Nadiya Lazzouni à Arab News en français: «ils veulent me bâillonner, mais je continuerai de parler»

Nadiya Lazzouni (Photo fournie)
Nadiya Lazzouni (Photo fournie)
Short Url
Publié le Dimanche 13 juin 2021

Nadiya Lazzouni à Arab News en français: «ils veulent me bâillonner, mais je continuerai de parler»

  • «Je me considère pleinement française. Je connais les droits et les principes qui encadrent la vie en société. Je n’ai pas à m'excuser d'être la personne que je suis. J’ai le droit de cité, et celui d’exister dans cette société»
  • «Plus personne en France ne peut nier aujourd’hui que la haine antimusulman grandit dans notre pays»

PARIS: Récemment menacée de mort, la journaliste française Nadiya Lazzouni se dit bouleversée, effrayée, mais aussi étonnée. Elle dénonce les discriminations dont elle fait l’objet, et un climat de plus en plus «délétère» en France. Ces menaces interviennent alors que des lieux de cultes musulmans ont récemment été la cible de dégradations. Nadiya Lazzouni en appelle l’Élysée pour assurer sa sécurité. Pour la journaliste, le climat actuel est devenu une véritable «chasse aux sorcières». Arab News en français l’a rencontrée.

Nadiya Lazzouni, vous avez reçu une lettre de menaces de mort… Que disait-elle?

Je rentrais de Normandie, où j'avais passé un week-end en famille. C’est là que j’ai découvert à mon domicile une lettre de menaces de mort. L’auteur de la lettre anonyme a écrit qu’il allait «se débarrasser de ce chiffon» en faisant référence à mon foulard, et qu’il allait ensuite «le remplir avec ma cervelle». Puis il a menacé la communauté musulmane de France en employant ces mots: «Trois millions de musulmans en six mois, c’est mathématiquement raisonnable. Nous allons vous pourchasser, vous tirer une balle dans la nuque… Bande de p*** d’islamistes». En plus de l’effroi, j’ai été vraiment surprise, parce que dans mon travail et mes prises de paroles publiques, j’ai toujours promu un message de paix et de vivre- ensemble.

Pourquoi selon vous, faites-vous l’objet de telles menaces? Peut-on penser à un acte isolé?

Absolument pas. Je suis journaliste. J’ai été médiatisée dans le cadre de débats autour de la liberté religieuse. C’est ainsi que j’ai été connue du grand public. Dernièrement, les politiques, principalement la droite, ont voté certaines lois qui visent à interdire le port du voile dans certains contextes. Ce qui a remis au goût du jour les débats auxquels j’ai pu participer. Mes interventions sont devenues plus populaires, m’ont donné plus de visibilité. Je suis l’antithèse du fantasme que l’on se fait de la femme musulmane qui arbore un foulard en France. On a toujours essayé de faire croire aux Français, que la femme qui porte le foulard est une femme molestée, opprimée, enfermée dans la cuisine à faire du couscous. Or, je déconstruis cet imaginaire, en prouvant que toute cette rhétorique est fausse. Je participe à la normalisation de ces femmes, et je pense être gênante. Pourtant mon travail est inclusif, il fédère.

«Je suis l’antithèse du fantasme que l’on se fait de la femme musulmane qui arbore un foulard en France»

Après ces menaces de mort, vous avez interpellé Gerald Darmanin, Marlène Schiappa, Emmanuel Macron. La ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté vous a d’ailleurs soutenu.

Contrairement à ce que les médias racontent, notamment BFM TV qui a écrit un article à la suite de mon passage sur le plateau, je n’ai jamais dit que Marlène Schiappa m’avait soutenu... Ses propos ont été très timides, voire indignes de sa fonction politique. Elle a répondu à mon tweet de la manière suivante: «Aucune controverse ne saurait justifier des attaques racistes et sexistes, vous pouvez saisir la justice et porter plainte». Elle m’indique simplement les recours judiciaires que tout citoyen connaît. Mais je suis juriste, je connais les recours possibles dans notre pays. J’ai déposé plainte auprès du procureur de la République.

