BEYROUTH: L'armée israélienne, qui pilonne sans relâche le Liban, a appelé jeudi dans un avertissement sans précédent les habitants de toute la banlieue sud de Beyrouth à l'évacuer en prévision de bombardements, provoquant la fuite en panique de la population de ce bastion du Hezbollah.
Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement pro-iranien, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.
Au moins 77 personnes ont été tuées depuis et quelque 90.000 autres ont été déplacées, selon les autorités, par la campagne de frappes israéliennes.
"Message urgent aux habitants: sauvez vos vies et évacuez immédiatement vos domiciles", a déclaré sur X un porte-parole arabophone de l'armée israélienne, en communiquant des itinéraires pour se déplacer vers le nord et l'est.
Cet appel pour la totalité de la banlieue sud, où vivent des centaines de milliers de personnes, est inédit.
Peu après, des personnes y ont tiré en l'air pour alerter la population et des embouteillages monstres se sont formés aux abords de ces quartiers.
Israël, dont l'armée a pénétré dans plusieurs localités du sud du Liban, a en outre renouvelé jeudi son appel à évacuer une vaste zone située entre la frontière et le fleuve Litani, à une trentaine de km plus au nord.
Ces appels, lancés aux populations d'une vaste partie du sud du Liban qui couvre environ 8% du territoire, "sont fortement susceptibles de violer les lois de la guerre", a estimé l'ONG Human Rights Watch (HRW).
Huit morts jeudi
Jeudi matin, six membres de deux familles ont été tués dans des frappes sur leurs villages du sud, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
Dans l'est du pays, éloigné de la frontière avec Israël, une frappe a visé une voiture sur la route menant à la ville de Zahlé, faisant deux morts, selon le ministère de la Santé.
Dans la nuit, des frappes avaient déjà visé la banlieue sud et le nord du pays où un haut responsable du Hamas palestinien, allié du Hezbollah, a été tué, selon l'Ani.
Mercredi soir, trois personnes avaient en outre été tuées dans deux frappes sur des voitures sur la route de l'aéroport international de Beyrouth.
Malgré la tourmente régionale, l'aéroport continue de fonctionner mais seule la compagnie nationale, Middle East Airlines, continue d'assurer des vols.
L'aéroport était resté ouvert lors de la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël, d'octobre 2023 à novembre 2024.
La formation pro-iranienne a revendiqué jeudi deux nouvelles attaques contre le nord d'Israël.
Les autorités libanaises avaient décidé lundi "l'interdiction immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah", après sa première attaque contre Israël qui avait entraîné une riposte massive.
Dans une tentative de resserrer encore plus l'étau autour de cette formation, le gouvernement a décidé jeudi d'interdire toute activité militaire éventuelle des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne.
Il a en outre annoncé que les Iraniens devraient désormais obtenir un visa pour entrer au Liban, alors que les deux pays en exemptaient leurs citoyens d'après un principe de réciprocité.
Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, avait assuré mercredi son chef Naïm Qassem dans son premier discours depuis le début de la guerre.
La formation chiite a rapporté mercredi pour la première fois des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam, à 6 kilomètres de la frontière avec Israël.
Israël a annoncé mardi que ses soldats prenaient le contrôle de "nouvelles positions" dans le sud du pays, dans le but d'y créer une "zone tampon".
Les responsables libanais ont été informés qu'"Israël comptait prendre le contrôle d'une zone entre 10 et 15 km" de profondeur, a indiqué une source diplomatique à l'AFP à Beyrouth.







