Frictions avec la Turquie: la France exige une réaction de l'Otan

Dans cette photo d’archives datant de février 2020, un avion français de combat type Rafale décolle du porte-avion Charles de Gaulle stationné près de l’île de Chypre en mer Méditerrannée (Photo Mario GOLDMAN / AFP.)
Dans cette photo d’archives datant de février 2020, un avion français de combat type Rafale décolle du porte-avion Charles de Gaulle stationné près de l’île de Chypre en mer Méditerrannée (Photo Mario GOLDMAN / AFP.)
Short Url
Publié le Jeudi 02 juillet 2020

Frictions avec la Turquie: la France exige une réaction de l'Otan

  • "Il ne nous parait pas sain de maintenir des moyens dans une opération censée, parmi ses différentes tâches, contrôler l'embargo avec des alliés qui ne le respectent pas", a fait valoir le ministère des Armées.

La France s'est retirée temporairement mercredi de l'opération de sécurité maritime de l'Otan en Méditerranée, espérant obtenir un soutien plus franc de l'alliance dans ses frictions avec la Turquie, qui se multiplient dangereusement depuis des mois.

"Nous avons décidé de retirer temporairement nos moyens de l'opération Sea Guardian", a expliqué le ministère français des Armées lors d'un point-presse téléphonique, dans un contexte de fortes tensions entre les deux membres de l'Otan, en particulier autour du conflit libyen.

Paris a pris l'organisation à témoin d'un récent incident naval franco-turc. Elle accuse la Turquie de violer l’embargo sur les armes à destination de la Libye et d'avoir visé une de ses frégates lors d'un contrôle de navires. Ce qu'Ankara dément.

"Il ne nous parait pas sain de maintenir des moyens dans une opération censée, parmi ses différentes tâches, contrôler l'embargo avec des alliés qui ne le respectent pas", a encore fait valoir le ministère.

Au delà de l'incident maritime, "le fond de l'affaire, ce sont les violations répétées de l'embargo par la Turquie et un historique de falsifications et de trafics".

Paris exige notamment, avant de revenir dans l'opération Sea Guardian, "que les alliés réaffirment solennellement leur attachement et leur engagement au respect de l'embargo". Elle réclame aussi un mécanisme de déconfliction plus précis au sein de l'Alliance atlantique, ainsi qu'une meilleure coopération entre celle-ci et la mission européenne Irini, qui surveille elle aussi le respect de l'embargo.

A la demande de Paris, soutenue par huit pays européens sur un total de trente membres, l'Otan s'était saisie de l'incident naval bilatéral.

La Libye, dossier numéro Un

Son rapport est classifié. Mais l'ambassadeur de Turquie en France, Ismail Hakki Musa, l'a évoqué mercredi devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat français.

"Les experts de l'Otan, semble-t-il, n'arrivent pas à la même conclusion" que la France, a-t-il assuré. Et d'ajouter: "il n'y aura plus d'Otan sans la Turquie ! Vous ne saurez pas traiter l'Iran, l'Irak, la Syrie, la Méditerranée au Sud, le Caucase, la Libye, l'Egypte".

Selon le site du journal L'Opinion à Paris, l'Otan a été informée du retrait français par un courrier de la représentante permanente de la France, Muriel Domenach, au secrétaire général Jens Stoltenberg. Ce "rapport d'enquête n'a pas permis d'établir correctement les faits", est-il écrit.

Commentaire, sur Twitter, du professeur Michael Tanchum de l'institut de recherche autrichien AIES: "L'OTAN victime collatérale du conflit libyen". Car la Libye constitue le plus important de la série de dossiers opposant les deux pays, qui ne passent guère plus de quelques jours consécutifs sans échanger d'amabilités.

La France dénonce l'intervention militaire turque en Libye au côté du gouvernement d'union nationale (GNA) de Tripoli qui, grâce à cet appui, a fait reculer les hommes du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est du pays.

Le président français Emmanuel Macron a même jugé lundi que la Turquie avait une "responsabilité historique et criminelle" dans ce conflit, en tant que pays qui "prétend être membre de l'Otan".

Le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a répliqué en dénonçant l'approche "destructrice" de la France, l'accusant de chercher à renforcer la présence de la Russie, adversaire historique de l'Otan, dans ce pays déchiré par une guerre civile depuis 2011.

