Gaza: les centres d'aide fermés temporairement, Israël annonce des zones de combat

Mardi, 27 personnes qui espéraient pouvoir se rendre au centre de GHF de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, ont été tuées quand des soldats israéliens ont ouvert le feu "sur des milliers de civils" rassemblés à plusieurs centaines de mètres, selon la Défense civile. (AFP)
Mardi, 27 personnes qui espéraient pouvoir se rendre au centre de GHF de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, ont été tuées quand des soldats israéliens ont ouvert le feu "sur des milliers de civils" rassemblés à plusieurs centaines de mètres, selon la Défense civile. (AFP)
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Publié le Mercredi 04 juin 2025

Gaza: les centres d'aide fermés temporairement, Israël annonce des zones de combat

  • Les centres d'aide de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les Etats-Unis et Israël, sont fermés mercredi dans le territoire palestinien, où les routes menant aux sites de distribution sont devenues des "zones de combats", a averti l'armée
  • Après la levée très partielle d'un blocus total imposé par Israël pendant plus de deux mois, privant la population de Gaza de toute aide humanitaire, la GHF a commencé la distribution de colis-repas le 27 mai

GAZA: Les centres d'aide de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les Etats-Unis et Israël, sont fermés mercredi dans le territoire palestinien, où les routes menant aux sites de distribution sont devenues des "zones de combats", a averti l'armée israélienne.

Après bientôt 20 mois d'une guerre dévastatrice, déclenchée par l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, la Défense civile de la bande de Gaza a annoncé mercredi la mort de 12 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants dans une frappe israélienne à l'aube dans l'ouest de Khan Younès (sud).

Quatre autres personnes ont été tuées dans des bombardements sur d'autres secteurs du territoire palestinien, selon cette organisation de premiers secours.

La GHF, une organisation au financement opaque, a justifié la fermeture d'une journée de ses centres "pour des travaux de rénovation, de réorganisation et d'amélioration de l'efficacité", après une série d'événements chaotiques meurtriers ces derniers jours à proximité des sites tenus par cette fondation avec laquelle l'ONU refuse de coopérer.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit de son côté se prononcer mercredi soir sur un projet de résolution réclamant "un cessez-le-feu immédiat et permanent", ainsi que "la levée de toutes les restrictions à l'entrée d'aide humanitaire à Gaza et sa distribution sûre et sans entrave à grande échelle", y compris par l'ONU, selon le texte.

Mais il devrait se heurter à un nouveau veto des Etats-Unis, proche allié d'Israël et son principal fournisseur d'armements, malgré la pression internationale croissante sur Israël pour mettre fin à la guerre dans le territoire palestinien dévasté par les bombardements, où les quelque 2,4 millions d'habitants sont menacés de famine, selon l'ONU.

"Faire toute la lumière" 

Après la levée très partielle d'un blocus total imposé par Israël pendant plus de deux mois, privant la population de Gaza de toute aide humanitaire, la GHF a commencé la distribution de colis-repas le 27 mai.

Mais son déploiement a été marqué par des scènes chaotiques accompagnées de violences meurtrières à proximité de ses centres.

L'ONU refuse de travailler avec cette organisation en raison de préoccupations concernant ses procédés et sa neutralité.

Mardi, 27 personnes qui espéraient pouvoir se rendre au centre de GHF de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, ont été tuées quand des soldats israéliens ont ouvert le feu "sur des milliers de civils" rassemblés à plusieurs centaines de mètres, selon la Défense civile.

L'armée israélienne, qui accuse le Hamas de tout faire pour empêcher les distributions de GHF, a indiqué mardi soir que "des soldats avaient procédé à des tirs de semonce (...) en direction de suspects qui s'approchaient d'une manière qui mettait en danger leur sécurité", et annonçait qu'un enquête était en cours pour faire "toute la lumière" sur ce qui s'est passé.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a "condamné" ces tirs, évoquant des pertes de vies "inconcevables", deux jours après un drame similaire au même endroit, au cours duquel 31 personnes ont été tuées lundi, selon les secours palestiniens. Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Volker Türk, a lui dénoncé des "crimes de guerre".

Israël a intensifié à la mi-mai son offensive dans la bande de Gaza, dans le but affiché de libérer les derniers otages kidnappés le 7 octobre 2023, prendre le contrôle de l'ensemble du petit territoire coincé entre Israël, l'Egypte et la Méditerranée, et anéantir le Hamas qui y a pris le pouvoir en 2007.

Voilier pour Gaza 

Pour apporter de l'aide humanitaire, un voilier de la Coalition de la flottille pour la liberté, avec la militante écologiste suédoise Greta Thunberg et la député française de gauche Rima Hassan à son bord, est parti dimanche d'Italie en direction du territoire.

"La Marine est mobilisée jour et nuit pour protéger l'espace maritime d'Israël et les frontières maritimes", a averti mardi le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l'armée israélienne.

