Frappes israéliennes meurtrières au Liban, l’armée libanaise gagne du terrain

 Des débris sont enlevés sur le site endommagé après les frappes israéliennes dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 28 avril 2025. (Reuters)
Des débris sont enlevés sur le site endommagé après les frappes israéliennes dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 28 avril 2025. (Reuters)
Short Url
Publié le Vendredi 02 mai 2025

Frappes israéliennes meurtrières au Liban, l’armée libanaise gagne du terrain

  • Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah en novembre, les attaques israéliennes continuent de faire des victimes tous les jours
  •  «L'armée libanaise contrôle plus de 85% du sud après l'avoir nettoyé, d'un point de vue militaire», affirme le président libanais Joseph Aoun

BEYROUTH: L'armée israélienne a repris ses frappes de drones sur des cibles dans les zones frontalières du sud du Liban jeudi.

L'une de ces attaques, qui visait un véhicule à Mays al-Jabal, a tué trois personnes qui ramassaient de la ferraille dans des bâtiments endommagés. Le ministère libanais de la Santé a déclaré que les deux passagers du véhicule étaient des ressortissants syriens. Les médias du Hezbollah ont identifié le conducteur comme étant un citoyen libanais, Izzat Karout.

Moins de deux heures plus tard, une autre attaque de drone dans la même zone a tué un motocycliste, qui serait un ancien secouriste blessé lors d'un précédent raid israélien. La municipalité de Mays al-Jabal a indiqué qu'il s'agissait d'Oussama Bahij Farhat, un volontaire de la défense civile libanaise.

Citant une source de sécurité, la chaîne d'information israélienne Canal 12 a rapporté que la «deuxième attaque a été menée pour cibler un membre du Hezbollah».

Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah en novembre, les attaques israéliennes continuent de faire des victimes tous les jours. Plus de 2 000 violations israéliennes de la souveraineté libanaise ont été enregistrées dans le sud du pays, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans les zones situées à l'est, le long de la frontière avec la Syrie.

Jeudi encore, une activité intense des avions de reconnaissance israéliens dans l'espace aérien libanais a été observée, en particulier dans le ciel de Beyrouth et de sa banlieue sud.

Une source politique a déclaré à Arab News que cette dernière activité était «la preuve qu'Israël n'a répondu à aucune pression diplomatique visant à mettre fin à ses violations».

L'accord de cessez-le-feu, conclu sous la médiation des États-Unis et de la France, stipule que le Hezbollah doit se retirer des zones frontalières situées au sud du fleuve Litani et démanteler son infrastructure militaire, ce qui permet à l'armée libanaise de renforcer sa présence dans cette région en coordination avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).

Les forces israéliennes, qui ont mené une offensive terrestre dans le sud du Liban en octobre, se sont retirées à la suite de l'accord de paix, mais ont maintenu une présence sur cinq collines qu'elles décrivent comme des sites stratégiques.

Le président libanais Joseph Aoun, qui est rentré à Beyrouth jeudi après une visite officielle aux Émirats arabes unis, a déclaré que «l'armée libanaise contrôle plus de 85% du sud après l'avoir nettoyé, d'un point de vue militaire, dans le cadre de ses engagements à l'égard de l'accord de cessez-le-feu».

Parallèlement, l'ambassade des États-Unis au Liban a déclaré que le général de division Michael Leeney rejoignait le mécanisme de mise en œuvre de la cessation des hostilités, le groupe international créé pour surveiller la mise en œuvre de l'accord de cessez-le-feu, «en tant que haut responsable militaire américain à plein temps à Beyrouth». Sa nomination s'inscrit dans le prolongement des relations étroites entre les forces armées libanaises et l'armée américaine, a ajouté le communiqué. Le général de division Jasper Jeffers continuera à présider le mécanisme tout en remplissant ses autres fonctions en tant que commandant des forces d'opérations spéciales américaines au Levant, dans le Golfe et en Asie centrale, a indiqué l'ambassade.

Lors de leurs rencontres avec M. Leeney, les responsables libanais ont unanimement demandé que des mesures soient prises pour mettre un terme aux «violations continues de l'accord par Israël».

Après une réunion avec le commandant de l'armée libanaise, le général Rodolf Haykal, le député Ghassan Skaff a déclaré à Arab News: «Environ 90% de la zone située au sud du fleuve Litani est désormais débarrassée des installations du Hezbollah, et l'armée a progressivement renforcé son contrôle sur la région.»

«L'armée libanaise compte sur le dialogue concernant la stratégie de défense pour traiter la question des armes du Hezbollah au nord du fleuve Litani, et des travaux sont en cours à ce sujet.»

«Le commandement de l'armée estime que la pression exercée sur Israël est encore insuffisante pour mettre fin à ses violations. Les violations continues d'Israël se produisent avec le soutien des Américains, et Israël ne cherche plus de justifications pour bombarder la banlieue sud de Beyrouth, par exemple.»

Jeanine Hennis-Plasschaert, coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, avait déjà lancé un avertissement: «Les habitants des districts de Bint Jbeil et de Tyr ne peuvent toujours pas retourner chez eux en raison de la destruction massive des infrastructures et des biens causée par la récente guerre.»

«La situation humanitaire dans le sud du Liban est extrêmement préoccupante et il est urgent de rétablir les services de base.»

«Les solutions temporaires ne suffisent plus face à l'aggravation de la crise humanitaire, et l'État libanais et la communauté internationale doivent agir rapidement pour reconstruire et fournir les éléments essentiels à une vie digne aux personnes déplacées et aux citoyens affectés.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.


