Une guerre imposée, une paix façonnée par Riyad et Islamabad

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Publié le Mardi 31 mars 2026

Une guerre imposée, une paix façonnée par Riyad et Islamabad

Une guerre imposée, une paix façonnée par Riyad et Islamabad
  • L'élément le plus important du résultat d'Islamabad est la confirmation que Washington et Téhéran sont prêts à s'engager dans un processus facilité par le Pakistan
  • Dans un conflit marqué par une profonde méfiance, l'émergence d'un lieu mutuellement accepté revêt une importance stratégique

La réunion à Islamabad des ministres des affaires étrangères de l'Arabie saoudite, du Pakistan, de la Turquie et de l'Égypte a abouti à des résultats clairs et conséquents : Le Pakistan a été fermement établi comme le principal lieu d'éventuels pourparlers entre les États-Unis et l'Iran, les deux parties exprimant leur confiance dans sa facilitation. Cette réunion ministérielle quadripartite reflète une consolidation de la confiance autour d'un canal unique, à un moment où le conflit a dépassé les théâtres initiaux, s'étendant désormais du Golfe à la mer Rouge, et affectant de plus en plus les voies de navigation et les flux énergétiques mondiaux. 

Ce résultat s'inscrit directement dans le prolongement des consultations de Riyad du 18 mars, au cours desquelles les ministres des affaires étrangères de plus d'une douzaine de pays arabes et musulmans ont adopté une position commune condamnant les attaques contre les infrastructures civiles, notamment les installations énergétiques, les aéroports et les usines de dessalement, et appelant au respect du droit international et à une désescalade immédiate. La réunion d'Islamabad renforce cette même orientation, reflétant un processus diplomatique coordonné dans lequel l'engagement est continu et structuré par des canaux actifs. 

L'élément le plus important du résultat d'Islamabad est la confirmation que Washington et Téhéran sont prêts à s'engager dans un processus facilité par le Pakistan. Dans un conflit marqué par une profonde méfiance, l'émergence d'un lieu mutuellement accepté revêt une importance stratégique. Elle crée un canal par lequel les propositions - y compris les cadres antérieurs impliquant des étapes de désescalade, des limites sur l'activité des missiles et l'enchaînement des engagements - peuvent être échangées et testées. Le fait que ce processus soit soutenu par les acteurs régionaux et par les parties prenantes internationales, notamment la Chine et les Nations unies, renforce sa crédibilité à un moment critique. 

La capacité du Pakistan à obtenir ce niveau de confiance repose sur une diplomatie soutenue et équilibrée. Islamabad a maintenu un engagement simultané avec Washington, Téhéran, Riyad et Pékin, ce qui lui a permis de transmettre des propositions, de gérer des calendriers et de préserver la communication à un moment où les contacts directs restent limités. Ce positionnement a été renforcé par un leadership coordonné à l'échelle de l'État. Le Premier ministre Shehbaz Sharif a assuré la direction politique et l'engagement au plus haut niveau, le ministre des affaires étrangères Ishaq Dar a activement mené les actions diplomatiques, et le maréchal Asim Munir a veillé à la stabilité stratégique et à l'alignement des institutions chargées de la sécurité. Tous ces éléments ont permis au Pakistan d'apparaître comme un facilitateur crédible dans un environnement très instable.
Le rôle de l'Arabie saoudite dans l'élaboration d'un environnement diplomatique plus large reste central. Sous la direction du prince héritier Mohammed bin Salman et du ministre de la défense, le prince Khalid bin Salman, le Royaume a fait preuve de retenue alors qu'il était confronté à des pressions directes en matière de sécurité. Il s'agit notamment d'attaques de missiles et de drones ciblant des infrastructures critiques, ainsi que de risques plus larges pour les routes maritimes. Malgré cela, l'Arabie saoudite s'est abstenue de toute escalade directe, continuant à privilégier la stabilité et la résolution diplomatique. 

Cette approche est cohérente avec la trajectoire stratégique récente du Royaume. L'Arabie saoudite a normalisé ses relations avec l'Iran grâce à l'accord de Pékin, a soutenu les efforts diplomatiques menés par Oman à Genève et a maintenu son engagement jusqu'aux dernières étapes avant l'escalade. Aujourd'hui encore, sa position reste ancrée dans la désescalade. Les allégations circulant dans certains médias occidentaux et suggérant que les dirigeants saoudiens encouragent une nouvelle escalade militaire ne sont pas fondées. La conduite du Royaume a toujours reflété la retenue et non l'escalade. 

