Le chef de la diplomatie canadienne aux dirigeants libanais: les jeunes, les femmes, la rue ont parlé, il faut les écouter

Le ministre des Affaires étrangères canadiens était à Baabda, réitérant au Président de la république le soutien du Canada au peuple libanais. (DALATI ET NOHRA/AFP)
Le ministre des Affaires étrangères canadiens était à Baabda, réitérant au Président de la république le soutien du Canada au peuple libanais. (DALATI ET NOHRA/AFP)
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Le chef de la diplomatie canadienne aux dirigeants libanais: les jeunes, les femmes, la rue ont parlé, il faut les écouter

  • Selon son ministre des Affaires étrangères, le Canada veut apporter « une réponse historique au défi historique qu’affronte le peuple libanais »
  • « Le Canada souhaite faire partie de la reconstruction. Nous sommes heureux d’aider le Liban, mais les réformes sont nécessaires et la corruption doit s’arrêter ; la rue a parlé, les jeunes, les femmes, les victimes ont parlé; il faut les écouter

BEYROUTH: L’honorable François-Philippe Champagne, ministre canadien des Affaires étrangères, est arrivé à Beyrouth le 26 août, précédé d’une opération de secours envoyée sur place et du financement d’un fonds de secours pour le Liban dont chaque dollar est doublé par Ottawa. Il a été accueilli par son homologue libanais, le ministre dans le gouvernement démissionnaire Charbel Wehbé.

Dès sa sortie de l’aéroport, le chef de la diplomatie canadienne qui s’arrêtait à Beyrouth après une escale en Suisse (où il a annoncé une donation de 2 millions de $ à la Croix Rouge libanaise de la part du gouvernement canadien), et une autre en Italie, a fait une déclaration pour le moins vitaminée : « Je viens d’arriver au Liban et je suis très heureux d’être ici pour les deux prochains jours et rencontrer les gens de la société civile et veiller à ce que le Canada apporte une réponse historique au défi historique qu’affronte le peuple libanais. On vous tiendra au courant au fur et à mesure, ce n’est que le début ».

Et c’est au pas de charge que le bien nommé M. Champagne, chaussé de rangers qui contrastent avec son protocolaire costume sombre, enchaîne les rencontres. Son agenda serré le conduit en premier lieu chez son homologue libanais, au ministère des Affaires étrangères situé au palais Bustros fortement endommagé. Auprès de ce dernier, il souligne l’appui du Canada au « peuple libanais » suite à la tragédie que celui-ci vient de vivre. Champagne ouvre avec son homologue le sujet des « réformes économiques et politiques et de l’enquête crédibles nécessaires au redressement du Liban ».

Trois heures plus tard, le ministre des Affaires étrangères canadiens était à Baabda, réitérant au Président de la république le soutien du Canada au peuple libanais et la nécessité des réformes à engager pour assurer au pays un redressement durable et déclarant en substance : « le Canada souhaite faire partie de la reconstruction. Nous sommes heureux d’aider le Liban, mais les réformes sont nécessaires et la corruption doit s’arrêter ; la rue a parlé, les jeunes, les femmes, les victimes ont parlé. A présent, il faut les écouter ».

Le Canada veillera à la sécurité alimentaire du Liban et à l’éducation des jeunes

Les premières visites protocolaires bouclées, et presque au même moment où atterrissait à Beyrouth un nouvel avion chargé d’aides affrétées de Toronto par la communauté libanaise du Canada, Champagne revenait sur le terrain, plus précisément sur le parking jouxtant la caserne des pompiers de Beyrouth, rejoint par le gouverneur de la ville Marwan Abboud. C’est ici que sont regroupés les représentants des douze organisations de la coalition humanitaire, ici que sont également regroupées et distribuées les aides internationales. Parmi les personnes venues quérir des secours pour leurs familles, François-Philippe Champagne s’approche de chaque travailleur humanitaire, pose des questions, écoute chaque histoire, s’assure que chaque personne affectée par l’explosion sera rapidement soutenue et aidée, félicite et ajoute pour chacun, avec une évidente sincérité : « merci, vous êtes un héros/une héroïne ».

