Le 30 juillet, Riyad a accueilli la réunion fondatrice de l’Alliance multinationale de défense maritime (Multinational Maritime Defense Alliance), un nouveau groupement de défense collective visant à « protéger la liberté de navigation, sécuriser les routes commerciales internationales et préserver les lignes d’approvisionnement énergétique dans le détroit de Bab Al-Mandab, la mer Rouge et le golfe d’Aden ». Jeudi, l’Arabie saoudite a désigné le vice-amiral Abdullah bin Salem Alshehri comme commandant de l’alliance.
Le nouveau groupement est initialement composé de 14 pays qui partagent la conviction que « la coordination transfrontalière demeure la pierre angulaire pour faire face aux menaces communes et renforcer la stabilité mondiale ». Considérant que la sécurité maritime dans la région relève d’une responsabilité régionale et internationale partagée, les membres fondateurs ont invité d’autres pays partageant les mêmes convictions à les rejoindre.
L’Arabie saoudite dirigera la nouvelle organisation et accueillera ses institutions exécutives, notamment son commandement conjoint, son centre de commandement et de contrôle, son centre conjoint des opérations maritimes ainsi qu’un secrétariat chargé d’assurer le suivi de l’ensemble de ces activités.
Le moment choisi pour établir ce partenariat de sécurité collective ne pouvait être plus opportun. La sécurité maritime, la sécurité énergétique, le transport maritime international et les chaînes d’approvisionnement mondiales ont tous été perturbés ou menacés dans l’ensemble de la région. Des mois de négociations entre les États-Unis et l’Iran n’ont pas permis de rouvrir le détroit d’Ormuz. Les Houthis, mandataires de Téhéran au Yémen, ont repris leurs attaques contre la navigation en mer Rouge et menacé de fermer le détroit de Bab Al-Mandab et d’y imposer des droits de passage, comme l’Iran tente de le faire à Ormuz.
Le moment choisi pour établir ce partenariat de sécurité collective ne pouvait être plus opportun
Dr. Abdel Aziz Aluwaisheg
Afin d’éviter toute confusion dans cette atmosphère particulièrement polarisée, la nouvelle alliance a tenu à souligner que son objectif est « purement défensif » et que sa mise en place ne vise aucun État ni groupe en particulier.
La nouvelle alliance a également insisté sur le fait qu’elle mènera ses activités avec un « engagement total » envers le droit international et dans le plein respect de la souveraineté des États et de la liberté de navigation. Il ne s’agit pas de simples formules rhétoriques, mais de principes qui revêtent une véritable importance dans une région où l’État de droit international a été largement bafoué.
Nombre des menaces qui pèsent aujourd’hui sur la sécurité maritime résultent du mépris affiché par diverses parties à l’égard de la Charte des Nations unies, de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et d’autres instruments régissant les voies navigables internationales. L’Iran et ses mandataires, par exemple, élaborent leurs propres règles au gré des circonstances et recourent à la force pour les imposer aux autres. L’Iran affirme avoir le droit de contrôler le détroit d’Ormuz et a attaqué des navires empruntant le passage sud du détroit, qu’Oman avait mis à disposition pour assurer un passage sûr dans ses propres eaux territoriales. De même, les Houthis attaquent des navires traversant Bab Al-Mandab et d’autres secteurs de la mer Rouge.
Les prochaines étapes de la nouvelle alliance comprendront l’achèvement des procédures internes de chaque membre nécessaires à l’approbation de la charte. Comme dans les autres opérations de maintien de la paix, la participation à une mission particulière interviendra à la suite d’une décision souveraine prise par les membres concernés.
Les activités de l’alliance comprendront la conduite d’opérations navales conjointes, l’échange d’informations et de renseignements, la planification commune, des exercices, des formations et le renforcement des capacités.
Les 14 pays ayant annoncé la semaine dernière leur adhésion à l’alliance sont : Bahreïn, le Bangladesh, Djibouti, l’Égypte, la Jordanie, le Koweït, le Nigeria, le Pakistan, le Qatar, la Somalie, le Soudan, la Turquie et le Yémen, auxquels s’ajoute le pays hôte, l’Arabie saoudite.
D’autres pays partageant les mêmes convictions ont salué la formation de la nouvelle alliance et envisagent de la rejoindre
Dr. Abdel Aziz Aluwaisheg
D’autres pays partageant les mêmes convictions ont salué la formation de la nouvelle alliance et envisagent de la rejoindre. Rappelons que les Forces maritimes combinées (Combined Maritime Forces), basées à Bahreïn et dirigées par les États-Unis, comptaient 12 pays lors de leur mise en place en 2001, mais que leur nombre de membres s’élève désormais à 47.
Puisque la défense de ces voies navigables constitue, en vertu du droit international, une entreprise internationale, l’alliance prévoit de coopérer avec d’autres pays et organisations cherchant à se défendre contre les menaces maritimes et transfrontalières.
Il faut donc s’attendre à une coopération étroite avec les structures existantes, notamment les Combined Maritime Forces, puisque les membres de l’alliance appartiennent également à ce groupement. Une coordination sera probablement également mise en place avec d’autres initiatives, telles que les opérations de l’Union européenne en mer Rouge, dans le golfe d’Aden et dans le golfe Arabo-Persique, ainsi qu’avec d’autres pays opérant dans ces eaux.
L’alliance viendra compléter ces efforts et pourrait combler les lacunes existantes en matière de sécurité maritime. Les Combined Maritime Forces constituent le plus important de ces groupements, mais leur priorité est la lutte contre les échanges illicites, notamment la contrebande d’armes et le trafic de drogue. Les opérations européennes sont, quant à elles, principalement axées sur l’escorte des navires traversant des zones dangereuses.
La prometteuse Coalition d’Ormuz, récemment créée par la France et le Royaume-Uni et rejointe par d’autres pays, mettra du temps à produire des résultats, car son fonctionnement sera soumis à l’approbation de l’Iran, ce qui paraît peu probable dans un avenir proche.
À l’inverse, la nouvelle alliance dirigée par l’Arabie saoudite dispose d’un mandat plus large, avec un effet immédiat : renforcer la sécurité maritime et protéger les intérêts maritimes d’importance mondiale partagés par tous, notamment le transport maritime international et les chaînes d’approvisionnement énergétique, en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, une zone couvrant au total environ 900 000 km².
Elle remplira également une fonction importante de coordination des efforts maritimes internationaux et régionaux dispersés dans l’ensemble de la région. Ceux-ci pourraient bénéficier d’une meilleure répartition des tâches et d’une coordination géographique plus étroite afin de gagner en efficacité.
L’Arabie saoudite possède le plus long littoral de la mer Rouge. Ses capacités et son engagement accrus, conjugués à ceux des autres membres de la nouvelle alliance, feront une différence significative dans l’amélioration de la sécurité maritime, en particulier en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, où les menaces houthies s’intensifient et où de graves lacunes en matière de sécurité persistent dans ces vastes étendues maritimes.
Abdel Aziz Aluwaisheg est le secrétaire général adjoint du CCG pour les affaires politiques et les négociations. Les opinions exprimées ici sont personnelles et ne représentent pas nécessairement celles du CCG. X: @abuhamad1
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














