La saga Médecins sans frontières, cinquante ans d'urgences, de révoltes et de rêves

Dans cette photo d'archives prise le 19 janvier 2006, un agent de Médecins Sans Frontières (Médecins Sans Frontières) s'occupe de certains patients, à Dubie, au Katanga. LIONEL HEALING / AFP
Dans cette photo d'archives prise le 19 janvier 2006, un agent de Médecins Sans Frontières (Médecins Sans Frontières) s'occupe de certains patients, à Dubie, au Katanga. LIONEL HEALING / AFP
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Publié le Lundi 07 juin 2021

La saga Médecins sans frontières, cinquante ans d'urgences, de révoltes et de rêves

  • Ils avaient 30 ans, des rêves plein la tête et l'ambition de soigner le monde
  • Leur épopée s'écrit depuis au gré des tremblements de terre, des famines, des épidémies ou des conflits qui défigurent la planète

PARIS: Ils avaient 30 ans, des rêves plein la tête et l'ambition de soigner le monde. Dans le tourbillon qui suit le mouvement étudiant de mai 1968 en France, une petite bande de médecins tout juste sortis de leur fac découvre les horreurs de la guerre civile au Biafra.

"Ce fut un choc", raconte Bernard Kouchner. "Les blessés arrivaient le soir dans notre hôpital quand s'arrêtaient les bombardements. On opérait à la chaîne la nuit, en faisant le tri entre ceux que l'on pouvait sauver et ceux qui allaient mourir. Je n'ai jamais oublié..."

MSF
Dans cette photo d'archive prise le 2 décembre 1981, le Dr Bernard Kouchner, co-fondateur de l'organisation humanitaire française Médecins sans frontières, MSF, s'entretient avec un patient dans un hôpital de MSF à N'Djamena, au Tchad. DOMINIQUE FAGET / AFP

Médecins sans frontières (MSF) naît en 1971 de cette épreuve et de la volonté d'une poignée de jeunes idéalistes comme lui, qui décident de se porter au secours des populations vulnérables partout sur la planète. Ils inventent l'urgence humanitaire.

Leur épopée s'écrit depuis au gré des tremblements de terre, des famines, des épidémies ou des conflits qui défigurent la planète.

Cinquante ans de missions et de révoltes, récompensés d'un prix Nobel en 1999 et scandés de ruptures et de polémiques qui font aujourd'hui de MSF une institution aussi inclassable qu'incontournable. Et une fantastique aventure humaine.

"D'un rêve, nous avons fait une épopée", s'émerveille encore à 83 ans Xavier Emmanuelli, un des grands anciens de l'ONG. "J'ai vu se transformer un tout petit groupe de types qui se la pétaient un peu mais géniaux en quelque chose de reconnu dans le monde entier."

Chaos biafrais

Le rêve a débuté par un cauchemar.

En 1968, les combats font rage au Biafra entre les rebelles sécessionnistes de cette province nigériane et l'armée gouvernementale. Les bombes tuent les civils, le blocus des autorités les affame.

A Paris, quelques médecins ont répondu à un appel à l'aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Parmi eux Bernard Kouchner, ancien chef de l'Union des étudiants communistes, et Max Récamier, un catholique tiers-mondiste.

Sur place, ils sont plongés dans l'enfer des combats et d'une famine qui tue hommes, femmes et enfants par centaines de milliers.

"Les enfants mouraient en masse parce que l'armée bloquait tout ravitaillement", se souvient le Dr Kouchner, 81 ans. "Dénoncer cette situation était de notre devoir de médecins."

msf
Dans cette photo d'archives prise le 1er décembre 1981, des médecins français de MSF s'occupent d'un enfant dans leur hôpital de N'Djamena.
DOMINIQUE FAGET / AFP

Avec son confrère Récamier, l'ancien ministre décide de déchirer le contrat de silence signé avec le CICR et d'exposer la réalité du conflit. "Biafra: deux médecins témoignent", titre le quotidien français le Monde en novembre 1968. La presse internationale se mobilise et les images d'enfants noirs mourant de faim envahissent les petits écrans.