Le maréchal Haftar est en effet appuyé par les Emirats arabes unis, l'Egypte et la Russie. La France, bien qu'elle s'en défende, l'a également soutenu, selon nombre d'analystes.

Mais Paris, qui estime que l'alliance ménage la partie turque, a réaffirmé avec vigueur qu'elle dénonçait toutes les violations de l'embargo, quelle que soit la provenance des armes et leurs destinataires. "On n'a jamais été pour la présence russe en Libye, il n'y a pas d'ambiguïté sur notre position", a répété le ministère français des Armées.

Le sujet sera au menu d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, le 13 juillet, à la demande de la France.

Dans un autre volet des tensions bilatérales, Ankara a confirmé mercredi, par la voix de son ambassadeur en France, l'existence d'une "affaire" d'espionnage entre les deux pays, quelques jours après des informations d'un journal pro-gouvernemental turc selon lequel quatre ressortissants turcs ont été arrêtés pour avoir collaboré avec les services français.

 

 

 

                


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Short Url
  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.


Municipales en France: percée de la gauche radicale, l'extrême droite s'installe

Sarah Knafo (au centre), candidate d'extrême droite du parti Reconquete! à la mairie de Paris, se promène parmi ses partisans et les représentants des médias après l'annonce des résultats du premier tour des élections municipales de 2026 à Paris, le 15 mars 2026. (AFP)
Sarah Knafo (au centre), candidate d'extrême droite du parti Reconquete! à la mairie de Paris, se promène parmi ses partisans et les représentants des médias après l'annonce des résultats du premier tour des élections municipales de 2026 à Paris, le 15 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Tard dans la nuit dimanche, les tractations ont commencé partout où de possibles triangulaires, quadran, quinquan, voire sextangulaires sont théoriquement possibles, puisqu'il suffit qu'une liste ait obtenu 10% pour qu'elle puisse se maintenir au 2e tour
  • A Toulouse (sud), 4e ville de France, où La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale dirigé par Jean-Luc Mélenchon, est arrivé à la surprise générale devant la liste de gauche menée par le Parti socialiste (PS)

PARIS: Au lendemain d'élections locales en France marquées par la percée de la gauche radicale et des scores favorables à l'extrême droite, des alliances délicates ont commencé à se nouer à gauche lundi en vue du second tour dimanche.

Les résultats ont placé en effet dimanche soir les forces politiques, et notamment la gauche, face à de nombreux dilemmes à treize mois de la prochaine présidentielle. Le scrutin a été marqué par une progression de l'abstention.

Tard dans la nuit dimanche, les tractations ont commencé partout où de possibles triangulaires, quadran, quinquan, voire sextangulaires sont théoriquement possibles, puisqu'il suffit qu'une liste ait obtenu 10% pour qu'elle puisse se maintenir au second tour.

A Toulouse (sud), 4e ville de France, où La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale dirigé par Jean-Luc Mélenchon, est arrivé à la surprise générale devant la liste de gauche menée par le Parti socialiste (PS), une "liste commune" a été annoncée dès lundi matin.

A Lille (nord), les discussions ont débuté entre les trois forces de gauche arrivées en tête, socialistes et insoumis cherchant une alliance avec les Écologistes.

A Besançon (est), la maire écologiste sortante, largement distancée par le candidat Les Républicains (LR, droite), a annoncé son ralliement à LFI pour "battre la droite".

A Lyon (centre-est) également, la candidate LFI espère une fusion avec la liste de l'écologiste sortant Grégory Doucet contre le candidat de droite Jean-Michel Aulas, ancien patron de l'Olympique lyonnais.

Mais à Paris et Marseille, 2e ville de France, les négociations s'annoncent plus ardues après des campagnes extrêment tendues entre PS et LFI.

A Paris, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a certes largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati, ex-ministre de la Culture, d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche hors-LFI de conserver la capitale.

Mais la candidate Insoumise Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, risque de lui mettre des bâtons dans les roues.

Faute de fusion, elle se maintiendra, a-t-elle assuré. Le socialiste a toujours exclu la moindre alliance avec LFI.

