes en charge d'une partie du chantier.


A l'IMA, Plongée dans l’histoire de Byblos, premier grand port international du monde antique

L’exposition rassemble près de 400 pièces majeures, dont l’obélisque d’Abishemou ou encore une mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe. Issues notamment de tombes royales et de sanctuaires, ces œuvres — vaisselle d’or et d’argent, bijoux incrustés de pierres semi-précieuses, armes d’apparat — illustrent la richesse et le raffinement de la cour de Byblos au début du IIe millénaire av. J.-C. (IMA)
L’exposition rassemble près de 400 pièces majeures, dont l’obélisque d’Abishemou ou encore une mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe. Issues notamment de tombes royales et de sanctuaires, ces œuvres — vaisselle d’or et d’argent, bijoux incrustés de pierres semi-précieuses, armes d’apparat — illustrent la richesse et le raffinement de la cour de Byblos au début du IIe millénaire av. J.-C. (IMA)
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  • Bien avant l’essor des grandes puissances antiques, Byblos reliait déjà la côte libanaise à l’Égypte, à la Mésopotamie et au monde égéen
  • Dès 3200 av. J.-C., elle s’impose comme l’un des principaux ports de la Méditerranée — un statut qu’elle conservera plus de deux mille ans

PARIS: Au cœur d’une exposition exceptionnelle, la cité millénaire de Byblos révèle son rôle fondateur dans l’histoire de la Méditerranée, entre commerce, diplomatie et naissance de l’écriture. Présentée à l’Institut du monde arabe, en partenariat avec la Direction Générale des Antiquités du Liban, avec la collaboration du musée du Louvre et sur une idée originale du musée des Antiquités de Leiden, cette manifestation retrace près de neuf millénaires d’histoire urbaine continue.

Une cité fondatrice du monde méditerranéen

Bien avant l’essor des grandes puissances antiques, Byblos reliait déjà la côte libanaise à l’Égypte, à la Mésopotamie et au monde égéen. Dès 3200 av. J.-C., elle s’impose comme l’un des principaux ports de la Méditerranée — un statut qu’elle conservera plus de deux mille ans. Cette position stratégique s’explique notamment par ses liens privilégiés avec les pharaons, fondés sur le commerce du cèdre, ressource précieuse recherchée pour la construction navale, les temples et les rites funéraires.

Implantée sur un promontoire dominant la mer, à quarante kilomètres au nord de Beyrouth, la ville constitue aujourd’hui l’un des plus anciens sites habités sans interruption au monde. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle témoigne d’une évolution urbaine allant d’un village de pêcheurs né il y a plus de 9000 ans à une cité-État prospère de l’âge du Bronze.

400 trésors pour raconter une civilisation

L’exposition rassemble près de 400 pièces majeures, dont l’obélisque d’Abishemou ou encore une mosaïque représentant l’enlèvement d’Europe. Issues notamment de tombes royales et de sanctuaires, ces œuvres — vaisselle d’or et d’argent, bijoux incrustés de pierres semi-précieuses, armes d’apparat — illustrent la richesse et le raffinement de la cour de Byblos au début du IIe millénaire av. J.-C.

Plusieurs objets témoignent de l’influence directe de l’Égypte, certains ayant même été offerts par les pharaons Amenemhat III et Amenemhat IV. Les dépôts votifs du Temple aux Obélisques révèlent quant à eux un univers religieux foisonnant, peuplé de figurines en bronze parfois dorées, de haches rituelles et de poignards cérémoniels.

Une découverte archéologique majeure

Moment fort du parcours : la présentation des découvertes récentes issues des fouilles menées depuis 2019. Les archéologues ont mis au jour une nécropole intacte datant d’environ 1800 av. J.-C., appartenant à l’élite de la cité — une trouvaille exceptionnelle dans la région. Ces artefacts bouleversent déjà la compréhension des structures sociales et économiques de cette puissance maritime antique.

IMA

Le site, exploré dès le XIXe siècle par l’érudit français Ernest Renan, continue ainsi de livrer ses secrets, confirmant que Byblos n’est pas seulement un vestige du passé, mais un laboratoire vivant de l’histoire méditerranéenne.

Une épopée toujours vivante

Au-delà de l’Antiquité, le parcours met également en lumière les périodes phénicienne, hellénistique, romaine et médiévale, jusqu’aux habitants actuels qui perpétuent la vie au cœur de la vieille ville. Cette continuité humaine fait de Byblos un rare exemple de cité où l’histoire ne s’est jamais interrompue.

Entre archéologie spectaculaire et récit civilisationnel, l’exposition offre ainsi une immersion dans l’une des plus anciennes aventures urbaines de l’humanité — celle d’une ville qui, bien avant les routes maritimes modernes, avait déjà fait de la Méditerranée un espace d’échanges, de cultures et d’idées.


