Le rassemblement de Bkerké, une lueur d'espoir pour un Liban souverain?

Le cardinal libanais Mar Bechara Boutros al-Raï prononce un discours devant ses partisans le 27 février 2021 au Patriarcat maronite dans le village de montagne de Bkerké, au nord-est de Beyrouth (Photo, AFP).
Le cardinal libanais Mar Bechara Boutros al-Raï prononce un discours devant ses partisans le 27 février 2021 au Patriarcat maronite dans le village de montagne de Bkerké, au nord-est de Beyrouth (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 01 mars 2021

Le rassemblement de Bkerké, une lueur d'espoir pour un Liban souverain?

  • Le Liban connaît depuis plus d’un an la plus importante crise économique de son histoire moderne
  • Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi après-midi, à Bkerké, siège du patriarcat maronite, pour soutenir l’appel du patriarche maronite le cardinal Béchara al-Raï à la tenue d’une conférence internationale sur le Liban

BEYROUTH: Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi après-midi, à Bkerké, siège du patriarcat maronite, pour soutenir l’appel du patriarche maronite le cardinal Béchara al-Raï à la tenue d’une conférence internationale sur le Liban. Ce message a donné de l’espoir à des milliers de Libanais de tout bord dans un pays au bord de la faillite et où la mainmise de l’Iran, à travers le Hezbollah, est devenue quasi totale.

Cette proposition a été formulée le 7 février dernier à l’occasion de l’homélie dominicale du chef de l’Église maronite. Ce dernier a estimé que «le stade final auquel est parvenue la crise institutionnelle, sociale et politique du Liban impose de recourir à des mesures drastiques et prises à temps comprenant la convocation d'une conférence internationale sous l'égide de l'ONU chargée de trouver des solutions urgentes pour éviter l'effondrement systémique du pays».

Cet appel à prendre en charge la crise libanaise adressé à la communauté internationale a été présenté par Mgr Raï comme la dernière carte à jouer face à l'absence d’initiatives proposées par les groupes politiques libanais dans ce cadre. Le prélat les juge également responsables de la situation qui sévit actuellement dans le pays.

Le Liban connaît depuis plus d’un an la plus importante crise économique de son histoire moderne, à laquelle sont venues s’ajouter l’explosion de Beyrouth le 4 août dernier et les répercussions de la pandémie du coronavirus.

Cette proposition d’internationaliser la crise libanaise a valu au patriarche maronite les foudres des autorités religieuses chiites et, bien sûr, celles du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a entre autres qualifié de «blague» l’initiative de Bkerké.

Le patriarche maronite a été en outre vivement critiqué par la milice pro-iranienne l’été dernier lorsqu’il avait appelé à la neutralité du Liban afin que le pays préserve son rôle de pays message et qu’il ne soit plus la proie de tiraillements régionaux.

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Des manifestants libanais se rassemblent pour le discours du cardinal libanais Mar Bechara Boutros al-Rahi (ou Rai) le 27 février 2021 au Patriarcat maronite dans le village de montagne de Bkerki, au nord-est de Beyrouth (Photo, AFP).

 

«Hezbollah terroriste»

Samedi donc, des milliers de manifestants se sont rendus à Bkerké comme s’ils usaient d’un dernier recours pour sauver leur pays de l’effondrement économique et de la mainmise iranienne.

Parmi eux, il y avait de nombreux chrétiens appartenant aux partis traditionnels des Forces libanaises et des Kataëb (Phalanges libanaises), des indépendants, des proches des victimes du 4 août, des amis de l’intellectuel libanais Lokman Slim, tué le 4 février dernier et qui était menacé depuis de longs mois par le Hezbollah, ainsi que des partisans du Parti socialiste progressiste (PSP) du chef druze Walid Joumblatt.

Il y avait également, comme c’est la coutume au Liban, des religieux de toutes les communautés libanaises venus pour donner plus de poids à l’initiative de Bkerké.

Dans un discours d’une dizaine de minutes, le patriarche maronite a invité les personnes présentes à Bkerké à ne pas «se taire face à la pluralité des allégeances, face à la corruption, face aux violations aériennes, à l'échec de la classe politique, aux mauvais choix, à l'alignement, à la dilapidation de votre argent, au désordre dans l'enquête sur l'explosion du port, à la politisation de la justice, aux armes illégales et non libanaises, à la détention des innocents et la libération des coupables». Il a clamé: «Vive le Liban uni et unifié, activement et positivement neutre, souverain et indépendant, libre et fort, prônant la coexistence et la tolérance», avant d’appeler à «l’instauration d’un État laïque».