En Tunisie, la militante Sihem Bensedrine condamnée à 25 ans de prison

La militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine a indiqué vendredi à l'AFP avoir été condamnée à 25 ans de prison, notamment pour falsification d'une partie du rapport final d'une commission de justice transitionnelle. (AFP/Archives)
La militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine a indiqué vendredi à l'AFP avoir été condamnée à 25 ans de prison, notamment pour falsification d'une partie du rapport final d'une commission de justice transitionnelle. (AFP/Archives)
  • La militante des droits humains Sihem Bensedrine a été condamnée à 25 ans de prison dans des dossiers liés à l'Instance vérité et dignité (IVD), une décision dont elle a fait appel
  • Elle affirme que ces poursuites visent à remettre en cause le travail de justice transitionnelle, tandis que des ONG dénoncent une régression des droits et libertés en Tunisie

TUNIS: La militante des droits humains Sihem Bensedrine, l'une des opposantes les plus connues de Tunisie, a été condamnée dans la nuit de jeudi à vendredi à 25 ans de prison dans des affaires liées à la justice transitionnelle.

"Bien entendu, c'est une décision qui n'a rien à voir avec la justice", a réagi auprès de l'AFP Mme Bensedrine, 75 ans.

"Elle a à voir avec un régime totalitaire qui veut éliminer l'héritage de l'IVD", a-t-elle affirmé vendredi, en référence à l'Instance vérité et dignité dont elle a été la présidente et qui a auditionné des milliers de victimes des pouvoirs de Habib Bourguiba (1957-1987) et Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).

Elle a annoncé qu'elle allait faire appel. Placée en détention en août 2024, elle avait été libérée en février 2025.

De nombreux autres opposants sont en prison ou en exil en Tunisie. Des ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés dans ce berceau du Printemps arabe, depuis un coup de force en juillet 2021 du président Kais Saied par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

- "Effacer" la justice transitionnelle -

La justice poursuivait notamment Mme Bensedrine, ancienne journaliste, pour des soupçons de falsification d'une partie du rapport final de cette instance, mise en place après la révolution de 2011.

"Ils veulent effacer la mémoire de la justice transitionnelle", a accusé Mme Bensedrine.

L'IVD a mené un long travail de mémoire rendu possible par le soulèvement de 2010-2011, qui a abouti à la chute du président Ben Ali.

Elle a enquêté sur les violations des droits humains commises entre juillet 1955 et décembre 2013, dans le but de mettre fin à l'impunité de leurs auteurs et de réhabiliter les victimes.

Mais si des audiences publiques, retransmises en direct à la télévision en 2016, avaient marqué les esprits, elles étaient malgré tout intervenues dans une société fracturée où certains refusent tout examen de conscience.

Sihem Bensedrine, figure très exposée, a été au centre de nombreuses critiques dans ce climat politique fortement polarisé.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a jugé cette semaine dans un communiqué que les accusations à son encontre étaient "infondées".

- "Dépublier" le rapport -

La justice accuse notamment Mme Bensedrine d'avoir abusé de sa fonction de présidente de l'IVD pour avantager un tiers, à savoir l'homme d'affaires Slim Chiboub, lors d'un accord d'arbitrage et de réconciliation conclu avec l'IVD.

Cet accord n'a "jamais été exécuté", a précisé à l'AFP son avocat Elyes Bensedrine. Elle a été condamnée à cinq ans dans ce dossier.

Elle a également été reconnue coupable d'avoir causé un préjudice à l'administration dans l'affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT) - accusée de corruption - et de falsification du rapport final de l'IVD dans ce cadre, ce qui lui vaut 20 ans de prison, toujours selon son avocat.

Mme Bensedrine affirme être visée par "des fonctionnaires mafieux (qui) prennent l'Etat en otage", afin de "prendre leur revanche" et "délégitimer nos travaux".

Ils veulent "pouvoir avoir une base judiciaire pour dépublier le rapport (de l'IVD), parce que tant qu'il est publié au Journal officiel, il engage l'Etat", a-t-elle assuré.

La FIDH a écrit que les poursuites contre l'ancienne journaliste soulevaient "de sérieuses préoccupations", car la loi "prévoit qu'aucun membre de l'Instance ne peut être tenu responsable du contenu des rapports produits".

Mme Bensedrine, qui dément toute malversation, a expliqué à l'AFP que sa défense avait en effet plaidé que le tribunal n'était pas compétent.

Dans son rapport final publié en 2020, l'IVD avait appelé à "démanteler un système de corruption, de répression et de dictature" persistant au sein des institutions de l'Etat.


Les discussions entre le Liban et Israël à Washington vont se poursuivre vendredi

Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
  • Les pourparlers entre Israël et le Liban, sous médiation américaine à Washington, se poursuivront vendredi afin de tenter de parvenir à un accord
  • Malgré les négociations, les tensions persistent : le Hezbollah accuse Israël d'avoir violé le cessez-le-feu après une frappe meurtrière, tandis qu'Israël affirme avoir ciblé des combattants du mouvement

WASHINGTON: La cinquième session de pourparlers entre Israël et le Liban sous médiation américaine censée se terminer jeudi va finalement se poursuivre vendredi à Washington, a annoncé le département d'Etat américain.

"Les discussions entre Israël et le Liban sont toujours en cours alors que nous continuons à les faciliter. Les deux parties reprendront demain à 9h00 (13h00 GMT) pour continuer leur travail en vue d'un accord", a déclaré le département d'Etat à l'AFP jeudi.

Le Hezbollah pro-iranien a de nouveau accusé jeudi Israël de "violation flagrante" du cessez-le-feu après qu'une frappe de drone a fait trois morts. L'armée israélienne a affirmé avoir tué des combattants de la formation chiite.

Le protocole d'accord irano-américain signé le 17 juin prévoit la cessation des hostilités, y compris au Liban. L'Iran a imposé que cette question soit incluse dans le protocole d'accord.