Algérie: la militante Amira Bouraoui condamnée à la prison ferme

Amira Bouraoui – figure du «Hirak» – est accueillie à sa sortie de prison le 2 juillet 2020, devant la prison de Kolea près de la ville de Tipasa, à 70 km à l'ouest de la capitale Alger. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mardi 04 mai 2021

Algérie: la militante Amira Bouraoui condamnée à la prison ferme

  • Sa condamnation intervient dans un contexte d'intensification de la répression contre des militants du Hirak, des opposants politiques et des journalistes à l'approche des élections convoquées par le pouvoir en juin
  • Selon le CNLD, plus de 70 personnes sont actuellement incarcérées, poursuivies pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles

ALGER: La militante algérienne Amira Bouraoui a été condamnée mardi à deux ans de prison ferme pour «offense à l'islam» et à la même peine pour «atteinte à la personne du président de la République», a indiqué une association d'aide aux détenus d'opinion.

«Le verdict est tombé (...) dans le procès d'Amira Bouraoui: condamnation à deux ans de prison ferme pour la première affaire, et condamnation à deux ans de prison ferme pour la deuxième affaire», a rapporté le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) sur sa page Facebook. 

Mme Bouraoui, une gynécologue de 45 ans, mère de deux enfants de 12 et 16 ans, n'a pas été placée sous mandat de dépôt, a précisé le CNLD.

Dans la première affaire jugée mardi, la militante était accusée d'«atteinte aux préceptes de l'islam». Le parquet avait requis cinq ans de prison ferme.

Elle devait répondre dans l'autre affaire d'«outrage à un fonctionnaire dans l"exercice de ses fonctions», d'«atteinte à la personne du président de la République» et de «diffusion d'informations susceptibles d'attenter à l'ordre public», selon le CNLD. 

Le parquet avait demandé trois ans ferme.

En Algérie, les peines de prison ne se cumulent pas et en cas de multiples condamnations, c'est la peine la plus lourde qui est retenue. La défense doit déposer une requête en ce sens après le jugement en appel.

Mme Bouraoui a déjà purgé une courte peine de prison lors d'un autre procès avant de bénéficier d'une remise en liberté provisoire le 2 juillet 2020, en même temps que trois autres figures de l'opposition.

Figure connue de l'opposition de l'ère Bouteflika, elle s'est fait connaître en 2014 comme une des leaders du mouvement Barakat («Ça suffit!»), qui s'opposait au quatrième mandat de l'ex-président déchu.

Elle a ensuite activement pris part au mouvement de protestation populaire du Hirak qui a éclaté en février 2019. Le Hirak, qui a poussé M. Bouteflika à démissionner, réclame un changement radical du «système» politique en place depuis l'indépendance en 1962.

Les prises de positions d'Amira Bouraoui ont souvent alimenté des polémiques. Elle a été la cible de virulentes campagnes de dénigrement.

Sa condamnation intervient dans un contexte d'intensification de la répression contre des militants du Hirak, des opposants politiques et des journalistes à l'approche des élections convoquées par le pouvoir en juin.

Selon le CNLD, plus de 70 personnes sont actuellement incarcérées, poursuivies pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles.


Afghanistan: explosion mortelle dans une mosquée, le cessez-le feu vole en éclats

Des policiers montent la garde devant l'Université de Kaboul à Kaboul le 2 novembre 2020 / AFP
Short Url
  • L'attentat s'est produit lors des prières du vendredi, faisant outre les victimes une quinzaine de blessés parmi les fidèles, selon la police
  • Il est intervenu au deuxième jour d'un cessez-le feu de trois jours conclu entre les talibans et les forces afghanes à l'occasion de l'Aïd el-Fitr

Kandahar : Une explosion a fait au moins 12 morts dans une mosquée en banlieue de Kaboul, faisant voler en éclats le cessez-le-feu provisoire de l'Aïd el-Fitr, peu après le retrait américain de la base aérienne de Kandahar, l'une des plus importantes d'Afghanistan.

L'attentat s'est produit lors des prières du vendredi, faisant outre les victimes une quinzaine de blessés parmi les fidèles, selon la police. 

Il est intervenu au deuxième jour d'un cessez-le feu de trois jours conclu entre les talibans et les forces afghanes à l'occasion de l'Aïd el-Fitr, la fête musulmane qui marque la fin du jeûne du ramadan.

Depuis le 1er mai, date à laquelle les Etats-Unis étaient supposés avoir retiré leurs 2.500 soldats encore présents sur place, le pays est en proie à une recrudescence des violences alors que les forces américaines continuent de quitter le pays.