Cet arrêt se clôture par un point de presse où le chef de la diplomatie canadienne a réitéré les objectifs de sa venue au Liban, insistant une fois de plus sur les réformes en vue d’un État inclusif, l’écoute des jeunes, des femmes et des exigences de la rue. Champagne a notamment insisté sur le rôle que le Canada s’apprête à jouer en vue de la sécurité alimentaire du Liban, fortement éprouvé par l’explosion qui a détruit son port et une partie de la capitale, mais également rongé par une crise économique sans précédent. Il a également annoncé une aide consistante à l’éducation à travers la francophonie, insistant sur la volonté de son gouvernement de soutenir en priorité la jeunesse.

François-Philippe Champagne a ensuite poursuivi sa visite de la ville en direction du camp de la Croix-Rouge internationale basé sur le nouveau bord de mer dans le parking de l’ancien Biel, une zone où les destructions sont effarantes.

En retrait de la foule, le chef de la diplomatie canadienne qu’Arab News en français a été autorisé à suivre dans cette parenthèse de repos, a déjeuné d’un sandwich en voiture avant de nous inviter à le rejoindre à l’ombre, sous le porche du hall d’expositions en ruine, pour répondre à nos questions. Nous l’interrogeons sur la dimension du mot « historique » revenu dans ses déclarations à plusieurs reprises. « L’aide internationale doit accompagner des réformes très sérieuses, répète le ministre. L’impunité doit cesser. Les jeunes, les femmes, les victimes ont parlé, et il faut les écouter. C’est ce que j’ai dit aux responsables. Dans une tragédie d’une ampleur sans précédent, on doit poser les bonnes questions et développer des réponses inclusives à la hauteur, pour un Liban prospère. »

Et d’ajouter: « On voudrait accompagner le Liban à chaque étape. Nous étions là pour sauver des vies au stade de l’aide humanitaire d’urgence, puis viendra l’assistance technique nécessaire pour les réformes judiciaires, mais également sur les plans de l’énergie, des télécoms, de l’eau. Et finalement, il y a l’enquête. Les gens veulent savoir qui a commis cet acte criminel, et le Canada est prêt à y participer, sous conditions qui nous permettront d’aller au bout des choses ».

Rappelant que la diaspora libanaise au Canada compte « 300 000 canadiens d’origine libanaise, qui veulent contribuer à bâtir un Liban prospère et inclusif », le ministre a assuré que « la diaspora va vouloir prêter main forte à leurs frères et sœurs libanais, si le mode de gouvernance est là. »

A la question de savoir s’il avait décelé une volonté de changement chez les responsables, M. Champagne affirme sentir « que l’écoute est là. » « J’ai souhaité au président d’accompagner ces jeunes qui ont accouru au chevet de leur capitale et qui veulent rester au Liban, mais l’impunité doit cesser et les reformes doivent se faire. On ne peut pas le faire à leur place mais on peut les accompagner… »

Durant cette pause, nous interrogeons enfin le ministre sur les éventuelles facilités que pourrait offrir le Canada aux jeunes souhaitant émigrer et sur la contribution du Canada aux réformes attendues. « On avait déjà annoncé un groupe de travail entre ministre de l’immigration  et ministre des AE, explique-t-il, pour bien comprendre la réalité sur le terrain. Je veux que nos agents consulaires aient toute l’empathie qu’il faut, et il faut venir sur le terrain pour sentir, voir, même toucher la dévastation, pour accompagner ceux qui aimeraient vivre chez nous. Mais les jeunes d’ici veulent rester et bâtir le Liban de demain. »

Sur le site du port en ruines

Le convoi de Champagne se dirige ensuite au port de Beyrouth, sur le site de l’explosion monstrueuse où le ministre constate les dégâts. Devant la silhouette décharnée des silos, le chef de la diplomatie canadienne déclare : « Je me trouve ici aujourd’hui sur le site de la tragédie au port de Beyrouth. Vous pouvez voir derrière moi ; on sent la destruction, on voit la destruction, on la touche. Je n’ai jamais rien vu de pareil. C’est sans pareil pour plusieurs. Vous ne pouvez même pas imaginer le volume des dégâts. Je n’ai moi-même certainement jamais rien vu de pareil, et cela ne fait que redoubler notre détermination et la générosité du peuple canadien pour assurer notre aide au peuple libanais dans cette crise tragique.

