Un coup d'État au Myanmar met en lumière le capitalisme militaire paralysant

Des manifestants se rassemblent à Rangoun, alors que les forces de sécurité continuent de réprimer les manifestations contre le coup d'État (Photo, AFP).
Des manifestants se rassemblent à Rangoun, alors que les forces de sécurité continuent de réprimer les manifestations contre le coup d'État (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 14 avril 2021

Un coup d'État au Myanmar met en lumière le capitalisme militaire paralysant

  • Les interdictions de voyager et le gel des avoirs depuis le coup d’État de février attirent l’attention sur l’emprise des généraux sur les segments lucratifs de l’économie
  • Les pays occidentaux imposeront probablement de nouvelles sanctions au Myanmar, mais les voisins asiatiques pourraient hésiter à emboîter le pas

BERNE, Suisse: L’économie du Myanmar (ex-Birmanie) a longtemps été façonnée par les Tatmadaw – les puissantes forces armées du pays – et par les caprices changeants de la géopolitique, qui ensemble composent les relations commerciales mondiales du pays, en particulier celles concernant ses grands projets d’infrastructure.

Depuis le coup d’État du 1er février, qui a renversé le gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, et la violente répression des manifestations qui a fait plus de 600 morts, une dynamique s’est développée derrière les efforts visant à imposer des sanctions à la junte.

À ce jour, les États-Unis et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions aux deux grands conglomérats du Myanmar appartenant à l’armée. Plusieurs pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont émis également des interdictions de voyager et gelé les avoirs des officiers de l'armée impliqués dans le coup d'État.

Les entreprises qui investissent dans le pays subissent des pressions pour rompre leurs liens avec les entités appartenant à l'armée. À titre d’exemple, les fonds de pension poussent le géant sud-coréen de l'acier Posco à rompre avec son partenaire de coentreprise birmane appartenant à l'armée.

Dans le même temps, la société japonaise Kirin Beer, qui a investi plus de 1,7 milliard de dollars (1 dollar = 0,84 euro) dans une coentreprise avec une société détenue par l'armée, a rompu son partenariat – bien qu'elle envisage de continuer à vendre de la bière dans le pays.

Toutes les multinationales occidentales ne sont pas de cet avis. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a récemment déclaré que l’entreprise devait continuer à produire du gaz afin de maintenir le réseau électrique du pays et de garantir la sécurité de sa main-d’œuvre.

L'économie birmanie a longtemps été façonnée par le Tatmadaw, la puissante force armée du pays, et par les variations de la géopolitique (Photo, AFP).

Le géant pétrolier a déclaré cependant qu'il ne paierait pas ses impôts à l'armée et a plutôt l'intention de faire don des sommes équivalentes à des organisations de défense des droits de l’homme.

Les tentacules du Tatmadaw sont si étroitement enroulées autour des leviers de l’économie qu’il est presque impossible pour les entreprises de faire des affaires au Myanmar sans coopérer avec au moins une entité militaire.

Deux organisations ayant des liens directs avec les Tatmadaw exercent une influence considérable sur l'économie. L'un est la Myanmar Economic Corporation (MEC), l'autre est la Myanmar Economic Holdings Limited (MEHL).

L’entreprise MEC est présente dans les secteurs de la fabrication, des infrastructures, de l'acier, du charbon et du gaz. Si sa raison d’être est d’approvisionner les forces armées en matières premières, elle détient également le monopole du secteur des assurances au Myanmar.

La Thaïlande est une importance source de devises étrangères pour la Birmanie, envoyées par les travailleurs immigrés qui y travaillent (Photo, AFP).

L’entreprise MEHL, quant à elle, est spécialisée dans le secteur bancaire, l'exploitation minière, l'agriculture, le tabac et la fabrication de produits alimentaires. Ses revenus sont directement versés à l'armée, qui protège MEHL de la surveillance civile. MEHL est propriétaire de la Myawaddy Bank et du fonds de pension de l’armée.

L’armée contrôle une grande partie du secteur bancaire du pays, qui est resté très sous-développé après des années passées en dehors du système financier international dans le cadre de sanctions visant le régime militaire de 1962 à 2011.

Le gouvernement de la LND avait l'intention de délivrer des licences bancaires aux banques étrangères d'ici à 2021, un effort contrecarré par le coup d'État.

