Birmanie: Aung San Suu Kyi arrêtée, la communauté internationale condamne

Manifestations d'activistes birmans à Tokyo le 1er février 2021 en soutien à Aung San Suu Kyi. (AFP).
Manifestations d'activistes birmans à Tokyo le 1er février 2021 en soutien à Aung San Suu Kyi. (AFP).
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Publié le Lundi 01 février 2021

Birmanie: Aung San Suu Kyi arrêtée, la communauté internationale condamne

  • La chef de facto du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, a été « arrêtée » par l'armée, a indiqué lundi à l'AFP le porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie
  • Ces arrestations interviennent alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures

RANGOUN : Un coup d'Etat a été perpétré lundi en Birmanie par l'armée qui a arrêté la cheffe de facto du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, proclamé l'état d'urgence pour un an et placé ses généraux aux principaux postes.

Ce putsch, immédiatement condamné par plusieurs capitales étrangères, est nécessaire pour préserver la "stabilité" du pays, ont fait savoir les militaires qui ont promis dans un communiqué publié sur Facebook l'organisation de nouvelles élections "libres et équitables", une fois que l'état d'urgence d'un an sera levé.

Ils accusent la commission électorale de ne pas avoir remédié aux "énormes irrégularités" qui ont eu lieu, selon eux, lors des législatives de novembre, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi au pouvoir depuis les législatives de 2015.

La prix Nobel de la paix, âgée de 75 ans, a été arrêtée tôt dans la matinée ainsi que le président de la République, Win Myint et d'autres responsables du parti, selon  Myo Nyunt, porte-parole de la formation. Ils sont détenus à Naypyidaw, la capitale du pays, d'après lui.

Selon lui, d'autres responsables du parti ont également été arrêtés.

Sollicité, le porte-parole de l'armée n'était pas disponible dans l'immédiat. Les militaires dénoncent depuis plusieurs semaines des fraudes lors des législatives de novembre, remportées massivement par la LND.

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Les forces de police déployées dans les rues de Rangoun après la détention d'Aung San Suu Kyi et du président birman. (AFP).

Ces arrestations interviennent alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures.

Le coup d'Etat s'est fait sans effusion de sang, l'armée se contentant de bloquer les routes autour de la capitale avec des soldats en armes et des véhicules blindés, tandis que des hélicoptères la survolaient

 

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A Rangoun, les militaires se sont notamment emparés de l'hôtel de ville et ont fermé l'accès à l'aéroport international. Plusieurs camions ont traversé à grande vitesse les rues, des partisans de l'armée agitant à leur bord des drapeaux et chantant des hymnes nationalistes, selon des journalistes de l'AFP. 

Les télécommunications, portables et internet, restaient perturbées et les banques du pays ont été fermées jusqu'à nouvel ordre.

Sous prétexte de la pandémie de coronavirus, les élections « n'ont pas été libres, ni justes », avait assuré la semaine dernière lors d'une conférence de presse le porte-parole de l'armée, le major général Zaw Min Tun.

 

une relation compliquée

"La relation entre le gouvernement et les militaires était compliquée", souligne Hervé Lemahieu, spécialiste auprès de l'institut Lowy en Australie. "Ce régime hybride, pas tout à fait autocratique ni tout à fait démocratique, s’est effondré sous le poids de ses propres contradictions".

Les militaires affirment avoir recensé des millions de cas de fraude, dont des milliers d'électeurs centenaires ou mineurs.

Plus d'une dizaine d'ambassades, dont celle des États-Unis et la délégation de l'Union Européenne, avaient exhorté vendredi la Birmanie à « adhérer aux normes démocratiques », rejoignant l'ONU dans un chœur d'inquiétudes internationales sur un possible coup d'État.

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Il s'agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte qui a régné pendant un demi-siècle sur le pays.

L'armée conserve toutefois un pouvoir très important, ayant la main sur trois ministères clés (l’Intérieur, la Défense et les Frontières).

 

Un prix Nobel de la paix très critiqué

Le parti d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, très critiquée à l'international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas mais toujours adulée par une majorité de la population, a remporté une victoire écrasante en novembre.

Longtemps exilée en Angleterre, Aung San Suu Kyi, aujourd'hui âgée de 75 ans, est rentrée en Birmanie en 1988, devenant la figure de l'opposition face à la dictature militaire. Elle a passé 15 ans en résidence surveillée avant d'être libérée par l'armée en 2010.

Condamnations en cascade

Les condamnations de la communauté internationale n'ont pas tardées à pleuvoir. 

L'Union européenne a "fermement" condamné le coup d'Etat perpétré lundi par l'armée en Birmanie et a réclamé "la libération immédiate" des personnes détenues.

