PARIS: Dernières jours pour les «assises territoriales» de l'islam: organisées dans les départements jusqu'au 31 mai, elles ont pour objectif d'amorcer une refondation de la représentation du culte musulman, le système actuel étant à bout de souffle.
Ces réunions, qui se tiennent sous l'égide de chaque préfet, en visioconférence, doivent rassembler tous les acteurs locaux avec pour ambition de faire émerger des «collectifs représentatifs du culte musulman au niveau territorial», avait insisté le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en avril, en annonçant ces rencontres.
Selon lui, les assises «vont permettre la départementalisation de l'islam de France, qui jusqu'à présent était plutôt organisé au niveau national ou régional, faisant la part belle à des gens qui n’étaient pas toujours très représentatifs».
Au coeur des discussions: le mode d'organisation du culte, mais aussi la gouvernance et le financement des mosquées ainsi que les questions de formation des cadres religieux (imams, prédicateurs, responsables associatifs…).
Les rendez-vous se multiplient: les assises se sont tenues mardi à Paris, mercredi en Loire-Atlantique, en Ardèche et dans le Cher; d'autres ont lieu jeudi dans le Vaucluse, l'Hérault, en Gironde, ou encore vendredi dans les Hautes-Alpes, dans la Marne et en Guyane.
Le gouvernement, qui avait organisé une première édition en septembre 2018, attend beaucoup de ces assises, alors que le Conseil français du Culte musulman (CFCM), interlocuteur privilégié des pouvoirs publics depuis 2003 est complètement paralysé. En janvier, trois fédérations de mosquées qui le composent n'ont pas signé la «Charte des principes pour l'islam de France», texte poussé par Emmanuel Macron dans sa lutte contre le séparatisme.
Et en mars, quatre autres fédérations, dont celle de la Grande Mosquée de Paris, ont claqué la porte du bureau exécutif du CFCM, voulant mettre en place une nouvelle instance, avec pour objectif de réfléchir à «la refondation de la représentation du culte».
Voix plurielles
Le président du CFCM Mohammed Moussaoui, qui reconnaît auprès de l'AFP qu'il existe une «crise des instances représentatives», plaide depuis longtemps pour une réforme partant de l'échelon départemental, afin de donner un nouveau «souffle à la représentativité du culte».
À l'issue de ces assises, les préfets devront remettre leurs conclusions à Gérald Darmanin. Le ministre ne s'exprimera pas avant fin juin, en raison de la période de réserve liée aux élections départementales et régionales, a indiqué son entourage à l'AFP.
Sur le terrain, la volonté des pouvoirs publics est de fédérer les associations locales mais aussi d'entendre toutes les voix, plurielles, de l'islam.
Ainsi, aux assises de Paris, les femmes imames des mosquées Fatima et Simorgh, qui défendent l'imamat des femmes et les prêches devant des assemblées mixtes femmes-hommes, ont participé aux travaux.
L'une d'elle, Eva Janadin, a ainsi pu plaider pour «une meilleure représentativité des musulmans progressistes et libéraux», a-t-elle indiqué à l'AFP, jugeant que les instances représentatives doivent à l'avenir «répondre aux besoins spirituels, aussi variés soient-ils, des Français musulmans».
L'essayiste Hakim El Karoui, promoteur depuis plusieurs années d'un projet visant à réguler les marchés du pèlerinage et du halal, a lui aussi été entendu par les préfets, notamment sur la question du financement.
L'imam de Bordeaux Tareq Oubrou, qui porte une voix indépendante, a aussi été convié aux assises de Bordeaux.
«Comment agréger tous ces acteurs ? Et quelle sera l'étape d'après ?», s'interroge une source proche du dossier, qui reconnaît que la tâche ne sera pas aisée.
D'autres acteurs ont été exclus des débats. Suite à la polémique autour du financement du chantier de la mosquée de Strasbourg, M. Darmanin avait souligné qu'il n'y avait «rien à négocier» avec les fédérations n'ayant pas signé la Charte, dont celles proches de la Turquie, le Millî Görüs et le CCMTF.
Une mise à l'écart que déplore Ibrahim Alci, président de la fédération CCMTF. «Dans une démocratie, il est important d'écouter tout le monde. Là, ce sont 400 associations franco-turques qui sont mises de côté». Or «ce n'est pas parce qu'on n'a pas signé la Charte qu'on n'est pas républicains».







