En Syrie, le "père des martyrs" élève ses onze petits-enfants orphelins

Un campement dans le village de Harbanoush, dans la campagne nord de la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, où Abderrazaq Khatoun vit avec ses 11 petits-enfants orphelins et d'autres membres de sa famille. (Ahmad al-ATRASH / AFP)
Un campement dans le village de Harbanoush, dans la campagne nord de la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, où Abderrazaq Khatoun vit avec ses 11 petits-enfants orphelins et d'autres membres de sa famille. (Ahmad al-ATRASH / AFP)
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Publié le Dimanche 14 mars 2021

En Syrie, le "père des martyrs" élève ses onze petits-enfants orphelins

  • Sa famille de trente personnes et lui se partagent quatre tentes de fortune, plantées sur un terrain agricole au milieu des oliveraies du village de Harbanouch près d'Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle dans le nord-ouest de la Syrie
  • L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a évoqué un raid aérien russe mené le 23 janvier

Harbanoush : En dix ans de guerre en Syrie, Abdel Razzak Khatoun a perdu treize de ses enfants et sa seconde épouse. A 83 ans, le patriarche se retrouve avec onze petits-enfants à élever.

Malgré la misère et les déplacements successifs, "Abou al-Chouhada" (père des martyrs) comme le surnomme son entourage, refuse de baisser les bras et rêve que justice soit rendue.

Sa famille de trente personnes et lui se partagent quatre tentes de fortune, plantées sur un terrain agricole au milieu des oliveraies du village de Harbanouch près d'Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle dans le nord-ouest de la Syrie.

Cigarette à la main, la voix grave et le regard sévère, l'octogénaire au visage buriné supervise une ribambelle de jeunes qui font leurs devoirs assis sur un fin matelas en mousse.

"Qu'avez-vous étudié aujourd'hui?", demande le patriarche à la barbe blanche rêche, un keffieh rouge sur le crâne, entouré d'enfants ayant sortis leurs manuels de sacs à dos bleus frappés du logo de l'Unicef.

"Vous avez appris la leçon?", demande-t-il, avant que les gamins ne répondent à l'unisson.

Originaire de la région centrale de Hama, M. Khatoun se souvient de sa paisible vie d'agriculteur avant la guerre déclenchée en 2011, avec ses trois épouses et leurs 27 enfants, âgés de huit à 38 ans.

Sa tribu a été décimée.

"Depuis le début de la révolution, j'ai offert sept martyrs", confie-t-il. "Ils combattaient avec l'Armée syrienne libre contre le régime", raconte-t-il, en allusion à l'une des premières coalitions rebelles engagées contre le pouvoir de Bachar al-Assad.

Il essaye, mais ne réussit pas à se souvenir des dates des batailles.

"Sacrifices"

En 2020, le deuil s'abat une nouvelle fois sur la famille, qui a trouvé refuge temporairement dans une station-service de Saraqeb, dans la province d'Idleb. 

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a évoqué un raid aérien russe mené le 23 janvier. 

M. Khatoun y perd une épouse et six enfants. En montrant sur son téléphone portable une vidéo des secouristes évacuant les morts et les blessés, il ne peut retenir ses larmes. "En un instant, je les ai tous perdus."

Déclenchée en mars 2011 avec la répression de manifestations pro-démocratie par Damas, la guerre en Syrie entre lundi dans sa onzième année.

Avec une multitude de belligérants et l'implication de puissances étrangères, le conflit a fait plus de 387.000 morts et poussé à l'exil des millions de personnes.

Malgré la douleur, M. Khatoun se dit fier et garde "la tête haute" grâce à ses fils.

Inlassablement, les mêmes expressions reviennent dans son discours: "sacrifices", "vie digne", "défense de la terre".

Ses convictions n'ont pas été ébranlées par les victoires en cascade du pouvoir syrien, qui a repris les deux-tiers du pays grâce au soutien de Moscou et de Téhéran.

"J'ai perdu des hommes dans la fleur de l'âge (...) Je vis sous une tente mais je veux que justice leur soit rendue", lance-t-il.