Le chef de l’Église maronite a été interrompu durant de longues minutes par les milliers de personnes rassemblées à Bkerké qui scandaient: «Terroriste, le Hezbollah est terroriste», «L’Iran dehors», «Michel Aoun [le chef de l’État libanais], va-t’en».

 

Les principaux points du discours

  • «Ne vous taisez pas face à l'implantation des Palestiniens et l'intégration des déplacés syriens, face au coup d'État, à la non-formation d'un gouvernement, à la confiscation de la décision et l'absence de réformes.»
  • «Nous avons libéré le territoire, libérons maintenant l'État de tous ceux qui paralysent ses institutions.»
  • «Il n'existe pas d'État avec deux pouvoirs en son sein, ni avec deux armées ou deux peuples.»
  • «La conférence internationale vise à affirmer la stabilité et l'identité du Liban, la souveraineté de ses frontières, et son attachement à la liberté, à l'égalité et sa neutralité.»
  • «Cette conférence n’a pas pour objectif le déploiement de soldats et de militaires, ni une atteinte au pouvoir décisionnel libanais.»
  • «Le non-respect de la neutralité est la cause unique de toutes les crises et guerres que le pays a traversées. À chaque fois que le Liban a suivi un axe régional ou international, le peuple s'est divisé et les guerres se sont déclenchées.»
  • «Le Liban est aujourd’hui confronté à un coup d'État en bonne et due forme, contre son peuple, contre la Constitution et l’accord de Taëf.»
  • «Nous voulons appliquer toutes les décisions qui n'ont pas pu l'être auparavant, afin que le Liban puisse imposer sa légitimité sur l'ensemble de son territoire».
  • «Nous voulons soutenir l'armée libanaise, qui est la seule à même de défendre le Liban.»
  • «Nous appelons à la mise en place d’un État laïque.»

Bkerké et l’occupation syrienne

Ce n’est pas la première fois dans son histoire que Bkerké, siège du patriarcat maronite, se fait le porte-parole d’une partie non négligeable des Libanais quand toute option politique est paralysée et quand le pays du Cèdre est menacé de perdre son identité.

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Le patriarche Nasrallah Sfeir, décédé au mois de mai 2019, prédécesseur de Béchara Raï, est connu pour être le père de la deuxième indépendance.(AFP).

 

Le patriarche Nasrallah Sfeir, décédé au mois de mai 2019, prédécesseur de Béchara Raï, est connu pour être le père de la deuxième indépendance.

«[Il] est temps que l’État libanais étende sa souveraineté effective pour que les Libanais sentent qu’ils se trouvent sous sa protection. Maintenant qu’Israël s’est retiré [du Liban-Sud, depuis mai 2000], n’est-il pas temps que l’armée syrienne considère son redéploiement, en prélude à un retrait définitif, conformément à l’accord de Taëf?»

Le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir (15 mai 1920 – 12 mai 2019)

Après la fin de la guerre civile qui a eu lieu de 1975 à 1990, alors que le Liban ployait sous le joug de l’occupation syrienne, Nasrallah Sfeir avait pris position pour le départ du pays des troupes de Damas, que ce soit lors de ses visites officielles auprès des capitales occidentales, notamment à Washington, ou à travers le premier appel des évêques maronites assemblés à Bkerké, au mois de septembre 2000. Il avait alors déclaré: «[Il] est temps que l’État libanais étende sa souveraineté effective pour que les Libanais sentent qu’ils se trouvent sous sa protection. Maintenant qu’Israël s’est retiré [du Liban-Sud, depuis mai 2000], n’est-il pas temps que l’armée syrienne considère son redéploiement, en prélude à un retrait définitif, conformément à l’accord de Taëf?»

Cet appel avait permis d’édifier les bases d’une politique contre l’occupation syrienne et les troupes de Damas avaient fini par quitter le Liban au mois d’avril 2005 après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri.

Il convient également de rappeler le rôle joué par le patriarcat maronite dans la création du Grand Liban. En 1919, le patriarche maronite Elias Howayek a représenté les habitants du Mont-Liban à la conférence de Versailles, qui réunissait les vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Il avait réclamé lors de cette conférence un Liban indépendant, qui ne se limite pas à la superficie du Mont-Liban. Et c’est en sa présence, le 1er septembre 1920, que le général Henri Gouraud, représentant l’autorité française mandataire sur la Syrie, a déclaré à Beyrouth la création de l’État du Grand Liban.

