Musulmans de France: le marteau de la laïcité et l’enclume de la radicalisation

La charte sur l’islam est inconstitutionnelle, car elle contrevient au principe de neutralité de l’État, affirme Olivier Roy. Archive JEAN-PIERRE MULLER / AFP
La charte sur l’islam est inconstitutionnelle, car elle contrevient au principe de neutralité de l’État, affirme Olivier Roy. Archive JEAN-PIERRE MULLER / AFP
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Publié le Mardi 13 avril 2021

Musulmans de France: le marteau de la laïcité et l’enclume de la radicalisation

  • La pratique du religieux est actuellement en train d’être régulée, notamment avec la charte de l’islam, observe Olivier Roy, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence
  • Depuis 2004 et l’adoption de la loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l’école, c’est l’essence même de la loi de 1905 qui se trouve altérée

ATHENES : Loi sur les principes républicains, débat sur le voile remis au goût du jour au Sénat, islam radical… Autant de problématiques qui conduisent à une interrogation: est-il aujourd’hui possible d’être à la fois français et musulman?

Afin de tenter d’apporter une réponse à cette question, Arab News en français s’est entretenu avec Olivier Roy, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence et auteur de l’ouvrage L'Europe est-elle chrétienne? aux éditions du Seuil.

D’emblée, ce spécialiste nous rappelle que, au début de son mandat présidentiel, Emmanuel Macron a clairement affirmé que «l’islam est une religion française».

Mais, dans la France de 2021, la réalité est autrement plus complexe. La laïcité telle qu’elle est garantie par la loi de 1905 est censée protéger à la fois la liberté de croyance et de pratique. Or, depuis 2004 et l’adoption de la loi interdisant le port de signes religieux ostentatoires à l’école, c’est l’essence même de la loi de 1905 qui se trouve altérée.

Une charte de l’islam «inconstitutionnelle»

Concrètement, la pratique du religieux est actuellement en train d’être régulée, notamment avec la charte de l’islam, note sur ce point Olivier Roy. Cette charte devrait être signée afin que soient établis les fondements du futur Conseil national des imams (CNI). De plus en plus, les mesures qui sont adoptées «sont contraignantes pour les musulmans», souligne Olivier Roy.

 

La charte sur l’islam est inconstitutionnelle, car elle contrevient au principe de neutralité de l’État.

Olivier Roy

Le politologue va même plus loin en affirmant que, selon lui, la charte de l’islam est un document qui n’a pas lieu d’être dans la mesure où il cite des versets du Coran, ce qui contrevient au principe de neutralité de l’État. Pour lui, ce document est purement et simplement «inconstitutionnel». Gérald Darmanin a été très clair lorsqu’il a expliqué la démarche du gouvernement, renchérit Olivier Roy: les autorités d’aujourd’hui agissent sur le modèle de l’ultimatum proposé en 1807 par l’empereur Napoléon aux juifs pour qu’ils soient reconnus comme citoyens français.

«Napoléon avait posé aux juifs des conditions théologiques. On est en train de refaire la même chose! Or, le problème, c’est que Napoléon était un empereur, donc un dictateur, et que le système de l’époque était concordataire. Aujourd’hui, nous sommes dans une République démocratique et laïque: il n’est pas possible de se servir d’un instrument de gestion du religieux qui est un instrument monarchique et concordataire. Il y a là un problème que personne, aucun grand juriste, n’a soulevé. La charte sur l’islam est inconstitutionnelle, car elle contrevient au principe de neutralité de l’État.» Olivier Roy ajoute: «On fabrique un islam français, et cela va à l’encontre des principes de laïcité et de non-ingérence.»

Déchristianisation et défiance du religieux

Entre 1905 et 2004, puis entre 2004 et 2021, il s’est donc opéré un glissement, et la loi de 1905 s’est peu à peu vidée de sa substance.

Lorsqu’elle fut votée, elle avait un seul objectif, simple: séparer l’État du religieux. Pendant longtemps, cette loi a rempli son rôle, mais, avec l’affaire dite «de Creil», en 1989 – des lycéennes ont refusé de retirer leur voile islamique dans leur école –, les autorités ont ressenti le besoin de «fabriquer une nouvelle laïcité» car la société française subissait depuis les années 1960 «une accentuation de sa sécularisation» qui eut pour conséquence le fait que toute manifestation du religieux était «perçue au mieux comme folklorique, au pire comme fanatique».

