Le président sénégalais sous pression face à la menace de nouveaux troubles

Le président sénégalais, Macky Sall. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 08 mars 2021

Le président sénégalais sous pression face à la menace de nouveaux troubles

  • Le médiateur de la République Alioune Badara Cissé a pressé le président de sortir de son silence pour s'adresser aux jeunes
  • Le Sénégal, réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest, va au-devant d'une nouvelle semaine à risques

DAKAR : La pression est forte sur le président sénégalais Macky Sall pour qu'il réponde à la colère de la rue, à l'aube d'une nouvelle semaine de manifestations, après des troubles qui ont fait au moins cinq morts.

Une haute personnalité réputée indépendante, le médiateur de la République Alioune Badara Cissé, a pressé le président de sortir de son silence pour s'adresser aux jeunes, ajoutant sa voix aux appels de la part de l'ONU ou des organisations africaines à toutes les parties pour chercher les voies d'une désescalade.

Les Sénégalais « veulent vous entendre, pourquoi diable ne leur parlerez-vous pas ? », a déclaré devant la presse Alioune Badara Cissé, ancien proche collaborateur et ministre de M. Sall, et volontiers critique du pouvoir. « Faites-le avant qu'il ne soit trop tard ».

Le Sénégal, réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest, va au-devant d'une nouvelle semaine à risques après avoir connu de mercredi à vendredi ses troubles les plus graves depuis des années.

Un collégien a été tué samedi lors de manifestations à Diaobé (sud), portant à au moins cinq le nombre des morts depuis mercredi.

Un collectif qui entend porter la contestation, le Mouvement de défense de la démocratie (M2D), a appelé à trois jours de nouvelles manifestations à partir de lundi. Il réclame la libération des prisonniers « arbitrairement » détenus, parmi lesquels Ousmane Sonko, dont l'arrestation a mis le feu aux poudres, ainsi qu'une enquête sur les évènements. Le collectif remet en question la légitimité du président.

M. Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, doit être présenté à un juge lundi.

Ecole suspendue

M. Sonko a été arrêté mercredi, officiellement pour trouble à l'ordre public, alors qu'il se rendait en cortège au tribunal où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol portées contre lui par une employée d'un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos.

Personnalité au profil antisystème, le député crie au complot ourdi par le président lui-même pour l'écarter de la prochaine présidentielle.

La décision attendue lundi de le relâcher ou de l'écrouer s'annonce lourde de conséquences.

Exprimant leur « préoccupation », les ambassades de l'Union européenne et de ses Etats membres, mais aussi du Royaume-Uni, de la Suisse, des Etats-Unis, du Canada, de la Corée du Sud, et du Japon, ont appelé à « une restauration pacifique du calme et du dialogue », soulignant que « le Sénégal a une longue histoire d'Etat de droit, de démocratie participative, de tolérance et de respect des droits humains ».

Notant « avec inquiétude que de nouvelles manifestations sont prévues la semaine prochaine », la commission de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a appelé « au calme et à la retenue ».

Les autorités ont suspendu l'école sur tout le territoire pour la semaine, afin de « protéger les élèves, les enseignants et l'administration scolaire »" des heurts redoutés.

De nombreux enfants et adolescents ont pris part aux manifestations, ont constaté les journalistes de l'AFP. Les autorités « « recommandent fortement aux parents d'élèves de garder un œil vigilant sur leurs enfants » ». En réalité beaucoup d'enfants échappent à une telle vigilance dans un pays qui affichait en 2019 un taux de scolarisation en primaire voisin de 80%, selon l'Unesco.

Dilemmes présidentiels

L'arrestation d'Ousmane Sonko a déclenché dans la capitale Dakar et dans tout le pays des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, des saccages et des pillages.

Elle a provoqué la colère des partisans de M. Sonko. Elle a aussi, disent de nombreux Sénégalais, porté à son comble l'exaspération accumulée par la dégradation, au moins depuis le début de la pandémie de Covid-19 en 2020, des conditions de vie dans un pays déjà pauvre.

Le médiateur de la République, censé recueillir les doléances contre l'Etat, a dressé un état des lieux sombre du Sénégal, évoquant de béantes inégalités sociales et une jeunesse « qui traverse les océans sans bouée de sauvetage (et) qui sert d'aliment aux poissons en haute mer ». Il faisait référence aux migrants qui tentent de rallier l'Europe.

Il était « prévisible qu'il arriverait un moment où le couvercle sauterait », a-t-il dit, pressant M. Sall d'écouter les jeunes.