J’ai eu la chance de remercier les gens, les premiers répondants, la Croix-Rouge, ceux qui sont là pour reconstruire, mais ce qui m’inspire le plus c’est la résilience, les gens qui parlent déjà de reconstruire, de s’assurer que cette tragédie serve de catalyseur pour changer la société libanaise. Alors on sera là à leurs côtés. »


L’accord avec les FDS kurdes est une « victoire pour tous les Syriens », selon l’ambassadeur syrien à l’ONU

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  • Ibrahim Olabi affirme que l’accord de cessez-le-feu et d’intégration progressive montre que le « meilleur scénario de réussite » des FDS se situe au sein de l’État syrien
  • Il salue le « rôle diplomatique constant » de l’Arabie saoudite dans l’encouragement à la désescalade et le soutien à la réintégration de la Syrie dans les systèmes régional et international

NEW YORK : Un accord historique de cessez-le-feu et d’intégration progressive entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, a été annoncé vendredi. Des responsables syriens de haut rang ont qualifié cet accord d’étape majeure vers l’unité nationale et la stabilité, après des années de conflit et de négociations au point mort.

S’exprimant auprès d’Arab News à New York, Ibrahim Olabi, représentant permanent de la République arabe syrienne auprès des Nations unies, a décrit l’accord non seulement comme une réussite militaire et administrative, mais aussi comme une victoire symbolique pour tous les Syriens, reflétant les aspirations collectives du pays à la paix, à la reconstruction et à la coopération internationale.

Il a souligné que la stabilité, une répartition équitable des ressources et la sécurité intérieure constituent le socle de l’importance de cet accord. Il a également mis en avant le large soutien international, ainsi que l’implication spécifique de pays tels que l’Arabie saoudite et les États-Unis.

Selon lui, l’Arabie saoudite a joué un rôle diplomatique constant pour encourager la désescalade et soutenir la réintégration de la Syrie dans le système régional et international, notamment par des appels à la levée des sanctions et au soutien des institutions étatiques.

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Le drapeau national de la République arabe syrienne. (AFP)

Concernant Washington, Olabi a déclaré que les États-Unis considéraient désormais qu’un État syrien unifié servait leurs intérêts ainsi que ceux de la région, et voyaient l’intégration au sein du gouvernement syrien comme la protection à long terme la plus viable pour les FDS.

« Nous considérons l’étape franchie aujourd’hui comme un succès pour tous les Syriens et pour la Syrie. Tous les Syriens bénéficient de la stabilité, de la présence d’appareils de sécurité dans leurs villes. Tous bénéficient du contrôle des ressources par l’État, car elles peuvent être distribuées équitablement. Il en va de même pour les frontières. Tous les Syriens bénéficient du calme intérieur, qui a aussi des répercussions régionales et sur la reconstruction », a-t-il déclaré.

« Nous le voyons donc comme un succès, comme une victoire pour tous les Syriens. »

Il a ajouté que l’accord s’inscrivait dans une dynamique déjà amorcée par des ententes précédentes et des soutiens internationaux, ainsi que par l’évolution des réalités politiques et militaires, créant des conditions favorables à sa pérennité.

Le cœur de l’accord du 30 janvier repose sur l’intégration progressive des unités militaires et des structures administratives des FDS dans les institutions de l’État syrien, en commençant par les dispositifs de sécurité et en évoluant vers une intégration institutionnelle complète.

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Des soldats montent la garde alors que les forces gouvernementales syriennes se dirigent vers la ville de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, le 20 janvier 2026. (AFP)

Selon Olabi, ce modèle vise à éviter des changements brusques susceptibles de déstabiliser des équilibres locaux fragiles.