Le semaine dernière encore, des avions américains partaient frapper depuis la base aérienne de Kandahar afin de prêter main forte aux forces afghanes qui tentaient de repousser une vast offensive des talibans.

"Cette base ne nous a pas été officiellement rendue mais je peux confirmer qu'ils l'ont quittée mercredi", a indiqué Khoja Yaya Alawi, un porte-parole de l'armée afghane à Kandahar.

"Ils ont remis toutes les installations aux forces afghanes", a précisé le directeur de l'aéroport de Kandahar.

Une passation de pouvoir officielle doit avoir lieu après l'Aïd el-Fitr, la fête musulmane qui, jusqu'à samedi, marque la fin du jeûne du ramadan, ont indiqué ces deux responsables.

Deuxième base américaine du pays

A un moment, cette base a été la deuxième plus importante pour les troupes américaines et internationales présentes dans le pays.

La province de Kandahar est un ancien bastion des talibans situé dans le sud de l'Afghanistan et ces derniers mois, elle a été le théâtre d'affrontements entre les insurgés et les forces afghanes.

L'armée américaine n'a pas souhaité faire de commentaires dans l'immédiat.

Washington et l'Otan se sont engagés à retirer l'ensemble de leurs troupes encore sur place d'ici le 11 septembre, date du 20e anniversaire des attentats de 2001.

L'armée américaine a annoncé mardi avoir avancé à hauteur de 6 à 12% dans son retrait d'Afghanistan.

Rares sont ceux qui pensent que les forces afghanes pourront faire face aux talibans sans la protection des forces aériennes et forces spéciales américaines.

Ces dernières semaines, les combats se sont intensifiés dans certaines provinces et mardi les talibans se sont emparés d'un district contrôlé par le gouvernement afghan à la périphérie de Kaboul.

Les combattants talibans encerclent de plus en plus les grands centres urbains, suggérant qu'ils attendent le retrait des Américains avant de lancer de vastes offensives contre les villes du pays.

Le 8 mai, plus de 50 personnes ont été tuées et une centaine d'autres blessées dans un quartier hazara chiite de l'ouest de la capitale lors d'une série d'explosions de bombes placées devant une école de filles. Il s'agissait de l'attentat le plus meurtrier depuis un an. 

Les autorités ont accusé les talibans d'être responsables de cet attentat mais les talibans ont démenti en être les auteurs.


Israël poursuit ses raids et se prépare à une éventuelle incursion terrestre

Cette famille a rassemblé le peu qui lui restait avant de fuir la localité de beit Hanoun dans le nord de la bande de Gaza. (AFP).
Short Url
  • Le pilonnage israélien de la bande de Gaza se poursuit, dans le but notamment de mettre hors d'usage les tunnels souterrains du Hamas
  • Pendant se temps, les troupes israéliennes se massent près de Gaza après des informations contradictoires dans la nuit faisant état d'une incursion terrestre

GAZA: Israël pilonne vendredi la bande de Gaza avec des frappes aériennes et des tirs d'artillerie dans cette enclave palestinienne densément peuplée, où l'escalade militaire en cours depuis lundi avec les islamistes du Hamas au pouvoir a fait plus de 100 morts.


Au cours de la nuit, l'armée israélienne a multiplié les bombardements "pour infliger des dommages sévères aux tunnels" qui permettent aux combattants et dirigeants du Hamas, qui a tiré des centaines de roquettes vers Israël, de circuler à travers la bande de Gaza à l'abri des caméras de l'Etat hébreu, voire de traverser côté israélien pour tenter par exemple d'y prendre des otages, a-t-elle indiqué vendredi.

israel
Des soldats israéliens près de Sderot se préparent à bombarder Gaza. (AFP).


Face aux tirs d'artillerie de chars massés le long de l'enclave sous blocus israélien et ceinte d'une épaisse barrière hypersécurisée, des centaines de Gazaouis ont quitté leur maison, ont indiqué des témoins.


"Ces bombardements étaient complètement fou, comme dans les jeux vidéos. C'était un vrai film d'horreur", a dit à l'AFP Muhammad Najib, 16 ans, un habitant de Gaza pour lequel "il ne pourra jamais y avoir" de paix avec Israël.  


Au total, l'armée a dit avoir frappé 150 cibles au cours de ce déluge de feu nocturne, doublé de salves de roquettes de la part du Hamas vers des villes israéliennes du sud comme Sderot, Ashkelon et Beersheva, dans le désert du Néguev.

