Condamnation après des tags racistes sur un centre culturel musulman en France

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin arrive au centre culturel musulman Avicenne de Rennes (Ille-et-Vilaine) où des tags anti-musulmans ont été découverts dimanche matin par des fidèles sur les murs extérieurs (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 12 avril 2021

Condamnation après des tags racistes sur un centre culturel musulman en France

  • «A deux jours du mois de Ramadan, les fidèles retrouvent leur mosquée taguée avec des phrases obscènes», a déploré Mohammed Zaidouni, le président du conseil régional du culte musulman
  • Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin a jugé ces inscriptions «inacceptables»

RENNES: « Les croisades reprendront », « Allah faux dieu »: des tags anti-musulmans ont été découverts dimanche matin sur les murs extérieurs d'un centre culturel islamique dans l'ouest de la France, provoquant condamnations mais aussi dénonciation d'un « climat antimusulman ».  

« A deux jours du mois de Ramadan, les fidèles retrouvent leur mosquée taguée avec des phrases obscènes », a déploré Mohammed Zaidouni, le président du conseil régional du culte musulman. « Nous sommes les enfants de la République et nous nous retrouvons avec la haine, la violence et la barbarie », a-t-il ajouté. 

Le gardien puis les fidèles ont découvert ces tags dimanche vers 06H00, lors de la prière du matin. « Non à l'islamisation », « Vive le Roy », « Mahomet prophète pédophile », « les croisades reprendront », « France éternelle », « catholicisme religion d'Etat », « Allah faux dieu », pouvait-on lire sur des photos transmises par le parquet. 

Des croix chrétiennes, le chrisme ou une fleur de lys, symbole de la royauté en France, ont été également tagués sur les murs du centre Avicenne. 

« Le parquet de Rennes (...) portera une attention toute particulière à l’enquête tendant à identifier et sanctionner le ou les auteurs de ces faits », a assuré le procureur de Rennes Philippe Astruc. 

« Les fidèles étaient choqués par de telles obscénités. C'était violent. Notre communauté musulmane est vraiment triste », a raconté M. Zaidouni, tout en appelant à « rester unis » et ne pas faire le jeu de ceux »qui cherchent à semer la zizanie en France ». 

DARMANIN EXPRIME SON « DÉGOÛT »

Gérald Darmanin a exprimé dimanche soir « tout le dégout » qu'ont inspiré au gouvernement les tags anti-musulmans sur le centre culturel islamique Avicenne de Rennes et promis la « protection » des lieux de culte musulman à deux jours du début du Ramadan. 

« Le président m'a demandé de dire aux dirigeants de cette association (...) tout le dégoût que nous inspirent ces inscriptions qui sont des insultes, des insultes aux musulmans français, des insultes à la France », a déclaré le ministre de l'Intérieur après sa rencontre avec les responsables du centre. 

« Tout lieu de culte, tout lieu d'inspiration religieuse est le bienvenu dans notre pays et nous devons la protection à nos concitoyens musulmans comme nous le devons à nos concitoyens chrétiens ou juifs », a-t-il ajouté. 

« A deux jours du mois de ramadan, je veux dire à nos concitoyens musulmans que consigne a été donnée vendredi aux préfets de particulièrement les protéger en cette période de fête religieuse », a indiqué le ministre. 

Evoquant des inscriptions « immondes », il a assuré que « la République doit protéger tous ses enfants ». 

La maire socialiste de Rennes, Nathalie Appéré, a dénoncé des « actes indignes », quand la sénatrice LR (droite, opposition) Valérie Boyer a tweeté « honte » aux responsables. 

Le député de La France Insoumise Alexis Corbière (gauche radicale) a lui estimé que ces faits étaient « le résultat d'une ambiance détestable produite par certains ». 

« L’histoire récente nous apprend que les débats enflammés autour de l'islam ont souvent été accompagnés d’une recrudescence d’actes antimusulmans », a pointé Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM) dans un communiqué. « Force est de constater que certains débats autour du projet de loi de lutte contre +les séparatismes+ ont malheureusement servi de tribunes pour des haineux de tous bords », a-t-il ajouté. 

« Il y a actuellement un climat anti-musulman en France que nous dénonçons avec force. Malheureusement, les déclarations de certains hommes politiques ne font qu'attiser ce climat », a déclaré Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national de lutte contre l'islamophobie. 