« L’approche d’intégration progressive s’inscrit dans la logique plus large d’un gouvernement syrien qui a toujours été ouvert aux propositions, aux idées et au débat, pourvu que cela serve une Syrie unie, forte et stable », a-t-il expliqué.

« On commence par la sécurité, puis l’administration, puis les institutions de l’État. Nous avons estimé qu’un mois constituait un délai raisonnable. L’objectif n’est pas de précipiter les choses, mais pas non plus de les faire durer indéfiniment. Tous les Syriens souhaitent avancer vers l’avenir et tourner la page de quatorze années de conflit et de divisions. »

Conformément à l’accord, les combattants des FDS commenceront à rejoindre des unités et brigades de sécurité nationales, tandis que les forces du ministère de l’Intérieur seront déployées dans des villes clés sous contrôle kurde, notamment Hassaké et Qamichli, où la présence de l’État syrien était limitée depuis des années.

Une nouvelle formation militaire, comprenant trois brigades issues des FDS, sera intégrée à la structure globale de l’armée syrienne, tandis que les institutions civiles kurdes seront intégrées au cadre administratif de l’État.

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Des membres des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes font la queue pour régulariser leur statut auprès du gouvernement syrien à Raqqa, en Syrie, le 27 janvier 2026. (REUTERS)

Olabi a insisté sur le fait que l’accord prévoit un délai pour une intégration ordonnée, et non une absorption immédiate, délai convenu avec les FDS afin de renforcer la confiance et de réduire les tensions.

Répondant aux inquiétudes concernant la sincérité des garanties accordées aux membres des FDS contre les représailles ou la perte de leur statut, Olabi a souligné les ouvertures de longue date du gouvernement et ses interactions précédentes avec les dirigeants kurdes, ainsi que la conduite du gouvernement tout au long des négociations comme preuves de son approche.

« Mazloum Abdi a été accueilli à Damas comme un héros, et non comme un ennemi. Les FDS ont toujours été les bienvenues à Damas. Nous n’avons aucun intérêt aux représailles ni à la détérioration de la situation. Nous voulons avancer », a-t-il déclaré, ajoutant que les partenaires internationaux avaient également constaté l’absence de volonté d’escalade de la part du gouvernement syrien.


L’IA ne remplacera jamais la créativité humaine, affirme la PDG de SRMG

Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
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  • S’exprimant auprès de Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, Jomana R. Alrashid a dit être fière des plateformes de SRMG qui ont su intégrer et adopter l’IA

RIYAD : Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group (SRMG), a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la créativité humaine lors d’une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office sur l’île de Shura, vendredi.

« On ne peut jamais remplacer la créativité humaine. Le journalisme, au final, et la création de contenu, reposent sur le storytelling, et c’est un rôle créatif que l’IA n’a pas encore la capacité d’assumer », a déclaré Alrashid lors du sommet d’investissement.

« Nous n’éliminerons jamais ce rôle humain qui consiste à raconter l’histoire, à mener un véritable travail d’enquête, à distinguer ce qui relève de l’actualité ou des faits de ce qui est faux… à différencier la désinformation du biais. C’est là le rôle fondamental que joue la rédaction au sein d’une newsroom. »

Abordant le thème de l’IA lors de cette discussion modérée par Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, la PDG a exprimé sa fierté quant à la manière « transformatrice » dont les plateformes de SRMG ont intégré l’IA.

« Nous traduisons désormais l’ensemble de nos contenus en nous appuyant sur l’IA. Nous produisons également des documentaires grâce à l’IA. Nous disposons aujourd’hui de la vérification des faits assistée par l’IA, de l’indexation, du clipping et de la transcription automatisés. C’est cela, selon nous, l’avenir. »

Interrogée sur le profil du journaliste de demain, Alrashid a répondu : « C’est à la fois un journaliste et un ingénieur. Quelqu’un qui doit comprendre les données. Et c’est un autre sujet extrêmement important : comprendre les données avec lesquelles on travaille. »

« L’IA a également facilité cet aspect. Je dois dire qu’au cours des vingt dernières années dans la région, en particulier dans les entreprises de médias, nous n’avons pas suffisamment compris l’importance des données. »

La PDG a rappelé qu’auparavant, les médias s’appuyaient principalement sur des sondages, des enquêtes ou des chiffres d’audience, alors qu’aujourd’hui, des informations beaucoup plus détaillées sur les attentes des publics sont disponibles.