Ensemble, MEC et MEHL possèdent plus de 100 entreprises. Ces deux groupes ont grandement bénéficié des efforts de privatisation dans les années 1990 et 2000 en achetant des entités à des prix de liquidation.

Les pratiques commerciales au Myanmar sont pour le moins opaques et considérées comme étant la définition même du capitalisme de copinage. En 2018, l'indice de perception de la corruption de «Transparency International» l'a classé 130e sur 180 pays.

La pression des sanctions à l'encontre de la junte monte, alors que la majorité des secteurs économiques du pays sont liés à l'armée (Photo, AFP).

La Thaïlande est une source importante de devises étrangères pour le Myanmar, envoyées par les travailleurs migrants qui y sont employés. (AFP)

Le premier gouvernement de la LND (2015-2020) a tenté de freiner le pouvoir de l'armée en ouvrant plusieurs secteurs à la concurrence, mais s'est abstenu de faire face au tout-puissant Tatmadaw.

La LND a toutefois réussi à transférer le pouvoir sur le Département de l'administration générale (DAG) du ministère de l'Intérieur, dominé par l'armée, au gouvernement civil en 2018.

Il s’agissait d’une étape importante dans la démilitarisation de la gouvernance du pays. Compte tenu des vastes pouvoirs du DAG, de l’administration des terres au recouvrement des impôts en passant par la prestation de services, il était évident que le fait de retirer le pouvoir de l’armée finirait par avoir des répercussions sur la mainmise des Tatmadaw sur l’économie.

Lors des élections de 2020, le gouvernement de la LND a fait campagne en préconisant la transparence accrue et le transfert de pouvoir loin des autorités centrales et de l'armée – une décision qui aurait été ressentie dans les portefeuilles des généraux.

Si le renforcement de la concurrence et de la transparence aurait sans aucun doute libéralisé l’économie et attiré les investissements étrangers, cela aurait également menacé les structures de pouvoir établies de longue date au Myanmar.

La police arrête le journaliste du média Myanmar Now, Kay Zon Nwe, le 27 février au cours d'une manifestation contre le coup d'Etat (Photo, AFP).

Heureusement pour les généraux, le Tatmadaw a de puissants amis extérieurs. Le Myanmar revêt une importance géopolitique pour de nombreux pays, qui coopéreront avec quiconque détient le pouvoir. Ces pays ne se soucient pas de qui détient le pouvoir; ils veulent simplement promouvoir leurs intérêts politiques et économiques.

Le Myanmar est stratégiquement important pour la Chine, offrant à la superpuissance montante un pont terrestre vers le golfe du Bengale et un pays d'ancrage pour son initiative «Belt and Road» («ceinture et route»).

Jusqu'en 2011, le gouvernement chinois entretenait de bonnes relations de travail avec la junte et était également parvenu à une sorte d’entente avec le gouvernement de la LND.

Lors de sa visite au Myanmar l'année dernière, le président chinois, Xi Jinping, a relancé le corridor économique Chine-Myanmar (CMEC) avec pas moins de 33 protocoles d'accord.

L’oléoduc et le gazoduc reliant la Chine au golfe du Bengale, le développement du port en eau profonde de Kyaukphyu et le chemin de fer reliant la province du Yunnan à l'océan Indien constituent autant de facettes du CMEC.

Le CMEC comprendrait des projets d'une valeur de 21 milliards de dollars, dans lesquels la MEC et la MEHL détiendront sans aucun doute des parts importantes. Le gouvernement de la LND, cependant, s’inquiète de l’influence croissante de la Chine et de la montée en flèche des dettes du Myanmar vis-à-vis du CMEC.

L'Inde, quant à elle, considère le Myanmar comme un rempart important contre son rival, la Chine. À ce titre, l’entreprise indienne Adani participe à la construction du port de Rangoun. New Delhi se sent de plus en plus encerclée par l’Initiative chinoise «Belt and Road».

Le général Min Aung Hlaing est à la tête de la junte qui contrôle fermement les leviers de l'économie birmane (Photo, AFP/Myawaddy TV via AFPTV).

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) est le plus grand partenaire commercial du Myanmar, représentant 24 % de son activité, suivie de la Chine avec 14 % et de l’Union européenne (UE) avec 10 %.