« Les bases d'une troisième indépendance »

Invité par Arab News en français à commenter l’événement de samedi à Bkerké, l’ancien député et ancien secrétaire général du mouvement du 14-Mars, Farès Souaid, explique: «Chaque fois que les Libanais sont confrontés à un danger, Bkerké se présente comme une garantie nationale, et pas seulement pour les chrétiens. Depuis la création du Grand Liban, Bkerké soutient l’idée de l’édification d’État de droit. Dans son discours, le patriarche Raï a repris ce que Mgr Hoyek avait dit devant le président français Georges Clemenceau lors de la conférence de paix de Versailles en 1919: «Nous voulons un État auquel adhère l’individu en sa qualité de citoyen, et non de par son identité religieuse.»

«Samedi à Bkerké, le patriarche maronite a jeté les bases d’une troisième indépendance», ajoute M. Souaid, qui note que Mgr Raï «se présente comme étant le seul garant du projet libanais basé sur la convivialité islamo-chrétienne et sur l’édification d’un État de droit basé sur la Constitution libanaise, les accords de Taëf et les résolutions des Nations unies. Ce n’est pas un nouveau discours. Mgr Raï donne de l’espoir, car cette Église maronite fait partie de l’Église universelle de Rome; les doléances des Libanais seront donc entendues par Rome, qui pourrait aider les Libanais appelant à l’organisation d’une conférence internationale pour sauver le Liban».

Sachant qu’une telle conférence ne peut avoir lieu que si l’appel vient de divers courants libanais, et non seulement du patriarche Raï, M. Souaid indique que «plus cette initiative sort de son périmètre chrétien pour devenir une initiative nationale à laquelle adhèrent tous les partis et toutes les composantes du Liban, plus elle aura de chances de se frayer un chemin pour donner naissance à une conférence internationale de paix. Mais si elle demeure une initiative chrétienne sans le soutien de l’islam libanais, je doute de la tenue d’une telle conférence».

«Le patriarche maronite n’a pas mâché ses mots. Il a parlé d’un coup d’État contre la Constitution, les résolutions internationales et les accords de Taëf, qui stipulaient entre autres la centralisation des armes qui sont entre les mains de l’armée libanaise. Avec ses armes, le Hezbollah avait considéré que, à partir de son partenariat avec le chef de l’État, Michel Aoun, il avait le blanc-seing des chrétiens. Or, ce qu’il s’est passé hier à Bkerké est la “délégitimisation” de la présidence de Michel Aoun», estime-t-il, ajoutant: «Le retour de Bkerké sur la scène va avoir des répercussions sur le paysage politique libanais».

L'importance de Bkerké et  de son rôle symbolique

Le rassemblement de Bkerké et les propos de Béchara Raï ont été mal accueillis dans certains milieux militants de la gauche et de la société civile libanaise qui, depuis le 17 octobre 2019, tentent de constituer en vain une alternative au leadership libanais traditionnel, appelant à la laïcité.

Interrogé sur ce point par Arab News en français, Ayman Mhanna, membre actif de la société civile et directeur exécutif de l’ONG Skeyes, qui défend la liberté de la presse dans le monde arabe, s’exprime ainsi: «Il faut rester loin des amalgames et faire la différence entre la société civile des militants associatifs qui défendent les libertés et les droits au Liban et qui vont, dans leur discours, plus loin que Bkerké en ce qui concerne les libertés et les droits – l’Église est bien en-deçà de leurs revendications – et la société civile au sens de groupes politiques indépendants. Les groupes politiques indépendants, bien sûr, n’ont pas pu s’organiser, essentiellement à cause des points soulevés par le patriarche. Il y a au sein de ces groupes des personnes qui ont la fibre souverainiste très forte et qui se retrouvent dans le discours du patriarche maronite; ce qui prime pour d’autres est la bonne gestion économique et financière.»

Le directeur exécutif de Skeys note en outre que «les groupes indépendants ont gaspillé énormément de temps en essayant de s’unifier. Aujourd’hui, abstraction faite de l’unité, il est important d’avoir un discours clair qui exige une réforme. Cette perte de temps a créé un vide que le patriarche maronite, qui représente les groupes traditionnels, a pu remplir», poursuit-il.

Il explique encore que «ces groupes indépendants sont très diversifiés; il y a des personnes qui appartenaient au mouvement du 14-Mars, donc très souverainistes et d’autres qui viennent d’un background d’extrême gauche et s’opposent au discours d’un religieux sans écouter le contenu».