 

«À partir des années 1980, tout religieux visible devient suspect [et c’est avec le Premier ministre Pierre Bérégovoy que] la sonnette d’alarme de l’Islam est tirée pour la première fois en France, à la suite de l’affaire de Creil.»

Olivier Roy

Or, depuis 2004, «on met des limites à la pratique religieuse dans l’espace public», justement à cause de cette défiance qui existe par rapport au religieux, à cause de la déchristianisation de la France.

Le mythe de l’assimilation

Pour Olivier Roy, si l’Europe était «vraiment chrétienne», toutes ces complications n’existeraient pas. «Le positionnement par rapport à l’islam ne serait pas forcément positif, mais, au moins, les choses seraient claires» et «nous serions dans le cadre d’un système pluriconfessionnel, ce qui était le cas de l’Europe au XVIIe siècle.» Or, «à partir des années 1980, tout religieux visible devient suspect» et c’est avec le Premier ministre Pierre Bérégovoy que «la sonnette d’alarme de l’Islam est tirée pour la première fois en France, à la suite de l’affaire de Creil».

Le politologue rappelle que cette affaire a fait prendre conscience à la classe politique française, «mais surtout à la gauche, que la deuxième génération d’immigrés pouvait être musulmane, et cela était très loin du mythe de l’assimilation véhiculé jusque-là par la gauche». Et, face à l’intégration, la question qui se pose désormais est la suivante: peut-on s’intégrer en tant que musulman dans la société française? «Ces jeunes filles voilées» se revendiquent musulmanes dans l’espace public, «d’un islam global, universel». Elles veulent avoir leur place en France «en tant que musulmanes».

EN BREF Les lois qui ont pavé la voie à la loi 1901 sur la laïcité

1789

L’abolition de l’Ancien Régime en août  s’est accompagnée de la fin des privilèges ecclésiastiques et de l’affirmation de principes universels, dont la liberté de conscience et l’égalité des droits exprimés par la Déclaration des droits de l’homme

1904

Les congrégations religieuses n’ont plus le droit d’enseigner

L’avenir n’est pas sombre

«Aujourd’hui, il y a beaucoup de non-dits» dans la polémique actuelle sur l’islam en France, confie Olivier Roy. «Le débat sur la liberté religieuse cache aussi un problème d’exclusion sociale. Cela ne veut pas dire que la dimension religieuse de la problématique n’a pas d’importance. Les musulmans de France demandent à être reconnus comme tels, mais cela n’enlève rien à la dimension sociale du problème», ajoute-t-il.

Les musulmans de France semblent pris en tenaille entre une laïcité qui cherche de plus en plus à réguler l’exercice de leur foi et le spectre de la radicalisation islamiste. Une menace qui pèse sur les épaules de la majorité musulmane silencieuse et qui complique leur vie au quotidien.

Pour autant, l’avenir n’est pas sombre pour le politologue, convaincu que la nouvelle génération issue de l’immigration se perçoit comme française et qu’elle cherche à être perçue comme telle et non comme une espèce de corps étranger greffé à la République. Avec l’arrivée de La République en Marche, «il n’y a pas eu d’écrémage comme c’est le cas dans les partis politiques classiques» et des figures issues de l’immigration ont pu ainsi émerger. Il en est de même sur le plan municipal et dans les professions libérales. Il y a donc une élite issue de l’immigration qui est en train de faire son apparition. Cela, en soi, est assez prometteur pour l’avenir des musulmans français.

EN BREF Les musulmans de France ne constituent pas une communauté.

Pour Olivier Roy, les musulmans de France ne sont pas organisés en communauté. Le chercheur souligne qu’ils votent en fonction de leur catégorie socioprofessionnelle, sont morcelés et n’ont pas d’intelligentsia, à l’exception de quelques personnalités de premier plan. «Il n’y a donc pas de vote musulman, alors qu’il commence à y avoir, en France, un vote catholique à proprement parler», fait-il observer.

