Algérie: comment l'industrie automobile a tourné au fiasco

Le ministre algérien de l'Industrie, Ferhat-Ait Ali, s'exprime lors d'un entretien avec l'AFP à Alger le 13 février 2021. Des usines d'assemblage fermées, des patrons emprisonnés, des travailleurs licenciés. Les plans jadis ambitieux de l'Algérie pour créer une industrie automobile phare se sont transformés en fiasco.  (Ryad KRAMDI / AFP)
Le ministre algérien de l'Industrie, Ferhat-Ait Ali, s'exprime lors d'un entretien avec l'AFP à Alger le 13 février 2021. Des usines d'assemblage fermées, des patrons emprisonnés, des travailleurs licenciés. Les plans jadis ambitieux de l'Algérie pour créer une industrie automobile phare se sont transformés en fiasco. (Ryad KRAMDI / AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 14 février 2021

Algérie: comment l'industrie automobile a tourné au fiasco

  • En décembre 2019, Volkswagen a suspendu sine die sa production faute de pièces et mis au chômage technique 700 salariés
  • En mai 2020, c'est la filiale algérienne du sud-coréen Kia qui a fermé sa chaîne de montage, jetant au chômage 1.200 employés

ALGER : Usines fermées, patrons en prison et des milliers de salariés sur le carreau: le projet de construction d'usines de montage automobile, censé devenir le fleuron industriel de l'Algérie, a tourné au fiasco, contraignant les autorités à tout remettre à plat.

"Le gouvernement prépare la relance de cette industrie sur des bases solides qui rompent avec les pratiques du passé", a promis en janvier le ministre de l'Industrie, Ferhat Aït Ali.

Des abus, malversations et faits de corruption sont à l'origine du fiasco des usines "made in Algérie". L'industrie automobile y a vu le jour en 2012 à la faveur d'un partenariat entre Renault et le gouvernement algérien, qui a débouché en 2014 sur la construction de la première usine de production de voitures, près d'Oran (nord-ouest), la deuxième ville du pays.

Par la suite, d'autres ateliers de montage ont été créés lorsque les autorités ont contraint les concessionnaires automobiles à produire localement via des partenariats avec des marques étrangères. 

Après Renault, le sud-coréen Hyundai et l'allemand Volkswagen ont ouvert en 2016 et 2017 leurs usines à Tiaret et Relizane (nord-ouest).

Cette filière était devenue une priorité pour l'Algérie qui cherchait à réduire ses importations et diversifier son économie face à la chute des revenus pétroliers, source de plus de 90% de devises.

Mais dès le printemps 2017, le secteur s'est retrouvé au cœur la controverse. 

Les autorités ont dénoncé des "importations déguisées" et dépêché une commission d'enquête chez Hyundai après la diffusion d'images sur les réseaux sociaux de modèles importés quasi complets, sur lesquels ne restait qu'à monter les roues. 

Fin juillet 2017, l'ex-ministre de l'Industrie, Mahdjoub Bedda, aujourd'hui en prison pour son rôle dans ce dossier, a suspendu tout nouveau projet de montage automobile.

"Importation masquée" 

Ce fiasco est dû principalement au SKD ("semi knocked down"), qui consiste à importer un véhicule en kits prémontés, simplement rivetés ou boulonnés sur place. Ce système a ouvert la voie à des abus tels des importations "déguisées", des transferts illicites d'argent à l'étranger ou des surfacturations pour gonfler les prix de revient des véhicules "montés".

Après la chute du président Abdelaziz Bouteflika en avril 2019 et la condamnation de plusieurs patrons d'usines de montage, le président Abdelmadjid Tebboune, arrivé au pouvoir en décembre 2019, a promis de remettre à plat le secteur entaché par la corruption.

"Certains projets ne peuvent être qualifiés d'industrie car il s'agit simplement d'une importation masquée", a-t-il dénoncé au lendemain de son élection. 

