Avec de la nourriture et du carburant, le Hezbollah se prépare au pire au Liban

Une photo d’un marché d'épicerie avec un slogan du Hezbollah, dans la banlieue de Beyrouth (Photo, Reuters).
Une photo d’un marché d'épicerie avec un slogan du Hezbollah, dans la banlieue de Beyrouth (Photo, Reuters).
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Publié le Samedi 17 avril 2021

Avec de la nourriture et du carburant, le Hezbollah se prépare au pire au Liban

  • Le Hezbollah se prépare pour «l’étape de l'obscurité et de la faim», une phase reflétant les inquiétudes concernant la fin imminente des subventions
  • Planifier pour confronter la catastrophe au Liban avec l'inquiétude que les gens devront compter sur les factions politiques pour l'alimentation et la sécurité

BEYROUTH: Le Hezbollah libanais s’est préparé à un effondrement total de l’État qui se déchire, en émettant des cartes de rationnement pour la nourriture, en important des médicaments et en stockant du carburant de son protecteur, l’Iran, ont déclaré à Reuters trois sources proches du plan du Hezbollah.

Ces mesures, qui répondent à une grave crise économique, marqueraient une expansion des services fournis par le mouvement armé à sa grande base de soutien chiite, avec un réseau qui compte déjà des organismes de bienfaisance, une entreprise de construction et un système de retraite.

Ces étapes mettent en évidence les craintes croissantes d'une implosion de l'État libanais, dans lequel les autorités ne peuvent plus importer de nourriture ou de carburant afin d’assurer le courant électrique dans le pays.

Elles soulignent également le rôle croissant du Hezbollah dans son attitude face à l’urgence avec des services que le gouvernement fournirait d’une autre manière.

Le plan sonne l’alerte au Liban où la population devra compter sur les factions politiques pour se nourrir et assurer la sécurité, comme durant les jours dans lesquels les milices faisaient ces tâches au cours de la guerre civile de 1975-1990.

En réponse à une question sur les projets du Hezbollah, Leila Hatoum, conseillère du Premier ministre par intérim, a affirmé que le pays n’est «pas en situation de refuser de l’aide», indépendamment de la politique.

Les sources du camp pro-Hezbollah, qui ont refusé d'être nommées, ont déclaré que le plan du pire des cas potentiels s'était accéléré pendant que la fin des subventions se profilait dans les mois à venir, soulevant le spectre de la faim et des troubles.

La monnaie libanaise s’est effondrée alors que le pays était à court de dollars, sans sauvetage de l’État en vue. Les prix des denrées alimentaires ont grimpé de 400%.

Les bagarres dans les supermarchés sont désormais monnaie courante, tout comme les gens qui fouillent dans les ordures. Une bagarre autour de colis alimentaires cette semaine a tué une personne et en a blessé deux autres.

Le plan du Hezbollah aiderait certainement à protéger ses communautés, non seulement les membres mais aussi principalement les résidents chiites des districts qu'il domine, de la pire crise, ont indiqué les même sources.

Le Hezbollah, qui, avec ses alliés, est majoritaire au parlement et au gouvernement, n'a pas répondu à une demande de commentaires.

«Les préparatifs ont commencé pour la prochaine étape ... Il s'agit en effet d'un plan de bataille économique », a révélé un haut fonctionnaire qui est aussi l'une des sources.

Réseau énorme

Déjà, la nouvelle carte de rationnement, vue par Reuters, aide des centaines de personnes à acheter des produits de base par la monnaie locale, en grande partie des articles iraniens, libanais et syriens, moins chers, avec un rabais allant jusqu'à 40%, subventionnés par le parti, ont indiqué les sources.

La carte, nommée d'après un imam chiite, peut être utilisée dans des coopératives, dont certaines récemment ouvertes, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans certaines parties du sud du Liban où le Hezbollah est dominant.

En tant que force paramilitaire financée par l'Iran que les critiques qualifiaient autrefois «d'un État dans un État», le Hezbollah s'est davantage impliqué dans les affaires de l'État libanais ces dernières années.

Washington, qui considère le Hezbollah comme un groupe terroriste, a intensifié les sanctions pour étouffer ses sources de financement, notamment ce qu'elle estime à des centaines de millions de dollars de Téhéran chaque année.

Le financement iranien maintient le Hezbollah dans une meilleure posture que beaucoup d’autres dans le décor des partis politiques du pays, en particulier ceux qui sont opposés à son arsenal. Certaines factions ont distribué des paniers d'aide à leurs communautés de partisans, mais le réseau soutenu par Téhéran reste le plus énorme de tous.

«Ils le font tous ... Mais le champ d’action du Hezbollah est beaucoup plus vaste et plus puissant, avec plus de ressources pour faire face à la crise», a indiqué Joseph Daher, un chercheur qui a écrit un livre sur l’économie politique du Hezbollah». Il s'agit davantage de limiter la catastrophe pour sa base populaire. Cela signifie que la dépendance vis-à-vis du Hezbollah augmentera de plus en plus».

Tandis que le Hezbollah donne des cartes de rationnement, l'État, épuisé par des décennies de corruption et de dettes, a évoqué l'idée d'une telle carte pour les Libanais pauvres pendant près d'un an sans agir.

