Dans un Venezuela en crise, les autobus se transforment en "bureaux de change"

Un travailleur compte de l'argent alors que des personnes montent à bord d'un bus de tourisme interurbain à Caracas le 29 janvier 2021. Le transport est le seul secteur qui utilise encore les billets de Bolivar en espèces, transformant les bus en bureaux de change dans les zones pauvres. (Federico PARRA / AFP)
Un travailleur compte de l'argent alors que des personnes montent à bord d'un bus de tourisme interurbain à Caracas le 29 janvier 2021. Le transport est le seul secteur qui utilise encore les billets de Bolivar en espèces, transformant les bus en bureaux de change dans les zones pauvres. (Federico PARRA / AFP)
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Publié le Samedi 06 février 2021

Dans un Venezuela en crise, les autobus se transforment en "bureaux de change"

  • Faute de compagnie publique de transport, le service est en effet assuré à Caracas par de petits entrepreneurs organisés en coopérative pour chaque ligne
  • La monnaie a déjà perdu 38,14% depuis début 2021, après une chute de 95,7% en 2020

CARACAS: Une femme monte dans le bus et tend un billet d'un dollar au chauffeur qui lui rend la monnaie avec une liasse de bolivars: à Caracas, où les liquidités en devises locales ont quasiment disparu, c'est dans les autobus privés qui sillonnent la ville que les habitants s'approvisionnent. 

"Nous nous sommes transformés en bureau de change !", constate Marcelo Morett, qui conduit son propre autobus. 

Faute de compagnie publique de transport, le service est en effet assuré à Caracas par de petits entrepreneurs organisés en coopérative pour chaque ligne. 

C'est désormais le seul secteur, faute d'alternative, qui utilise encore la monnaie locale en liquide. 

Le bolivar "ne permet que le trajet en bus (...) c'est la seule chose qu'on peut acheter avec", confirme à l'AFP Lisbeth Leal, 39 ans.

Le passager comme le chauffeur y gagnent. 

En payant le ticket de bus d'un coût de 150.000 bolivars (9 centimes de dollars) avec un billet d'un dollar, le passager reçoit en monnaie 1,3 million de bolivars. Il s'assure ainsi de quoi payer une dizaine de trajets et évite les interminables files d'attente devant les banques. 

Ces dernières ne délivrent au guichet que 400.000 bolivars quotidiens, dans une ville où les distributeurs automatiques sont quasiment tous hors service.

Du côté des chauffeurs, face à la difficulté d'avoir accès à des bolivars, le change appliqué avec le dollar est environ 30% plus bas que le cours officiel, une aubaine.

Mais derrière son volant, Marcelo Morett craint que tôt ou tard le manque de liquidités ne rende impossible son travail: "Chaque fois que (le cours du dollar) monte, il faut rendre encore plus de bolivars". 

La monnaie a déjà perdu 38,14% depuis début 2021, après une chute de 95,7% en 2020. 

Baguette 

Face à cette dégringolade permanente et une inflation hors de contrôle, les Vénézuéliens se tournent de plus en plus vers le dollar.

Cette crise de confiance dans la monnaie est alimentée par la pire crise économique de l'histoire récente du Venezuela. Le Produit intérieur brut (PIB) du pays sud-américain, jadis un des plus prospères d'Amérique latine, s'est ainsi réduit de moitié entre 2013 et 2019. 

Face à cette dollarisation informelle de l'économie, les commerçants sont contraints d'utiliser exclusivement des modes de paiement électroniques pour les ventes en bolivars. Y compris pour de toutes petites sommes comme le prix d'une baguette.

A l'intérieur du pays, les bus intercités font payer les trajets en bolivars grâce à toute sorte d'outils numériques, notamment les paiements par téléphone portable. 

Mais ce type de transactions, où il faut taper son numéro de carte d'identité puis un mot de passe, est juste impossible dans les autobus bondés de la capitale, où les flux de passagers restent importants malgré la pandémie de Covid-19. 

Le président socialiste Nicolas Maduro, qui a lui-même qualifié la dollarisation de "soupape" face aux sanctions économiques américaines, a promis un système de carte magnétique pour les paiements dans les autobus de Caracas. 