Soigner et témoigner: l'humanitaire moderne est né.

"Bricoler"

MSF est créée trois ans plus tard, en décembre 1971. "On a trouvé le nom un soir de création où on fumait et on picolait", se souvient Xavier Emmanuelli, alors médecin dans la marine marchande. "J'ai dit +il faut absolument Médecins dedans+. Et puis on a ajouté sans frontières. Parce qu'on était des saute-frontières."

Les débuts de l'association sont difficiles.

Faute de moyens, la jeune ONG sert d'abord de réservoir de bonnes volontés. Une campagne de pub en 1977 installe son nom. "On a grandi avec les médias et la télévision", résume Xavier Emmanuelli. Mais sur le terrain, les premières missions riment avec galères.

Lorsqu'il débarque plein d'enthousiasme en 1975 en Thaïlande dans les camps des victimes du régime cambodgien des Khmers rouges, le jeune Dr Claude Malhuret déchante vite.

"C'était terrible. On n'avait rien". Il lui faut se débrouiller pour tout. Pour récupérer du matériel, pour installer le camp, pour avoir des médicaments, même pour manger.

"Quand je suis rentré à Paris, j'ai vidé mon sac. Je les ai traités d'assassins, nous envoyer en mission comme ça, sans rien...", raconte le sénateur de 71 ans. "C'était excessif, mais ça a secoué tout le monde. On ne pouvait pas continuer à bricoler." 

"Schisme"

Le torchon brûle au sommet de MSF depuis un peu de temps déjà. Les "Biafrais" souhaitent rester une petite équipe de copains sur le mode "commando" et s'accrochent aux "nouveaux", déterminés à grandir.

Le "bateau pour le Vietnam", en 1979, va les fâcher à vie. Alors président de MSF, Bernard Kouchner mobilise le tout-Paris intellectuel - les philosophes Raymond Aron et Jean-Paul Sartre en tête - pour affréter un bateau chargé de récupérer en mer de Chine les réfugiés qui fuient la dictature communiste de Hanoï.

Les "nouveaux" de MSF s'agacent de cet activisme mondain et, lors d'une AG, le mettent en minorité. Bernard Kouchner claque la porte et s'en va créer Médecins du monde (MDM).

Quatre décennies après, les cicatrices du "schisme" saignent toujours.

"Une triste querelle de pouvoir", fulmine encore l'ex-ministre des Affaires étrangères (2007-2010). "Je leur en ai beaucoup voulu." 

"Il avait tous les culots et surtout envie de devenir quelqu'un", le griffe Xavier Emmanuelli, ex-secrétaire d'Etat à l'action humanitaire. "Il nous a servi, au début. Le petit prince des médias. Mais MSF façon Kouchner, c'était devenu du baratin."

"Eux, les anciens, partaient sur place pour sonner l'alerte en espérant que les autres allaient suivre", note aussi Rony Brauman, à l'époque jeune médecin tendance "Mao" de l'ONG. "Nous, la jeune génération, nous voulions une action sérieuse, des moyens et des résultats."

MSF entre alors dans l'ère de la professionnalisation.

"Pour grandir, il nous fallait de l'argent. Je suis parti aux Etats-Unis apprendre le +fundraising+", se souvient Claude Malhuret. "Comme on était les premiers à le faire en France, on a raflé la mise."

"French Doctors"

Riche de l'indépendance que lui offre ce financement privé, MSF n'hésite plus à témoigner.

"Leur modèle s'est développé contre le principe de respect de la souveraineté des Etats défendu par le CICR", analyse l'avocat Philippe Ryfman, spécialiste de l'humanitaire, "ils prennent la parole pour mobiliser l'opinion publique et dénoncer les exactions".

Au nom des droits de l'Homme, les "gauchos" repentis de MSF dénoncent les exactions des régimes communistes au Cambodge.

