Le prochain sommet entre le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et l’Union européenne (UE), attendu plus tard cette année en Arabie saoudite, intervient à un moment critique pour les deux blocs. Il doit offrir l’occasion de refonder leur partenariat à la lumière du conflit avec l’Iran. La réunion régionale de haut niveau consacrée à la sécurité, prévue ce mois-ci à Bruxelles, pourrait lancer les discussions sur cette nouvelle orientation.
Alors que les États-Unis et l’Iran négocient un accord final, le CCG et l’UE doivent envisager de redéfinir leur relation à la suite de la guerre et de ses conséquences encore incertaines. Ils doivent veiller à ce que leurs intérêts fondamentaux soient protégés pendant les négociations américano-iraniennes et au-delà.
Le conflit avec l’Iran a profondément affecté les pays du CCG et ceux de l’UE, quoique de manière différente. Pour le CCG, la guerre a clairement démontré la nécessité de mettre à profit les partenariats tissés au fil des décennies afin de préserver son modèle économique, les moyens de subsistance de ses citoyens, la paix régionale et la sécurité énergétique. Ces partenariats doivent être mobilisés pour soutenir les efforts diplomatiques, restaurer les capacités économiques, se défendre contre les missiles et drones iraniens et protéger les infrastructures critiques, les installations énergétiques, les ports, les villes et les pôles d’investissement contre les attaques de l’Iran et de ses alliés.
La fermeture du détroit d’Ormuz a uni le monde comme jamais auparavant dans son opposition à cette nouvelle évolution, qui a semé le chaos dans l’économie mondiale. Fait paradoxal, les ennemis jurés de l’Iran, les États-Unis et Israël, figurent parmi les pays les moins touchés par cette décision, que le reste du monde perçoit comme une forme de punition collective infligée sans raison par l’Iran. Une action concertée est donc nécessaire pour rétablir la liberté de navigation dans ce passage stratégique.
Avec la guerre contre l’Iran, l’Europe a subi son deuxième choc énergétique en quatre ans. Les attaques contre les installations pétrolières du CCG et la fermeture du détroit d’Ormuz ont aggravé l’insécurité énergétique de l’Europe et perturbé les routes commerciales. Déjà confrontées à une faible croissance, les perspectives économiques de plusieurs pays de l’UE sont désormais encore plus incertaines.
L’éloignement de l’Europe vis-à-vis des États-Unis et son manque de leviers d’influence sur l’Iran l’ont rendue impuissante à peser sur les développements dans le Golfe. En revanche, un partenariat renforcé avec le CCG pourrait lui permettre de jouer un rôle plus efficace.
L’accord de coopération CCG-UE de 1988 portait essentiellement sur la coopération technique et économique, ce qui était pertinent à l’époque, mais ne suffit plus aujourd’hui. Les deux blocs ont amorcé une réinitialisation de leur relation en février 2022 en annonçant un « partenariat stratégique » et en adoptant un nouveau « programme d’action conjoint » plus ambitieux, rapidement suivi par la stratégie de l’UE pour le Golfe. Ces avancées ont conduit au sommet CCG-UE de Bruxelles en octobre 2024, avec des ambitions encore plus fortes de transformer leur relation en un partenariat plus solide et plus global.
Lorsque la guerre et les attaques iraniennes contre le Golfe ont commencé le 28 février, les dirigeants européens ont été parmi les premiers à exprimer une solidarité sincère. Les ministres des Affaires étrangères des deux blocs se sont réunis le 5 mars, soit cinq jours seulement après le début de la guerre, puis un sommet des dirigeants a suivi, ainsi que de nombreuses autres réunions depuis lors. Il existe aujourd’hui un capital de bonne volonté suffisant pour consolider ce partenariat stratégique.
Les deux blocs doivent veiller à ce que leurs intérêts fondamentaux soient protégés pendant les négociations entre les États-Unis et l’Iran, et au-delà.
Dr Abdel Aziz Aluwaisheg
Le CCG et l’UE doivent désormais traduire leur solidarité, les épreuves qu’ils ont traversées ensemble et leurs intérêts communs en une coopération concrète pour réparer les dommages causés par la guerre. Plus que jamais, ils doivent agir alors que les deux belligérants négocient un accord final. En particulier, les principes et l’esprit de leur partenariat doivent être redéfinis afin de tenir compte des nouvelles réalités. Ces principes pourraient notamment inclure les éléments suivants.
Premièrement, grâce à une action politique coordonnée, ils devraient participer aux négociations en cours sur l’accord final concernant la guerre avec l’Iran, au lieu d’attendre leur conclusion. L’UE devrait soutenir l’initiative du CCG au Conseil de sécurité des Nations unies visant à obtenir une résolution garantissant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Leur partenariat sur d’autres dossiers régionaux, tels que Gaza, la solution à deux États, la Syrie, le Yémen et le Liban, devrait également être approfondi et pérennisé.
Deuxièmement, leur coopération en matière de sécurité régionale devrait accorder une plus grande priorité à la sécurité maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz et en mer Rouge, à l’industrie de défense ainsi qu’à une défense aérienne, antimissile et antidrones intégrée, en particulier dans le domaine des technologies de drones et des systèmes d’interception.
Troisièmement, la coopération en matière de connectivité devrait être accélérée, en commençant par les propositions saoudiennes relatives aux corridors maritimes et terrestres, aux réseaux ferroviaires et à la connectivité numérique. L’UE pourrait participer aux discussions régionales visant à développer des itinéraires alternatifs au détroit d’Ormuz, mobilisables lorsque la sécurité des voies de passage régionales est menacée.
Quatrièmement, la coopération énergétique devrait inclure l’exportation d’hydrogène par gazoducs et par navires-citernes. L’intégration des réseaux électriques, en particulier, offrirait un marché commun fiable de l’énergie, quelle qu’en soit la source, moins vulnérable à la fermeture d’une voie maritime.
Cinquièmement, tirant les enseignements de la guerre actuelle, la coopération économique interrégionale devrait abandonner l’approche transactionnelle et les calculs à somme nulle qui dominent les discussions commerciales depuis des décennies. Les négociations commerciales et d’investissement entre le CCG et l’UE devraient désormais être fondées sur les besoins stratégiques et sécuritaires des deux blocs, plutôt que sur les seuls bénéfices financiers immédiats. Des accords intérimaires sectoriels et en matière d’investissement pourraient être envisagés comme solutions transitoires, en attendant des cadres plus complets.
Sixièmement, les échanges entre les peuples devraient devenir une priorité plus importante, qu’il s’agisse du tourisme, de l’éducation, de la recherche scientifique ou des échanges culturels. La libre circulation sans visa, à l’étude depuis un certain temps, devrait être accélérée.
Ces principes devraient servir de base à la refonte du partenariat entre le CCG et l’UE à la lumière de la guerre avec l’Iran. Ils accordent une priorité accrue à la résilience stratégique : coordination politique et diplomatique, sécurité, énergie, investissement, commerce, connectivité et sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Le statu quo n’est plus une option. Cette refonte pourrait constituer l’un des principaux résultats du prochain sommet et prendre la forme d’un nouvel accord ou d’un protocole d’accord venant compléter l’accord de 1988, désormais dépassé.
Abdel Aziz Aluwaisheg est le secrétaire général adjoint du CCG pour les affaires politiques et les négociations. Les opinions exprimées ici sont personnelles et ne représentent pas nécessairement celles du CCG. X: @abuhamad1
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