 


Au Liban, la crise oblige aussi à se séparer de son animal domestique

Le fondateur de l'abri Woof N 'wags Joe Okdjian joue avec un chien aveugle sauvé dans l'abri à la périphérie du village de Kfar Chellal au sud de Beyrouth / AFP
Short Url
  • Depuis l'automne 2019, des dizaines de milliers de Libanais ont perdu leur emploi
  • Dans un pays où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté, de nombreux ménages comptent désormais sur le soutien des ONG

BEYROUTH : Sa chienne avait deux mois quand Ibrahim al-Dika l'a adoptée. Sans emploi dans un Liban en plein effondrement, c'est le coeur brisé qu'un an plus tard il a dû vendre Lexi pour rembourser un prêt bancaire.

"J'en suis arrivé à ne plus pouvoir lui acheter à manger. Et puis la banque faisait pression, j'étais dos au mur", justifie cet ancien salarié dans le prêt-à-porter, contemplant la niche vide de son chien de berger.

"J'ai vendu une partie de moi. C'est une âme, ce n'est pas une voiture ou un téléphone", regrette cet habitant de Beyrouth de 26 ans, peinant à retenir ses larmes.

Dans un Liban en crise, a-t-on encore les moyens de garder son animal domestique? Selon des associations, de plus en plus de familles sont confrontées à cette question alors qu'elles sont frappées de plein fouet par l'inflation.

Depuis l'automne 2019, des dizaines de milliers de Libanais ont perdu leur emploi. Les autres bataillent avec une dépréciation historique de la livre libanaise, ayant entraîné une forte érosion du pouvoir d'achat.

Il a été licencié, peu après le décès de son père, quand le magasin de vêtements qui l'employait a fermé en 2020. Depuis, il peine à subvenir aux besoins de sa mère et de son frère.

Ibrahim a donc vendu Lexi début mai à un couple, après une année à l'avoir promenée, à lui avoir appris à s'asseoir et à donner la patte.

Peu après leur séparation, quand il est allé lui rendre visite, la chienne a cru qu'elle allait repartir avec lui.

"Elle a bondi direct dans ma voiture", se souvient le jeune homme. "La manière dont elle m'a regardé, ça m'a brisé le coeur".

« Priorité aux enfants »

Dans un pays où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté, de nombreux ménages comptent désormais sur le soutien des ONG.

Les familles qui possèdent un animal domestique ne font pas exception.

Plusieurs personnes interrogées par l'AFP ont affirmé que le coût des croquettes importées avait quintuplé, le prix d'un sac d'une marque haut de gamme dépassant même parfois le salaire minimum de 675.000 livres (environ 380 euros au taux officiel).

A 39 ans, Amal Ramadan avait l'habitude de faire des dons à une association venant en aide aux animaux. Désormais c'est elle qui reçoit gratuitement des croquettes pour Fluffy et Nelly, bichon de cinq ans et pitbull de six ans.

"Mes revenus ne suffisent pas pour nourrir mes chiens", confie cette veuve, mère de deux enfants.

Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle cumule les petits boulots car son salaire dans une agence de location de voitures s'est effondré: il équivaut aujourd'hui à 120 dollars contre 1.000 auparavant.

Amal se dit déterminée à ne pas abandonner ses compagnons mais ce n'est pas possible pour tout le monde.

Les abandons sont en hausse, déplore Ghada al-Khatib, bénévole dans un chenil du sud du Liban.

"Les gens n'ont plus les moyens de nourrir leurs chiens", explique cette coiffeuse de 32 ans qui surveille une chienne respirant avec difficulté après avoir été découverte dans un dépotoir.

"Quand quelqu'un nous en apporte un, il nous dit, +la priorité ce sont les enfants+", rapporte-t-elle.

« Un jour ou deux sans manger »

Le propriétaire du chenil Joe Okdjian décrit une situation catastrophique. Lui-même ne sait plus où trouver l'argent pour nourrir les 90 animaux qu'il héberge.

"Parfois ils passent un jour ou deux sans manger", reconnaît avec tristesse l'homme de 28 ans, dont le refuge fonctionne grâce aux dons.

Souraya Mouawad, fondatrice de l'organisation Animals Pride and Freedom, reçoit chaque semaine deux ou trois appels téléphoniques de personnes cherchant une nouvelle maison pour leur animal.

Certaines émigrent pour fuir la crise, d'autres déménagent dans un appartement plus petit. D'autres encore avancent "des raisons personnelles", indique-t-elle.

Mais les petites victoires ne manquent pas. Comme d'autres associations, Animals Lebanon envoie des animaux domestiques à l'étranger où ils rejoindront un nouveau maître.

Dans le refuge de cette organisation à Beyrouth, deux chats sont allongés sur un coussin. Percuté par une voiture, Hips a l'arrière-train paralysé. Edouard a été abandonné en novembre. Mais ils vont bientôt prendre l'avion pour l'Amérique.