Membre de l’Asean, la Thaïlande est le quatrième partenaire commercial du Myanmar et une source importante de devises étrangères, envoyées par les millions de travailleurs migrants qui y sont employés.

L’excellente infrastructure de transport reliant la ville de Chiang Rai, dans le nord de la Thaïlande, à la frontière birmane souligne l’importance du commerce (à la fois légal et illicite) entre les deux pays. En outre, les deux pays sont désormais dirigés par des régimes militaires dont les généraux possèdent des liens sociaux, économiques et politiques.

Enfin, la Russie entretient des relations de longue date avec l'armée birmane. En 2007, Moscou a conclu un accord avec Naypyidaw pour la création d'un centre de recherche nucléaire et les deux pays ont signé un accord de coopération en matière de défense en 2016.

La Russie fournit également des armes au Tatmadaw. C’est manifestement le seul pays à avoir envoyé un délégué au niveau ministériel, le vice-ministre de la Défense, Alexander Fomin, pour assister à la journée des forces armées du Myanmar le 27 mars.

Bien que les pays occidentaux soient susceptibles d'imposer des sanctions contre le Myanmar, ses voisins asiatiques pourraient être plus réticents à emboîter le pas pour une multitude de raisons, allant des considérations géopolitiques aux relations commerciales rentables avec les pays voisins. Certains pays de l'Asean pourraient également vouloir éviter d'être perçus comme s’ingérant dans les affaires intérieures d'un pays voisin.

Les Tatmadaw peuvent donc s'en tirer en renversant le gouvernement de la LND et continuer à accumuler des richesses ainsi qu’une influence économique. De même, de nombreuses entités étrangères seront disposées à s'engager avec la junte au niveau commercial, à la fois parce que c'est rentable et parce que c’est perçu comme étant dans les intérêts géopolitiques de leur propre gouvernement.

Cornelia Meyer est une économiste titulaire d’un doctorat, avec trente ans d’expérience dans le domaine de la banque d’investissement et de l’industrie. Elle est présidente et PDG de la société de conseil aux entreprises Meyer Resources. Twitter : @MeyerResources

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.


L'eau, enjeu dangereux de la guerre au Moyen-Orient

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  • Dans le viseur de Téhéran désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.
  • "Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg

PARIS: Les attaques contre l'eau sont peu fréquentes en temps de guerre mais elles ont fait leur apparition dans le conflit au Moyen-Orient avec notamment des frappes sur des usines de dessalement d'eau de mer, un secteur vital pour des millions d'habitants dans la région.

Après un ultimatum de Donald Trump, menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas rapidement le détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères. Dans son viseur désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.

"Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l'AFP.

Quelles infrastructures ont été touchées?

En Iran, les installations liées à la gestion de l'eau ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, selon le gouvernement.

"Des dizaines d'installations de transmission et de traitement de l'eau" ont été visées lors de ces attaques qui ont "détruit des parties des réseaux d'approvisionnement critiques", a détaillé dimanche le ministre de l'énergie, Abbas Aliabadi.

A Bahreïn, c'est une station de dessalement de l'eau de mer qui a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones de Téhéran, menée en riposte à une attaque attribuée aux Etats-Unis contre une usine de désalinisation iranienne.

L'eau désalinisée, pourquoi c'est important?

Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.

Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Emirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.

Déjà en 2010, une note d'analyse de la CIA affirmait que "la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première".

Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que "Ryad devrait évacuer dans un délai d'une semaine", dans le cas où l'usine de désalinisation de Jubail qui l'alimente, ou ses oléoducs, étaient "gravement endommagés ou détruits".

Quelles menaces pèsent sur elles?

Outre les frappes, ces usines sont vulnérables aux coupures du courant qui les alimente et à d'éventuelles contaminations de l'eau de mer, notamment de marées noires, affirment plusieurs connaisseurs.

"On a renforcé la sécurité d'accès, les contrôles dans le périmètre immédiat des usines", détaille Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l'entreprise française Veolia, qui alimente en eau désalinisée les régions de Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, et de Jubail en Arabie saoudite.

"Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations", ajoute-t-il, précisant que "dans certains pays, les autorités ont mis des batteries de missiles autour des plus grosses usines, contre la menace drone ou missile".

Pour les marées noires, les opérateurs disposent d'outils pour en diminuer les nuisances.