 


Attal, Bardella... la présidentielle, une ambition intime ?

Le secrétaire général du parti centriste Renaissance, Gabriel Attal, assiste à une réunion avec le Premier ministre français dans le cadre de consultations politiques à l’Hôtel de Matignon à Paris, le 2 septembre 2025, une semaine avant le vote de confiance de l’Assemblée nationale française. (AFP)
Le secrétaire général du parti centriste Renaissance, Gabriel Attal, assiste à une réunion avec le Premier ministre français dans le cadre de consultations politiques à l’Hôtel de Matignon à Paris, le 2 septembre 2025, une semaine avant le vote de confiance de l’Assemblée nationale française. (AFP)
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  • La pré-campagne présidentielle française prend une tournure plus « people », certains candidats comme Gabriel Attal et Jordan Bardella exposant leur vie privée pour créer un lien émotionnel avec les électeurs
  • Si cette stratégie peut accroître la notoriété et susciter l’intérêt, elle divise : d’autres figures comme Édouard Philippe ou Bruno Retailleau misent sur la discrétion pour se différencier

PARIS: Faut-il dévoiler sa vie privée pour être élu président de la République ? Jordan Bardella qui officialise sa relation amoureuse dans Paris Match, Gabriel Attal qui se raconte dans un livre... La pré-campagne prend des allures people, une posture qui n'est toutefois pas suivie par tous les prétendants.

"Lorsqu'on veut servir son pays, il ne peut y avoir ni secret ni faux-semblant", écrit Gabriel Attal sur la quatrième de couverture de son livre ("En homme libre", L'Observatoire) paru cette semaine.

L'ancien Premier ministre y aborde largement sa vie privée, les addictions de son père trop tôt disparu, les difficultés de sa mère divorcée, l'antisémitisme ou la discrimination salariale subie par ses soeurs. Mais aussi son homosexualité assumée, avec un chapitre sur "l'homme de sa vie", le commissaire européen Stéphane Séjourné.

M. Attal avait déjà évoqué son homosexualité lors de sa déclaration de politique générale en 2024. Il franchit un pallier avec ce livre.

"Je n'ai rien à cacher --et certainement pas l'homme que j'aime. Mais c'est bien pour mes combats, mes valeurs et mes idées que je veux tisser mon lien avec les Français", assure-t-il.

Une stratégie qui, dans son camp, suscite un scepticisme teinté de prudence. "Ca n'a pas l’air d’aller sur le fond pour l’instant". "Il fait un truc plutôt perso, de notoriété. Mais c'est à la fin de l'histoire que l'on sait si c'était la bonne stratégie ou pas", résume un important dirigeant encarté chez Renaissance.

M. Attal a entamé mercredi sa tournée de dédicaces à la librairie Lamartine à Paris, bien connue des lecteurs de Nicolas Sarkozy.

L'ancien président est également une évidente source d'inspiration pour un autre prétendant à la présidentielle: le président du Rassemblement national Jordan Bardella.

Si le député européen a déjà sacrifié au rituel classique du livre et des dédicaces, il a plus récemment défrayé la chronique en officialisant sa liaison avec la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles via un reportage photo arrangé dans Paris Match.

"Je n'ai pas eu le choix", a expliqué M. Bardella sur Cnews et Europe 1. Mais, a-t-il ajouté, "c'est du sérieux, comme dirait l'autre".

L'autre étant Nicolas Sarkozy, qui avait utilisé cette formule pour qualifier sa relation avec Carla Bruni.

- La campagne "a démarré" -

"On est quasiment dans la figure imposée de la droite française sous la Ve République. On aurait cru voir Macron et Brigitte sur la plage de Biarritz (dans Paris Match en 2016, NDLR) ou bien Nicolas Sarkozy avec Cécilia", juge l'ancien conseiller en communication de François Hollande, Gaspard Gantzer.

"La campagne présidentielle a démarré avec Bardella dans Match. Clairement, c’est le coup d’envoi. Ensuite on a eu la séquence de Gabriel Attal dans le même ordre d’idées", estime Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po.