L'attaque du 7-Octobre a entraîné la mort de 1.218 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 57 sont toujours retenues à Gaza, dont au moins 34 sont mortes, selon les autorités israéliennes.

Plus de 54.607 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans la campagne militaire israélienne de représailles, selon des données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l'ONU.

L'armée israélienne a annoncé mercredi la mort au combat d'un de ses soldats dans le nord de la bande de Gaza.

 


Liban: nouvelle frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth

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  • L'aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth
  • Un porte-parole arabophone de l'armée israélienne avait averti qu'elle allait frapper les succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan

BEYROUTH: L'aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle) et les images de l'AFPTV.

Un porte-parole arabophone de l'armée israélienne avait averti qu'elle allait frapper les succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan, liée au Hezbollah, implantée notamment dans les fiefs de la formation.

 

 

 


Doté d'un nouveau guide suprême, l'Iran échange des frappes avec Israël

Israël a annoncé des frappes contre des "infrastructures du régime" en Iran au dixième jour d'un conflit qui a embrasé tout le Moyen-Orient et ébranle l'économie mondiale. (AFP)
Israël a annoncé des frappes contre des "infrastructures du régime" en Iran au dixième jour d'un conflit qui a embrasé tout le Moyen-Orient et ébranle l'économie mondiale. (AFP)
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  • Paniqué par l'intensification de la guerre durant le week-end et le blocage persistant du détroit stratégique d'Ormuz, le marché pétrolier flambe lundi matin, propulsant le baril à plus de 118 dollars
  • Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans considéré comme proche des conservateurs iraniens en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique

TEHERAN: L'Iran a lancé lundi ses premières salves de missiles et de drones vers Israël et ses voisins du Golfe depuis que Mojtaba Khamenei a succédé comme guide suprême à son père, l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.

Israël a annoncé des frappes contre des "infrastructures du régime" en Iran au dixième jour d'un conflit qui a embrasé tout le Moyen-Orient et ébranle l'économie mondiale.

Paniqué par l'intensification de la guerre durant le week-end et le blocage persistant du détroit stratégique d'Ormuz, le marché pétrolier flambe lundi matin, propulsant le baril à plus de 118 dollars.

Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans considéré comme proche des conservateurs iraniens en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a été choisi dimanche comme guide suprême par l'Assemblée des experts, collège de 88 membres du clergé chiite.

Le communiqué a été lu solennellement dimanche soir à la télévision d'Etat par un présentateur pendant qu'une photo de Mojtaba Khamenei apparaissait à l'écran.

L'Assemblée des experts assure "ne pas avoir hésité une minute" à remplir sa mission de désigner un guide malgré "l'agression brutale de l'Amérique criminelle et du régime sioniste malfaisant".

Les Gardiens de la Révolution, les forces armées, la police et la diplomatie ont immédiatement prêté allégeance au nouveau guide suprême, qui succède à son père, au pouvoir de 1989 à sa mort le 28 février dans l'offensive américano-israélienne.

Scènes de liesse 

Des images ont ensuite montré des scènes de liesse à travers le pays, avec des Iraniens agitant dans la nuit des drapeaux de la République islamique ou les lampes de leurs téléphones portables.

Israël avait d'ores et déjà annoncé mercredi que le nouveau guide suprême serait "une cible". Quant à Donald Trump, qui revendique un droit de regard sur le pouvoir iranien, il a prévenu dimanche que le nouveau guide suprême "ne tiendra pas longtemps" sans son aval, et ce avant même que son nom ne soit rendu public.

Jeudi, il avait déjà affirmé qu'il n'accepterait pas que Mojtaba Khamenei prenne la relève.

Quelques heures après cette annonce, la radio-télévision d'Etat Irib a annoncé le lancement de missiles vers Israël. Elle a montré le fuselage d'un projectile frappé de l'inscription "sous ton commandement Seyyed Mojtaba", une référence religieuse chiite qui marque l'allégeance des forces iraniennes au nouveau guide.

L'armée israélienne a dit de son côté lundi avoir lancé contre l'Iran une nouvelle vague de frappes visant des bases de lancement de missiles, des centres de commandement des Gardiens de la Révolution et de la police, ainsi qu'une usine de moteurs de fusées.

Le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont également fait état lundi de vagues de missiles et de drones iraniens lancés dans leur direction.

Un drone iranien a blessé 32 civils, dont quatre grièvement, à Sitra, au Bahreïn, selon le ministère de la Santé. L'Arabie saoudite a annoncé l'interception de quatre drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué dimanche.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a condamné ces attaques contre le royaume et ses voisins. "Ces agressions sont inacceptables et injustifiables en toutes circonstances", a-t-il écrit sur X.

Depuis le début de la guerre, l'Iran attaque des infrastructures chez ses voisins du Golfe, riches en hydrocarbures et qui abritent plusieurs bases militaires américaines.

Flambée du pétrole 

La guerre paralyse une grande partie des flux d'hydrocarbures en provenance du Golfe. Le détroit d'Ormuz est au centre des inquiétudes, avec quelque 20% de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) qui y transite habituellement.