Résultat: l'importation de pièces détachées destinées aux usines de montage a été interdite. Cette décision a sonné le glas de cette jeune industrie, déjà en grande difficulté depuis l'incarcération de la quasi-totalité de ses patrons à la suite d'enquêtes diligentées après la démission de M. Bouteflika.

En décembre 2019, Volkswagen a suspendu sine die sa production faute de pièces et mis au chômage technique 700 salariés.

En mai 2020, c'est la filiale algérienne du sud-coréen Kia qui a fermé sa chaîne de montage, jetant au chômage 1.200 employés.

Corruption 

Ce scandale automobile au cœur du premier grand procès pour corruption de l'ère Bouteflika a conduit en prison d'anciens Premiers ministres (Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal), deux ex-ministres de l'Industrie et des hommes d'affaires comme Mahieddine Tahkout (Huyndai) ou Mourad Oulmi (Volkswagen).

Leurs procès ont montré que ces entreprises ont été favorisées malgré un cahier des charges rarement respecté, et ont bénéficié d'importantes aides publiques et d'avantages fiscaux.

Pour parer toute réédition d'un tel scénario, le gouvernement a adopté en août un nouveau cahier des charges prévoyant notamment un taux d'intégration (de pièces fabriquées localement) de 30% au démarrage. 

Mais "il est illusoire de prétendre mettre sur pied une industrie automobile sans savoir-faire", souligne l'expert Mourad Saadi.

L'échec de l'expérience du montage automobile est notamment dû à l'absence d'un véritable marché de la sous-traitance, capable de fournir les usines en pièces fabriquées en Algérie, selon M. Saadi.

Le ministre de l'Industrie, critiqué pour le retard sur le nouveau cahier des charges, a récemment évoqué "des discussions avec des Allemands et d'autres opérateurs mondiaux pour lancer une véritable industrie de véhicules touristiques et utilitaires". Mais, pour l'instant, aucun constructeur ne s'est manifesté.

Au Maghreb, le Maroc a lui aussi misé sur l'industrie automobile, axe stratégique de son économie, devenue le premier secteur exportateur du pays, avec l'implantation d'usines géantes du groupe Renault-Nissan (2012 et 2019) et de son rival PSA (2019), grâce à une politique fiscale et douanière incitative.


Les Emirats annoncent leur retrait de l'Opep à partir de mai 

Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'alliance Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a annoncé l'agence de presse émiratie. (AP)
Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'alliance Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a annoncé l'agence de presse émiratie. (AP)
Short Url
  • Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep)
  • "Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Emirats arabes unis ainsi que l'évolution de leur profil énergétique, notamment l'accélération des investissements dans la production d'énergie nationale"

DUBAI: Les Emirats arabes unis vont se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'alliance Opep+ comptant aussi la Russie, à partir du 1er mai, a annoncé l'agence de presse émiratie.

"Cette décision reflète la vision stratégique et économique à long terme des Emirats arabes unis ainsi que l'évolution de leur profil énergétique, notamment l'accélération des investissements dans la production d'énergie nationale", explique l'agence Wam.

 

 

 

 


Veolia et Amazon accélèrent la transformation hydrique des data centers

Un avion survole une unité mobile de traitement de la pollution aux PFAS dans l’eau, fournie par Veolia, alors qu’il atterrit à l’EuroAirport de Bartenheim, dans l’est de la France, le 4 septembre 2025. (AFP)
Un avion survole une unité mobile de traitement de la pollution aux PFAS dans l’eau, fournie par Veolia, alors qu’il atterrit à l’EuroAirport de Bartenheim, dans l’est de la France, le 4 septembre 2025. (AFP)
Short Url
  • Un partenariat Veolia-Amazon pour déployer des solutions de réutilisation des eaux usées dans les data centers, avec un premier site opérationnel en 2027
  • Une économie annuelle estimée à 314 millions de litres d’eau potable, au service d’une stratégie globale de durabilité et de résilience hydrique

DUBAI: Dans un contexte de croissance exponentielle des besoins en infrastructures numériques et de pression accrue sur les ressources naturelles, Veolia et Amazon annoncent un partenariat structurant visant à transformer la gestion de l’eau dans les data centers. L’ambition : substituer l’eau potable par des eaux usées traitées pour les besoins de refroidissement, un poste particulièrement consommateur dans ces installations critiques.

