Merci de votre écoute, M. Macron … Nous vous aimons aussi !

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Publié le Mardi 11 août 2020

Merci de votre écoute, M. Macron … Nous vous aimons aussi !

  • La seule lueur d’espoir dans cette obscurité était la visite du président français Emmanuel Macron qui avait pour but de faire preuve de solidarité
  • Moi, ainsi que la majorité des citoyens libanais, préfèrerions mille fois être colonisés par des occidentaux que de nous noyer dans le despotisme théocratique de l’Iran et du Hezbollah

Après l’horreur, la perte et la destruction, nous nous retrouvons avec une colère insatiable : ceux qui sont responsables de protéger et de faire progresser le Liban ont une fois de plus causé sa destruction. La seule lueur d’espoir dans cette obscurité était la visite du président français Emmanuel Macron qui avait pour but de faire preuve de solidarité envers les citoyens libanais et de fournir en même temps une large gamme d’efforts de soutien français.

« La France ne lâchera jamais le Liban », a déclaré le président ; quel dommage que d’autres dirigeants du monde n’aient pas suivi son exemple et n’aient pas fait le déplacement à Beyrouth.

L’une des raisons pour la fameuse vie culturelle du Liban est les décennies d’influence française ; elles ont contribué à renforcer la valeur capitale que nous accordons à l’éducation, à posséder une vision du monde éclairée, mais aussi à l’utilisation continue et répandue de la langue française. J’apprécie personnellement l’accueil chaleureux que nous avons reçu en tant que réfugiés à Paris lorsque nous avons fui la guerre civile libanaise ; les parisiens ont tout fait pour que nous nous sentions chez nous et que nous reconstruisions nos vies brisées.

M. Macron a été accueilli aussi chaleureusement à Beyrouth, car son arrivée était un rappel poignant de tout ce que le Liban a perdu au cours de la dernière décennie : le Liban si décontracté, mondialisé et cosmopolite que l’ombre noire et austère du Hezbollah et de l’Iran s’est efforcée d’étouffer. Dans la jungle du terrorisme, des conflits, du militantisme et de l’instabilité du Moyen-Orient, le Liban, à son apogée, était une oasis de tranquillité et de prospérité.

Comment MM. Berri, Aoun et Diab ont-ils pu regarder le président Macron dans les yeux, sachant qu’ils personnifient les symptômes de la maladie terminale qui a affligé cette nation meurtrie : la corruption, le népotisme, la collusion avec des États étrangers hostiles — gaspillant chaque centime des caisses de l'État, puis jouant des coudes pour raboter les fonds de reconstruction après le carnage de la semaine dernière.

Moi, ainsi que la majorité des citoyens libanais, préfèrerions mille fois être colonisés par des occidentaux que de nous noyer dans le despotisme théocratique de l’Iran et du Hezbollah.

Les Libanais sont écœurés et dégoûtés de ces parasites. « Je vous garantis que cette aide n'ira pas dans les mains de la corruption », a promis Macron au peuple indigné et bouleversé dans les rues de Beyrouth. « La France ne signera pas de chèques en blanc à des systèmes qui ont perdu la confiance de leur peuple », a-t-il déclaré, demandant que les élites de Beyrouth améliorent radicalement leur performance et entament des réformes : « C'est le temps des responsabilités aujourd'hui pour le Liban et pour ses dirigeants ».

Comment MM. Berri, Aoun et Diab ont-ils pu regarder le président Macron dans les yeux, sachant qu’ils personnifient les symptômes de la maladie terminale qui a affligé cette nation meurtrie : la corruption, le népotisme, la collusion avec des États étrangers hostiles

Les foules ont scandé « M. Macron, libérez-nous du Hezbollah » et « Révolution ! Révolution ! ». Le peuple était heureux qu’après des mois à hurler en vain, quelqu’un les écoutait enfin.

« Je vais m’adresser aux forces politiques afin de leur demander un nouveau pacte. Je suis là aujourd’hui pour leur proposer un nouveau pacte politique », a affirmé M. Macron. Ce langage est un régal pour nos oreilles, mais le président doit encourager d’autres dirigeants mondiaux à participer à ses plans, car ces chefs de guerre ne renonceront pas à leurs sources de profit sans se battre.