"Je condamne fermement le coup d'État en Birmanie et appelle les militaires à libérer tous ceux qui ont été illégalement détenus lors de raids à travers le pays. Le résultat des élections doit être respecté et le processus démocratique doit être rétabli", a écrit le président du Conseil européen, Charles Michel, sur Twitter.

"Le peuple du Myanmar veut la démocratie. L'UE est avec lui", a renchéri le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell sur le même réseau social.

 

Le Drian: "une remise en cause inacceptable du processus démocratique"

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a dénoncé "une remise en cause inacceptable du processus démocratique" en Birmanie après le coup d'Etat survenu lundi et exprimé son soutien au peuple birman "dans sa volonté de liberté".


Dans une déclaration écrite, il a appelé à la "libération immédiate et sans condition" de la cheffe de facto du gouvernement civil Aung San Suu Kyi ainsi que de tous les autres responsables politiques arrêtés.


"Cette arrestation, ainsi que le transfert des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires à l’armée constituent une inacceptable remise en cause du processus démocratique engagé depuis une dizaine d'années", a souligné le chef de la diplomatie française.


"La France appelle au strict respect des résultats des élections du 8 novembre et se tient résolument aux côtés du peuple birman dans sa volonté de démocratie et de liberté exprimée dans les urnes", a-t-il poursuivi.


Auparavant, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait appelé à ce que "le résultat du vote des Birmans soit respecté".


"Il y a eu des élections au mois de novembre dernier, Mme Aung San Suu Kyi a été élue et dans ces conditions nous appelons à ce que le résultat des urnes, le résultat du vote des Birmans soit respecté", a indiqué M. Attal sur franceinfo.


Paris suit "heure par heure et de très près ce qui se passe", et "discute avec ses partenaires dans le cadre des instances internationales et notamment l'Organisation des Nations unies" de la situation, selon le porte-parole.


Il a précisé que la "préoccupation" est "forte" pour les Français présents en Birmanie et que "les services du ministère des Affaires étrangères sont mobilisés pour suivre et être en contact avec nos ressortissants sur place".

Londres a également "condamné le coup d'État en Birmanie et l'emprisonnement illégal de civils, dont Aung San Suu Kyi", a écrit le dirigeant britannique, Boris Johnson.

I condemn the coup and unlawful imprisonment of civilians, including Aung San Suu Kyi, in Myanmar. The vote of the people must be respected and civilian leaders released.

— Boris Johnson (@BorisJohnson) February 1, 2021

 

L'ambassadeur de Birmanie à Londres a été convoqué par les autorités britanniques.

Le ministère japonais des Affaires étrangères s’est également exprimé dans une déclaration en exhortant "l'armée nationale à rétablir rapidement le système politique démocratique" en Birmanie.

Plus nuancée, la Chine a appelé lundi les acteurs politiques en Birmanie à "régler leurs différends" dans un cadre légal et constitutionnel, après le coup d'Etat de la puissante armée birmane.

"La communauté internationale doit parler d'une seule voix pour exiger de l'armée birmane qu'elle rende immédiatement le pouvoir", a réagi le président Joe Biden, menaçant de réimposer des sanctions.

"Les Etats-Unis s'opposent à toute tentative de modification des résultats des récentes élections ou d'entrave à une transition démocratique en Birmanie et vont agir contre les responsables si ces mesures (les arrestations, ndlr) ne sont pas abandonnées", selon un communiqué de la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. 

Le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, appelle l'armée "à libérer tous les responsables du gouvernement ainsi que les dirigeants de la société civile et à respecter la volonté du peuple de Birmanie telle qu'exprimée lors des élections démocratiques du 8 novembre". 

"Nous espérons un règlement pacifique de la situation, en conformité avec la loi en vigueur, via la reprise d’un dialogue politique et le maintien du développement socio-économique durable du pays", a déclaré la  diplomatie russe, dans un communiqué, prenant également acte de l'intention des autorités militaires d'organiser des élections dans un an. 

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas "condamne fermement" le coup d'Etat et les arrestations, demandant "aux militaires de libérer immédiatement les membres du gouvernement et du Parlement arrêtés" et de reconnaître le résultat des élections. 

L'Italie "condamne fermement la vague d'arrestations" et demande "la libération immédiate" de tous les responsables arrêtés, selon le ministère des Affaires étrangères. "Nous sommes inquiets de cette interruption brutale du processus de transition démocratique" et l'issue des élections "doit être respectée". 

Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez "condamne le coup d'Etat" et demande "la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées et le rétablissement du processus démocratique", ajoutant: "la Constitution et les résultats électoraux doivent être respectés". 

Le ministère des Affaires étrangères exprime "sa grande inquiétude" et demande "la libération immédiate d'Aung San Suu Kyi et des autres responsables politiques arrêtés, ainsi que le respect de la volonté démocratique du peuple". 

