Profil: La voix d'or de la chanteuse égyptienne Nouran Abu Taleb

La chanteuse égyptienne Nouran Abu Taleb. (Fourni)
La chanteuse égyptienne Nouran Abu Taleb. (Fourni)
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Publié le Jeudi 25 février 2021

Profil: La voix d'or de la chanteuse égyptienne Nouran Abu Taleb

  • «Reprendre des chansons vous aide à mûrir en tant qu'artiste et à créer votre propre univers. J'ai également découvert que me nourrir de différentes influences musicales m’aide à comprendre quel genre de musique je veux faire»
  • «La qualité des paroles est particulièrement importante pour moi», dit-elle. «Il en va de même pour l'imagerie poétique»

LE CAIRE: Quiconque a grandi en Égypte dans les années 1980 se souvient certainement de la chanson du générique du feuilleton Zay Al-Hawwa, interprétée par Ali el-Haggar et Hanan Mady. C’est la raison pour laquelle une reprise récente de la chanteuse égyptienne Nouran Abu Taleb – accompagnée du bassiste Samer George – a déclenché des vagues de nostalgie chez les Égyptiens d’un certain âge.

La version d'Abu Taleb de ce classique de la télévision est délicatement intime, sa voix hypnotique lui conférant une touche de magie.

«Reprendre des chansons vous aide à mûrir en tant qu'artiste et à créer votre propre univers. J'ai également découvert que me nourrir de différentes influences musicales m’aide à comprendre quel genre de musique je veux faire», déclare Nouran à Arab News.

Cette reprise fait partie d'une série en cours d'Abu Taleb et Samer George, qui propose une version de Shababeek du chanteur égyptien Mohamed Mounir, qui a valu à Abu Taleb d’être invitée à interpréter la chanson en direct avec lui. Elle a aussi été invitée à chanter Ya Ghali du groupe koweïtien Guitara, initialement sortie en 2003. La chanson a enregistré 16 millions de vues sur YouTube.

L’objectif de la collaboration d’Abu Taleb avec Samer George ne se limite pas à des reprises. Au-delà de la dimension nostalgique de leur travail, c'est le son inhabituel d'une chanteuse accompagnée uniquement d'une guitare basse qui séduit le public, souligne Nouran Abu Taleb, – ce qui leur permet de jouer avec les compositions.

«Samer fait ces duos voix-basse depuis un certain temps déjà, mais principalement dans le jazz anglais, où ils sont plus courants. Les gens ne sont pas habitués à entendre une simple guitare basse accompagner un chanteur. La présence de la basse comme instrument solo dans les chansons arabes est nouvelle», insiste-t-elle.

Nouran n'a collaboré avec Samer George qu'en 2018, après qu’ils se sont tous deux produits séparément sur le même projet. «Samer est l'un des musiciens de jazz les mieux établis en Égypte», souligne-t-elle. «La guitare basse a un son occidental. En revanche, je suis plutôt issue de la musique arabe et orientale, et je me produis en arabe.» Ce mélange a conduit Samer à proposer un spectacle hommage à l'emblématique diva libanaise Fayrouz – «ses chansons ont un peu des deux mondes», explique la chanteuse. 

Ce spectacle a été un succès, et le duo a continué à se produire à plusieurs reprises. Ils ont donc tous deux décidé qu'il était temps d'élargir leur son et ils ont formé un groupe avec le percussionniste Hany Bedair et le clarinettiste Mostafa Said. Ils interprètent de nouveau des reprises, à l'exception d'une chanson sur le thème soufi écrite par Nouran (aujourd’hui, le groupe comprend également le pianiste George Nabil et le batteur Marwan Wahid Zaki).

Le groupe a sorti un titre original, Fawazeer inspiré de la bossa nova. D'autres singles ont suivi, notamment leur propre thème de feuilleton, pour le générique d’Alamat Istifham de 2019. En octobre, Nouran Abu Taleb a sorti Fil Lail, une chanson pop qui qui a été vue plus de 130 000 fois sur YouTube.

Les changements de genres musicaux sont la principale caractéristique de la carrière de Nouran, et devraient continuer sur son premier album, qu’elle espère sortir cette année. Ce disque la verra collaborer avec les poètes Nada al-Shabrawy et Hazem Wefy, entre autres, et couvrira plusieurs genres, souligne-t-elle, dont le rock électronique et le slow rock.