Je n’ai participé à aucune controverse. Est-ce le fait de porter un foulard qui m’inscrit de facto dans une polémique? Je suis menacée de mort, une série de mosquées est la cible d'attaques. Plus personne en France ne peut nier aujourd’hui que la haine «antimusulman» grandit dans notre pays. J'ai toutefois reçu énormément de soutien, de messages d'amour via les réseaux sociaux. Le syndicat national des journalistes m'a également proposé son aide. 

Pensez-vous être en danger aujourd’hui? Êtes-vous sous protection policière?

L'Élysée m’a appelé la semaine dernière, à la suite des mouvements de protestations sur les réseaux sociaux. J’ai aussi envoyé un message au président de la République. Le conseiller du président m’a appelé pour me demander quels étaient mes besoins en matière de sécurité. Je lui ai expliqué que ma priorité était d'être relogée et d’effacer toutes traces de mon adresse sur Internet. Il a insinué qu’il était impossible, juridiquement, d’enlever mes données sur Internet. La peur grandit, car je vois que ces menaces ne sont pas dirigées uniquement contre moi, mais aussi contre l’ensemble de la communauté musulmane…

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, les musulmans de France sont acculés ces derniers mois par les politiques, dans les médias. Il y a des passages à l’acte… Donc oui, même si j’ai peur, cette peur ne me paralyse pas, et ma vie continue. Ils veulent me faire taire, me bâillonner, mais je continuerai à parler, à dénoncer ce qu'il se passe.

«Je ne fais pas d’islam politique»

 

Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le port du voile est incompatible avec les valeurs de la République et donc les principes de laïcité?

Il s’agit d’une véritable méconnaissance de la loi de 1905. Cette dernière prône la séparation de l'Église et de l'État, ainsi que la neutralité des agents de la fonction publique. Les usagers ne sont pas liés par ce principe de neutralité. La laïcité favorise l’unité, et ne prône pas l'uniformisation. La laïcité va très bien à tous les religieux, aux non religieux, aux athées puisqu’elle favorise l’expression de ces identités différentes. Tous les amendements actuellement votés en première lecture par le Sénat contreviennent à la laïcité.

L'État de droit, le droit en vigueur, devraient permettre à chacun de vivre de manière sereine et légale, l’expression visible de sa foi, de sa religion. Aseptiser la France de ses expressions religieuses, c’est antilaïc!

Certains voient dans le foulard une certaine forme de soumission de la femme…

Je suis juriste, journaliste, j’interviewe des femmes, des hommes. J’ai joué dans le film de Kerry James Banlieusards. Je pense qu’une femme soumise pourrait difficilement explorer toutes ces activités. Mon foulard s’inscrit dans un cheminement spirituel et personnel. J’ai commencé à le porter à l’âge de 27 ans, à un âge où l’on sait ce que l’on fait, et où l’on connaît les difficultés que cela implique.

Porter un foulard en France, c’est effectivement voir les portes du marché de l’emploi se fermer. Je ne fais pas d’islam politique. Le foulard que je porte n’est que l’expression visible de la liberté religieuse, de conscience, garantie par la Constitution, la Convention européenne des droits de l’homme, toutes les conventions internationales auxquelles la France adhère. Le port du foulard s'inscrit de même dans les valeurs de la République «Liberté, Égalité, Fraternité».

Parfois, quand je vois que dans d’autres pays, comme les États Unis ou l’Angleterre, il est possible de porter le voile tout en travaillant, en ayant de hautes fonctions… Je me dis qu’il serait peut-être bon de partir pour vivre sa foi ailleurs, sans être épiée ni subir ces procès d’intention. On a beau répéter qu’il s’agit d’un choix individuel consenti, mais «ils» n’entendent rien. Je connais la réalité du terrain, et personnellement, je ne connais aucune femme qui porte le foulard par obligation.  

Vous pensez à quitter la France?

Oui. Je ne vous le cache pas, j’y ai déjà réfléchi mais là j'y pense de plus en plus. Bien que je me considère pleinement française. Je connais les droits et les principes qui encadrent la vie en société. Je n’ai pas à m'excuser d'être la personne que je suis. J’ai le droit de cité et aussi celui d’exister dans cette société.


Vous êtes journaliste, animatrice de Speak Up Channel, vous avez votre propre émission le Nadiya Lazzouni Show, comment vous est venue l’idée de créer un tel media en ligne?

