«Napoléon», la restauration titanesque d'un film fou

Photo d'archive prise le 6 mai 2021 qui montre le travail de reconstitution de la version Apollo du film Napoléon (1927) par le réalisateur français Abel Gance. (AFP)
Photo d'archive prise le 6 mai 2021 qui montre le travail de reconstitution de la version Apollo du film Napoléon (1927) par le réalisateur français Abel Gance. (AFP)
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Publié le Dimanche 16 mai 2021

«Napoléon», la restauration titanesque d'un film fou

  • «C'est une dinguerie», résume Georges Mourier, le maître d’œuvre de cette reconstitution d'un budget de 2 à 2,5 millions d'euros, dans la petite pièce voutée et semi-enterrée qu'il partage dans la grande banlieue parisienne depuis 2008 avec sa monteuse
  • Sous la houlette de la Cinémathèque française, ils mettent la dernière main à la restauration de cette pièce majeure et inclassable du patrimoine cinématographique, vénérée par nombre de cinéphiles et cinéastes, au premier rang desquels Francis Ford Coppo

PARIS : Une restauration titanesque, pour un film fou. Depuis douze ans, dans les tréfonds d'un fort du XIXe siècle se prépare la renaissance d'un chef-d’œuvre du cinéma muet, totem des cinéphiles: le "Napoléon" d'Abel Gance.

"C'est une dinguerie", résume Georges Mourier, le maître d’œuvre de cette reconstitution d'un budget de 2 à 2,5 millions d'euros, dans la petite pièce voutée et semi-enterrée qu'il partage dans la grande banlieue parisienne depuis 2008 avec sa monteuse, Laure Marchaut.

Sous la houlette de la Cinémathèque française, ils mettent la dernière main à la restauration de cette pièce majeure et inclassable du patrimoine cinématographique, vénérée par nombre de cinéphiles et cinéastes, au premier rang desquels Francis Ford Coppola. Une tâche homérique qu'ils espèrent terminer d'ici la fin de l'année.

Relatant la jeunesse de Napoléon, jusqu'aux débuts de la campagne d'Italie, le film, projeté pour la première fois en 1927, dans une version de sept heures, est porté par un souffle épique, truffé d'innovations visuelles et narratives (dont une fameuse fin en triptyque, sur trois écrans en simultané).

"Abel Gance est très audacieux pour son époque, il mélange le sublime et le trash, le combat dans la boue et le combat au sabre", synthétise Georges Mourier, à propos de cette "dernière superproduction" de l'ère du muet: "à chaque séquence, c'est une révolution cinématographique".

Mais, balayées peu après par l'essor du cinéma parlant, oubliées pendant des années, les bobines de cette oœuvre unique et foisonnante ont été dispersées à travers le monde, certaines perdues ou détruites.

"Gance n'avait aucune notion de patrimoine. Il se servait de ses films antérieurs pour puiser dedans" et créer de nouveau. Au total, on compte entre 19 et 22 versions de son Napoléon... Résultat: les archives d'Abel Gance formaient un fonds dispersé et "d'une incroyable opacité", relève le chercheur.

"De la dentelle" 

A plusieurs reprises, "Napoléon" a été restauré. M. Mourier et Mme Marchaut pensaient donc à l'origine se borner à une mission de trois mois pour remettre un peu d'ordre dans les archives de la Cinémathèque. Ils y consacreront finalement une décennie, allant de surprise en surprise. 

Très vite, Georges Mourier a l'intuition que les restaurations précédentes ne sont jamais parvenues à restituer l'oeuvre d'Abel Gance dans sa forme originale, la "grande version" de sept heures présentée en 1927, dont certains plans différaient totalement de ceux utilisés jusqu'à présent...

"C'est un film Frankenstein", dont les bobines ont été "explosées à travers le monde", parfois retrouvées par miracle, au fin fond de la Corse notamment, et "recomposées" par les différents restaurateurs, souligne M. Mourier. Pour comprendre comment Gance avait construit une même scène, où Napoléon entend la Marseillaise, le restaurateur a dû piocher un plan dans une copie retrouvée à Rome, le suivant à Copenhague... 

"Plus que de la couture, on a fait de la dentelle: il fallait défaire les dentelles des prédécesseurs, sans casser le fil, et retisser dans le bon sens".

Travaillant parfois image par image, ils ont expertisé au total 100.000 mètres de pellicule, certaines très abîmées ou extrêmement inflammables, conservées sous haute sécurité. Laure Marchaut ne quitte jamais ses gants pour manipuler la pellicule et se souvient encore de la "forte odeur de vinaigre" qui émanait d'une boîte à l'intérieur de laquelle la pellicule avait moisi.