Pour lui, interrogé lors de la publication du reportage consacré à M. Bardella, "une campagne présidentielle ne peut pas se gagner sans dévoiler sa vie privée, sans aller sur le terrain de l'émotion".

Lionel Jospin avait refusé de sacrifier à l'émission en vogue de l'époque, "Vivement dimanche" de Michel Drucker, avant d'échouer à la présidentielle de 2002.

"Cela peut être utile mais ça n'est pas indispensable", objecte Gaspard Gantzer. "Utile à ceux qui le font notamment quand ils ont besoin de gagner en notoriété. Passer par la case vie privée, cela génère de la conversation chez des gens qui ne s'intéressent pas forcément à la politique, qui sont moins sur le fond des politiques publiques que sur les personnalités".

D'autres candidats à l’Élysée ne semblent pas, pour l'heure du moins, disposés à se prêter à l'exercice, comme le patron des Républicains Bruno Retailleau ou celui d'Horizons, Édouard Philippe. Si ce dernier a pu mettre au jour différentes facettes de sa personnalité, de ses goûts musicaux à sa pratique de la boxe, il n'a jamais exposé sa famille.

"Dans une campagne, il peut aussi y avoir un intérêt à la différenciation. Si tout le monde dévoile sa vie privée, on peut avoir une carte à jouer en décidant de ne pas le faire. Et on peut construire un discours là-dessus, +la vie privée de mon épouse, de mes enfants, c'est plus important que tout+. Cela peut aussi plaire aux Français", juge M. Gantzer.


Rencontre Salam-Macron: une feuille de route implicite, pour stabiliser le Liban

À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain. (AFP)
À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain. (AFP)
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  • La France se positionne comme un partenaire engagé et constant, et Macron détaille un soutien à la fois humanitaire, militaire, politique et économique
  • Des dizaines de tonnes d’aide ont déjà été acheminées à Beyrouth, et d’autres suivront, assure-t-il

PARIS: À l’issue de la rencontre à l’Élysée entre le président Emmanuel Macron et Nawaf Salam, l’impression qui domine est celle d’un moment d’échange franc, amical et dépourvu d’arrière-pensées concernant le Liban, où rien et tout reste incertain.

En se rendant à l’Élysée, Salam sait très bien qu’il est en terrain conquis, puisque la sauvegarde de la souveraineté, de l’intégrité et de la stabilité du Liban est, de tout temps, en tête des priorités de la diplomatie française.

Il n’est donc pas surprenant que les deux responsables fassent un constat commun, celui d’un soulagement prudent.

La trêve, obtenue après plusieurs semaines d’un conflit que les Libanais « n’ont ni voulu ni choisi », selon les mots du président français, est saluée comme une avancée. Mais personne ne s’y trompe : elle est provisoire, instable et menacée à tout instant.

Le cessez-le-feu n’est pas une fin en soi

Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de la consolider, de lui donner de l’épaisseur politique. Salam, de son côté, y voit un acquis essentiel, sans ignorer que tout reste à faire.

Le cessez-le-feu n’est pas une fin en soi : c’est une ouverture, étroite, vers un autre objectif essentiel, la souveraineté de l’État libanais.

C’est sans doute le point le plus fort, le plus partagé et le plus répété par les deux dirigeants, qui convergent totalement sur ce principe simple mais décisif : « il ne peut y avoir d’État sans monopole de la force ».

Dans un Liban fragmenté, affaibli par des années de crises politiques, économiques et sécuritaires, Emmanuel Macron évoque un désarmement du Hezbollah qui doit être conduit par les Libanais eux-mêmes, sans ingérence extérieure.

Nawaf Salam, lui, va plus loin dans la formulation, soutenant qu’« un État ne peut exister s’il tolère plusieurs armées sur son sol », avant d’ajouter que ce processus doit « éviter toute dérive vers une confrontation interne ».

Le Hezbollah est évidemment au cœur de cette équation, et le président français n’hésite pas à qualifier son engagement dans le conflit d’« erreur stratégique majeure », l’accusant implicitement d’avoir entraîné le Liban dans une guerre qui n’était pas la sienne.

