Dans sa dernière tentative d’escalade, l’Iran a franchi un nouveau palier. Après avoir fermé le détroit d’Ormuz, il a menacé mercredi de s’en prendre à d’autres voies navigables de la région afin d’interrompre les exportations d’énergie, selon les médias officiels iraniens. L’escalade au Yémen s’inscrit dans cette stratégie.
Téhéran semble avoir été particulièrement irrité par le nouveau passage qu’Oman a mis en place pour permettre une navigation sûre dans ses propres eaux territoriales, au sein du détroit d’Ormuz. Après l’échec du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi à convaincre Oman d’abandonner cette initiative, l’Iran a attaqué des navires empruntant le passage omanais, d’autres navires de l’autre côté du Golfe, ainsi que des cibles situées à plusieurs centaines de kilomètres, dans un pays qui, depuis des décennies, est resté aux côtés de Téhéran alors que la plupart des autres États l’avaient abandonné, tout en jouant un rôle de médiateur dans ses nombreux différends avec la communauté internationale.
L’Iran a également mené des attaques répétées contre d’autres États du Conseil de coopération du Golfe ainsi que contre la Jordanie. Énonçant une évidence, Téhéran a annoncé dimanche qu’il ne se considérait plus lié par le mémorandum d’entente signé avec les États-Unis. Cette escalade s’explique en partie par la conviction de l’Iran que cet accord lui conférait un contrôle total sur le détroit d’Ormuz, ce qui n’était ni l’interprétation des États-Unis ni celle des médiateurs. Une telle lecture serait en outre contraire à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui interdit à un État de contrôler une voie maritime internationale.
Alors qu’il choisissait d’intensifier les tensions dans le Golfe, l’Iran a également ouvert un nouveau front au Yémen. Depuis plusieurs mois, les Houthis menaçaient d’entrer dans la confrontation. Les discours enflammés visant l’Arabie saoudite et le gouvernement internationalement reconnu du président Rachad Al-Alimi se succédaient. Presque quotidiennement, les Houthis menaçaient d’attaquer le Royaume à moins qu’il ne leur verse des sommes considérables destinées à financer les salaires des mêmes forces qu’ils prévoyaient d’utiliser contre leur voisin du nord.
Cette escalade s’explique en partie par la conviction de l’Iran que l’accord lui conférait un contrôle total sur le détroit d’Ormuz.
Dr Abdel Aziz Aluwaisheg
L’escalade au Yémen a commencé avec l’envoi d’un vol de Mahan Air à destination de Sanaa sans demander l’autorisation du gouvernement yéménite — une exigence pourtant élémentaire du droit international de l’aviation civile partout ailleurs dans le monde — mettant ainsi en danger les personnes à bord.
Mahan Air n’est pas une compagnie aérienne ordinaire. Elle appartient à une entité privée contrôlée par la Force Al-Qods, la branche controversée des Gardiens de la révolution iraniens. Elle a joué un rôle déterminant dans le transport d’armes et de personnels militaires, y compris de terroristes, notamment vers le régime Assad en Syrie, le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen. La compagnie aérienne fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne. En outre, de nombreux pays, y compris les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), lui ont interdit l’utilisation de leurs aéroports ou de leur espace aérien.
Le gouvernement yéménite fait partie des autorités ayant interdit à Mahan Air d’opérer sur son territoire. Pourtant, la compagnie a persisté à ignorer les injonctions répétées des autorités lui ordonnant de faire demi-tour. Après que les forces gouvernementales ont neutralisé l’aéroport de Sanaa, destination initiale du vol, celui-ci a atterri sur un autre aéroport contrôlé par les Houthis.
Outre la violation des accords régissant l’aviation civile, ce mépris affiché pour la législation yéménite et les instructions claires du gouvernement constitue également une violation manifeste de la résolution 2216 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui impose un vaste embargo sur les armes à destination des Houthis. Adoptée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, cette résolution autorise le recours à la force pour assurer son application.