La Speak up Channel, créée en 2017, est née d’un constat. Je me suis rendu compte que les groupes dits «minoritaires» étaient sous-représentés dans l’espace médiatique. La sociologie des médias nous montre que la télévision est un lieu de reconnaissance. Aujourd’hui, dans ces médias, il y a un problème de représentation et de représentativité. J’ai créé ce média qui n’est absolument pas un média communautaire pour répondre à ce besoin de représentation qualitative. 

Dans le dernier rapport du CSA, les chiffres du baromètre de la diversité sont éloquents. En 2019, les personnes "blanches" à l’écran représentaient 85% des personnes indexées, contre  83% en 2018. On recule. J’ai aussi créé ce média car j’avais besoin de travailler. J’ai quitté le milieu juridique, d’abord parce qu’en portant le foulard il est très difficile de trouver un travail dans cette branche. La voie de l'entrepreneuriat s’impose aux femmes qui portent le foulard. 

Vous dites avoir l’impression d’être sous-représentée, mais pourtant vous êtes souvent invitée sur les plateaux télé. Notamment par Fréderic Taddeï, Jean-Marc Morandini ou encore dans Touche pas à mon poste avec Cyril Hanouna. On vous offre donc une tribune…

Oui, j’ai une tribune, mais circonscrite à mon foulard. J'ai accepté autant d’invitations que j’en ai refusé, pour ne pas être enfermée dans le prisme de la journaliste voilée qui parle du voile. Ce voile me définit en partie mais ne me réduit pas! Je ne regrette pas d'avoir été présente dans ces débats, bien que je sois toujours invitée pour discuter de questions religieuses. Dans mes émissions, je ne parle pas que d’islam ou d’islamophobie. Créer mon propre média a donc été la meilleure alternative.

Il existe en France, une rue à votre nom à Caen! Vous êtes la première femme voilée à donner votre nom à une rue en France, c’est une certaine reconnaissance tout de même… 

Oui, c’est une plaque de rue à mon nom, apposée à côté d’une autre plaque de rue qui porte le nom d’un homme. L’initiative est venue de l’association «Caen à ELLES» avec la municipalité. L’objectif était de rendre hommage aux femmes, j’ai conscience que c’est historique, mais cela ne s’est pas passé sans difficulté. Il y a eu beaucoup de pressions de l’opposition. On avance, très clairement, mais avec beaucoup de pressions, à tâtons. 

Le Nadiya Lazzouni Show

Originaire de Normandie, de parents algériens, Nadiya Lazzouni est journaliste, de formation juriste en droit des affaires et en science politique-relations internationales.

En 2017, elle souhaite donner un nouveau tournant à sa carrière et crée son média sur Youtube “Speak Up Channel”. Elle décide alors de donner la parole à celles et ceux qu'on "invisibilise" dans les médias. 

A travers le Nadiya Lazzouni Show qu'elle anime et produit, elle discute avec ses invité-e-s de questions de société. Plusieurs personnalités se sont succédées dans son émission : Raphaël Glucksmann, Malika Mansouri, Marie-France Malonga, Olivier Dacourt, Geneviève de Fontenay, Fary, Kamel d'Alliance Ethnik ou encore  Kery James avec qui Nadiya a collaboré dans son film " Banlieusards", où elle joue le rôle de Nadiya, la responsable du soutien scolaire.

Mais c'est surtout au cours de débats télévisés sur la laïcité que le grand public a découvert Nadiya.

Le 18 septembre 2020, une plaque de rue à son nom était inaugurée à Caen. Elle sera apposée dans le centre-ville.

Lien vers sa demo ? : https://bit.ly/3e4i8D5

Lien vers Speak Up Channel ? : https://cutt.ly/xfx8uYW

1
Nadiya Lazzouni dans le film de Kerry James Banlieusards (Photo, Fournie)

Fête de la fondation: l’ambassadeur saoudien à Paris souligne trois siècles de continuité

À l’occasion de la célébration du Jour de la Fondation, l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite en France, Fahd Alruwaily, a rappelé avec solennité la profondeur historique et la dynamique contemporaine d’un État dont les racines remontent à près de trois siècles. (Arlette Khouri)
À l’occasion de la célébration du Jour de la Fondation, l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite en France, Fahd Alruwaily, a rappelé avec solennité la profondeur historique et la dynamique contemporaine d’un État dont les racines remontent à près de trois siècles. (Arlette Khouri)
Short Url
  • Le Jour de la Fondation, célébré chaque 22 février, marque la naissance du premier État saoudien en 1727, une date qui renvoie à l’accession au pouvoir de l’imam Mohammed ben Saoud et à l’établissement de son autorité dans la ville historique de Diriyah
  • Le premier État saoudien s’est imposé comme une entité stable et prospère, décrite par de nombreux voyageurs et observateurs européens de l’époque