"Tradition à gauche" 

En face, le candidat centriste Pierre-Yves Bournazel va lui aussi devoir décider s'il répond à l'appel au "rassemblement" lancé par Rachida Dati.

Pour la gauche, la situation est plus complexe encore à Marseille, où le sortant Benoît Payan est au coude-à-coude avec Franck Allisio (Rassemblement national, RN).

M. Payan a affirmé qu'il n'était "pas question de faire la moindre tambouille avec qui que ce soit". Une position jugée "irresponsable" par le LFI Sébastien Delogu, lui aussi qualifié.

Les choix pour le second tour du 22 mars devront être tranchés au plus tard mardi soir, date-butoir pour les têtes de liste ayant obtenu plus de 10% des voix dimanche qui devront dire si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent.

Lundi matin, les stratèges des partis ont développé leurs argumentaires.

Répétant qu'il n'y aurait pas d'"accord national", le secrétaire général du PS Pierre Jouvet a demandé "solennellement" à LFI de se retirer à Marseille, tout en évoquant des alliances locales possibles, comme à Nantes (ouest).

Forte de ses bons résultats dans les grandes villes, de sa victoire à Saint-Denis (nord de Paris) et de son score très prometteur à Roubaix (nord), LFI continue de mettre la pression sur le reste de la gauche.

Son coordinateur Manuel Bompard a répété son souhait d'"une fusion entre les différentes listes (de gauche) pour battre la droite et l'extrême droite, comme d'ailleurs c'est la tradition à gauche depuis la nuit des temps".

A rebours, l'ancien président François Hollande ou le très probable candidat Place publique (gauche) à la présidentielle Raphaël Glucksmann semblent prêts à prendre le risque de voir des villes basculer à droite plutôt que de passer un accord avec le parti mélenchoniste.

Défendant le principe d'alliances locales, la cheffe des Écologistes Marine Tondelier a, pour sa part, estimé que refuser tout accord avec LFI "a un coût pour les habitants (des) villes qui avaient besoin de politiques de gauche et écolos".

De son côté, le RN, qui revendique 24 communes remportées et est en tête dans 60 autres, selon son vice-président Sébastien Chenu, a appelé les électeurs LR au "vote utile" au second tour pour faire barrage à la gauche.

Le RN, qui cherche à amplifier sa dynamique en vue de 2027, a vu plusieurs maires sortants être réélus comme Louis Aliot à Perpignan (sud).

A Nice (sud), son allié Eric Ciotti est très bien parti dans sa lutte fratricide contre Christian Estrosi, symbole d'un score en demi-teinte du bloc macroniste.

Seul l'ex-Premier ministre Édouard Philippe lui redonne quelques couleurs, avec une dizaine de points d'avance sur son concurrent communiste au Havre (nord-ouest).

 


Macron appelle Israël à des "discussions directes" avec le Liban, propose de les accueillir à Paris

Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky au palais de l’Élysée à Paris, après des discussions sur le soutien de la France et de l’Europe à l’Ukraine et sur les moyens d’accentuer la pression sur la Russie, le 13 mars 2026. (Photo: AFP)
Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky au palais de l’Élysée à Paris, après des discussions sur le soutien de la France et de l’Europe à l’Ukraine et sur les moyens d’accentuer la pression sur la Russie, le 13 mars 2026. (Photo: AFP)
Short Url
  • Emmanuel Macron appelle Israël à accepter des discussions directes avec l’exécutif libanais et toutes les composantes du Liban, se proposant de faciliter ces rencontres à Paris
  • Il exhorte le Hezbollah à stopper ses actions et Israël à renoncer à une offensive majeure afin d’éviter que le Liban ne sombre dans le chaos, alors que des centaines de milliers de personnes ont déjà fui les bombardements

PARIS: Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris".

"Tout doit être fait pour empêcher que le Liban ne sombre dans le chaos. Le Hezbollah doit arrêter immédiatement sa fuite en avant. Israël doit renoncer à une offensive d’ampleur et cesser ses frappes massives, alors que des centaines de milliers de personnes ont déjà fui les bombardements", a déclaré le président français sur X, rapportant s'être entretenu vendredi avec le président libanais Joseph Aoun, le Premier ministre libanais Nawaf Salam et le président du Parlement libanais Nabih Berri.