Le service militaire, arme redoutable contre l'opposition russe

Des membres des services militaires russes observent le chargement de fournitures sur un Antonov An-124 Ruslan - Widebody à l'ancien aéroport Marcel Dassault de Châteauroux-Deols, dans le centre de la France, le 20 juillet 2018. (Alain JOCARD / AFP)
Des membres des services militaires russes observent le chargement de fournitures sur un Antonov An-124 Ruslan - Widebody à l'ancien aéroport Marcel Dassault de Châteauroux-Deols, dans le centre de la France, le 20 juillet 2018. (Alain JOCARD / AFP)
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Publié le Dimanche 02 mai 2021

Le service militaire, arme redoutable contre l'opposition russe

  • En Russie, plus de 250.000 hommes de 18 à 27 ans font chaque année leur service militaire, passé en 2008 de deux à un an, ce qui a permis de réduire le bizutage, même si des violences persistent
  • En 2019, les enquêteurs russes avaient ainsi identifié "134 cas de soustraction à l'armée" parmi des protestataires arrêtés à Moscou

MOSCOU : De son passage sous les drapeaux, Rouslan Chaveddinov garde un souvenir amer : pendant un an, cet opposant russe a été contraint de servir sur l'archipel de Nouvelle-Zemble, en Arctique, au milieu des ours polaires.

"Ils m'ont expédié le plus loin possible", résume ce proche d'Alexeï Navalny, le leader d'opposition dont l'empoisonnement puis l'emprisonnement ont suscité une crise entre Moscou et l'Occident.

Seule consolation : Rouslan Chaveddinov a appris pendant son service à ne plus craindre les ours qui rodaient autour du poste isolé, uniquement accessible par hélicoptère, où il était cantonné avec quatre soldats.

"Un ours m'a poursuivi une fois. Finalement, il n'était pas agressif car je le nourrissais", explique à l'AFP le militant de 25 ans.

En Russie, plus de 250.000 hommes de 18 à 27 ans font chaque année leur service militaire, passé en 2008 de deux à un an, ce qui a permis de réduire le bizutage, même si des violences persistent.

De nombreux Russes réussissent à s'en soustraire pour raison médicales ou parce qu'ils étudient, mais aussi en ignorant les convocations ou en payant des pots-de-vin.

Pour les opposants, en revanche, c'est souvent plus compliqué. Et ils affirment que le service militaire a rejoint l'arsenal du pouvoir pour les faire taire.

"Un châtiment sans crime"

Rouslan Chaveddinov avait subi des pressions et deux perquisitions fin 2019, alors que son équipe venait de coordonner des manifestations à Moscou et lançait une stratégie pour contrer le parti de Vladimir Poutine aux élections locales.

C'est alors qu'il est mobilisé dans l'armée en dépit, dit-il, de "contre-indications médicales". Ses appels sont déboutés. Le 23 décembre 2019, des policiers découpent la porte de son appartement et le conduisent menotté dans le Grand Nord.

"Je n'imaginais pas que la Russie reprendrait sa pratique d'exiler des personnalités politiques", relève-t-il, dénonçant une volonté "d'apeurer" la jeunesse.

Pendant son service, il n'a jamais eu accès à un téléphone portable et a dû correspondre avec ses proches via des lettres mettant des semaines à arriver.

Il fait partie des trois collaborateurs d'Alexeï Navalny envoyés contre leur gré à l'armée ces cinq dernières années. Quatre autres ont été poursuivis pour "manquement" à leurs obligations militaires.

Défenseur des droits humains, Oleg Kozlovski, 36 ans, avait été mobilisé en 2007 alors qu'il disposait d'une excuse médicale et que ses études l'en exemptaient.

"Mon cas était un précédent dangereux. Maintenant ces méthodes sont utilisées inlassablement", regrette cet employé de l'ONG Amnesty International.

"C'est un châtiment sans crime, un moyen d'isoler", poursuit Oleg Kozlovski, notant que les autorités y ont recours quand "fabriquer des poursuites judiciaires ou trouver des motifs réels est compliqué ou impossible".

Il estime que les cas d'activistes connus envoyés à l'armée ne sont que le "sommet de l'iceberg". Parallèlement, des manifestants interpellés sont régulièrement soumis à une "vérification" de leur situation militaire.