Cette collaboration associe l’expertise de Veolia, leader mondial des technologies de l’eau et des services à l’environnement, aux capacités d’Amazon en matière de cloud et d’intelligence artificielle. Ensemble, les deux groupes entendent concevoir et déployer des stratégies de gestion de l’eau plus durables, adaptées aux data centers de nouvelle génération.

Le projet pilote sera lancé dans le Mississippi, où Veolia accompagnera les opérations d’Amazon afin de réduire significativement leur consommation d’eau potable. À l'horizon 2027, une première installation devrait entrer en service, marquant une étape importante : il s’agira du premier data center d’Amazon dans cet État à recourir à de l’eau recyclée pour ses systèmes de refroidissement.

Une innovation industrielle au service de la sobriété hydrique

Au cœur du dispositif, des systèmes de traitement de l’eau développés par Veolia, à la fois autonomes, modulaires et conteneurisés. Ces unités seront capables de capter des effluents issus de stations d’épuration locales ainsi que d’autres sources disponibles, puis de les transformer en une ressource conforme aux exigences de qualité des procédés industriels de refroidissement.

Cette approche permet de convertir un déchet en ressource stratégique, tout en limitant le recours aux nappes phréatiques et aux réseaux d’eau potable, particulièrement sollicités dans certaines régions. Une fois pleinement opérationnel, le projet devrait permettre de réutiliser plus de 314 millions de litres d’eau potable par an. Ce volume correspond à la consommation annuelle d’environ 760 foyers américains — une économie significative à l’échelle locale.

Au-delà de la performance environnementale, cette solution répond également à des enjeux de continuité opérationnelle. En sécurisant l’approvisionnement en eau via des sources alternatives, elle renforce la résilience des data centers face aux risques de stress hydrique ou de restrictions d’usage.

Un modèle réplicable à l’échelle mondiale

L’un des atouts majeurs du dispositif réside dans sa conception modulaire. Les systèmes conteneurisés de Veolia peuvent être déployés rapidement et adaptés aux spécificités locales, ce qui ouvre la voie à une duplication de la solution sur d’autres sites d’Amazon dans le monde.

Cette logique d’industrialisation s’inscrit dans la nouvelle offre « Data Center Resource 360 » développée par Veolia. Celle-ci vise à optimiser l’ensemble des flux de ressources — eau, énergie, déchets — au sein des data centers, en s’appuyant sur des technologies avancées et des outils de pilotage numérique.

Pour Amazon, cette initiative constitue un levier concret pour atteindre son objectif d’empreinte eau positive dans l’ensemble de ses opérations directes de data centers d’ici 2030. Cela implique non seulement de réduire ses prélèvements, mais aussi de contribuer activement à la restauration des ressources en eau dans les territoires où l’entreprise est implantée. 


« Marché stratégique » : PepsiCo souligne le rôle de l’Arabie saoudite dans sa croissance mondiale

Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Short Url
  • PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché stratégique majeur, avec des investissements continus et un fort alignement sur la Vision 2030
  • L’entreprise accélère l’innovation (IA, R&D, produits sans sucre) pour répondre à l’évolution des consommateurs et renforcer sa croissance régionale

RIYAD : PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché « stratégique » offrant des opportunités croissantes d’investissement et d’innovation, alors que le Royaume demeure une cible clé pour l’entreprise.

La société affirme s’être étroitement alignée sur les objectifs à long terme du Royaume, en s’appuyant sur une présence qui s’étend sur près de sept décennies.