Quels sont les précédents?

Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années: le Yémen et l'Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l'eau.

Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

Quels effets en cas d'attaque?

Ils peuvent aller de perturbations ponctuelles à des conséquences beaucoup plus lourdes si la situation dure.

"On va potentiellement voir des grandes villes en exode. Et puis des rationnements", imagine Esther Crauser-Delbourg, avec des effets en chaîne sur l'économie: tourisme, industrie, et centres de données, très consommateurs d'eau pour être rafraichis.

Des garde-fous existent, tempère Philippe Bourdeaux de Veolia: les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les conséquences de l'arrêt d'une seule usine, détaille-t-il.

Il ajoute qu'elles ont en général plusieurs jours, de deux à sept, de consommation en réserve, de quoi contenir les pénuries tant que les pannes ne durent pas trop longtemps.

 


Israël frappe Téhéran, l'AIE met en garde contre une grave crise de l'énergie

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
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  • La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
  • Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise mondiale de l'énergie la plus grave de ces dernières décennies, a prévenu l'Agence internationale de l'énergie (AIE), alors qu'Israël a dit s'attendre à "plusieurs semaines de combats" et a frappé de nouveau Téhéran lundi matin.

La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques iraniennes.

En réponse, Téhéran a menacé de fermer complètement le détroit et cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.

La crise de l'énergie a fait réagir le directeur de l'AIE, Fatih Birol, depuis l'Australie. Selon lui, "à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970.

Dans les faits, le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis le début de la guerre, le transit de marchandises s'y étant effondré de 95%, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.

"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. Il est donc nécessaire de mener une action à l'échelle mondiale", a lancé M. Birol, évoquant une "menace majeure" pour l'économie de la planète.

Dans l'espoir d'endiguer la flambée de l'or noir, les Etats-Unis ont même autorisé vendredi pour un mois la vente et la livraison du pétrole iranien se trouvant sur des navires. Mais Téhéran a affirmé n'avoir aucun surplus de pétrole brut en mer.

Outre le blocage du détroit et le fait que Téhéran vise des navires croisant le Golfe, nombre de sites énergétiques des pays du Golfe sont sous le feu de l'Iran. D'après le chef de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays du fait de la guerre lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

Nouvelles attaques à Téhéran 

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale. Un épais panache de fumée noire se dégage toujours dans le ciel d'au moins un point plus d'une heure après l'explosion, a constaté un journaliste de l'AFP.

A Bandar Abbas, dans le sud du pays, l'attaque d'un transmetteur radio "par l'armée terroriste américano-sioniste" a par ailleurs fait un mort et un blessé, a rapporté dans la nuit la radio-télévision publique iranienne Irib.

Dans la capitale iranienne, l'angoisse domine. "La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit Shiva, Téhéranaise de 31 ans.

La nuit a aussi été le théâtre d'attaques dans plusieurs pays du Golfe.

Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a dit répondre à une attaque de missiles et de drones en provenance d'Iran. Deux missiles et un drone ont aussi visé l'Arabie saoudite, selon le gouvernement, tandis que le Bahreïn a fait sonner l'alerte, d'après son ministère de l'Intérieur.

Si Washington entretient le flou sur la fin de ses opérations militaires, entrées dans leur quatrième semaine, Israël a indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.

L'armée israélienne compte "intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes" au Liban pour repousser le Hezbollah "loin de la frontière", a indiqué son chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

Dimanche, elle avait détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, utilisé selon elle par le Hezbollah. Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a estimé qu'il s'agissait d'un "prélude à une invasion terrestre" et dénoncé "une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban", où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Inquiétude sur le nucléaire 

Si Israël et les Etats-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien depuis le lancement de leur offensive le 28 février, Téhéran poursuit ses attaques et ses menaces.

La préoccupation grandissante concerne les attaques ciblant des sites nucléaires.

Samedi soir, deux frappes iraniennes particulièrement destructrices ont fait plus d'une centaine de blessés dans le sud d'Israël. Un des missiles a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres d'un centre stratégique de recherche nucléaire à Dimona, site ultra-secret.

"Nous pensions que nous étions en sécurité. Nous ne nous attendions pas à ça", a déclaré à l'AFP Galit Amir, soignant de Dimona, âgé de 50 ans.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".