Téhéran et Moscou critiquent la décision de Londres de renforcer son arsenal nucléaire

«Nous nous assurons que nous pouvons maintenir, au minimum, une dissuasion crédible», a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab
«Nous nous assurons que nous pouvons maintenir, au minimum, une dissuasion crédible», a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab
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Publié le Jeudi 18 mars 2021

Téhéran et Moscou critiquent la décision de Londres de renforcer son arsenal nucléaire

  • Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a désigné mercredi la Russie et l'Iran, ainsi que la Corée du Nord, comme des Etats coupables d'«opportunisme prédateur»
  • Le Royaume-Uni avait annoncé son intention de porter son arsenal nucléaire de 180 à 260 ogives d'ici la fin de la décennie

TEHERAN: L'Iran et la Russie ont critiqué mercredi la décision du Royaume-Uni d'augmenter le plafond de son arsenal nucléaire, une première depuis la chute de l'Union soviétique, Téhéran dénonçant une «hypocrisie» et Moscou une atteinte à la stabilité mondiale.

Le Royaume-Uni a annoncé mardi son intention de porter son arsenal nucléaire de 180 à 260 ogives d'ici la fin de la décennie, au terme de sa revue stratégique en matière de sécurité, de défense et de politique étrangère, la première depuis la sortie complète du pays de l'Union européenne.

Londres a critiqué à plusieurs reprises l'Iran pour avoir repris certaines parties de son programme nucléaire civil auquel il avait renoncé dans le cadre d'un accord international conclu en 2015 mais dénoncé unilatéralement trois ans plus tard par l'ancien président américain Donald Trump.

«Faisant preuve d'une hypocrisie totale (le Premier ministre britannique Boris Johnson déclare être) préoccupé (par les capacités nucléaires de l'Iran mais) annonce que son pays va augmenter ses stocks de bombes atomiques», a tweeté le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, dans la nuit de mardi à mercredi.

«Contrairement au (Royaume-Uni) et à ses alliés, l'Iran considère que les bombes atomiques et toutes les (armes de destruction massive) doivent être éradiquées», a ajouté M. Zarif.

Le Royaume-Uni s'est également attiré les critiques de la Russie après la publication de son rapport qui érige aussi Moscou en menace majeure pour le pays et témoigne d'une volonté de se focaliser sur la région indo-pacifique.

«Nous regrettons beaucoup que le Royaume-Uni ait choisi la voie de l'augmentation de ses armes nucléaires», a relevé le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov. 

«Cette décision nuit à la stabilité mondiale et à la sécurité stratégique», a-t-il ajouté.

Mercredi, le Royaume-Uni a insisté sur le fait que l'augmentation du nombre d'ogives était le «minimum» nécessaire pour maintenir sa capacité de dissuasion nucléaire.

«Opportunisme prédateur»

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a désigné mercredi la Russie et l'Iran, ainsi que la Corée du Nord, comme des Etats coupables d'«opportunisme prédateur».

«Nous nous assurons que nous pouvons maintenir, au minimum, une dissuasion crédible», a déclaré M. Raab lors d'une allocution virtuelle au Forum sur la sécurité d'Aspen, aux Etats-Unis.

«Nous voulons voir un monde sans armes nucléaires mais (...) je ne pense pas que cela se produira en renonçant unilatéralement à l'ultime politique d'assurance dont nous avons besoin et, avec respect, dont les Etats-Unis ont besoin», a-t-il ajouté.

La France, elle-même puissance nucléaire, a dit qu'elle respectait «pleinement» la décision du Royaume-Uni.

«La décision du Royaume-Uni, partenaire stratégique et puissance alliée de la France, d'augmenter le plafond de son arsenal nucléaire est une décision souveraine. Nous la respectons pleinement», a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Aux termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), entré en vigueur en 1970 et dont il est membre, le Royaume-Uni est l'un des rares Etats reconnus comme étant «dotés d'armes nucléaires».

Egalement signataire de ce texte, l'Iran appartient à la catégorie des «Etats non dotés d'armes nucléaires» et qui se sont engagés, par ce traité, à n'en jamais «fabriquer (ou) acquérir».

L'article VI du Traité engage chacun des signataires à «poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire».