A Nantes (ouest), la porte d'une mosquée a été détruite par un incendie dans la nuit de jeudi à vendredi, tandis qu'un homme de 24 ans revendiquant des idées néo-nazies a été inculpé vendredi pour avoir menacé de s'en prendre à la mosquée du Mans (ouest)


Macron prône «l'esprit d'apaisement» dans le débat sur la «réconciliation» franco-algérienne

Le président français Emmanuel Macron tient le rapport sur la colonisation et la guerre d'Algérie par l'historien français Benjamin Stora lors de sa livraison à l'Elysée à Paris le 20 janvier 2021 (Photo, AFP)
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  • Le chef de l'Etat français «est revenu avec M. Tebboune sur le travail de mémoire, qui doit se poursuivre dans un esprit d’apaisement pour la réconciliation entre les peuples français et algérien»
  • «L'entretien a été l'occasion d'examiner les relations bilatérales», a précisé un bref communiqué de la présidence algérienne

PARIS: Emmanuel Macron a souhaité mardi, en s'entretenant avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, que le travail de mémoire entrepris entre Paris et Alger « se poursuive dans un esprit d’apaisement », a indiqué l'Elysée.  

Au cours de cet entretien téléphonique, le chef de l'Etat français « est revenu avec M. Tebboune sur le travail de mémoire, qui doit se poursuivre dans un esprit d’apaisement pour la réconciliation entre les peuples français et algérien et, tout particulièrement, entre les jeunesses des deux pays », a précisé la présidence.  

Premier président français né après la guerre d'Algérie (1954-62), Emmanuel Macron a engagé une série d'« actes symboliques » et unilatéraux pour tenter de « réconcilier les mémoires » entre les deux rives de la Méditerranée, à l'approche du 60e anniversaire de l'indépendance.  

Les relations entre les deux pays peinent à se réchauffer durablement alors que l'Algérie a de nouveau réclamé samedi, à l'occasion de sa première « journée de la Mémoire », la »repentance » de Paris pour ses crimes durant la colonisation.  

M. Tebboune a réaffirmé ce jour-là que « l'excellence des relations avec la République française ne saurait exister en dehors de l'Histoire et du traitement des dossiers de la Mémoire, qui ne sauraient faire l'objet d'aucune renonciation ».  

Début avril, une visite du Premier ministre Jean Castex avait été reportée sine die à la demande de la partie algérienne, fâchée entre autre par la taille réduite de la délégation ministérielle française qui devait participer à un Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN).   

« L'entretien a été l'occasion d'examiner les relations bilatérales et de convenir de mettre à jour la réunion du Comité intergouvernemental de haut niveau », a précisé un bref communiqué de la présidence algérienne.  

Ce communiqué, publié par l'agence officielle APS, qui évoque un « échange de vues » sur les questions régionales, Sahel et Libye, ne fait aucune mention du dossier mémoriel.   

Fin avril, Emmanuel Macron avait estimé, dans un entretien au Figaro, que la volonté de réconciliation était « très largement partagée » malgré « quelques résistances » en Algérie.  

Au cours de leur entretien, MM. Macron et Tebboune « sont convenus de poursuivre leur action commune en faveur de la stabilité et la sécurité, notamment au Sahel et en Libye », a indiqué la présidence. Ils ont également « exprimé leur volonté de renforcer les échanges et la coopération bilatérale dans tous les domaines », selon elle. 


Tribune de militaires en France: les signataires invités à quitter l'armée

Le chef d'état-major des forces armées françaises, le général François Lecointre, pose lors d'une séance photo à Paris le 27 avril 2021. (Photo, AFP
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  • La tribune, publiée dimanche soir sous forme de pétition par l'hebdomadaire ultraconservateur Valeurs Actuelles, est parue moins de trois semaines après la publication, dans le même hebdomadaire, d'une première tribune de généraux
  • «Chaque militaire est libre de penser ce qu'il veut mais il lui appartient de distinguer sans ambigüité ce qui ressort de sa responsabilité de citoyen de ce qui ressort de sa responsabilité de militaire», a affirmé le général Lecointre

PARIS: Le chef d'état-major des armées françaises a invité mardi dans un courrier les signataires anonymes d'une tribune de militaires à quitter l'uniforme pour défendre librement leurs opinions tout en respectant la neutralité de l'armée.

«Le plus raisonnable est certainement de quitter l'institution pour pouvoir rendre publiques en toute liberté ses idées et ses convictions», écrit le général François Lecointre dans une lettre envoyée à tous les soldats, au ton délibérément apaisé et dépourvu de la moindre menace de sanctions.