Après l’incident impliquant Mahan Air, les Houthis ont lancé lundi des missiles balistiques contre des cibles civiles dans le sud de l’Arabie saoudite, en violation manifeste de la trêve négociée sous l’égide des Nations unies il y a quatre ans. Depuis l’entrée en vigueur de cette trêve, en avril 2022, les Houthis s’étaient, à de rares exceptions près, abstenus de viser le territoire saoudien. Leur reprise des attaques constitue une évolution particulièrement préoccupante.
L’attaque menée lundi contre l’Arabie saoudite peut être interprétée comme un élément d’une nouvelle escalade iranienne en mer Rouge et dans le détroit de Bab Al-Mandab. Depuis des mois, les Houthis menaçaient de bloquer ce détroit, mais l’Iran semblait jusqu’ici les avoir retenus.
Toutefois, après avoir de nouveau fermé le détroit d’Ormuz, des responsables iraniens ont commencé à viser d’autres voies maritimes. Mercredi, ils ont menacé de fermer « tous les autres corridors d’exportation profitant aux États-Unis et à leurs alliés », selon un communiqué des Gardiens de la révolution relayé par les médias officiels iraniens.
Faisant écho à cette déclaration, un porte-parole houthi, cité par les médias officiels iraniens, a affirmé que le mouvement était prêt à fermer le détroit de Bab Al-Mandab, estimant qu’une telle décision ferait grimper le prix du pétrole à 200 dollars le baril.
Si l’Iran et les Houthis mettent leurs menaces à exécution en fermant Bab Al-Mandab ou en attaquant des navires en mer Rouge, ils mettront en péril une part considérable du commerce international.
Si le trafic traversant le détroit de Bab Al-Mandab a fortement diminué depuis le début des attaques houthies contre la navigation en 2023, près de 15 % du commerce maritime mondial y transitait encore en 2025. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 4,2 millions de barils de pétrole brut et de produits pétroliers y ont transité chaque jour l’an dernier, soit environ 5 % de la production mondiale destinée aux échanges internationaux.
Au dernier trimestre de 2025, près de 40 % des quelque 3 400 navires ayant emprunté la mer Rouge transportaient du pétrole et du gaz, dont 1 330 pétroliers et 88 méthaniers. Les cargos représentaient une autre part de 40 %, transportant notamment des produits agricoles, du charbon et du minerai de fer. Une grande partie des échanges commerciaux entre l’Asie et l’Europe transite par la mer Rouge.
Il faut donc s’attendre à des pénuries de produits essentiels et à une nouvelle flambée des prix dans le monde entier — même si le pétrole à 200 dollars le baril évoqué par les Houthis paraît peu probable — si l’Iran et les Houthis mettent leurs menaces à exécution.
Ces développements rendent urgent un retour à la mise en œuvre de la résolution 2216 du Conseil de sécurité, notamment en ce qui concerne le contrôle du respect de l’embargo sur les armes, que Mahan Air a désormais violé au grand jour. Si les efforts diplomatiques doivent reprendre, la communauté internationale, y compris la Chine et la Russie, doit parler d’une seule voix pour condamner l’escalade en mer Rouge et dans le détroit de Bab Al-Mandab.
Plusieurs mécanismes des Nations unies ont été créés pour surveiller le respect de l’embargo sur les armes imposé aux Houthis, notamment le Mécanisme de vérification et d’inspection des Nations unies, établi en 2015, ainsi que la Mission des Nations unies chargée de soutenir l’Accord de Hodeïda, créée par le Conseil de sécurité en 2018. Les Houthis ont empêché ces deux organismes d’exercer leurs activités au Yémen, les rendant de fait inopérants. Face à cette nouvelle escalade et aux menaces renouvelées de l’Iran et des Houthis, il est indispensable de leur permettre d’accomplir leur mission sans entrave.
Abdel Aziz Aluwaisheg est le secrétaire général adjoint du CCG pour les affaires politiques et les négociations. Les opinions exprimées ici sont personnelles et ne représentent pas nécessairement celles du CCG. X: @abuhamad1
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