PARIS: À l’occasion de la célébration du Jour de la Fondation, l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite en France, Fahd Alruwaily, a rappelé avec solennité la profondeur historique et la dynamique contemporaine d’un État dont les racines remontent à près de trois siècles.

Accueillant ses invités à sa résidence à Paris, il a présenté cette journée comme non seulement une commémoration, mais aussi une affirmation de continuité, d’identité et de projection vers l’avenir.

Le Jour de la Fondation, célébré chaque 22 février, marque la naissance du premier État saoudien en 1727, une date qui renvoie à l’accession au pouvoir de l’imam Mohammed ben Saoud et à l’établissement de son autorité dans la ville historique de Diriyah, première capitale de l’État saoudien et aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

arabie saoudite
L’ambassadeur Fahd Alruwaily et le directeur Afrique du Nord Moyen-Orient au ministère des affaires étrangère Romaric Roignan devant une carte historique de Diriyah. (Arlette Khouri)

Pour l’ambassadeur, cette fondation représente le point de départ d’une trajectoire nationale singulière, caractérisée par la stabilité, la cohésion et la continuité institutionnelle.

Le premier État saoudien s’est imposé comme une entité stable et prospère, décrite par de nombreux voyageurs et observateurs européens de l’époque.

Continuité historique

Parmi eux figure le diplomate et orientaliste français Joseph Rousseau, dont les mémoires et les cartes du début du XIXe siècle témoignent de l’organisation politique et sociale de cette première formation étatique.

Ces documents, dont une carte exposée lors de la réception, sont évoqués dans le discours de l’ambassadeur et rappellent que l’histoire saoudienne s’inscrit aussi dans un regard international ancien.

Pour Alruwaily, la Fondation est avant tout un symbole, « celui d’un engagement durable envers l’unité nationale et le progrès partagé ». Elle incarne des valeurs qui demeurent centrales dans la construction du Royaume contemporain : la cohésion, la justice, la solidarité et la responsabilité collective.

Cette continuité historique trouve aujourd’hui une expression majeure dans le programme de transformation du pays, la Vision 2030, lancée en 2016 par le prince héritier Mohammed ben Salmane.

arabie saoudite

Structurée autour de trois piliers — une société dynamique, une économie prospère et une nation ambitieuse —, cette stratégie vise à renforcer la diversification économique, investir dans la jeunesse et promouvoir la culture ainsi que l’innovation.

L’ambassadeur a insisté sur le fait que cette vision ne constitue pas une rupture avec le passé, mais l’aboutissement naturel d’une évolution historique engagée depuis la fondation du premier État.

Les réformes engagées dans ce cadre ont touché de nombreux domaines, dont la modernisation des infrastructures, la transformation numérique, le développement culturel, l’adaptation des cadres législatifs et le renforcement des politiques environnementales.

L’accent est également mis sur le développement du capital humain, l’amélioration des systèmes éducatifs, l’autonomisation des femmes et les initiatives environnementales, telles que les programmes « Arabie saoudite verte » et « Moyen-Orient vert », qui illustrent la volonté du Royaume de jouer un rôle actif dans la transition énergétique et la protection de l’environnement.

Sur la scène internationale, le Royaume affirme son rôle dans la promotion de la stabilité. À ce niveau, l’ambassadeur a souligné que la diplomatie saoudienne s’appuie sur la promotion des valeurs de tolérance, de dialogue et de fraternité.

Les relations bilatérales avec la France occupent une place particulière dans cette dynamique. Le partenariat stratégique entre les deux pays s’est intensifié ces dernières années dans les domaines politique, économique et culturel.

La visite d’État du président Emmanuel Macron en Arabie saoudite en décembre 2024 a marqué une étape importante, avec la signature de nombreux accords de coopération, et son déplacement à AlUla, site patrimonial majeur et projet phare de la Vision 2030, a symbolisé la profondeur du partenariat culturel et touristique franco-saoudien.

