BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump, l'armée libanaise dénonçant aussitôt des violations de la part d'Israël dans le sud du pays.
Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi). Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran. De nombreux tirs de célébration ont retenti dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement, selon des journalistes de l'AFP.
Des images de l'AFPTV ont montré des personnes retournant dans la banlieue sud de la capitale libanaise, particulièrement ciblée ces dernières semaines, certaines agitant le drapeau jaune du Hezbollah ou portant des portraits de son ancien chef, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.
"Nous sommes fatigués de la guerre et nous voulons la sécurité et la paix", a dit à l'AFP à Beyrouth Jamal Chehab, une femme au foyer de 61 ans, saluant l'accord de trêve.
Mais quelques heures plus tard, l'armée libanaise a évoqué "un certain nombre de violations de l'accord, plusieurs actes d'agression israéliens ayant été recensés, sans compter les bombardements sporadiques qui ont touché plusieurs villages". Elle a appelé les personnes déplacées par les combats à s'abstenir de retourner immédiatement dans le sud du Liban.
L'armée israélienne a averti qu'elle maintenait son déploiement terrestre dans cette région, et a demandé à la population de ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani.
Malgré ces mises en garde, des journalistes de l'AFP ont vu des embouteillages monstres se former au nord du Litani, motocyclistes et automobilistes patientant pendant des heures pour pouvoir franchir le dernier pont, lourdement endommagé par un bombardement israélien, reliant le sud du Liban au reste du pays.
Le Hezbollah a pour sa part annoncé avoir "bombardé un rassemblement de soldats israéliens près de la ville de Khiam", dans le sud-est du Liban, "en réponse à la violation du cessez-le-feu par l'armée d'occupation".
L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a rapporté des bombardements contre cette localité et le village voisin de Debbine, ainsi que d'"intenses activités de drones" dans la même région.
Donald Trump a annoncé jeudi qu'Israël et le Liban s'étaient mis d'accord sur un cessez-le-feu de dix jours, ajoutant qu'il s'efforçait d'organiser la toute première rencontre à la Maison Blanche entre le président du Liban Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Macron préoccupé par un cessez-le-feu «fragilisé par la poursuite d'opérations militaires»
Emmanuel Macron a exprimé vendredi sa "préoccupation" que le cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, tel qu'il a été annoncé la veille par Donald Trump, "puisse d’ores et déjà être fragilisé par la poursuite d’opérations militaires".
"Je demande la sécurité pour les populations civiles des deux côtés de la frontière entre le Liban et Israël. Le Hezbollah doit renoncer aux armes. Israël doit respecter la souveraineté libanaise et arrêter la guerre", a écrit le président français sur X.
J’apporte tout mon soutien au cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël tel que le Président Trump l’a annoncé hier.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 17, 2026
J’exprime aussi ma préoccupation qu’il puisse d’ores et déjà être fragilisé par la poursuite d’opérations militaires.
Je demande la sécurité…
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur après avoir été annoncé jeudi par le président américain Donald Trump. Mais l'armée libanaise a dénoncé aussitôt des violations de la part d'Israël dans le sud du pays.
"Il faut tout faire pour que le cessez-le-feu soit respecté (...) La situation libanaise est absolument dramatique", a renchéri sur TF1 la ministre des Armées Catherine Vautrin.
Réagissant aux propos de l'ambassadeur israélien aux Etats-Unis qui a affirmé que Paris n'avait rien à faire dans les négociations entre Israël et le Liban, la ministre a affirmé que "personne ne peut remettre en cause les relations entre la France et le Liban".
"Nous avons une présence permanente aux côtés des Libanais (...). Il y a entre la France et le Liban une histoire commune et un accompagnement que rien ne pourra supprimer", a-t-elle insisté.
Plus de 2.000 morts
"J'espère que le Hezbollah se comportera bien pendant cette importante période. Ce sera un GRAND moment pour eux s'ils font cela", a-t-il écrit par la suite.
Ibrahim Moussaoui, un député du Hezbollah, a déclaré à l'AFP que le mouvement observerait la trêve "à condition qu'il s'agisse d'un arrêt global des hostilités contre nous et qu'Israël ne l'exploite pas pour mener des assassinats".
Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient début mars lorsque le Hezbollah a visé Israël pour soutenir l'Iran face à la vaste offensive israélo-américaine.
Malgré la trêve de deux semaines conclue le 8 avril avec la République islamique, Israël a poursuivi ses opérations militaires au Liban contre le Hezbollah. Selon les autorités, ces frappes ont fait plus de 2.000 morts. Un million de personnes, soit un cinquième de la population du pays, ont été déplacées, selon l'ONU.
Chance de "paix historique"
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a salué l'accord de cessez-le-feu, tout comme M. Netanyahu qui l'a qualifié d'occasion de "paix historique" avec Beyrouth, tout en rappelant son exigence d'un désarmement du Hezbollah comme préalable.
Sur le terrain, les combats se sont poursuivis jusqu'à l'entrée en vigueur de la trêve. Peu après l'annonce du président américain, le ministère libanais de la Santé a ainsi fait état de sept morts et 33 blessés dans une frappe israélienne sur le sud du pays, et le Hezbollah a revendiqué plusieurs attaques contre des positions militaires qui ont fait trois blessés, dont deux graves, dans le nord d'Israël.
A l'heure de l'entrée en vigueur de la trêve, l'armée israélienne a dit avoir visé 380 cibles du Hezbollah au Liban au cours des 24 heures précédentes.
Assis jeudi dans un café de la capitale libanaise, l'avocat Tarek Bou Khalil a estimé qu'"il est bien connu que l'on ne peut pas prendre Trump au mot, et que Netanyahu n'est pas digne de confiance".
"Mais nous savons que les pressions liées à la guerre avec l'Iran, ainsi que les erreurs de Netanyahu et de l'armée israélienne dans le sud du Liban, les ont contraints à accepter un cessez-le-feu", a-t-il ajouté.
En parallèle, les tractations se poursuivent, sous l'égide du Pakistan, pour organiser une deuxième session de négociations entre les Etats-Unis et l'Iran et mettre durablement fin à la guerre, après l'échec de premiers pourparlers à Islamabad le week-end dernier.
Donald Trump a déclaré jeudi que les Etats-Unis et l'Iran étaient "très proches" d'un accord, et a assuré que Téhéran avait accepté de céder son uranium enrichi, une des principales exigences de Washington. Le gouvernement iranien n'a pas confirmé dans l'immédiat.