Nawaf Salam adopte une posture plus mesurée, sans ambiguïté sur le fond mais prudente dans la forme. Il rappelle le caractère illégal des activités armées du mouvement, tout en refusant l’escalade verbale.

Dans ce contexte, la question israélienne apparaît comme l’autre pilier de l’équation. Les deux dirigeants sont, là encore, sur une ligne commune, à savoir qu’aucune « stabilisation durable ne sera possible sans un retrait israélien du territoire libanais ».

La négociation n’est pas un aveu de faiblesse

Salam le dit clairement, en y ajoutant d’autres conditions, dont le retour des déplacés et la libération des Libanais détenus par Israël.

Pour sa part, Macron ne manque pas de rappeler l’attachement de la France à la sécurité d’Israël, tout en critiquant ouvertement certaines de ses actions récentes, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban. Il va même jusqu’à évoquer la possibilité de reconsidérer l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël si certaines lignes continuent d’être franchies.

Il est clair que, pour le président français, la sécurité ne peut être pensée contre la souveraineté des autres, comme c’est le cas actuellement.

Sur ce point, le choix de la diplomatie apparaît comme une évidence. Salam assume pleinement l’ouverture de discussions directes avec Israël, une démarche rare, presque historique dans sa portée symbolique. Il insiste sur le fait que « seul le gouvernement libanais est habilité à négocier », réaffirmant ainsi une souveraineté politique trop souvent contestée.

Macron soutient cette initiative sans réserve. Tous deux défendent l’idée que la négociation n’est pas un aveu de faiblesse, mais un acte de responsabilité. Dans une région saturée de conflits, la parole diplomatique tente ainsi de retrouver une légitimité.

La France se positionne comme un partenaire engagé et constant, et Macron détaille un soutien à la fois humanitaire, militaire, politique et économique.

Des dizaines de tonnes d’aide ont déjà été acheminées à Beyrouth, et d’autres suivront, assure-t-il. Paris entend également soutenir les forces armées libanaises, relancer une conférence internationale de financement et participer à la reconstruction des zones détruites, notamment dans le sud du pays.

Salam, de son côté, ne cache pas sa reconnaissance. Il évoque une amitié ancienne, éprouvée par l’histoire, et rappelle que le Liban aura besoin de près de 500 millions d’euros dans les prochains mois pour faire face à l’urgence humanitaire.

Reste enfin la question de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Là encore, les positions sont nuancées mais convergentes. Macron souhaite maintenir un cadre international solide, capable d’accompagner la stabilisation.

Salam, lui, exclut l’idée d’une nouvelle version de la FINUL, mais insiste sur la nécessité d’une présence internationale sous mandat onusien, notamment pour des missions de surveillance et de médiation.

Finalement, cette rencontre dessine une feuille de route implicite : consolider la trêve, avancer dans les négociations, renforcer l’État libanais, désarmer progressivement le Hezbollah, obtenir un retrait israélien et engager la reconstruction.


Macron reçoit Salam: même marginalisée la France reste au chevet du Liban

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. (AFP)
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée. (AFP)
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  • Officiellement, rien d’exceptionnel, puisque les échanges entre Paris et Beyrouth sont constants, mais officieusement, chacun sait que, depuis le début de la guerre régionale, l’Élysée n’a jamais relâché son attention
  • La quinzaine d’échanges directs qui ont eu lieu entre le président français et les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun, témoigne de cette implication continue

PARIS: Marginalisée et écartée des négociations sur le cessez-le-feu par l’administration américaine et Israël, la France n’en reste pas moins engagée au chevet du Liban en cette période charnière de son histoire.

Réciproquement, le Liban, qui se prépare à une seconde séance de négociations avec les Israéliens sous médiation américaine à Washington jeudi, continue de favoriser la coordination de ses démarches avec les responsables français.

Il faut dire que ces deux pays sont liés depuis la nuit des temps par des liens indéfectibles d’une intense densité, dont les Libanais sont loin de vouloir se délester, en dépit de la conjoncture particulière actuelle.

C’est dans ce cadre que le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, est reçu aujourd’hui par le président Emmanuel Macron au palais de l’Élysée.