Le président a démenti fin février être pour quoi que ce soit dans les ennuis judiciaires de M. Sonko.

M. Sall, confronté à des décisions délicates entre l'indépendance proclamée de la justice, la pression de la contestation et de la pandémie, et les conséquences politiques du sort de M. Sonko, a depuis gardé le silence en public sur l'affaire.

Son ministre de l'Intérieur a prévenu que l'Etat emploierait tous les moyens nécessaires pour rétablir l'ordre. Il a aussi fait miroiter un allègement du couvre-feu instauré contre la pandémie.


Kirghizstan: un référendum étend les les pouvoirs du président

Le président du Kirghizistan Sadyr Japarov lors d'un défilé à la suite de sa cérémonie d'inauguration à Bichkek le 28 janvier 2021 (Photo, AFP)
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  • Les électeurs du Kirghizstan ont approuvé à une large majorité une réforme constitutionnelle accordant de plus larges pouvoirs au président et autorisant l'actuel chef de l'Etat, Sadyr Japarov, à briguer un second mandat
  • Le système politique sur lequel les Kirghiz devaient se prononcer rapprocherait le Kirghizstan de ses voisins aux régimes autoritaires ou de la Russie

BICHKEK: Les électeurs du Kirghizstan ont approuvé à une large majorité une réforme constitutionnelle accordant de plus larges pouvoirs au président et autorisant l'actuel chef de l'Etat, Sadyr Japarov, à briguer un second mandat, selon les résultats préliminaires d'un reférendum tenu dimanche. 

Dimanche, après le dépouillement de plus de 75 % des bulletins de vote, la réforme constitutionnelle était en passe d'être approuvée avec près de 80 % des voix en sa faveur. 

La participation a été faible mais elle a franchi la barre de 30 % requise pour que le référendum soit approuvé, a déclaré le vice-Premier ministre Ulugbek Karmyshakov devant la presse. 

« Le référendum est validé », a-t-il déclaré. 

Le système politique sur lequel les Kirghiz devaient se prononcer rapprocherait le Kirghizstan, le plus pluraliste mais aussi le plus instable des pays de la région, de ses voisins aux régimes autoritaires ou de la Russie. 

La réforme constitutionnelle supprime notamment le mandat unique de six ans du président, introduit en 2010 après que deux chefs d'Etat successifs furent chassés par la rue sur fond de dérive clientéliste et autoritaire.  

A la place, le président pourra faire deux mandats de cinq ans et les pouvoirs du Parlement seront réduits, avec un nombre de députés réduit de 120 à 90. Les détracteurs du projet de nouvelle constitution l'ont qualifiée par dérision de « khan-stitution ». 

L'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) et la Commission de Venise du Conseil de l'Europe ont toutes deux déploré le manque de « consultations publiques significatives et inclusives et de débat au parlement » au sujet du texte. Les deux institutions disent aussi s'inquiéter « du rôle et des prérogatives trop importants du président » qu'il prévoit. 

M. Japarov, un populiste de 52 ans porté au pouvoir en octobre à la faveur d'un mouvement de contestation violent et élu en janvier président du pays, s'est depuis employé à évincer ses rivaux politiques. 

Deux de ses opposants lors du scrutin présidentiel, ainsi qu'un ancien Premier ministre ont été arrêtés dans les semaines qui ont suivi le vote. 

Le président russe Vladimir Poutine avait déclaré fin février, à l'occasion de la venue à Moscou de Sadyr Japarov, espérer que la réforme constitutionnelle renforcerait la stabilité et les relations bilatérales entre Moscou et Bichkek. 


L'Inde interdit l'exportation du remdesivir, utilisé pour traiter la Covid-19

Flacon de Remdesivir. (AFP)
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  • Le vaste pays connaît une flambée de contaminations ces dernières semaines, 152 000 nouveaux cas ont été recensés dimanche, portant le total à au moins 13,3 millions de personnes contaminées
  • Le remdesivir, fabriqué par le géant pharmaceutique américain Gilead, était un des premiers médicaments à montrer quelque effet pour écourter la période de rétablissement pour certains malades de la Covid-19

NEW-DELHI : L'Inde a interdit dimanche l'exportation du traitement antiviral remdesivir, utilisé pour traiter la Covid-19, alors que le pays connaît un nouveau record de contaminations quotidiennes.

Le vaste pays connaît une flambée de contaminations ces dernières semaines. 152 000 nouveaux cas ont été recensés dimanche, portant le total à au moins 13,3 millions de personnes contaminées.

Le ministère de la Santé a indiqué que la hausse des infections a entraîné un "bond soudain de la demande" de remdesivir.