Bien que Nouran signe musique et paroles, elle aime également collaborer avec d'autres auteurs, notamment avec des femmes. «La qualité des paroles est particulièrement importante pour moi», dit-elle. «Il en va de même pour l'imagerie poétique.»

Alors que les chansons d'amour sont considérées comme démodées par beaucoup de ses pairs, Nouran affirme qu'elle n’hésitera pas à en écrire, afin de ne pas limiter sa créativité.

«Je sais que notre génération en a eu assez des chansons d'amour, surtout depuis que la musique underground a fait son apparition il y a une dizaine d'années. Nous cherchions quelque chose de différent qui parle aux gens», dit-elle. «Mais j'aime chanter sur tout, y compris l'amour.»

 


Liban: 39 sites culturels placés sous protection renforcée de l'Unesco en raison de la guerre

Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • L’UNESCO place 39 sites culturels au Liban sous protection renforcée face aux risques liés au conflit
  • Des sites majeurs comme Baalbeck, Tyr et Byblos bénéficieront d’un soutien technique et financier

PARIS: L'Unesco a placé mercredi sous protection renforcée 39 sites culturels au Liban par crainte de dégâts causés par les bombardements auxquels fait face le pays après un mois de guerre.

"Ces 39 biens culturels bénéficient désormais du niveau de protection juridique le plus élevé contre les attaques et les usages à des fins militaires", écrit l'Unesco dans un communiqué.

Parmi ces biens figurent les sites archéologiques de Baalbeck et de Tyr, le musée national de Beyrouth ou encore le site de Byblos.

La convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Les 39 sites "recevront une assistance technique et financière de l'Unesco pour renforcer leur protection juridique, améliorer les mesures d'anticipation et de gestion des risques ainsi que fournir une formation supplémentaire aux professionnels de la culture et au personnel militaire de la zone", détaille l'Unesco.

"La protection renforcée permet également d'envoyer un signal à l'ensemble de la communauté internationale quant à l'urgence de protéger ces sites", ajoute l'organisation qui explique avoir convoqué mercredi une "réunion extraordinaire (...) à la suite d'une demande" du Liban.

Ces sites bénéficieront également d'une "aide financière internationale de plus de 100.000 dollars américains pour les opérations d'urgence sur le terrain", ajoute l'Unesco.

Située à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec Israël, Tyr, ville inscrite sur la liste du patrimoine mondial en 1984, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.

Encore en construction, un musée sur le site a subi quelques dommages. Mais ni la nécropole des IIe et IIIe siècles ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, n'ont été atteints.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, "d'autres biens dans des pays voisins" ont subi des dégâts, écrit l'Unesco, sans détails.


Découverte : Blossom Space à Djeddah

(Photo: Arab News)
(Photo: Arab News)
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  • Blossom Space excelle dans les articles de papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés

DJEDDAH : À Djeddah, Blossom Space combine charme, convivialité et créativité dans un seul et magnifique lieu. Dès que vous franchissez la porte, on a l’impression d’entrer dans les pages d’un livre d’histoires — un monde doux et rêveur, à mi-chemin entre une bibliothèque confortable et une boutique-cadeaux fantaisiste.

Le personnel est exceptionnellement gentil et accueillant, ajoutant une touche personnelle qui élève toute l’expérience.

L’extérieur est déjà séduisant, avec une façade en verre élégante et une enseigne lumineuse qui suggèrent un espace moderne et légèrement haut de gamme — discret mais intrigant, plutôt « trésor caché » qu’une boutique clinquante.

Une fois à l’intérieur, l’atmosphère se transforme en chaleur et charme. Des étagères en bois et un éclairage doux créent une ambiance apaisante, rappelant un coin lecture tranquille.

Les détails décoratifs — mini-carrousels, accents vintage, papeterie délicate — évoquent un sentiment nostalgique, presque de livre d’histoires. Les plantes suspendues apportent vie et fraîcheur, tandis que les présentoirs pastel offrent un rendu visuel plaisant, féminin et digne d’un tableau Pinterest.

Blossom Space brille dans la papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés. Pour ceux qui cherchent une expérience plus interactive, l’espace coloriage à l’étage est parfait pour se détendre et se ressourcer, offrant une échappée thérapeutique pour adultes et enfants.

Les activités de coloriage coûtent SR35 (9 $), et les expériences de décoration à la main SR65.