Mais pour l'économiste Jesus Casique, "cela ne règlera rien". "Le problème de fond demeure: la Banque centrale continue de monétiser le déficit (...) et le gouvernement, au lieu de corriger les déséquilibres de l'économie, les aggrave", estime-t-il auprès de l'AFP. 

Si 65,9% des transactions commerciales au Venezuela sont désormais effectuées en dollars, la moitié de la population n'a pas un accès régulier au billet vert, selon le cabinet Ecoanalitica. 

Le phénomène, met en garde Jesus Casique, agrandit les fractures sociales, sachant que quatre Vénézuéliens sur cinq ont des revenus insuffisants pour acheter de quoi manger, selon une étude des principales universités du pays. 

"Il y a des passagers qui font du troc (...), ils vous donnent un petit kilo de riz. Vous leur faites payer le prix du billet et vous leur donnez la différence" en bolivars, relate Marcelo Morett.


« Marché stratégique » : PepsiCo souligne le rôle de l’Arabie saoudite dans sa croissance mondiale

Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
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  • PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché stratégique majeur, avec des investissements continus et un fort alignement sur la Vision 2030
  • L’entreprise accélère l’innovation (IA, R&D, produits sans sucre) pour répondre à l’évolution des consommateurs et renforcer sa croissance régionale

RIYAD : PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché « stratégique » offrant des opportunités croissantes d’investissement et d’innovation, alors que le Royaume demeure une cible clé pour l’entreprise.

La société affirme s’être étroitement alignée sur les objectifs à long terme du Royaume, en s’appuyant sur une présence qui s’étend sur près de sept décennies.

« Nous opérons dans le Royaume depuis presque 70 ans », a déclaré Eugene Willemsen, PDG des boissons internationales chez PepsiCo, à Arab News. « Nous avons immédiatement adopté la Vision 2030 dès son lancement et avons clairement indiqué que nous voulions en faire partie, mais aussi y contribuer activement. »

Il a souligné plusieurs domaines dans lesquels PepsiCo a élargi son rôle, notamment en renforçant l’intégration des talents saoudiens et féminins, en faisant évoluer son portefeuille de produits et en soutenant des initiatives favorisant des modes de vie plus actifs.

« Nous nous voyons comme un contributeur à la Vision 2030… et nous nous réjouissons de continuer à le faire avec l’ensemble de nos activités en Arabie saoudite », a-t-il ajouté. 

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Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Riyad. (Fourni)

L’Arabie saoudite est l’un des marchés les plus importants de PepsiCo à l’échelle mondiale, soutenu par de solides capacités locales et des partenariats de longue date.

« C’est un marché très important pour PepsiCo. C’est un marché stratégique pour nous », a déclaré Willemsen. « Nous disposons de capacités très solides et avancées en marketing, dans les domaines commerciaux et dans la chaîne d’approvisionnement, que nous pouvons exploiter à l’échelle de notre réseau international. »

Il a également mis en avant le rôle des partenaires d’embouteillage locaux, évoquant des relations « qui remontent à plusieurs décennies » et offrant des « capacités exceptionnelles » au bénéfice de l’ensemble du système PepsiCo.

L’entreprise emploie environ 9 000 personnes dans ses opérations en Arabie saoudite et a continué d’étendre sa présence locale. Parmi les investissements récents figure un nouveau centre de recherche et développement dans le quartier financier King Abdullah à Riyad, développé en collaboration avec son activité snacks.

« Il s’agit d’un investissement d’environ 30 millions de riyals saoudiens (8 millions de dollars) », a précisé Willemsen, ajoutant que ce centre vise à développer des produits adaptés aux besoins locaux et potentiellement intégrant des cultures locales, avec des applications pouvant s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient.

L’évolution des préférences des consommateurs influence également la stratégie de PepsiCo dans le Royaume, notamment avec une demande croissante pour des options plus saines.