Lors de cette discussion informelle, Alrashid a également été interrogée sur la perception des médias du Moyen-Orient par la communauté internationale. Elle a expliqué qu’au fil des décennies, ces médias avaient joué un rôle essentiel pour informer un public plus large sur des enjeux extrêmement complexes — politiques, culturels et économiques — et continuaient de le faire.

« Aujourd’hui, ce rôle est encore plus important, notamment en raison de l’essor des réseaux sociaux, des journalistes citoyens et des créateurs de contenu. Mais je pense aussi que cela a été facilité par la puissance de l’IA. Désormais, un contenu produit par des journalistes crédibles, de premier plan, de classe mondiale, peut immédiatement dépasser les frontières, atteindre différentes zones géographiques, différents publics, différents pays, dans plusieurs langues et sous divers formats. »

Elle a souligné qu’il existait une opportunité majeure pour les médias arabes de ne plus se limiter à un public exclusivement arabe, mais de franchir les frontières, d’être disponibles en plusieurs langues et de mieux servir leurs audiences.

La PDG s’est montrée optimiste quant à l’avenir, insistant sur l’importance d’une vision claire, d’une stratégie solide et d’un alignement total des équipes.

Les modèles publicitaires traditionnels, autrefois centrés sur la télévision et la presse écrite, évoluent rapidement, les plateformes de réseaux sociaux dominant désormais les revenus publicitaires.

« Le changement est radical. Autrefois, nous étions en concurrence les uns avec les autres pour l’audience. Aujourd’hui, nous sommes aussi en concurrence avec les plateformes de réseaux sociaux : 80 % des revenus publicitaires au Moyen-Orient vont aux réseaux sociaux, mais cela signifie aussi qu’il existe 80 % d’opportunités d’intérêt. »

Selon elle, le défi consiste à créer le bon contenu sur ces plateformes afin d’engager les audiences cibles et de permettre des partenariats commerciaux. « Ce n’est un secret pour personne : les marques n’aiment pas faire de la publicité sur les chaînes d’information. Cela est souvent associé aux conflits ou à la guerre, ce qui dissuade les annonceurs. »

« C’est pourquoi nous nous sommes développés dans de nouveaux secteurs comme le sport. Et c’est aussi pour cela que nous avons renforcé notre position dans le lifestyle. Nous détenons la plus grande part de marché dans ce domaine… Et nous avons lancé de nouvelles plateformes comme Billboard Arabia, qui nous permet d’entrer dans l’univers de la musique. »

Alrashid a expliqué que cette diversification plaçait le groupe dans une position solide pour faire face au déclin des revenus publicitaires sur différentes plateformes, grâce au lancement de nouveaux produits.

« Un autre actif de propriété intellectuelle très important que nous avons créé, ce sont les événements associés à des marques présentes dans la région depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, toute marque ou tout titre qui n’est pas accompagné d’un événement passe à côté d’une opportunité commerciale majeure, qui nous permet de nous retrouver dans une même salle, d’échanger des idées et de nous connaître au-delà des écrans. »

La PDG a déclaré que les perturbations étaient désormais constantes et souvent autonomes, ajoutant que l'avenir du secteur reposait souvent sur la narration et la capacité à innover en créant des contenus convaincants qui touchent directement le public. 

« Mais la prochaine perturbationsviendra encore de l’IA. De la vitesse à laquelle cet outil et cette technologie extrêmement puissante évoluent. Et de notre capacité à y faire face, à nous y adapter et à l’intégrer pleinement — ou non. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com