Pour conserver "l'âme et la matière du film", et éviter "l'effet lifting" des traitements numériques, la restauration des images elles-mêmes a fait appel à des procédés chimiques avant des scans haute définition.

"Une chose est sûre: le spectateur ne saura jamais d'où on est partis", assure M. Mourier. Avant cela, il faudra trouver un lieu de projection à la hauteur de l'Ovni cinématographique qu'est ce "Napoléon".

Le film "est fait pour une communion du public", relève le chercheur, qui imagine une projection "devant des milliers de personnes, avec un orchestre sur scène". Et tant qu'à faire, "pourquoi pas dans la cour des Invalides ?".


« Libye, patrimoine révélé » : l’IMA  célèbre 50 ans de coopération  archéologique  

Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. (AFP)
Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. (AFP)
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  • Depuis la fin des années 1960, la MAFL explore l’ensemble  du territoire libyen
  • Ses travaux ont profondément renouvelé les connaissances sur l’histoire du pays, révélant des occupations humaines continues, des échanges méditerranéens anciens et des paysages façonnés par les sociétés du passé

PARIS: Le musée de l’Institut du monde arabe présente  Libye, patrimoine révélé, une exposition consacrée au  travail scientifique mené depuis près de cinquante ans  par la Mission archéologique française en Libye (MAFL),  en étroite collaboration avec les autorités libyennes. 

À travers une sélection de photographies, films et documents  scientifiques, l’exposition donne à voir la richesse exceptionnelle  du patrimoine libyen, de la préhistoire à l’époque médiévale, tout  en mettant en lumière les enjeux contemporains de recherche, de  préservation et de restauration dans un contexte particulièrement  fragile. 

Un demi-siècle de recherches archéologiques en  Libye 

Depuis la fin des années 1960, la MAFL explore l’ensemble  du territoire libyen. Ses travaux ont profondément renouvelé les connaissances sur l’histoire du pays, révélant des occupations humaines continues, des échanges méditerranéens anciens et des paysages façonnés par les sociétés du passé. 

L’exposition documente ce travail scientifique de terrain et rend  visibles des missions souvent menées dans des contextes  géographiques et politiques complexes.
Du Sahara à la Méditerranée : des sites majeurs Le parcours présente plusieurs zones emblématiques étudiées par les équipes franco-libyennes : le Sahara du Măsak et  ses milliers de vestiges préhistoriques, les fortifications romaines  de Bu Njem, les grandes cités antiques comme Leptis Magna,  ou encore Apollonia, dont une partie est aujourd’hui engloutie. 

Fouilles terrestres et sous-marines, recherches sur les premiers  peuplements néolithiques, étude des villes antiques et des sites  islamiques : l’exposition restitue la diversité chronologique et  géographique du patrimoine libyen. 

Préserver un patrimoine menacé 

Depuis 2011, le patrimoine archéologique libyen fait face à une  intensification du pillage et du trafic illicite. L’exposition revient  sur les actions menées par la MAFL aux côtés des autorités et des  forces de l’ordre internationales pour identifier les œuvres dispersées,  documenter les sites menacés et favoriser leur restitution. 

Libye, patrimoine révélé met en lumière l’archéologie comme outil de  connaissance, de coopération internationale et de sauvegarde d’un  patrimoine universel encore largement méconnu.

 


Louvre: le nouveau président du musée confirme le projet de grands travaux

Des visiteurs font la queue pour entrer au musée du Musée du Louvre à Paris, le 9 août 2023. (AFP)
Des visiteurs font la queue pour entrer au musée du Musée du Louvre à Paris, le 9 août 2023. (AFP)
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  • Le nouveau président du Musée du Louvre, Christophe Leribault, confirme le vaste plan de rénovation « Louvre Nouvelle Renaissance », estimé à plus d’un milliard d’euros et jugé indispensable
  • Après le cambriolage d’octobre, le projet inclut un renforcement de la sécurité, la réorganisation des espaces et la création d’une nouvelle présentation pour la Joconde

PARIS: Le nouveau président du Louvre, Christophe Leribault, arrivé dans le sillage du spectaculaire vol survenu en octobre dans ce musée, a confirmé mardi le vaste plan de rénovation de l'établissement annoncé en 2025 par Emmanuel Macron, jugeant par ailleurs son coût "incompressible".

Evalué à plus d'un milliard d'euros, le plan "Louvre Nouvelle Renaissance", qui prévoit notamment la rénovation du bâtiment existant et l'aménagement d'un nouvel espace pour la Joconde, a été mis entre parenthèses depuis le cambriolage du 19 octobre.