Le film «Une bataille après l'autre» triomphe aux Bafta britanniques

Le prince William et la princesse Kate ont également répondu présents, après une semaine difficile pour la famille royale marquée par l'interpellation d'Andrew, le frère du roi Charles III, dans l'affaire Epstein. (AFP)
Le prince William et la princesse Kate ont également répondu présents, après une semaine difficile pour la famille royale marquée par l'interpellation d'Andrew, le frère du roi Charles III, dans l'affaire Epstein. (AFP)
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  • Les Bafta, souvent critiqués pour ne pas assez mettre en valeur les talents britanniques, ont aussi créé la surprise en distinguant le Britannique de 33 ans Robert Aramayo comme meilleur acteur dans la comédie dramatique "I Swear"
  • Très ému, cet acteur peu connu du public a battu le Franco-Américain Timothée Chalamet, pressenti pour ce trophée pour son rôle de joueur de ping-pong à l'ambition insatiable dans "Marty Supreme"

LONDRES: La fresque politique "Une bataille après l'autre" du cinéaste américain Paul Thomas Anderson est sortie dimanche grande gagnante des Bafta, les récompenses britanniques du cinéma, avec six prix dont meilleur film et meilleur réalisateur.

Le triomphe de cette tragicomédie sur la traque d'ex-révolutionnaires par des suprémacistes blancs, qui était nommée 14 fois, cimente son statut de favori aux Oscars, qui auront lieu le 15 mars à Los Angeles.

Interrogé lors d'une conférence de presse après sa victoire, Paul Thomas Anderson, dont le film fait écho aux récentes actions de la police de l'immigration (ICE) aux Etats-Unis, a souligné le besoin de "mener la révolution, sans violence si possible", et appelé les spectateurs à "garder espoir".

Les Bafta, souvent critiqués pour ne pas assez mettre en valeur les talents britanniques, ont aussi créé la surprise en distinguant le Britannique de 33 ans Robert Aramayo comme meilleur acteur dans la comédie dramatique "I Swear".

Très ému, cet acteur peu connu du public a battu le Franco-Américain Timothée Chalamet, pressenti pour ce trophée pour son rôle de joueur de ping-pong à l'ambition insatiable dans "Marty Supreme", grâce à son interprétation d'un jeune homme atteint du syndrome de Tourette, inspiré de l'Ecossais John Davidson.

Celui-ci était présent dans la salle, et le présentateur Alan Cumming a remercié le public pour sa compréhension, s'excusant si des spectateurs avaient été "offensés" par le "langage grossier" qu'ils avaient pu entendre, un phénomène qui "fait partie de la manière dont le syndrome de la Tourette se manifeste chez certaines personnes".

Un extrait de la cérémonie pendant lequel une insulte raciste, attribuée à M. Davidson, est lancée aux acteurs de "Sinners" Michael B. Jordan et Delroy Lindo lorsqu'ils remettent un prix sur scène est devenu viral dimanche soir sur les réseaux sociaux.

William et Kate 

La soirée des Bafta est l'une des plus glamour du calendrier londonien, et Leonardo DiCaprio, Jessie Buckley, Emma Stone, Timothée Chalamet ou Paul Mescal ont foulé le tapis rouge du centre culturel Southbank, sur les rives de la Tamise.

Le prince William et la princesse Kate ont également répondu présents, après une semaine difficile pour la famille royale marquée par l'interpellation d'Andrew, le frère du roi Charles III, dans l'affaire Epstein.

Il s'agissait de la première sortie officielle du prince depuis lors. Il a confié à des organisateurs de la soirée ne pas avoir vu le drame shakespearien "Hamnet", qui concourait dans 11 catégories: pour cela, "je dois être dans un état assez calme, ce qui n'est pas le cas pour le moment".

Ce drame-fiction de Chloé Zhao, qui explore le deuil du couple Shakespeare après la mort de leur fils, est reparti avec seulement deux récompenses: meilleur film britannique et meilleure actrice pour l'Irlandaise Jessie Buckley.

Cette actrice de 36 ans est la grande gagnante de la saison des prix et ultra-favorite aux Oscars.

A la croisée des genres entre horreur, film sur le blues et drame d'époque, "Sinners" de l'Américain Ryan Coogler (Black Panther), qui a remporté un record de 16 nominations aux Oscars, repart lui avec trois récompenses.

Paddington en vedette 

L'actrice britannico-nigériane Wunmi Mosaku a remporté le prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film d'époque teinté de fantastique dans l'Amérique ségrégationniste des années 1930.

"J'ai retrouvé une partie de moi-même en Annie, une partie de mes espoirs, de mon pouvoir ancestral et de mes liens, des aspects que je croyais avoir perdus (...) en tant qu'immigrante cherchant à m'intégrer", a déclaré l'interprète de 39 ans.

Depuis 2022, aucun acteur ou actrice britannique n'avait été sacré aux Bafta qui, depuis une réforme de son académie datant de 2020, fait élire ses gagnants par des votants au profil plus international.

Un changement qui s'est ressenti sur le palmarès, là où des cérémonies comme les César en France ou les Goya en Espagne valorisent davantage leur cinéma national.

"Valeur sentimentale", le film de Joachim Trier sur la relation douloureuse d'un père cinéaste avec ses filles, a remporté le prix du meilleur film non anglophone, une première pour un Norvégien.

Le plus célèbre des ours, Paddington, a lui aussi fait une apparition pour remettre la récompense pour le meilleur film pour les enfants et la famille, décrochée par l'Indien "Boong".