Ce samedi, la Journée de l’Europe marque l’anniversaire de la Déclaration Schuman de 1950, fondement de l’Union européenne moderne, un projet politique construit sur l’interdépendance plutôt que la rivalité, sur le droit plutôt que la force et sur les partenariats plutôt que la fragmentation. Il ne s’agit pas d’une commémoration, mais d’un rappel : dans le monde en mutation rapide d’aujourd’hui, les partenariats comptent plus que jamais.
Le monde d’aujourd’hui est à la croisée des chemins. La crise iranienne n’est pas seulement régionale. C’est un signal d’alerte de transformations mondiales plus profondes qui n’épargneront personne et dépasseront largement les marchés de l’énergie. Nous sommes entrés dans une ère de bouleversements sans précédent. Les technologies transformatrices comme l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et la biotechnologie redessinent les économies et les sociétés. Les défis mondiaux, notamment les dérèglements climatiques, les pandémies et l’insécurité alimentaire et énergétique, mettent à l’épreuve notre résilience collective. Les grandes crises, de l’agression de la Russie contre l’Ukraine à la situation critique actuelle dans la région du Golfe, exercent une pression croissante sur le système international fondé sur des règles, où la question fondamentale est de plus en plus de savoir si la force primera sur le droit.
Une partie de ces transformations est positive — l’innovation accélère les percées médicales, élargit l’accès au savoir et ouvre de nouvelles frontières économiques. Les sociétés sont plus connectées que jamais. Mais d’autres aspects sont dangereux — la fragmentation, l’instabilité et l’érosion des normes internationales conduisent à la guerre et au chaos.
La Vision 2030 reflète une compréhension commune selon laquelle, dans un monde en rapide évolution, la résilience et le renouveau sont essentiels.
Christophe Farnaud
Nier ou sous-estimer ces dynamiques serait une erreur. La véritable question est de savoir si nous façonnons ces changements ou si nous sommes façonnés par eux. La réponse européenne est claire : nous devons agir, embrasser la transformation lorsqu’elle favorise le progrès et défendre nos principes lorsqu’ils sont menacés.
C’est ce que fait l’Europe à travers ses nouvelles priorités stratégiques. Par l’amélioration de sa compétitivité, elle renforce son leadership technologique et sa résilience économique dans une course mondiale définie par l’échelle et la vitesse. Par une approche renouvelée de la sécurité, l’Europe promeut la préparation militaire, la souveraineté énergétique et la gestion des migrations comme piliers interdépendants de la stabilité.
À bien des égards, la Vision 2030 de l’Arabie saoudite reflète la propre réponse de l’UE aux transformations actuelles. Toutes deux sont animées par le même impératif d’adaptation à travers la diversification économique, le progrès social et la durabilité. L’un des agendas nationaux les plus ambitieux au monde, la Vision 2030 reflète une compréhension commune selon laquelle, dans un monde en mutation rapide, la résilience et le renouveau sont essentiels — l’Arabie saoudite met en œuvre cette vision avec une détermination, un impact et une rapidité impressionnants.
Mais, à l’ère de la mondialisation, aucun pays ni aucune région ne peut répondre seul à ces défis. La réponse doit être collective. C’est là la leçon fondamentale du projet européen depuis la Déclaration Schuman : un monde meilleur se construit par les partenariats, et non par l’isolement.
Un système multilatéral fondé sur des règles et ancré dans le cadre des Nations unies reste indispensable. Nous n’avons pas besoin de moins de coopération, mais de davantage et de meilleure qualité. Pas moins de partenariats, mais un engagement plus profond et mieux structuré entre les régions.
Notre objectif est également de continuer à construire un agenda plus large et de long terme fondé sur la coopération politique en faveur de la stabilité régionale.
Christophe Farnaud
Dans ce contexte, le partenariat stratégique entre l’UE et les pays du Golfe, et en particulier l’Arabie saoudite, a pris une importance exceptionnelle. Il repose sur des fondations solides telles que l’Accord de coopération UE–Arabie saoudite signé en 2021, la Communication conjointe de l’UE sur un partenariat stratégique avec le Golfe adoptée en mai 2022, et le premier sommet UE–CCG tenu en 2024.
L’UE et l’Arabie saoudite partagent un intérêt fondamental pour la stabilité, condition préalable à la sécurité énergétique, à la croissance économique, à la sûreté maritime et à la protection des routes commerciales mondiales. Aujourd’hui, l’UE est le deuxième partenaire commercial de l’Arabie saoudite, avec des échanges de biens atteignant 66,3 milliards d’euros (78 milliards de dollars) en 2025, et la première source d’investissements directs étrangers, à hauteur de 34,3 milliards d’euros en 2024. Ces chiffres reflètent non seulement des liens économiques, mais aussi une interdépendance structurelle.
Aujourd’hui, la région fait face à ses défis les plus graves depuis des décennies et ce partenariat est plus important que jamais. L’UE a fermement condamné les frappes iraniennes inacceptables contre le Royaume et ses partenaires du CCG. Cette solidarité s’est traduite par une intensification des engagements diplomatiques à plusieurs niveaux. Les réunions ministérielles UE–CCG du 5 mars et les consultations des dirigeants du 9 mars ont souligné un engagement commun en faveur de la désescalade et d’une solution politique. Cela a été renforcé par les visites du représentant spécial de l’UE pour le Golfe Luigi Di Maio, de la haute représentante de l’UE Kaja Kallas, du président du Conseil européen Antonio Costa et, plus récemment, d’une délégation du Parlement européen.
Notre objectif est également de continuer à construire un agenda plus large et de long terme fondé sur la coopération politique en faveur de la stabilité régionale — des efforts conjoints pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz à une coopération efficace au sein de la Coalition mondiale pour la mise en œuvre de la solution à deux États. Notre coopération concerne aussi la sécurité (l’UE est déjà engagée dans la protection maritime régionale via les opérations Aspides et Atalanta), la transformation économique (développement de projets communs dans l’énergie, la numérisation, la logistique et les infrastructures) et les liens entre les peuples (culture, éducation, universités et échanges de recherche). Ce sera l’objectif du prochain sommet UE–CCG et la raison d’être des futurs accords de partenariat stratégique bilatéraux.
Oui, les défis actuels comportent des risques, mais aussi des opportunités. Ils imposent des choix et ouvrent un espace de renouveau. L’Europe, aux côtés de ses partenaires de la région du Golfe, continuera à œuvrer pour construire un avenir de paix et de prospérité pour tous.
Christophe Farnaud est l'ambassadeur de l'UE auprès du royaume d'Arabie saoudite, du royaume de Bahreïn et du sultanat d'Oman.
X: @EUAmbGCC
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com