J’y suis allé deux fois. La première visite était agréable, même si certaines peintures étaient sèches et le café gratuit pouvait être meilleur. La deuxième fois, je suis venu avec un ami mais je ne voulais pas peindre, et on m’a demandé de payer l’entrée. Je comprends la politique, mais cela a été un peu décevant, surtout que l’endroit était vide.

Que vous soyez amateur de livres, passionné de papeterie ou simplement en quête d’une sortie différente et mémorable, Blossom Space ne déçoit pas.

Organisé, propre et débordant de charme, j’y retournerai sans hésiter. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ahmad Kaabour : la voix de Beyrouth s’éteint à 71 ans

Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
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  • Ahmad Kaabour est décédé à 71 ans à Beyrouth, après une longue lutte contre le cancer, laissant un héritage musical engagé et profondément lié à la mémoire de la ville
  • Son répertoire transforme Beyrouth en protagoniste, célébrant sa résilience, sa culture et ses traditions à travers plus de quatre décennies de carrière

​​​​​DUBAÏ: La disparition d’Ahmad Kaabour marque un chapitre essentiel de la mémoire musicale de Beyrouth. Figure emblématique de la chanson engagée et du patrimoine musical libanais, Kaabour aura traversé les décennies comme un témoin sonore des douleurs et des renaissances de sa ville natale. 

L’artiste s’est éteint à Beyrouth à l’âge de 71 ans, après une longue lutte contre le cancer. Né dans la capitale libanaise en 1955, il laisse derrière lui un héritage musical profondément ancré dans l’histoire et l’identité de la ville. Sa disparition marque la fin d’une voix qui a su chanter à la fois la douleur, l’espoir et la résilience de Beyrouth et du Liban.

Né dans une famille d’artistes, Kaabour commence à composer dès l’adolescence. En 1975, alors que le Liban s’enfonce dans la guerre civile, il compose la musique de « Ounadikom », sur des paroles du poète palestinien Tawfiq Ziad. La chanson devient un hymne de protestation et de solidarité, traversant générations et frontières.

Au fil des années, Kaabour travaille aux côtés de figures majeures de la scène libanaise, devenant partenaire artistique de Ziad Rahbani et Marcel Khalifé, tout en naviguant entre engagement politique et sensibilité populaire. 

Cette ouverture à des influences internationales se manifeste également dans son adaptation de « Baddi Ghanni Lannas », version arabe de « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » de Michel Berger, parue en 1985 sur l’album Différences. Dans cette relecture, Ahmad Kaabour conserve la mélodie poignante et épurée de l’original, tout en y insufflant des paroles arabes ancrées dans les réalités libanaises et, plus largement, arabes.

Là où Berger chantait l’exil et la marginalité, Kaabour en élargit la portée pour en faire un hymne à la dignité et à la présence des peuples, fidèle à son engagement artistique. Cette collaboration indirecte — où Berger est crédité pour la musique et Kaabour pour l’adaptation — illustre sa capacité à faire dialoguer les cultures tout en restant profondément enraciné dans son identité.

Le lien avec Beyrouth reste central dans son œuvre. « La3younak » (1993) est une véritable déclaration d’amour à la ville, diffusée largement dans les années 1990, notamment sur Future TV, et incarnant l’esprit d’une capitale en reconstruction  derrière sa mélodie douce et nostalgique, c’est une ville-personne qui se dessine : aimée, fragilisée, mais toujours debout. 

Cette fibre beyrouthine traverse aussi d’autres titres. Dans ses reprises, comme « Shu Beddak » après l’explosion du port de 2020, Kaabour transforme une chanson populaire en élégie contemporaine, appelant à la mémoire et à la responsabilité collective. Dans des registres plus festifs, comme « Allou Al Bayarek », associé aux traditions du Ramadan à Beyrouth, il célèbre les rituels et la vie quotidienne de la ville, inscrivant son œuvre au cœur de la culture et des traditions locales.

Au-delà de ses succès pour adultes, Kaabour n’a jamais négligé le jeune public. Ses spectacles pour enfants, souvent avec la troupe Firkat al-Sanabel et le Théâtre libanais de marionnettes, évitaient la simplification, mêlant rythme, histoire et réflexion sur le monde. Pour lui, la musique était un pont entre générations et un moyen de transmettre mémoire et émotion.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Ahmad Kaabour laisse un héritage unique : Beyrouth, avec toutes ses blessures et ses espoirs, comme protagoniste de sa musique. Sa voix restera à jamais l'écho de la ville qu’il a tant aimée.