En 2019, les enquêteurs russes avaient ainsi identifié "134 cas de soustraction à l'armée" parmi des protestataires arrêtés à Moscou. Des contrôles similaires ont été ordonnés après les rassemblements pro-Navalny en janvier et février.

Sollicité sur ce point, le ministère russe de la Défense n'a pas répondu aux demandes de commentaires de l'AFP.

"Ecole d'esclavage"

A une centaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, à Louga, Margarita Ioudina s'indigne des convocations que viennent de recevoir ses fils de 24 et 20 ans, Robert et Rostislav.

Pour elle, tout est lié à "ses activités politiques". Partisane d'Alexeï Navalny, Mme Ioudina a été frappée par la police en janvier lors d'un meeting. Le cas a été médiatisé, elle a dénoncé publiquement son agression et porté plainte.

"C'est une pression, de l'intimidation et du harcèlement pour que je parle moins", assure cette femme de 54 ans qui refuse que ses enfants, dont l'un est diabétique, soient envoyés à l'armée, "une école d'esclavage".

Même si les troupes russes se sont fortement professionnalisées ces dernières années, la conscription perdure pour des raisons budgétaires, mais aussi culturelles dans un pays longtemps très militarisé.

Dans l'Altaï, en Sibérie, Vsevolod Gounkov, un militant de 19 ans, tient malgré tout à y échapper. Après avoir subi des pressions pour son engagement dans l'opposition, il a été mobilisé à l'automne dernier et l'a évité de justesse.

"J'ai immédiatement contesté la décision de la commission militaire", ce qui l'a annulée, indique-t-il.

La conscription a repris en avril après la pause hivernale et il a été convoqué à nouveau pour des examens. Il n'est pas encore formellement mobilisé mais pour lui, pas de doute, "les ennuis continuent".


L'armée américaine dit avoir mené une nouvelle série de frappes en Iran, sur 90 cibles

Des personnes se rassemblent sur la place Ferdowsi à Téhéran pour les funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei. (AFP)Les États-Unis annoncent avoir frappé environ 90 cibles militaires en Iran, dont des systèmes de défense antiaérienne
Des personnes se rassemblent sur la place Ferdowsi à Téhéran pour les funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei. (AFP)Les États-Unis annoncent avoir frappé environ 90 cibles militaires en Iran, dont des systèmes de défense antiaérienne
  • Les États-Unis annoncent avoir frappé environ 90 cibles militaires en Iran, dont des systèmes de défense antiaérienne
  • Selon le Centcom, ces frappes visent à réduire les capacités de l’Iran à menacer la navigation commerciale dans le détroit d’Ormuz

WASHINGTON: L'armée américaine a atteint quelque 90 "cibles militaires" en Iran, parmi lesquelles des systèmes de défense antiaérienne, lors de sa dernière série de frappes, a annoncé mercredi soir le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

"Les Etats-Unis ont achevé une nouvelle série de frappes contre l'Iran, le 8 juillet, afin de dégrader davantage la capacité de l'Iran à s'en prendre au transport maritime commercial et à d'innocents marins civils dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le Centcom dans un communiqué publié sur X.


Les Etats-Unis vont retirer la Syrie de leur liste des Etats soutenant le terrorisme

L'adoubement d'Ahmed al-Chareh par Donald Trump intervient malgré les réticences d'Israël, qui a mené à plusieurs reprises des frappes aériennes en Syrie. (AFP)
L'adoubement d'Ahmed al-Chareh par Donald Trump intervient malgré les réticences d'Israël, qui a mené à plusieurs reprises des frappes aériennes en Syrie. (AFP)
  • Cette annonce survient après la rencontre en marge du sommet de l'Otan en Turquie entre Donald Trump et Ahmed al-Chareh, un ancien djihadiste devenu président de la Syrie après le coup d'Etat contre le régime de Bachar al-Assad en décembre 2024
  • "C'est un autre pas historique de la part du président Trump pour donner au peuple syrien une chance de grandeur", a déclaré Marco Rubio dans un communiqué

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont annoncé mercredi qu'ils allaient retirer la Syrie de leur liste noire des pays accusés de soutenir le terrorisme, une classification vieille de plusieurs dizaines d'années qui limitait les investissements dans ce pays.