Les ministres ont déclaré que la nécessité de l’approbation du Parlement avait bloqué le plan du cabinet pour les cartes de rationnement.

Obscurité et faim

Des photos ont circulé sur les réseaux sociaux d'étagères remplies de boites de conserves, provenant apparemment de l'une des coopératives du Hezbollah, réparties dans tout le Liban la semaine dernière.

Fatima Hamoud, dans la cinquantaine, a déclaré que la carte de rationnement lui permettait une fois par mois d'acheter toutes sortes de céréales, de l'huile et des produits de nettoyage pour un ménage de huit personnes. «Ils savent que nous sommes en mauvaise situation», témoigne-elle. «Sans eux, qu'aurions-nous fait en ces temps difficiles?»

Une deuxième source chiite a exposé que le Hezbollah avait rempli des entrepôts et émis les cartes pour étendre les services en dehors du parti afin de combler les lacunes sur le marché libanais, où les alternatives bon marché sont plus courantes qu'avant la crise.

La même source a dévoilé que la carte offre un quota, basé sur la taille de la famille, pour des besoins tels que le sucre et la farine.

Les marchandises sont soutenues par le Hezbollah, importées par des sociétés alliées ou introduites sans frais de douane à travers la frontière avec la Syrie, où les forces du Hezbollah ont une bonne position depuis leur entrée dans la guerre pour soutenir Damas aux côtés de l'Iran.

La source a en outre ajouté que le Hezbollah avait des plans similaires pour l'importation des médicaments. Certains pharmaciens de la banlieue sud de Beyrouth ont confié avoir reçu une formation sur les nouvelles marques iraniennes et syriennes qui sont apparues dans les rayons ces derniers mois.

Deux des sources ont aussi révélé que le plan du Hezbollah prévoit le stockage du carburant en provenance d’Iran, alors que le ministère libanais de l’Energie prévenait d’une éventuelle panne de courant totale. Le haut fonctionnaire a souligné que le Hezbollah a déjà libéré un espace de stockage pour le carburant dans la Syrie voisine.

«Quand nous atteindrons un stade d'obscurité et de faim, vous constaterez que le Hezbollah choisit son option de secours ... et c’est à ce moment que vous allez réaliser que c’est une décision grave.                      

Ensuite, le Hezbollah remplacera l'État», a expliqué le haut fonctionnaire. «Si on en arrive là, le parti aurait vraiment pris ses précautions pour éviter un vide gouvernemental».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée du Koweït dit faire face à des attaques de missiles et de drones

Le Koweït fait face jeudi à des attaques de missiles et de drones, a fait savoir l'armée de l'émirat, peu après l'annonce par les Etats-Unis de frappes contre le sud de l'Iran. (Reuters)
Le Koweït fait face jeudi à des attaques de missiles et de drones, a fait savoir l'armée de l'émirat, peu après l'annonce par les Etats-Unis de frappes contre le sud de l'Iran. (Reuters)
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  • Le Koweït fait face jeudi à des attaques de missiles et de drones, a fait savoir l'armée de l'émirat, peu après l'annonce par les Etats-Unis de frappes contre le sud de l'Iran
  • "Les défenses aériennes koweïtiennes repoussent actuellement des attaques menées par des missiles et des drones ennemis", a écrit l'armée koweïtienne sur le réseau social X

KOWEIT: Le Koweït fait face jeudi à des attaques de missiles et de drones, a fait savoir l'armée de l'émirat, peu après l'annonce par les Etats-Unis de frappes contre le sud de l'Iran.

"Les défenses aériennes koweïtiennes repoussent actuellement des attaques menées par des missiles et des drones ennemis", a écrit l'armée koweïtienne sur le réseau social X.


Israël bombarde Tyr après avoir déclaré «zone de combat» une vaste partie du sud du Liban

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé la ville de Tyr, dans le sud du Liban, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé la ville de Tyr, dans le sud du Liban, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière. (AFP)
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  • L'Agence nationale d'information (Ani) libanaise a rapporté deux séries de frappes jeudi matin sur la ville et une zone située à l'est de celle-ci, touchant un bâtiment et provoquant un incendie à Tyr
  • L'armée israélienne a également annoncé jeudi matin avoir intercepté une "cible aérienne suspecte" se dirigeant vers ses forces dans le sud du Liban

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé la ville de Tyr, dans le sud du Liban, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Après avoir ordonné aux habitants de plusieurs quartiers de Tyr d'évacuer en prévision d'un "emploi de la force" à venir, l'armée israélienne a confirmé avoir "commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans la région de Tyr".

L'Agence nationale d'information (Ani) libanaise a rapporté deux séries de frappes jeudi matin sur la ville et une zone située à l'est de celle-ci, touchant un bâtiment et provoquant un incendie à Tyr.

L'armée israélienne a également annoncé jeudi matin avoir intercepté une "cible aérienne suspecte" se dirigeant vers ses forces dans le sud du Liban.