« Nous opérons dans le Royaume depuis presque 70 ans », a déclaré Eugene Willemsen, PDG des boissons internationales chez PepsiCo, à Arab News. « Nous avons immédiatement adopté la Vision 2030 dès son lancement et avons clairement indiqué que nous voulions en faire partie, mais aussi y contribuer activement. »

Il a souligné plusieurs domaines dans lesquels PepsiCo a élargi son rôle, notamment en renforçant l’intégration des talents saoudiens et féminins, en faisant évoluer son portefeuille de produits et en soutenant des initiatives favorisant des modes de vie plus actifs.

« Nous nous voyons comme un contributeur à la Vision 2030… et nous nous réjouissons de continuer à le faire avec l’ensemble de nos activités en Arabie saoudite », a-t-il ajouté. 

--
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Riyad. (Fourni)

L’Arabie saoudite est l’un des marchés les plus importants de PepsiCo à l’échelle mondiale, soutenu par de solides capacités locales et des partenariats de longue date.

« C’est un marché très important pour PepsiCo. C’est un marché stratégique pour nous », a déclaré Willemsen. « Nous disposons de capacités très solides et avancées en marketing, dans les domaines commerciaux et dans la chaîne d’approvisionnement, que nous pouvons exploiter à l’échelle de notre réseau international. »

Il a également mis en avant le rôle des partenaires d’embouteillage locaux, évoquant des relations « qui remontent à plusieurs décennies » et offrant des « capacités exceptionnelles » au bénéfice de l’ensemble du système PepsiCo.

L’entreprise emploie environ 9 000 personnes dans ses opérations en Arabie saoudite et a continué d’étendre sa présence locale. Parmi les investissements récents figure un nouveau centre de recherche et développement dans le quartier financier King Abdullah à Riyad, développé en collaboration avec son activité snacks.

« Il s’agit d’un investissement d’environ 30 millions de riyals saoudiens (8 millions de dollars) », a précisé Willemsen, ajoutant que ce centre vise à développer des produits adaptés aux besoins locaux et potentiellement intégrant des cultures locales, avec des applications pouvant s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient.

L’évolution des préférences des consommateurs influence également la stratégie de PepsiCo dans le Royaume, notamment avec une demande croissante pour des options plus saines.

« Nous avons fortement mis l’accent sur les offres sans sucre ici en Arabie saoudite, et nous avons observé un changement significatif vers le zéro sucre », a-t-il expliqué. « Les consommateurs, tous âges et profils confondus, recherchent des options permettant de réduire leur consommation de sucre. »

Parallèlement, l’hydratation est une priorité majeure, notamment en raison du climat du Royaume. Willemsen a évoqué des opportunités d’élargir les produits contenant des électrolytes, destinés aussi bien aux consommateurs actifs qu’à un usage quotidien.

PepsiCo intensifie également l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses opérations, de l’agriculture au développement de produits.

« Nous voulons être parmi les leaders dans l’adoption de l’IA dans le secteur des biens de consommation », a déclaré Willemsen. « L’IA permet de tester et valider des concepts beaucoup plus rapidement, de développer des produits plus vite et de les lancer plus rapidement sur le marché. »

Il a précisé que l’IA est utilisée dans les opérations agricoles mondiales de l’entreprise pour aider les agriculteurs à optimiser l’utilisation de l’eau, l’application d’engrais et les rendements.

Concernant les chaînes d’approvisionnement, Willemsen a indiqué que l’entreprise se concentre sur le renforcement de la résilience locale face à la volatilité mondiale.

« Notre objectif à travers le monde est de créer des chaînes d’approvisionnement aussi locales que possible », a-t-il déclaré. « Nous avons développé une grande résilience et agilité pour faire face à différents scénarios. »

Malgré l’incertitude mondiale, il s’est dit confiant quant aux perspectives à long terme du marché saoudien.

« Le marché saoudien est en lui-même très résilient », a-t-il affirmé. « Parce qu’il évolue rapidement, il continue d’offrir des opportunités d’innovation et de réponse aux besoins changeants des consommateurs. »

Il a ajouté : « Il existe une forte résilience intrinsèque en Arabie saoudite, ce qui nous donne confiance dans le fait que ce pays continuera à croître et à prospérer. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com