Le chef de la diplomatie tchèque Tomas Petricek tweete que son pays "condamne" le coup d'Etat, "soutient les dirigeants légitimes" birmans et "appelle à leur libération immédiate" en réclament "le respect des résultats des élections". 

Citant une situation "extrêmement inquiétante", le chef de la diplomatie finlandaise Pekka Haavisto déclare au journal Helsingin Sanomat qu'"il est clair que les problèmes du pays ne seront pas réglés par un coup d'Etat militaire" et réclame "la libération des responsables politiques arrêtés dans leurs bureaux". 

La ministre suédoise des Affaires étrangères Ann Linde "condamne" sur Twitter le coup d'Etat, appelle l'armée à "respecter l'Etat de droit" ainsi que le résultat des élections et réclame la libération "immédiatement et sans conditions" de tous les dirigeants civils arrêtés. 

Condemn the developments in Myanmar today. We call on the military in Myanmar to respect the rule of law, the election results and to resolve disputes through lawful mechanisms. All civilian leaders and others unlawfully detained must be released immediately and unconditionally.

— Ann Linde (@AnnLinde) February 1, 2021

Le ministre des Affaires étrangères Jeppe Kofod "condamne fermement" le coup d'Etat, demande "à toutes les parties de respecter les résultats des élections démocratiques" et réclame la libération de "tous les dirigeants civils et responsables gouvernementaux", ajoutant sur Twitter: "l'armée sous contrôle civil est un principe démocratique clef". 

I strongly condemn developments in #Myanmar

I urge all parties to respect result of democratic elections, exercise restraint & seek peaceful dialogue.

Civilian leaders, government officials must be released.

Military under civilian control is a key democratic principle#dkpol

— Jeppe Kofod (@JeppeKofod) February 1, 2021

"Nous condamnons les développements d'aujourd'hui en Birmanie", tweete la ministre norvégienne des Affaires étrangères, Ine Eriksen Søreide. "Nous demandons aux dirigeants militaires d'adhérer aux normes démocratiques et de respecter le résultat des élections. Les responsables politiques démocratiquement élus doivent être libérés". 

Le chef de la diplomatie suisse Ignazio Cassis, dont le pays avait aidé en juin à la signature d'un code de conduite par les partis birmans pour des élections pacifiques et une campagne équitable, se dit "gravement inquiet" et appelle "à une reprise immédiate du dialogue et la remise en liberté des personnes arrêtées".  

Le gouvernement turc, lui-même cible d'une tentative de putsch en 2016, "condamne fermement la prise de pouvoir par l'armée birmane" et souhaite "la libération immédiate des dirigeants élus, des responsables politiques et des civils arrêtés", selon le ministère des Affaires étrangères. Il espère que ce développement "ne va pas faire empirer la situation des Rohingyas musulmans vivant dans de dures conditions en Birmanie". 

Le Canada, par la voix de son chef de la diplomatie Marc Garneau, s'est dit "vivement préoccupé" par le coup d'Etat qu'il "condamne sans équivoque", et a appelé "l'armée (...) à libérer toutes les personnes détenues dans le cadre de cette opération et à mettre fin immédiatement à toutes les entraves au processus démocratique". 

"En tant que voisin immédiat et amical, nous aimerions voir la paix et la stabilité en Birmanie", assure le ministère des Affaires étrangères du Bangladesh, pays qui accueille des centaines de milliers de réfugiés rohingyas venus de Birmanie, "nous espérons que le processus démocratique et les dispositions constitutionnelles seront maintenus en Birmanie". 

"L'Etat de droit et le processus démocratique doivent être respectés", selon le ministère des Affaires étrangères qui fait part de sa "profonde inquiétude". 

Le ministère des Affaires étrangères demande la libération d'Aung San Suu Kyi et exhorte "l'armée nationale à rétablir rapidement le système politique démocratique". 

"Nous appelons l'armée à respecter l'État de droit, à résoudre les différends par des mécanismes légaux et à libérer immédiatement tous les dirigeants (politiques) issus de la société civile et les autres personnes détenues illégalement", déclare la ministre australienne des Affaires étrangères Marise Payne. 

Le ministère des Affaires étrangères exprime sa "sérieuse inquiétude", espérant que toutes les parties feront "preuve de retenue". 

Le comité Nobel norvégien s'est dit "scandalisé" par le coup d'Etat en Birmanie et par l'arrestation d'Aung San Suu Kyi, la lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, et de plusieurs autres dirigeants, dont il a réclamé la "libération immédiate".

Une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Birmanie prévue de longue date pourrait être avancée en début de semaine en raison des derniers développements, a indiqué à l'AFP un diplomate sous couvert d'anonymat. 


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.