Officiellement, rien d’exceptionnel, puisque les échanges entre Paris et Beyrouth sont constants, mais officieusement, chacun sait que, depuis le début de la guerre régionale, l’Élysée n’a jamais relâché son attention.

La quinzaine d’échanges directs qui ont eu lieu entre le président français et les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun, témoigne de cette implication continue.

Implication française constante malgré l’exclusion diplomatique

Paris suit heure par heure une situation jugée fragile, et la rencontre entre Macron et Salam constitue une occasion d’envisager les moyens et les alternatives susceptibles de consolider une situation libanaise vacillante.

Pour Paris, le diagnostic est désormais posé sans ambiguïté : les dernières semaines ont laissé des traces profondes, et les frappes du 8 avril sur Beyrouth, les déplacements de populations et la peur diffuse sont autant de signes d’un pays gravement éprouvé.

Le cessez-le-feu temporaire obtenu pour dix jours offre un répit, mais personne à l’Élysée ne se fait d’illusions : il ne s’agit pas d’une sortie de crise, tout au plus d’une suspension, ce qui incite la France à maintenir une ligne constante, celle de la désescalade.

L’objectif est double : prolonger à court terme le cessez-le-feu et créer, à moyen terme, les conditions d’une stabilisation durable.

La vision française repose sur une idée simple : il ne peut y avoir de paix durable sans un État libanais pleinement souverain.

C’est pourquoi, au cœur de la stratégie française, se trouve le renforcement des institutions libanaises, au premier rang desquelles les forces armées, qui apparaissent comme la clé de voûte de tout scénario de stabilisation.

Leur mission est immense : restaurer l’autorité de l’État, sécuriser le territoire et surtout réaffirmer un principe fondamental, celui du monopole de la force légitime, c’est-à-dire le désarmement du Hezbollah.

Pour Paris, ce désarmement est un objectif, même s’il s’inscrit dans le temps long et dans un équilibre politique qui reste extrêmement fragile. Cela n’empêche pas la France de renforcer son soutien par des équipements militaires, une coopération logistique et un accompagnement stratégique.

Stabiliser le Liban

Sur le terrain, la situation reste encadrée par la présence de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), qui continue de jouer un rôle de tampon, en coordination étroite avec l’armée libanaise.

Les mécanismes de liaison fonctionnent, malgré les aléas inhérents à toute opération dans une zone instable, et pour Paris, l’enjeu aujourd’hui n’est pas tant de redessiner les lignes que d’éviter qu’elles ne s’embrasent à nouveau.

Mais une question se profile déjà : que se passera-t-il après la FINUL, dont le mandat touche à sa fin dans les prochains mois ?

Sur ce point, Paris affirme qu’une réflexion est en cours pour préparer cette perspective, sans plus de détails pour l’instant.

L’autre élément de tension est la présence israélienne au sud du Liban, justifiée par des impératifs de sécurité. Cette zone tampon est perçue par la France comme une mesure provisoire, et Paris insiste sur le fait que l’intégrité territoriale du Liban n’est pas négociable.

À terme, Israël devra se retirer, mais ce retrait dépend d’une condition essentielle : la disparition de la menace, ce qui nous ramène à nouveau à la question du Hezbollah.

Tant que ce parti reste armé et actif, Israël invoquera son droit à la légitime défense ; et tant qu’Israël maintient sa pression militaire, le Hezbollah justifie sa posture. Pour Paris, il s’agit d’un cercle vicieux qui doit être brisé dans la séquence actuelle.

Dans ce contexte, et sans être à la table des négociations de Washington, la France observe et se tient prête. L’Élysée reconnaît volontiers que le rôle de Paris n’est pas forcément d’être au centre du jeu, mais d’être indispensable au moment où les accords devront être appliqués.

Car la France conserve un atout majeur par sa capacité à mobiliser, et peu de pays peuvent, comme elle, articuler soutien politique, aide militaire et coordination internationale.

Par ailleurs, la relation historique et structurante entre la France et le Liban inscrit la visite de Nawaf Salam dans une continuité et un dialogue constant entre deux États liés par une histoire et par une responsabilité partagée face à l’avenir.