La tribune, publiée dimanche soir sous forme de pétition par l'hebdomadaire ultraconservateur Valeurs Actuelles, est parue moins de trois semaines après la publication, dans le même hebdomadaire, d'une première tribune de généraux, dont certains sont menacés de sanctions. 

Ils dénonçaient le «délitement» de la France et se disaient prêts à «soutenir les politiques» qui œuvreraient contre.

Cette fois, ceux qui se présentent comme des militaires «récemment entrés dans la carrière» et dont certains ont «connu le feu ennemi» au Mali, en Afghanistan ou en Centrafrique, dénoncent ce qu'ils perçoivent comme «la guerre civile (qui) couve». 

Mais on ne connaît ni le nombre ni l'identité de ces militaires qui lancent un appel à «la survie» du pays.

«Depuis plusieurs semaines (...), l'obligation de réserve qui s'impose à tout militaire a été largement transgressée», constate le général Lecointre. 

Les signataires, «au nom de la défense de convictions personnelles (...) ont contribué à entraîner l'armée dans des débats politiques au sein desquels elle n'a ni légitimité ni vocation à intervenir», fait-il valoir, invitant la troupe à «faire preuve de bons sens et surtout de lucidité».

«Chaque militaire est libre de penser ce qu'il veut mais il lui appartient de distinguer sans ambigüité ce qui ressort de sa responsabilité de citoyen de ce qui ressort de sa responsabilité de militaire», insiste-t-il, réaffirmant que c'est bien la «neutralité» de l'armée qui lui permet son engagement «sans réserve et sans arrière-pensée». 

Les deux tribunes ont provoqué en France une petite tempête politique, n'épargnant aucun parti et poussant la ministre des Armées Florence Parly à intervenir pour rappeler, elle aussi, l'exigence de neutralité du soldat.


Ramadan: la fête de la rupture du jeûne aura lieu jeudi

Des musulmans prient à la «Grande Mosquée de Paris» le 13 avril 2021 heures avant le début du mois sacré musulman du Ramadan en France. (Photo, AFP)
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  • Le ramadan, quatrième pilier de l'islam, a débuté le 13 avril, dans des conditions particulières pour la deuxième année consécutive, en raison de la crise sanitaire
  • La Mosquée de Paris organisera deux prières, «pour tenir compte du risque d'affluence»

PARIS: L'Aïd el-Fitr, la fête de la rupture du jeûne qui marque la fin du mois sacré de ramadan, aura lieu jeudi, selon plusieurs responsables du culte musulman.

La Mosquée de Paris a confirmé cette date mardi soir lors d'une rencontre avec plusieurs fédérations de mosquées. Cette date est également celle annoncée par le Conseil français du culte musulman (CFCM).

L'Aïd el-Fitr ou Aïd el-Seghir (petite fête) est l'une des deux dates les plus solennelles du calendrier musulman avec l'autre Aïd, l'Aïd el-Kébir ou Aïd el-Adha, la grande fête ou fête du sacrifice.

Le ramadan, quatrième pilier de l'islam, a débuté le 13 avril, dans des conditions particulières pour la deuxième année consécutive, en raison de la crise sanitaire.

Pour la prière de jeudi, le ministère de l'Intérieur a demandé à ses services de veiller à ce que ne soient pas autorisés les rassemblements dans les stades en plein air, comme cela a pu être occasionnellement le cas par le passé.

Dans un communiqué, le président du CFCM Mohammed Moussaoui a rappelé que cette prière pouvait se faire chez soi ou collectivement. 

Il appelle les mosquées à organiser, dans la journée de jeudi, «plusieurs services de prière», de «les espacer d'au moins 30 minutes pour éviter que les fidèles se croisent» et «d’aérer les salles après chaque service».

La Mosquée de Paris elle-même organisera deux prières, «pour tenir compte du risque d'affluence», a-t-elle indiqué.

Si l'Aïd est traditionnellement l'occasion de repas de fête en famille, de visites rendues à ses proches et d'échanges de cadeaux, le CFCM recommande pour cette année encore d'«éviter (...) les repas impliquant des personnes qui ne partagent pas le même foyer», les «accolades et les embrassades».

Les musulmans sont invités à acquitter une aumône pour les pauvres, la zakât el-Fitr, fixée à 7 euros pour chaque membre d'un foyer.

La France compte entre cinq et six millions de musulmans pratiquants et non-pratiquants, selon les dernières études sur le sujet (Pew Research Center, institut Montaigne, Insee, Ined), ce qui fait de l'islam la deuxième religion du pays et de la communauté musulmane française la première communauté musulmane en Europe.