"Vie heureuse"

A l'heure du déjeuner, assis en cercle, serrés les uns contre les autres, les onze petits, dont l'aîné a 14 ans, prennent d'assaut trois bols posés sur un plateau de fer, avalant goulûment des olives et des morceaux de pain trempés dans un mélange d'huile d'olive et de zaatar (mélange d'épices à base de thym).

Dans un pays où 60% de la population connaît l'insécurité alimentaire, la famille survit surtout grâce à des dons de particuliers.

"Un jour on a faim, un jour on mange à notre faim", reconnaît l'octogénaire, trop vieux pour travailler.

Réfugiés au Liban ou en Turquie, certains de ses fils gagnent à peine de quoi vivre eux-mêmes. Mais M. Khatoun espère une vie meilleure pour la prochaine génération.

"Je rêve que mes petits-enfants puissent vivre dignement, qu'ils aient une maison à la place d'une tente, une voiture. Qu'ils aient une vie heureuse mais qu'ils se souviennent des sacrifices de leur père pour défendre la terre", plaide-t-il.

"On a beaucoup souffert", confirme l'une de ses belles-filles, veuve, évoquant "l'amertume de l'exil".

"Le souvenir de mon mari ronge mon coeur. On se retrouve déplacés au milieu des arbres", lâche-t-elle, reconnaissante toutefois à son beau-père qui "fait tout son possible pour nous permettre de vivre dignement".


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
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  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.

 


Le président iranien affirme que le blocus naval américain est «voué à l'échec»

Des jeunes filles chantent une chanson tout en mimant le mouvement des missiles avec leurs mains, à côté des portraits de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la révolution iranienne aujourd'hui décédé, et de ses successeurs (Photo AP/Vahid Salemi)
Des jeunes filles chantent une chanson tout en mimant le mouvement des missiles avec leurs mains, à côté des portraits de l'ayatollah Khomeini, fondateur de la révolution iranienne aujourd'hui décédé, et de ses successeurs (Photo AP/Vahid Salemi)
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  • "Toute tentative d'imposer un blocus maritime est contraire aux lois internationales (...) et est vouée à l'échec"
  • Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril

TEHERAN: Le président iranien a affirmé jeudi que le blocus des ports de son pays par les Etats-Unis était "voué à l'échec" et ne ferait qu'aggraver les perturbations dans le Golfe.

"Toute tentative d'imposer un blocus maritime est contraire aux lois internationales (...) et est vouée à l'échec", a assuré Massoud Pezeshkian dans un communiqué, après qu'un haut responsable de la Maison Blanche a mentionné une possible prolongation de ce blocus "pendant plusieurs mois".

Alors que ces déclarations ont contribué à provoquer un bond des cours du pétrole, le président iranien a estimé que de telles mesures de blocage "non seulement ne permettaient pas d'améliorer la sécurité régionale, mais constituaient une source de tension et une perturbation de la stabilité à long terme du golfe".

Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les Etats-Unis imposent un blocus des ports iraniens depuis le 13 avril.

Dans ces conditions, les forces armées iraniennes ont décidé de maintenir leur contrôle sur le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Elles menacent de représailles si Washington ne lève pas son blocus.

"Nous ne tolérerons pas le blocus naval. S'il se poursuit, l'Iran ripostera", a averti mercredi sur la télévision d'Etat Mohsen Rezaei, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution, nommé en mars conseiller militaire du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.

Il a également mis en garde contre une reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis, qui pourrait selon lui se solder par le naufrage de navires américains et la mort ou l'emprisonnement de nombreux soldats ennemis.

Et un haut responsable de la marine iranienne a évoqué le déploiement "dans un avenir très proche" d'armes navales récemment mises au point.

Le ministre du Pétrole, Mohsen Paknejad, a pour sa part minimisé l'impact du blocus mené par les Etats-Unis, assurant qu'il "ne produirait aucun résultat".

"Les employés de l'industrie pétrolière travaillent sans relâche pour garantir un approvisionnement sans problème", a-t-il dit.