Israël intensifie ces derniers jours ses opérations terrestres et aériennes dans l'est et le sud du pays voisin, où le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah a fait état de combats "directs", en dépit du cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril, mais que les deux parties s'accusent de violer.

Alors que de nombreux Libanais tentent de célébrer l'Aïd al-Adha, la grande fête musulmane, l'armée israélienne, a appelé tous les habitants qui se trouveraient dans le sud du Liban à évacuer vers la rive nord du Zahrani.

Cette escalade intervient juste avant une réunion militaire entre les deux pays prévue vendredi au Pentagone, et à l'approche de nouvelles sessions de négociations sous parrainage américain les 2 et 3 juin.

"Affrontements directs" 

Des combattants "se sont livrés à des affrontements directs avec les forces ennemies" mercredi à Zawtar el-Charqiyé, a annoncé de son côté le Hezbollah, faisant aussi état de trois attaques de drones contre des troupes dans le nord d'Israël.

Il a revendiqué depuis mardi des tirs et attaques de drone contre des forces israéliennes tentant de s'infiltrer dans cette localité, stratégique pour sa proximité avec Nabatiyé.

Zawtar el-Charqiyé se situe à la lisière de la "ligne jaune" délimitant la bande d'une dizaine de kilomètres dont l'armée israélienne a pris le contrôle dans le sud du Liban, y interdisant l'accès aux habitants et y menant de larges opérations de démolition.

L'armée israélienne avait déclaré mardi étendre ses opérations au sol au-delà de la "ligne jaune".

"Etendre l'autorité de l'Etat"  

Le Liban a été aspiré dans la guerre au Moyen-Orient quand le Hezbollah a rouvert le 2 mars un front contre Israël, en soutien à l'Iran après l'attaque israélo-américaine du 28 février.

Les frappes israéliennes ont tué 3.269 personnes depuis, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Parmi elles, au moins 31 ont été tuées mardi, dont au moins 15 habitants de Burj al-Shemali, près de Tyr, selon le maire de cette localité. Un photographe de l'AFP a vu mercredi des secouristes extraire un corps des décombres, tandis qu'une pelleteuse dégageait des amas de gravats.

Dans l'ouest de la Bekaa, la localité de Machghara qui abritait des centaines de familles déplacées est désormais déserte après plusieurs jours de bombardements israéliens.

Son maire, Iskandar Barakeh, fait part à l'AFP de sa crainte de voir la région, par où transitent combattants et matériel du Hezbollah, "se transformer en arrière-front".

La délégation militaire dirigée par le général Georges Rizkallah qui doit rencontrer vendredi des militaires israéliens "insistera sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à restreindre les armes du Hezbollah et étendre l'autorité de l'Etat sur le territoire libanais", a indiqué une source militaire à l'AFP.

 


Liban: l'armée israélienne déclare que toute la zone au sud du fleuve Zahrani est une «zone de combat»

Une capture d'écran montre des habitants quittant Tyr en voiture après que l'armée israélienne a lancé mercredi un avis d'évacuation à l'intention de cette ville côtière du sud du Liban et des zones environnantes, indiquant qu'elle s'apprêtait à frapper des cibles du Hezbollah dans la région. (X/@SawtBeirut)
Une capture d'écran montre des habitants quittant Tyr en voiture après que l'armée israélienne a lancé mercredi un avis d'évacuation à l'intention de cette ville côtière du sud du Liban et des zones environnantes, indiquant qu'elle s'apprêtait à frapper des cibles du Hezbollah dans la région. (X/@SawtBeirut)
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  • L'armée israélienne a averti mercredi soir qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre Israël et le Liban
  • "A la lumière des violations répétées des termes du cessez-le-feu par le Hezbollah terroriste, [l'armée israélienne] va agir contre lui avec une très grande force", a prévenu l'officier

JERUSALEM: L'armée israélienne a averti mercredi soir qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres de la frontière entre Israël et le Liban.

Dans un message sur les réseaux sociaux semblant acter la fin du cessez-le-feu plus que précaire entre Israël et le mouvement islamiste libanais Hezbollah, le colonel Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l'armée israélienne a appelé tous les habitants qui se trouveraient dans cette région à évacuer vers la rive nord du Zahrani.

"A la lumière des violations répétées des termes du cessez-le-feu par le Hezbollah terroriste, [l'armée israélienne] va agir contre lui avec une très grande force", a prévenu l'officier.

"Au Liban, nous intensifions nos opérations afin de porter des coups toujours plus sévères à l'organisation Hezbollah", a déclaré de son côté le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée israélienne, lors d'une cérémonie de réception d'un nouvel avion ravitailleur pour l'armée de l'Air.

"Cette mission est conduite de manière méthodique, sur tous les fronts — dans les airs comme au sol — avec responsabilité et détermination, face à un ennemi affaibli et durement éprouvé", a-t-il dit selon une vidéo de la cérémonie diffusée par le service de presse de l'armée.

"Le Hezbollah déploie contre nous une large gamme de menaces, notamment celle des drones" explosifs, a-t-il ajouté promettant de poursuivre "sans relâche [les] efforts [pour infliger] à l'ennemi un coût élevé, tant sur la ligne de front qu'en profondeur".