Les échanges de délégations et les collaborations industrielles se multiplient, témoignant d’un contexte favorable à l’approfondissement des relations, a souligné Alruwaily.

Au-delà du discours diplomatique, la signification du Jour de la Fondation s’enracine dans une démarche mémorielle et identitaire.

Bien que la date du 22 février soit reconnue depuis longtemps dans les sources historiques du Royaume comme celle de la fondation, sa célébration officielle a été instituée par décret royal le 27 janvier 2022, faisant de cette journée un jour férié national.

La commémoration vise à rappeler le rôle des souverains successifs, descendants du roi Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, dans l’unification et le développement du pays, et met en valeur la fierté nationale, la stabilité politique et l’unité territoriale qui caractérisent l’histoire saoudienne.

En célébrant le Jour de la Fondation, l’Arabie saoudite affirme ainsi la continuité d’une histoire commencée en 1727 et toujours en mouvement, comme l’a souligné Alruwaily : « il s’agit d’un moment de mémoire, mais aussi d’engagement », qui consiste à préserver un héritage profondément enraciné tout en construisant l’avenir avec confiance, ouverture et coopération internationale.


Municipales à Paris: dans le chic 8e arrondissement, dissidence et «trahisons» à droite

Des parisiens font du vélo sur la place de la Concorde à Paris, le 28 août 2023. (AFP)
Des parisiens font du vélo sur la place de la Concorde à Paris, le 28 août 2023. (AFP)
Short Url
  • La scène symbolise les relations exécrables qu'entretient Jeanne d'Hauteserre, qui dirige l'arrondissement depuis 2014, avec la candidate LR et MoDem à l'Hôtel de ville et sa tête de liste dans le VIIIe
  • Une rencontre fortuite aussi froide que la température extérieure: ce matin-là à Paris, la maire sortante du très chic VIIIe arrondissement, Jeanne d'Hauteserre, et sa principale rivale, Catherine Lécuyer, investie par Rachida Dati, s'ignorent

PARIS: Une rencontre fortuite aussi froide que la température extérieure: ce matin-là à Paris, la maire sortante du très chic VIIIe arrondissement, Jeanne d'Hauteserre, et sa principale rivale, Catherine Lécuyer, investie par Rachida Dati, s'ignorent.

La scène symbolise les relations exécrables qu'entretient Jeanne d'Hauteserre, qui dirige l'arrondissement depuis 2014, avec la candidate LR et MoDem à l'Hôtel de ville et sa tête de liste dans le VIIIe.

Devant le marché bio des Batignolles, tracts à la main, Jeanne d'Hauteserre, 72 ans, en élégante doudoune blanche, dit ressentir la "loyauté" de ses administrés. Une valeur qui fait défaut, à en croire cette "gaulliste sociale", à sa concurrente Catherine Lécuyer, 53 ans.

En 2014, "j'ai accepté de la prendre sur ma liste et six mois après, elle voulait être à ma place !", raconte à l'AFP la maire, qui s'estime "trahie".

"On ne peut pas dire qu'il y ait une grande cordialité entre nous", euphémise Catherine Lécuyer, qui rappelle s'être vu retirer une délégation. En 2020 déjà, elle se présente, sans étiquette, contre la maire sortante. Sans succès.

Six ans plus tard, les rôles s'inversent. Jeanne d'Hauteserre apprend "par la presse" le choix  de Rachida Dati d'investir sa rivale.

"Elle habite dans le XVIIIe arrondissement", attaque la désormais dissidente. "Cela relève de ma vie privée", rétorque Catherine Lécuyer: "Je suis de droite et je considère que les habitants du VIIIe n'avaient pas à être trahis par leur édile". Une allusion à, selon elle, la "proximité" entre la maire sortante PS de la capitale Anne Hidalgo et Jeanne d'Hauteserre.

Ancien adjoint au Logement, le communiste Ian Brossat confirme "une bonne relation de travail" avec Mme d'Hauteserre, "la seule maire d'arrondissement de droite qui ne s'opposait pas systématiquement à la construction de logements sociaux".

"Bien sapée" 

Jeanne d'Hauteserre, elle, revendique ce recours aux logements sociaux pour aider les habitants travaillant dans l'arrondissement et ses grands hôtels, "les familles monoparentales, les femmes qui ont subi des violences conjugales".