Il conclut: «Certes, le discours de Bkerké et son rôle symbolique sont très importants. Mais il importe aussi, pour effectuer des réformes, d’avoir un discours cohérent. Pour ma part, je ne peux pas accepter la corruption de personnes souverainistes, parce que le discours souverainiste est important. Je refuse également toute arme hors du contrôle de l’État, et je dis non à l’assassinat politique; or, très souvent, l’assassinat politique provient du Hezbollah. Je suis pour la justice et la fin de l’impunité contre tous les crimes commis au Liban, qu’ils soient des assassinats politiques ou des crimes économiques.»

Dimanche en soirée, des manifestations qui regroupent des supporters du Hezbollah et du mouvement Amal (la deuxième faction chiite du Liban) ont été organisées dans de nombreux quartiers de la banlieue sud de Beyrouth. Des centaines d’hommes en voiture, à moto et à pied ont brandi les drapeaux des deux partis chiites et des drapeaux iraniens. Ils ont scandé des slogans qui rendent hommage au secrétaire général de la milice pro-iranienne, ont revendiqué le droit de porter des armes et ont prêté allégeance à l’Iran.


Guerre au Moyen-Orient: le chef de la diplomatie française en visite au Liban jeudi

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
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  • Le ministre français Jean-Noël Barrot se rend au Liban pour exprimer le soutien de la France et discuter d’une désescalade avec les dirigeants libanais
  • Le conflit entre Hezbollah et Israël a causé près de 1 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes, tandis que Paris renforce son aide humanitaire

PARIS: Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, se rendra jeudi au Liban, où l'armée israélienne mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien qui ont provoqué des déplacements massifs de population, a annoncé mercredi à l'AFP le ministère des Affaires étrangères.

"Cette visite témoigne du soutien et de la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie", affirme le ministère, en indiquant que "le ministre consultera les principales autorités du pays sur la situation au Liban et les voies d'une désescalade, dans le prolongement de leurs échanges avec le président de la République".

Selon une source diplomatique, M. Barrot devrait notamment s'entretenir avec le président, Michel Aoun, le Premier ministre, Nawaf Salam et le président du Parlement, Nabih Berri.

Cette visite intervient notamment après des discussions téléphoniques avec ses homologues israélien, Gideon Sarr, et américain, Marco Rubio, mercredi, a-t-on précisé de même source.

Le président français, Emmanuel Macron, s'est entretenu vendredi avec MM. Aoun, Salam et Berri, et a appelé le lendemain Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban. M. Macron s'est dit prêt à "faciliter" ces discussions en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Le mouvement chiite Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Israël mène depuis des bombardements massifs sur de vastes parties du Liban, y compris la capitale Beyrouth, et des incursions au sol dans le sud du pays avec des soldats et des blindés.

Les frappes israéliennes ont fait au moins 968 morts parmi lesquels 116 enfants, selon les autorités, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes, soit plus du sixième de la population de ce petit pays.

La France a envoyé la semaine dernière 60 tonnes d'aide humanitaire, et Jean-Noël Barrot devrait "annoncer un nouveau paquet d'aide humanitaire pour venir en aide aux Libanais", a indiqué le ministère.


Pour le ministre saoudien des AE, la patience de son pays n'est «pas illimitée»,  se réserve le droit d'agir contre l'Iran

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
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  • Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire"
  • Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé"

RIYAD : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a averti jeudi que la retenue du Royaume face à l'escalade des attaques iraniennes "n'est pas illimitée", signalant que l'action militaire reste une option.

"Le Royaume et ses partenaires possèdent d'importantes capacités et la patience dont nous avons fait preuve n'est pas illimitée. Cela pourrait prendre un jour, deux jours ou une semaine - je ne le dirai pas", a-t-il déclaré aux journalistes à l'issue d'une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes et islamiques à Riyad.

Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire", avertissant que la poursuite de l'escalade iranienne aurait des conséquences politiques et morales.

Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé" et a averti que de nouvelles attaques pourraient ne laisser "presque rien" à sauver dans les relations.

Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des vagues de missiles et de drones armés visant l'Arabie saoudite et les États voisins du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et le Qatar, en représailles, selon Téhéran, aux frappes américano-israéliennes sur des cibles en Iran.

Le conflit s'est intensifié mercredi après que l'Iran a accusé Israël d'avoir frappé des installations du champ gazier de South Pars et a promis de cibler des infrastructures énergétiques dans tout le Golfe. Les autorités d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis ont signalé le même jour des attaques contre des installations pétrolières et gazières.

Dans la capitale saoudienne, les défenses aériennes ont intercepté quatre missiles balistiques visant Riyad, selon le ministère de la défense. Les débris des projectiles interceptés sont tombés près d'une raffinerie au sud de la ville, tandis que les habitants ont signalé avoir entendu des explosions et reçu des alertes d'urgence, ce qui constitue un rare moment où le conflit a été directement ressenti dans la capitale.