L'Iran nie toute ambition de fabriquer la bombe atomique, bien que son ennemi juré, Israël, qui est largement soupçonné de maintenir son propre arsenal nucléaire non déclaré, l'accuse de chercher à s'en doter.

L'accord nucléaire conclu à Vienne en 2015 avec l'Iran --que le Royaume-Uni et d'autres gouvernements européens cherchent à relancer, dans le sillage de l'arrivée du démocrate Joe Biden à la Maison Blanche--, était une tentative d'apaiser ces inquiétudes.

A la suite de la décision des Etats-Unis de se retirer de ce pacte et de déclencher une avalanche de sanctions économiques et financières contre la République islamique, l'Iran s'est affranchi, depuis 2019, de la plupart de ses engagements pris à Vienne et censés prouver qu'il ne cherche pas à obtenir la bombe A.


Malgré les menaces de Téhéran, les discussions continuent "à un rythme rapide" selon Trump

Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
Des personnes scandent lors d’un rassemblement à Téhéran lundi soir, alors que les progrès vers un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran s’essoufflaient. (West Asia News Agency via Reuters)
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  • Les pourparlers États-Unis–Iran sont fragiles, entre annonces d’accords et suspension du dialogue.
  • Malgré les discussions, les frappes et menaces d’escalade régionale se poursuivent, alimentant l’instabilité

TEHERAN: Donald Trump a assuré lundi que les négociations avec Téhéran pour mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient se poursuivaient "à un rythme rapide" et qu'une détente se profilait au Liban, comme exigé par la partie iranienne.

Un peu plus tôt, l'agence de presse iranienne Tasnim avait affirmé que les négociateurs du pays avaient "suspendu" le dialogue indirect avec Washington à cause des "crimes" qu'Israël "continue à commettre", sans que cette information ne soit confirmée de source officielle iranienne.

"Les Etats-Unis sont directement responsables d'une violation du cessez-le-feu contre l'Iran, et d'une violation du cessez-le-feu par le régime israélien contre le Liban", a estimé le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont estimé que "les lignes rouges franchies" à Gaza et au Liban équivalaient "à une guerre directe", en référence aux frappes quasi quotidiennes d'Israël dans le territoire palestinien et à son offensive dans le pays voisin.

"En réponse", l'Iran "est déterminé à mener des opérations défensives" et à "ouvrir de nouveaux fronts", ont averti les Gardiens.

Mais Donald Trump a annoncé avoir obtenu auprès du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, l'engagement de ne pas envoyer de troupes à Beyrouth, et auprès du Hezbollah pro-iranien celui de "cesser totalement le feu".

"Israël ne les attaquera pas et ils n'attaqueront pas Israël", a-t-il écrit.

Peu après, l'ambassade du Liban aux Etats-Unis a confirmé que le Hezbollah avait accepté une proposition américaine de "cessation mutuelle des attaques" avec Israël.

- Le pétrole fébrile -

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

D'autant que Téhéran a redit lundi que le nucléaire iranien ne faisait pas partie "à ce stade" des discussions, contrairement aux attentes de Donald Trump, qui a affirmé dimanche soir qu'un protocole d'accord devrait stipuler "très clairement que l'Iran n'aura(it) pas d'arme nucléaire".

Autre dossier clé des discussions, la navigation maritime. Selon Tasnim, l'Iran compte continuer à verrouiller le détroit d'Ormuz, et envisage de perturber le trafic dans celui de Bab el-Mandeb, de l'autre côté de la péninsule arabique - ce qui bloquerait l'accès au canal de Suez via la mer Rouge et contraindrait les navires à d'énormes détours.

Un navire a été touché par un projectile dans le Golfe qui a déclenché une forte explosion, a indiqué sans plus de détails l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Dans ce contexte, le cours du Brent de la mer du Nord, référence mondiale du pétrole brut, est brutalement reparti à la hausse (jusqu'à environ +7%) avant de ralentir quelque peu et de terminer la séance en hausse de 4,24% à 94,98 dollars.

- Washington défend des frappes "défensives" -

L'Iran avait plus tôt dans la journée accusé les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.

L'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Les Gardiens iraniens avaient dit avoir riposté en attaquant une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire, sans nommer le pays visé - mais le Koweït a intercepté des missiles et drones "hostiles" et les a attribués à l'Iran.

La guerre a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranle l'économie mondiale.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".