Que doit inclure un tel pacte ? Il y a trois demandes fondamentales nécessaires pour relancer le Liban en tant qu’État viable, capable de rouvrir ses portes au monde.

Premièrement, la constitution doit être réécrite afin d’abolir le système de vote confessionnel détesté et discrédité, et le confessionnalisme lui-même, qui n'ont servi qu'à diviser le Liban et à ancrer au pouvoir des dynasties politiques corrompues.

Deuxièmement, tout comme la Syrie a été bannie du Liban après 2005, l'Iran doit cesser ses tentatives de domination du Liban et faire face à des sanctions sévères en cas de nouvelle ingérence.

Troisièmement, le Hezbollah pourrait continuer d’exister en tant qu’entité purement politique, mais il devrait se désarmer complètement et cesser d’accepter les financements étrangers. Il devrait uniquement être loyal envers le Liban. Le Hezbollah doit arrêter de se comporter comme une mafia et d’interférer dans d’autres nations.

Oui, ces demandes sont radicales, mais elles représentent le strict minimum nécessaire pour empêcher le Liban de tomber dans l’abîme et de faire porter au monde le fardeau d’un autre État en faillite, ce qui causerait l’exportation des réfugiés, du terrorisme et du chaos.

C’est une bonne chose que M. Macron se soit associé aux appels pour une enquête indépendante. Le gouvernement étant dominé par le Hezbollah, il y a peu d’espoir de réponses à la façon dont un port effectivement sous le contrôle du Hezbollah a stocké pendant six ans 2 700 tonnes d’explosifs capables de détruire la moitié de la capitale. Alors que des dizaines de milliers de citoyens ont vu des êtres chers tués et mutilés, personne n'acceptera de conclure qu'il s'agissait d'une tragédie malheureuse, sans personne à blâmer, à l'exception de quelques fonctionnaires du port.

Il existe déjà des dizaines de milliers de signatures sur une pétition appelant à restaurer le mandat français au Liban. Il est facile de se moquer d’une telle initiative, mais moi, ainsi que la majorité des citoyens libanais, préfèrerions mille fois être colonisés par des occidentaux que de nous noyer dans le despotisme théocratique de l’Iran et du Hezbollah. Nous ne devons choisir aucune de ces deux terribles options — le Liban doit regagner sa souveraineté et son indépendance.

J'ai été profondément émue par la voix d'une femme en deuil : « Non. Je ne reconstruirai pas. Laissez-les reconstruire ! Nous en avons assez de reconstruire. Cela m'a vivement rappelé mes propres souvenirs de la période de la guerre civile : Reconstruction. Reconstruction. Reconstruction, encore et encore ; jusqu'à ce que finalement les Israéliens arrivent et détruisent complètement tout ce qui restait — des heures traumatisantes où j'ai failli perdre mes deux filles adorées.

Le sommet international de Macron sera une opportunité importante pour coordonner la réponse mondiale, mais le Liban a connu tellement de conférences et de résolutions de l’ONU. Le défi pour M. Macron sera de prendre les conclusions du sommet et de les appliquer rapidement et à une grande portée. S’il réussit, il gagnera l’amour et le respect éternels de tous les citoyens libanais.

M Macron a conclu sa conférence de presse en déclarant : « Je t’aime Ô Liban » — faisant écho aux paroles du plus grand trésor du Liban, Fairouz, dans sa chanson « Bhebak Ya Lebnan ».

Si seulement les dirigeants de Beyrouth entretenaient ces mêmes sentiments pour leur propre nation et faisaient passer les intérêts nationaux avant les leurs, alors les perspectives d’avenir du Liban sembleraient infiniment moins sombres. Nous vous aimons aussi, M. Macron !

Baria Alamuddin est une journaliste et animatrice primée au Moyen-Orient et au Royaume-Uni. Elle est rédactrice au Syndicat des services médiatiques et s’est entretenue avec de nombreux chefs d’État.

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com