Le secrétaire d'Etat Marco Rubio a officiellement informé le Congrès de cette décision attendue de longue date, qui sera effective dans 45 jours, à moins que les parlementaires ne choisissent, de manière inattendue, de la bloquer.

Cette annonce survient après la rencontre en marge du sommet de l'Otan en Turquie entre Donald Trump et Ahmed al-Chareh, un ancien djihadiste devenu président de la Syrie après le coup d'Etat contre le régime de Bachar al-Assad en décembre 2024.

"C'est un autre pas historique de la part du président Trump pour donner au peuple syrien une chance de grandeur", a déclaré Marco Rubio dans un communiqué.

"Lever les sanctions contre la Syrie va débloquer le commerce international et les investissements, donner à la Syrie une chance de se reconstruire, et ouvrir un nouveau chapitre pour le peuple syrien", a-t-il poursuivi.

L'adoubement d'Ahmed al-Chareh par Donald Trump intervient malgré les réticences d'Israël, qui a mené à plusieurs reprises des frappes aériennes en Syrie.

Le président américain avait auparavant publiquement poussé en faveur d'un accord de paix entre Israël et la Syrie, mais a finalement choisi de lever cette classification malgré l'absence de progrès dans les négociations.

Dans son communiqué, Marco Rubio a expliqué que cette décision avait été prise après avoir reçu des "assurances formelles" de la part d'Ahmed al-Chareh selon lesquelles "la Syrie ne soutiendra pas d'actes de terrorisme international à l'avenir".

Il a soutenu qu'une "Syrie stable, unifiée et en paix avec elle-même et avec ses voisins ne sera pas seulement bénéfique pour la région, mais pour le monde entier".

Donald Trump avait commencé à lever la plupart des sanctions contre la Syrie il y a un an, après que la Turquie et l'Arabie saoudite l'ont encouragé à rencontrer Ahmed al-Chareh.

"Il fait un travail incroyable pour unifier la Syrie", a affirmé le président américain à son sujet lors de la rencontre à Ankara.

La Syrie était sur la liste américaine des pays accusés de soutenir le terrorisme depuis sa création en 1979.

Après cette décision, seuls l'Iran, la Corée du Nord et Cuba demeurent sur cette liste.

 


Trump affirme que le cessez-le-feu avec l'Iran est « terminé»

Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
  • Donald Trump affirme que le dossier iranien est « terminé » pour lui, tout en laissant la porte ouverte à une reprise des négociations par ses émissaires
  • Les tensions restent vives entre Washington et Téhéran, sur fond de frappes, de représailles militaires et d'accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu

ANKARA: Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", ouvrant toutefois la porte à une reprise éventuelle des discussions.

"En ce qui me concerne, c'est terminé", a-t-il lancé au deuxième jour d'un sommet de l'Otan.

"C'est juste une perte de temps de discuter avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il ajouté.

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions, après l'avoir consulté.

Jared Kushner et Steve Witkoff sont "de bons négociateurs, ils veulent négocier", a-t-il ainsi affirmé, mais "ils doivent revenir vers moi".

Le président américain n'a pas eu de mots assez durs contre les dirigeants iraniens qu'il a qualifiés d'"ordures" avec qui il refusait désormais de discuter.

"Je ne veux plus avoir affaire à eux, ce sont des ordures. (...) ce sont des malades", a-t-il encore affirmé .

"Ils sont vicieux, ce sont des gens violents, et s'ils avaient l'arme nucléaire, ils l'utiliseraient", a-t-il ajouté, aux côtés du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, affirmant avoir pourtant obtenu un accord avec l'Iran.

"Tout le monde est d'accord : pas d'arme nucléaire. On passe un marché. Ils sortent, plaisantent devant la presse, ils disent qu'on n'en a même jamais parlé. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez eux, ils sont fous", a-t-il encore déclaré.

Les Etats-Unis ont frappé plus de 80 cibles en Iran en riposte à des tirs iraniens sur des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz, déclenchant mercredi des représailles de Téhéran qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien après les attaques de navires. Les deux camps s'accusent de violer leur protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique.