Comment Aramco est parvenue à avoir de meilleurs résultats que ses concurrents internationaux

(Fayez NURELDINE/AFP)
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Publié le Vendredi 14 août 2020

Comment Aramco est parvenue à avoir de meilleurs résultats que ses concurrents internationaux

Comment Aramco est parvenue à avoir de meilleurs résultats que ses concurrents internationaux
  • Les résultats financiers d’Aramco surpassent de loin ceux des autres compagnies pétrolières internationales, qui, pour la plupart ont enregistré des pertes nettes au deuxième trimestre
  • Malgré des bénéfices nets en baisse depuis six mois, Aramco pourra maintenir ses dividendes versés aux actionnaires

Malgré une chute de ses bénéfices nets de respectivement 50 et 73% au cours des deux premiers semestres de l’exercice 2020, Aramco a annoncé qu’elle maintiendra inchangé le versement de dividendes à ses actionnaires. La compagnie saoudienne a en effet affirmé qu’elle  distribuera 18,75 milliards de dollars (15,8 milliards d’euros) de dividendes pour le deuxième trimestre, comme elle l'avait fait sur les trois premiers mois de son exercice 2020, afin de tenir ses promesses de distribution d'au moins 75 milliards de dollars de dividendes par an pendant cinq ans.

Saudi Aramco, qui avait signé début décembre 2019 la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire, insiste sur le maintien du versement de dividendes, pour rassurer les investisseurs en pleine pandémie du coronavirus, et alors que les cours du pétrole se sont effondrés ces derniers mois.

Si le bénéfice net au cours du deuxième trimestre a diminué, à hauteur de 6,6 milliards de dollars (environ 5,6 milliards d’euros) et est inférieur à celui enregistré à la même période l’année dernière, Aramco a tout de même réussi à générer un free cash flow positif de 6,1 milliards de dollars, ce qui est remarquable. Un tel résultat financier surpasse de loin celui des autres compagnies pétrolières internationales, qui pour la plupart ont enregistré des pertes nettes au deuxième trimestre. 

Le deuxième trimestre de 2020 pourrait bien entrer dans les annales, dans la mesure où il été le pire trimestre depuis très longtemps pour les entreprises pétrolières. Le mois d'avril a été particulièrement désastreux, avec une chute de la demande de près de 30%, l’indice de référence américain West Texas Intermediate devenant même négatif pendant quelques heures.

Le Brent, indice de référence international, est brièvement passé en dessous de 20 dollars le baril au cours de ce mois. Les réductions massives de la production pétrolière de l'OPEP + (une alliance de l'OPEP et de ses 10 alliés non-membres de l'OPEP dirigée par la Russie) suite à un accord international ont cependant permis de revenir à une sorte d'équilibre. Les prix du brut ont ensuite remonté pour se stabiliser au-dessus des 40 dollars le baril. La compagnie a déclaré que ses dépenses en capital (CAPEX) se situeraient dans la fourchette inférieure de 25 à 30 milliards de dollars, ce qui encore une fois ne constitue rien d'extraordinaire en comparaison ave c ses concurrents.

Aramco confiante dans l’avenir

Le deuxième trimestre est celui qui a été le plus affecté en raison des confinements décrétés à l’échelle mondiale pour faire face aux défis générés par la Covid-19. La chute de la demande a peu affecté les marchés asiatiques, dans lesquels se situent la plupart des marchés-clé d’Aramco. La compagnie pétrolière se montre optimiste, et prévoit seulement une contraction de 10% de la demande sur l’année 2020.

Seul l’avenir nous pourra nous dire où se situera la demande à la fin de l’année. L’avenir dépendra beaucoup de l’évolution de la Covid-19 dans le monde au cours des prochains mois. Pour l’instant, la demande en diesel (un indicateur principal de l’activité économique) et en kérosène est toujours basse.

L’une des raisons pour laquelle Aramco peut se permettre de maintenir ses dividendes est sa capacité d’endettement. Son ratio d’endettement est passé de moins 4,9% au premier trimestre à 20,1% au trimestre suivant. Selon la compagnie, la finalisation de l’acquisition de 70% des parts du groupe de pétrochimie saoudien SABIC) - des parts auparavant détenues par le Fond d’investissement public saoudien (PIF) – a laissé au groupe une considérable marge d’endettement, celui-ci restant toujours faible eu égard aux normes internationales.

La compagnie a également affirmé qu’elle avait toujours l'intention d'acquérir une participation de 20% au sein de  la filiale raffinage et pétrochimie du groupe Reliance pour un montant de quelques 15 milliards d’euros. Un accord qui avait été signé en 2019 avec le conglomérat, mais qui avait jusqu’ici été retardé.

Saudi Aramco reste la compagnie la plus rentable du secteur, avec un bilan très solide et des coûts de production faibles. Elle est également extrêmement bien gérée. Il convient de noter que le cours de son action, avec 33,10 rials saoudiens (7, 45 euros), est supérieur à son niveau d'introduction en bourse. C’est le rôle de l’administration d’établir les priorités, et celle d’Aramco a décidé que le maintien des dividendes en était une. Les perspectives optimistes d’Aramco se sont reflétées sur le prix du pétrole. Le Brent s’est échangé à 44,85 dollars lundi à midi, heure d’Europe centrale.

Cornelia Meyer est docteur en économie. Elle a trente ans d’expérience dans le domaine de la banque d’investissement. Elle est présidente et PDG de la compagnie de conseil aux entreprises Meyer Resources.

Twitter : @MeyerResources

L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com