"C'est un projet capital et nécessaire pour le Louvre. On ne peut pas continuer d'accueillir 9 millions de visiteurs par la Pyramide. Et il faut impérativement revoir les infrastructures, refaire les couvertures et les installations techniques dans le périmètre de la Cour carrée", a déclaré Christophe Leribault au journal Le Monde.

"Le coût est incompressible", a ajouté celui qui a succédé le 25 février à Laurence Des Cars, mise en difficulté par une série de rapports ayant pointé l'obsolescence des dispositifs de sûreté dans le plus grand musée du monde.

Il a toutefois concédé "envisager de réduire certains aménagements (...), mais cela restera marginal en matière d'économie".

Il a aussi indiqué chercher "330 millions d'euros" supplémentaires auprès des mécènes pour financer les travaux de rénovation.

Alors que le cambriolage a mis au jour des failles au sein de la sûreté du bâtiment, M. Leribault a souligné que "les grilles d'accès au domaine ont été restaurées" et qu'"un poste mobile de police est désormais actif près de la Pyramide".

Il a par ailleurs annoncé que la galerie Apollon, où s'est déroulé le vol des joyaux de la couronne de France, "rouvrira dans le courant du mois de juillet, sans vitrine au centre, telle qu'elle avait été conçue au XVIIe siècle, c'est-à-dire comme une galerie d'apparat".

"Les objets précieux qui s'y trouvaient seront exposés dans l'aile Richelieu" et les joyaux non dérobés, dont la couronne de l'impératrice Eugénie, retrouvée endommagée, "vont rester en lieu sûr, en attendant de disposer d'un espace sécurisé ailleurs dans le musée", a-t-il poursuivi.

La part des recettes de billetterie affectée à la politique d'acquisition d'oeuvres doit pour sa part passer de 20% à 12%, a-t-il indiqué, suivant une préconisation de la Cour des comptes.


Art Jameel présente une double exposition aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite

“Study of History III” (2017) de Subas Tamang (avec l'autorisation de l’artiste)
“Study of History III” (2017) de Subas Tamang (avec l'autorisation de l’artiste)
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  • Une exposition majeure reliant Djeddah et Dubaï, explorant l’impact des systèmes de navigation sur la vie contemporaine
  • Plus de 40 artistes internationaux interrogent cartographie, mobilité et infrastructures à travers des œuvres variées

DUBAÏ : Art Jameel s’apprête à présenter une exposition transrégionale s’étendant sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Intitulée « Global Positioning System », cette exposition collective en deux volets ouvrira en mai à Hayy Jameel à Djeddah, parallèlement à une présentation au Jameel Arts Centre à Dubaï.

L’exposition, qui se tiendra à Djeddah du 20 mai au 17 octobre et à Dubaï du 9 mai au 4 octobre, réunit plus de 40 artistes issus de plus de 20 pays, explorant la manière dont les systèmes de navigation façonnent la vie contemporaine.

À travers une large diversité d’œuvres, l’exposition examine la cartographie, la mobilité et les infrastructures qui régissent les déplacements, tout en questionnant leurs limites et leurs défaillances.

Commissariée par Indranjan Banerjee et Lucas Morin, « Global Positioning System » rassemble des installations de grande envergure, des œuvres conceptuelles et des projets axés sur la recherche.

Nora Razian, directrice adjointe d’Art Jameel et responsable des expositions et des programmes, a déclaré :
« Pour la première fois, nous présentons une exposition qui se déploie sur nos deux sites à Dubaï et Djeddah.

« “Global Positioning System” interroge les outils et les systèmes que nous utilisons pour nous orienter, mettant en lumière les tensions entre représentation cartographique et réalités vécues.

« Cette exposition s’inscrit dans l’engagement d’Art Jameel à favoriser un dialogue transrégional, où mobilité et échanges sont essentiels pour soutenir l’interconnexion dans notre monde partagé. »

Le volet de Djeddah réunit une sélection variée d’artistes internationaux et régionaux, dont Bani Abidi, Mahmoud Alhaj, Mona Hatoum et Nalini Malani. Abidi, Ana Amorim et Cinthia Marcelle présenteront des œuvres dans les deux éditions, à Dubaï et à Djeddah.

À Dubaï, la présentation au Jameel Arts Centre comprend de nouvelles commandes d’artistes tels que Vishwa Shroff, Seher Naveed et Fatma Al-Ali, ainsi que des prêts internationaux, dont l’installation vidéo monumentale « Parallel I-IV (2012-2014) » du cinéaste Harun Farocki. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com