"Il y a un potentiel de nouvelle hausse de la demande dans les jours à venir", et les exportations seront donc interdites "jusqu'à ce que la situation s'améliore", selon un communiqué du ministère.

Le remdesivir, fabriqué par le géant pharmaceutique américain Gilead, était un des premiers médicaments à montrer quelque effet pour écourter la période de rétablissement pour certains malades de la Covid-19.

Mais une étude soutenue par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi qu'il n'avait que "peu ou pas d'effet" sur la mortalité des patients.

Gilead a signé l'an dernier des accords d'octroi de licences avec des fabriquants de médicaments génériques établis en Inde, au Pakistan et en Egypte qui les autorisent à fabriquer le remdesivir afin de les distribuer dans 127 pays, la plupart à faible revenu.

Sept sociétés en Inde - le plus grand producteur mondial de médicaments génériques - sont autorisées à fabriquer le remdesivir. Elles peuvent produire mensuellement jusqu'à 3,88 millions de doses injectables, selon le ministère.

L'Etat le plus riche d'Inde, le Maharashtra, le plus touché par la flambée épidémique actuelle, envisage un confinement total, et ce potentiellement dès lundi.

Depuis un confinement de plusieurs mois l'an dernier - l'un des plus stricts au monde -, l'Inde a évité de nouvelles restrictions trop contraignantes, craignant de plomber encore plus une économie déjà sinistrée.

Mais les autorités locales ont imposé de nouvelles restrictions, jusqu'à un couvre-feu nocturne et un confinement le week-end dans le Maharashtra.

Le ministre en chef de New Delhi, la capitale indienne, a déclaré samedi que son gouvernement n'était pas favorable à un confinement, mais envisagerait cette mesure si les lits d'hôpitaux venaient à manquer.

Selon lui, 65% des nouveaux malades sont âgés de moins de 45 ans.

L'Inde a également ralenti ses exportations de vaccins, plusieurs Etats ayant prévenu ces derniers jours que leurs stocks arrivaient à épuisement.


Le pape célèbre la messe avec des prisonniers et des réfugiés

La messe s'est déroulée dans l'église Santo Spirito in Sassia, à deux pas du Vatican, devant une assemblée réduite comptant environ 80 personnes en raison des restrictions liées à la pandémie de coronavirus (Photo, AFP)
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  • Le pape François a célébré une messe en compagnie de prisonniers, de réfugiés et de personnels de santé
  • Le pape a rappelé que les premiers chrétiens vivaient dans le partage et que l'idée même de propriété privée leur était étrangère

ROME: Le pape François a célébré dimanche une messe dans une église voisine du Vatican en compagnie de prisonniers, de réfugiés et de personnels de santé à l'occasion de la fête de la Divine Miséricorde. 

La messe s'est déroulée dans l'église Santo Spirito in Sassia, à deux pas du Vatican, devant une assemblée réduite comptant environ 80 personnes en raison des restrictions liées à la pandémie de coronavirus. 

L'an dernier, le pape y avait célébré une messe sans fidèles à l'occasion de cette fête instituée en 2000 par le pape Jean Paul II. 

Cette année dans l'assemblée figuraient des détenus de deux prisons de Rome ainsi que d'un centre de détention pour jeunes, des réfugiés venus de Syrie, du Nigeria et d'Egypte et également du personnel infirmier d'un hôpital voisin dont des religieuses. 

Dans son homélie, le chef spirituel du 1,3 milliard de catholiques dans le monde a souligné l'importance pour les chrétiens de ne pas rester indifférents à ceux qui les entourent. 

« Sœur, frère, tu veux une preuve que Dieu a touché ta vie ? Vérifie si tu te penches sur les blessures des autres », a dit le pape. 

« Ne restons pas indifférents. Ne vivons pas une foi à moitié, qui reçoit mais ne donne pas, qui accueille le don mais ne se fait pas don. Nous avons été touchés par la miséricorde, devenons miséricordieux », a-t-il ajouté. 

Le pape a rappelé que les premiers chrétiens vivaient dans le partage et que l'idée même de propriété privée leur était étrangère : « Ce n'est pas là du communisme, mais le pur christianisme ». 

Agé de 84 ans et vacciné contre la Covid-19 avant son voyage en Irak début mars, le pape François ne portait pas de masque de protection durant la messe, de même que ceux qui ont effectué les lectures de la Bible.   

Toutes les autres personnes présentes dans l'église, y compris les enfants de choeur et les autres prêtres, avaient le visage couvert d'un masque.