"On peut être de droite et faire du social", plaide l'aînée d'une fratrie de 13 frères et sœurs, qui voulait être "bonne sœur" quand elle était "gamine".

"C'est une femme qui sait à quel point un logement social, ça peut changer la vie de quelqu'un", glisse Athénaïs Michel, seule élue de gauche du VIIIe.

Autre défi pour la maire sortante, née en ex-Indochine devenue Vietnam: "repeupler l'arrondissement" d'environ 35.000 habitants, un chiffre presque divisé par deux depuis 1968.

"A chaque mariage, j'incite la jeune génération à faire des enfants", sourit cette fille d'un militaire français et d'une infirmière d'origine chinoise.

Mais en se présentant contre la liste LR-MoDem, un nouveau mandat n'est-il pas compromis ? "Ça ne change pas du tout ma vie et surtout pas celle de mes habitants", balaye celle qui affirme n'avoir "aucune" relation avec la ministre de la Culture.

Elle déclare à l'AFP que Rachida Dati lui a écrit pour lui demander d'"aider une de ses sœurs à obtenir un logement", ce qu'a démenti la maire du VIIe.

Sa franchise a laissé des traces. Début octobre, en pleine polémique sur les notes de frais d'Anne Hidalgo et de certains maires d'arrondissement, Jeanne d'Hauteserre assume sur un plateau télé son "image" d'édile qui veut s'acheter "des fringues pour être bien sapée". Une manière de justifier ses quelque 35.000 euros de frais de représentation dépensés pour sa garde-robe, des avantages qu'elle appelle aujourd'hui à supprimer.

La septuagénaire dit regretter cette séquence devenue virale et avoir remboursé la somme. Mais plusieurs habitants du VIIIe interrogés par l'AFP s'en souviennent.

"C'est cohérent avec l'idée que je me faisais d'elle", estime Laurent Gautreau, retraité de 62 ans, "ce côté bling-bling du VIIIe, Champs-Elysées..."

D'autres la défendent bec et ongles, comme Régis Colinet. "Ces histoires de vêtements, je m'en fiche", dit ce commerçant, qui dit la voir "très souvent" sur le terrain.

Sur le marché des Batignolles, Jeanne d'Hauteserre échange des "salutations républicaines" avec sa rivale de gauche, Théa Fourdrinier (Place publique), qui appelle au "changement" dans ce bastion de la droite parisienne.


Le budget de l'Etat pour 2026 promulgué au Journal officiel

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Short Url
  • Le budget 2026 de l’État a été promulgué après validation quasi totale par le Conseil constitutionnel, mettant fin à plus de quatre mois de tensions parlementaires et à la loi spéciale reconduisant provisoirement le budget 2025
  • Adopté après trois recours au 49.3 par le gouvernement de Sébastien Lecornu, il prévoit un déficit public ramené à 5% du PIB, une hausse de 6,5 milliards d’euros pour la défense et des ajustements fiscaux pour les entreprises

PARIS: Le budget de l'Etat pour 2026, dont la quasi-totalité a été validée jeudi par le Conseil constitutionnel, a été promulgué vendredi au Journal officiel, marquant le point final de plus de quatre mois de feuilleton parlementaire et de débats houleux.

Le texte avait été adopté définitivement par le Parlement le 2 février après le rejet des motions de censure consécutives à un ultime 49.3 utilisé par le gouvernement.

Cette promulgation met fin à la loi spéciale qui reconduisait temporairement le budget 2025 et avait été votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l’État.

C'est le deuxième budget de l'État consécutif adopté à la suite d'un difficile compromis, dans un paysage politique très fracturé depuis la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président Emmanuel Macron en 2024.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche et renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement. Il aura finalement dégainé trois 49.3.

Ce budget adopté prévoit de réduire le déficit public à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025. Il visait 4,7% dans sa copie initiale.

Côté impôts, le gouvernement a plaidé la stabilité du cadre fiscal, même si les entreprises peuvent regretter plusieurs hausses d'impôts par rapport à la version initiale.

Le budget entérine aussi des coupes sélectives dans les dépenses. Les crédits de la défense augmentent de 6,5 milliards, quand d'autres missions voient leur budget stagner voire diminuer, hors ministères régaliens.