Les responsables saoudiens de la défense affirment que les défenses aériennes ont intercepté au moins 457 drones, 40 missiles balistiques et sept missiles de croisière depuis le début de l'escalade. Les Émirats arabes unis auraient été confrontés à un volume d'attaques encore plus important, tandis que d'autres États du Golfe ont également été touchés.

"Préparés à l'avance

Le prince Faisal a déclaré que les frappes semblaient avoir été "préparées à l'avance" et a accusé l'Iran de mener des "actions hostiles préméditées" contre ses voisins, à la fois directement et par l'intermédiaire de mandataires régionaux.

Il a également confirmé que deux raffineries de pétrole saoudiennes avaient été visées, contredisant ainsi les affirmations de l'ambassadeur iranien selon lesquelles les frappes se limitaient aux installations américaines.

"L'Iran n'a pas traité ses voisins dans un esprit de fraternité, mais dans une optique hostile", a-t-il déclaré, ajoutant que les États du Golfe avaient à plusieurs reprises exhorté Téhéran à cesser de soutenir des groupes armés et à assurer la sécurité de la navigation maritime.

L'Iran est accusé de soutenir le mouvement Houthi, qui a pris pour cible la navigation commerciale dans le Bab el-Mandeb, ainsi que le Hezbollah, dont la confrontation avec Israël a intensifié la crise au Liban.

Les frappes israéliennes au Liban depuis le début du mois de mars - déclenchées par les attaques du Hezbollah en soutien à l'Iran - ont tué au moins 968 personnes et en ont blessé plus de 2 400, selon l'Associated Press, citant le ministère libanais de la santé. Plus d'un million de personnes ont été déplacées à la suite d'avertissements d'évacuation généralisés.

Malgré l'escalade, le prince Faisal a déclaré que l'Arabie saoudite préférait toujours la diplomatie, mais il a averti que la poursuite des attaques pourrait fermer la porte à une désescalade.

Plus d'un million de personnes ont été déplacées, Israël ayant émis de nombreux avis d'évacuation dans certaines parties du pays.


L'Arabie saoudite abat 4 missiles balistiques visant Riyad

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
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  • Le quartier des ambassades à Riyad est la cible d'un drone, des débris de missiles balistiques tombent près de la base aérienne Prince Sultan.
  • Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït interceptent également les attaques de drones

RIYAD: Les systèmes de défense aérienne de l'Arabie saoudite ont intercepté des vagues de drones et de missiles balistiques tirés sur le Royaume mercredi.

Un drone a été intercepté et détruit alors qu'il s'approchait du quartier diplomatique de Riyad, a déclaré un porte-parole du ministère de la défense vers midi.

Vers 19h30, le ministère a déclaré que les défenses aériennes traitaient une menace balistique à Riyad.

Plus tôt, un missile balistique lancé vers le gouvernorat d'Al-Kharj a été abattu et les débris de l'interception sont tombés près de la base aérienne Prince Sultan "sans causer de dommages", a déclaré un porte-parole.

Deux autres missiles balistiques lancés vers la province orientale ont été interceptés et détruits dans la soirée.

Le ministère a fait état de neuf drones ciblant la même région depuis minuit heure locale.

Les attaques contre l'Arabie saoudite s'inscrivent dans le cadre d'une nouvelle journée de tentatives iraniennes de frapper les pays du Golfe.

Aux Émirats arabes unis, le ministère de la défense a déclaré avoir abattu 13 missiles balistiques et 27 drones lancés depuis l'Iran mercredi.

De fortes détonations ont été entendues au-dessus de Dubaï dans la matinée.

Les Émirats ont également cité les six victimes civiles des attaques iraniennes depuis le début du conflit, le 28 février.

Il s'agit notamment de la Palestinienne Alaa Mushtaha, qui a été tuée lundi à Abou Dhabi lorsqu'un missile est tombé sur sa voiture. Ses funérailles ont eu lieu mardi soir, ont rapporté les médias locaux.

Le ministre des affaires étrangères, Sheikh Abdullah, a exprimé mercredi ses "sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles des victimes des attaques terroristes non provoquées de l'Iran contre les Émirats arabes unis".

Il a condamné les attaques de missiles et de drones iraniens visant des infrastructures civiles essentielles, des aéroports, des zones résidentielles et des sites civils dans l'ensemble des Émirats arabes unis.

Le Qatar et le Koweït ont également signalé avoir intercepté des attaques de drones mercredi.