Le prix du baril a brièvement dépassé les 118 dollars lundi, atteignant son plus haut niveau depuis l'été 2022 à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Depuis le début de la guerre, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, s'est apprécié de 70%, du jamais vu sur une période aussi courte.

Face à ce choc pour l'économie mondiale, les ministres des Finances des puissances du G7 doivent se réunir en visioconférence lundi à 12H30 GMT.

Cette flambée est un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde", a assuré Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Dans une interview publiée dimanche par The Times of Israel, M. Trump a déclaré que l'arrêt des hostilités se ferait par une décision "mutuelle" entre lui et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Pendant le week-end, Israël avait annoncé avoir frappé plusieurs dépôts de carburant à Téhéran. L'épaisse fumée noire provenant des réservoirs pétroliers bombardés a plongé dimanche la capitale iranienne dans une obscurité aux allures d'apocalypse, accompagnée d'une odeur de brûlé, le temps pluvieux ajoutant encore plus de confusion.

"L'air est devenu irrespirable", témoigne une habitante jointe par téléphone depuis Paris. "Nous ne voulions pas qu'ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà".

Après cette première attaque contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le 28 février, l'armée iranienne a menacé de cibler des sites pétroliers de la région.

"Si vous pouvez supporter un pétrole à plus de 200 dollars le baril, continuez avec ce jeu", a-t-elle menacé.

Combats au Liban 

Selon le dernier bilan du ministère iranien de la Santé, plus de 1.200 personnes ont été tuées et plus de 10.000 civils blessés, des affirmations que l'AFP n'a pas pu vérifier.

Israël a également annoncé lundi matin avoir repris ses frappes sur des "infrastructures du Hezbollah" à Beyrouth, s'ajoutant aux violents combats de la nuit dans l'est du Liban, près de la frontière syrienne, où le mouvement chiite pro-iranien a dit affronter des troupes israéliennes arrivées par hélicoptère.

Les affrontements ont lieu près du village de Nabi Chit, dans la région de la Bekaa, déjà ciblé dans la nuit de vendredi à samedi par des commandos israéliens venus tenter, sans succès, de récupérer le corps d'un aviateur israélien capturé en 1986.

Selon l'agence de presse nationale Ani, trois personnes ont été tuées et 15 blessées dans des raids israéliens lundi contre la ville de Tayr Debba, près du port de Tyr dans le sud du Liban.

 


L'Iran sera le grand perdant de l'escalade, affirme Riyad

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  • L'hostilité de l'Iran envers ses voisins est "inacceptable en toutes circonstances" : Ministère saoudien des affaires étrangères
  • Les attaques contre les aéroports civils et les infrastructures pétrolières constituent une violation flagrante du droit international et une tentative délibérée de déstabiliser la région.

RIYAD: L'Arabie saoudite a vivement condamné ce qu'elle décrit comme une campagne soutenue d'agression iranienne contre le Royaume et les autres États du Conseil de coopération du Golfe, avertissant Téhéran que la poursuite de l'escalade finira par dévaster l'Iran lui-même.

Dans une déclaration ferme publiée lundi, le ministère saoudien des affaires étrangères a déclaré que l'hostilité de l'Iran à l'égard de ses voisins était "inacceptable en toutes circonstances" et a réaffirmé le droit du Royaume à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger son peuple, son territoire et sa souveraineté.

Riyad a spécifiquement condamné les attaques contre les aéroports civils et les infrastructures pétrolières, les qualifiant de violation éhontée du droit international et de tentative délibérée de déstabilisation de la région.

"Le ciblage d'aéroports civils et d'installations pétrolières n'est rien d'autre qu'une démonstration de la détermination à menacer la sécurité et la stabilité et une violation flagrante des pactes internationaux et du droit international", indique le communiqué.

Le ministère s'est également élevé contre les récentes remarques du président iranien Masoud Pezeshkian, qui avait publiquement déclaré que Téhéran n'avait pas l'intention d'attaquer les pays voisins. Les responsables saoudiens ont rejeté cette assurance comme étant creuse, arguant que les frappes iraniennes s'étaient poursuivies sans relâche pendant et après le discours, sous ce que Riyad appelle des prétextes sans fondement.

L'Arabie saoudite a notamment contesté l'allégation de l'Iran selon laquelle le Royaume aurait autorisé des avions de chasse et des avions de ravitaillement à décoller du territoire saoudien pour participer aux hostilités contre l'Iran. Riyad a nié catégoriquement cette allégation.

"En réalité, ces avions effectuent des patrouilles aériennes pour surveiller et protéger l'espace aérien du Royaume et des États du CCG contre les missiles et les drones iraniens", a précisé le communiqué.

La déclaration se termine par un avertissement sévère : si l'Iran persiste, il subira les conséquences les plus lourdes - diplomatiques, économiques et stratégiques - qu'il aura lui-même créées.