« Nous avons fortement mis l’accent sur les offres sans sucre ici en Arabie saoudite, et nous avons observé un changement significatif vers le zéro sucre », a-t-il expliqué. « Les consommateurs, tous âges et profils confondus, recherchent des options permettant de réduire leur consommation de sucre. »

Parallèlement, l’hydratation est une priorité majeure, notamment en raison du climat du Royaume. Willemsen a évoqué des opportunités d’élargir les produits contenant des électrolytes, destinés aussi bien aux consommateurs actifs qu’à un usage quotidien.

PepsiCo intensifie également l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses opérations, de l’agriculture au développement de produits.

« Nous voulons être parmi les leaders dans l’adoption de l’IA dans le secteur des biens de consommation », a déclaré Willemsen. « L’IA permet de tester et valider des concepts beaucoup plus rapidement, de développer des produits plus vite et de les lancer plus rapidement sur le marché. »

Il a précisé que l’IA est utilisée dans les opérations agricoles mondiales de l’entreprise pour aider les agriculteurs à optimiser l’utilisation de l’eau, l’application d’engrais et les rendements.

Concernant les chaînes d’approvisionnement, Willemsen a indiqué que l’entreprise se concentre sur le renforcement de la résilience locale face à la volatilité mondiale.

« Notre objectif à travers le monde est de créer des chaînes d’approvisionnement aussi locales que possible », a-t-il déclaré. « Nous avons développé une grande résilience et agilité pour faire face à différents scénarios. »

Malgré l’incertitude mondiale, il s’est dit confiant quant aux perspectives à long terme du marché saoudien.

« Le marché saoudien est en lui-même très résilient », a-t-il affirmé. « Parce qu’il évolue rapidement, il continue d’offrir des opportunités d’innovation et de réponse aux besoins changeants des consommateurs. »

Il a ajouté : « Il existe une forte résilience intrinsèque en Arabie saoudite, ce qui nous donne confiance dans le fait que ce pays continuera à croître et à prospérer. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’euro numérique, un enjeu stratégique de souveraineté européenne

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
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  • À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines
  • Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis

PARIS: Derrière l’écrasante majorité des paiements par carte en Europe se cachent deux acteurs américains incontournables : Visa et Mastercard. Cette dépendance structurelle du système de paiement européen a récemment été mise en lumière par un épisode aux répercussions politiques et juridiques sensibles.

À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines. Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis.

Cet incident illustre les vulnérabilités de l’Europe en matière de souveraineté financière. Pour y remédier, l’Union européenne accélère ses travaux sur un projet d’euro numérique. Cette monnaie digitale, émise directement par la Banque centrale européenne, ambitionne de garantir une autonomie accrue face aux infrastructures de paiement étrangères et de se prémunir contre d’éventuelles sanctions extérieures.

Mais le projet suscite des inquiétudes au sein du secteur bancaire. Les établissements privés redoutent une migration des dépôts vers cette monnaie publique, qui pourrait réduire leurs ressources et, par conséquent, leurs revenus liés aux services bancaires.

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ?


Dispositif pour les carburants: la France «n'a pas les moyens d'amortir les crises», estime Larcher

Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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  • "Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher
  • "Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN

PARIS: Le président LR du Sénat Gérard Larcher a estimé mercredi que la France "n'a pas les moyens d'amortir les crises" au lendemain de la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'un "dispositif d'accompagnement" pour les "grands rouleurs" touchés par la hausse du prix du carburant.

"Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher.

"Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN.

Il a tenu Emmanuel Macron pour responsable de cette situation: "On paye le quoi qu'il en coûte, on paye un ensemble d'engagements où on n'a pas réduit la dépense publique, on n'a pas réformé l'État", a-t-il expliqué. "C'est quelque part le bilan de deux quinquennats d'Emmanuel Macron", a-t-il souligné, estimant que le chef de l'Etat a laissé la France en situation "d'hypoxie".

Sur la situation financière du pays, Gérard Larcher a précisé que le Sénat, contrôlé par une majorité de droite et du centre, présentera pour le budget 2027 "une proposition au gouvernement (...) à la fin du mois de juin".

L'exécutif a annoncé mardi une aide à trois millions de "travailleurs modestes grands rouleurs", et le renforcement du soutien aux pêcheurs et agriculteurs.