Il est tout aussi important de s'attaquer aux tentatives visant à dépeindre les divisions entre l'Arabie saoudite et ses partenaires. Les consultations de Riyad du 18 mars ont abouti à une position claire et unifiée, comprenant la condamnation des attaques iraniennes contre les infrastructures civiles et la réaffirmation du droit des États à se défendre en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies. Le résultat d'Islamabad s'aligne sur cette position. Il n'y a aucune preuve de divergence ; au contraire, il y a une continuité à la fois dans la substance et dans l'intention stratégique. 

Dans le même temps, il convient d'évaluer clairement les actions qui ont contribué à la crise actuelle. Le ciblage des infrastructures civiles, y compris les installations pétrolières, les ports et les aéroports, a imposé des coûts directs aux États du Golfe qui n'ont pas été à l'origine de ce conflit. La perturbation des routes maritimes autour du détroit d'Ormuz a affecté les flux énergétiques mondiaux, des millions de barils de pétrole par jour risquant d'être interrompus. Ces développements ont des implications non seulement pour la stabilité régionale, mais aussi pour les marchés mondiaux.
La réactivation de la dynamique de procuration ajoute à la complexité. Le rôle croissant de groupes tels que les Houthis, avec notamment des activités de missiles en direction d'Israël et des pressions sur les voies maritimes de la mer Rouge, reflète une évolution vers une escalade indirecte. Cette évolution est d'autant plus importante que l'Arabie saoudite a déjà investi dans la stabilisation du Yémen, notamment en concluant des accords de cessez-le-feu et en apportant son soutien au développement. Le retour à une escalade par procuration sape ces efforts et augmente le risque de nouvelles répercussions régionales. 

La réponse de l'Arabie saoudite a été mesurée mais ferme. Le Royaume a renforcé sa position défensive, notamment en renforçant ses systèmes de défense aérienne et en améliorant la coordination avec ses partenaires, tout en évitant les actions susceptibles d'élargir le conflit. Cette attitude reflète un calcul stratégique clair : la stabilité à long terme et la transformation économique - en particulier dans le cadre de Vision 2030 - dépendent de la volonté d'éviter l'escalade tout en maintenant la dissuasion. 

L'élargissement du conflit soulève également des questions importantes concernant l'implication extérieure. La présence militaire croissante des États-Unis dans la région, y compris les déploiements navals et les systèmes de défense aérienne, est le signe d'un engagement plus profond qui risque de prolonger le conflit. Pour les États du Golfe, qui sont directement exposés bien qu'ils n'aient pas participé au déclenchement de la guerre, les conséquences sont immédiates. Il s'agit notamment de risques pour les infrastructures, de perturbations économiques et d'incertitudes dans les flux d'investissement, y compris les engagements à grande échelle qui sont à la base de la croissance économique mondiale. 

Dans ce contexte, l'émergence d'Islamabad en tant que centre diplomatique revêt une importance particulière. Elle représente l'un des rares canaux par lesquels un engagement structuré entre les principales parties reste possible. Le fait que Washington et Téhéran aient accepté cette voie - et qu'elle soit soutenue par des acteurs régionaux clés - lui confère un poids stratégique. Elle ne résout pas le conflit, mais elle préserve les conditions nécessaires à sa résolution.
Le partenariat entre l'Arabie saoudite et le Pakistan sous-tend cette évolution. Il s'agit d'une relation construite au fil des décennies, qui englobe la coopération en matière de défense, les liens économiques et une profonde confiance institutionnelle. La coordination récente entre Riyad et Islamabad a renforcé ce partenariat, en particulier dans la crise actuelle. Cette coopération est de nature défensive, axée sur la sauvegarde de la souveraineté et le maintien de la stabilité régionale, plutôt que sur la projection de puissance au-delà des besoins immédiats de sécurité. 

Pour l'avenir, l'importance de la réunion d'Islamabad réside dans ce qu'elle a établi : une voie diplomatique crédible à un moment où l'escalade se poursuit. Le fossé entre Washington et Téhéran reste important et les risques d'erreur de calcul persistent. Toutefois, l'existence d'une voie de confiance, soutenue par des acteurs régionaux alignés, crée un espace de désescalade et de négociation structurée. 

Dans un conflit qui continue de s'étendre à d'autres domaines, il s'agit peut-être de l'évolution la plus importante. Alors que d'autres ont contribué à l'escalade, Riyad et Islamabad se sont efforcés de la contenir, garantissant ainsi que même au milieu d'un conflit, la diplomatie reste non seulement possible, mais active.

Ali Awadh Asseri est vice-président de l'Institut international d'études iraniennes à Riyad et ancien ambassadeur saoudien au Pakistan.

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com