Les critiques se sont donné à cœur joie la semaine dernière lorsque le président Donald Trump a signé le Mémorandum d’entente d’Islamabad entre les États-Unis et l’Iran. Certains se sont focalisés sur l’accord américain visant à lever les sanctions, à permettre à l’Iran de reprendre ses exportations de pétrole, à retirer ses forces des zones avoisinantes et à débloquer ses avoirs gelés.
D’autres ont mis l’accent sur l’acceptation implicite, dans l’accord, d’un rôle iranien dans la gestion du détroit d’Ormuz. C’est ce point que la plupart des commentateurs du Golfe ont critiqué, tout en s’indignant de la suggestion apparente selon laquelle les « partenaires régionaux » contribueraient au financement du développement et de la reconstruction de l’Iran, alors même que ces partenaires ont été les victimes des attaques iraniennes, et non l’inverse.
Trump a signé le document au château de Versailles, près de Paris, devant les dirigeants du G7, leurs invités et les médias. Le château est célèbre pour avoir accueilli une conférence de paix d’une année à la fin de la Première Guerre mondiale. C’est également là qu’est née la Société des Nations en 1920. La mise en scène triomphale de la cérémonie de signature invitait presque à disséquer l’accord et à en souligner les faiblesses et les failles.
La cérémonie de signature s’est tenue à peu près au moment où Trump critiquait sévèrement le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour avoir tenté de faire dérailler les négociations et de saboter l’accord en ignorant le cessez-le-feu négocié par les États-Unis au Liban. Le président a également accusé le New York Times de « trahison » pour sa couverture de l’accord et a menacé d’engager des poursuites pour la publication de ce qu’il a qualifié de fausses informations.
La mise en scène de la cérémonie de signature invitait presque à disséquer l’accord et à en souligner les faiblesses.
Dr Abdel Aziz Aluwaisheg
Les Israéliens ont également été irrités par l’invitation de Trump adressée à la Syrie pour aider le gouvernement libanais à faire face au Hezbollah, au motif que Netanyahu ne saurait que tuer et détruire, ce qui n’est pas, selon lui, la bonne manière de résoudre ce problème.
Israël a également été exclu des instances chargées de négocier la mise en œuvre de l’accord. Par exemple, le Comité de haut niveau, réuni lundi à Bürgenstock, en Suisse, pour élaborer une feuille de route visant à parvenir à un accord final dans un délai de 60 jours, comprenait les États-Unis et l’Iran, ainsi que les médiateurs pakistanais et qataris, mais pas Israël. En outre, les parties ont convenu de créer une cellule de désescalade pour le Liban, sans participation israélienne, afin de « garantir le respect de la cessation des opérations militaires au Liban conformément au mémorandum d’entente », selon le communiqué publié à l’issue de la réunion.
Tous ces éléments ont attisé l’appétit des critiques, en particulier de ceux proches d’Israël. Pour compliquer encore la tâche de l’administration américaine, qui cherchait à présenter l’accord comme un succès exceptionnel, chaque fois que Trump affirmait que Téhéran avait accepté des concessions majeures, les responsables iraniens démentaient ces affirmations.
Une grande partie des critiques formulées par les commentateurs du Golfe reposait sur l’impression que l’accord penche fortement en faveur de l’Iran, accordant trop de concessions à Téhéran sans garanties claires quant au respect de ses engagements.
Pour être juste envers les efforts de l’administration américaine, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un accord définitif, mais d’un cadre de négociation temporaire, accompagné d’une menace explicite des États-Unis de reprendre la guerre avec une intensité accrue si l’Iran retarde ou refuse de remplir ses obligations.
Par ailleurs, au moins deux dispositions revêtent une importance particulière pour les pays du Conseil de coopération du Golfe : un cessez-le-feu de 60 jours, renouvelable, et la réouverture du détroit d’Ormuz. La trêve est nécessaire pour mettre fin aux attaques contre les pays du Golfe et leur permettre de renforcer leurs défenses antimissiles et anti-drones. Elle est également indispensable à la conclusion d’un accord final. La réouverture de cette voie maritime est essentielle pour éviter à l’économie mondiale un ralentissement catastrophique accompagné d’une flambée des prix sans précédent depuis de nombreuses années.
L’accord final, s’il est correctement négocié, pourrait constituer la première étape vers un véritable dialogue régional dans tous les domaines.
Dr Abdel Aziz Aluwaisheg
Ce qui est probablement plus important que de relever les défauts d’un arrangement temporaire est de façonner l’accord final de manière à produire un résultat durable et mutuellement bénéfique, tout en tenant pleinement compte des intérêts des États du CCG, notamment à travers les priorités suivantes.
Premièrement, l’accord final doit inclure un engagement à rétablir le détroit d’Ormuz dans son état antérieur, sans entraves, retards ni péages, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Deuxièmement, au-delà des programmes nucléaire, balistique et de drones de l’Iran, l’accord doit également traiter de ses groupes mandataires régionaux, qui ont fragilisé les États dans lesquels ils opèrent, notamment l’Irak, le Liban et le Yémen.
Troisièmement, l’accord final doit prévoir une compensation équitable, conformément au droit international, pour les dommages causés par les attaques iraniennes contre les États du CCG.
Quatrièmement, les pays du CCG doivent participer aux négociations sur l’accord final ainsi qu’à tout futur dispositif politique, économique ou sécuritaire dans la région.
Cinquièmement, les discussions sur l’investissement et l’intégration régionale ne peuvent avoir lieu que dans un climat de confiance, aujourd’hui profondément ébranlé par les attaques iraniennes contre les États du CCG. L’acceptation de ces priorités contribuerait largement à rétablir cette confiance entre l’Iran et ses voisins du Golfe et à favoriser les décisions en matière de commerce et d’investissement.
Quelles que soient les lacunes apparentes du mémorandum intérimaire, l’accord final, s’il est correctement négocié, pourrait constituer la première étape vers un véritable dialogue régional dans tous les domaines. Ce dialogue devrait reposer sur les principes universellement reconnus inscrits dans la Charte des Nations unies, notamment le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et le renoncement à l’usage ou à la menace de la force.
Le recours à la diplomatie plutôt qu’à la guerre et la garantie d’un règlement pacifique des conflits ouvriront la voie à une coopération réelle entre l’Iran et ses voisins, au bénéfice des populations des deux rives du Golfe, qui récolteront les fruits d’une normalisation des relations sous forme de prospérité partagée, de paix et de stabilité.
Abdel Aziz Aluwaisheg est le secrétaire général adjoint du CCG pour les affaires politiques et les négociations. Les opinions exprimées ici sont personnelles et ne représentent pas nécessairement celles du CCG. X: @abuhamad1
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