Leurs missions clandestines auprès des populations d'Afghanistan et des rebelles en guerre contre l'occupant soviétique font une réputation mondiale aux "French Doctors".

"Nous étions les seuls à voir les effets de la guerre", plaide Juliette Fournot, la grande ordonnatrice des missions afghanes de l'ONG jusqu'en 1989. Tous les jours ils amputent les enfants, soignent les agriculteurs brûlés au napalm. "Témoigner a été très important, aujourd'hui encore, les Afghans se souviennent de nous."

En 1985, c'est en Ethiopie que l'ONG jette un pavé dans la mare. "Nos centres de distribution alimentaire étaient devenus un piège", se rappelle le Dr Brigitte Vasset, "ils servaient aux autorités à fixer les réfugiés pour les transférer de force vers le sud et dépeupler les zones rebelles".

Fallait-il se taire ou parler ? Devant la presse, Rony Brauman décide de dénoncer le gouvernement d'Addis Abeba. MSF est expulsée.

"L'aide était devenue un instrument entre les mains d'un régime criminel dont nous ne voulions pas être complices", justifie-t-il aujourd'hui. "Mais dire que l'argent qu'on envoyait aux affamés servait à les tuer (...) nous a valu énormément de critiques."

Droit d'ingérence

Au risque de paraître arrogant, MSF continue à faire entendre sa voix et à pointer du doigt toutes les récupérations de l'humanitaire.

Après la première guerre du Golfe, les Kurdes d'Irak sont écrasés par le régime de Saddam Hussein. MSF leur vient en aide et crie au massacre. En 1991, le Conseil de sécurité de l'ONU autorise une opération militaire occidentale pour venir en aide aux déplacés et les protéger de leur gouvernement. Une première.

Alors secrétaire d'Etat, Bernard Kouchner salue les débuts d'un "droit d'ingérence humanitaire". MSF se distingue en critiquant le mélange des genres entre humanitaires et militaires.

La controverse se prolonge un an plus tard en Somalie, en proie à la guerre civile et la famine. Sous mandat de l'ONU, les troupes américaines et les Casques bleus débarquent à Mogadiscio pour assurer la sécurité des distributions alimentaires.

Bernard Kouchner y participe, sac de riz sur l'épaule. Rony Brauman le raille et souligne alors le "piège" d'une opération où des soldats "tuent sous la bannière de l'humanitaire".

Parfois pourtant, MSF en appelle aux armes. En 1992 pour mettre fin aux exactions des miliciens serbes de Bosnie. Et deux ans plus tard, pour faire cesser le génocide des Tutsi au Rwanda.

Quand il arrive à Kigali en avril 1994, Jean-Hervé Bradol est vite débordé par l'ampleur des massacres.

"J'accompagnais les convois de la Croix-Rouge rwandaise qui ramenaient les blessés (...) Les Tutsi étaient achevés aux barrages des miliciens. On arrivait à négocier pour faire passer des femmes et des enfants, à condition de partir très tôt le matin quand les miliciens étaient encore endormis et défoncés."

"Tout s'est joué très vite à Kigali", poursuit-il. "On a fini par acheter un espace publicitaire dans le Monde pour dire qu'on n'arrête pas un génocide avec des médecins et qu'il faut une intervention militaire internationale. On n'avait jamais fait ça."

La dénonciation de la situation dans les camps de réfugiés rwandais au Zaïre voisin puis des exactions des nouveaux maîtres de Kigali vaudront jusqu'en 1997 à MSF les critiques de l'ONU et d'autres ONG.

Prix Nobel

La consécration vient avec le prix Nobel de la Paix, en 1999, qui récompense "une ONG (qui) tend la main à travers les frontières, les conflits et le chaos politique". Son prix sert à financer une campagne d'accès aux traitements des maladies tropicales ou du sida, un de ses nouveaux champs d'action.

MSF
Dans cette photo d'archives prise le 10 décembre 1999, Marie-Eve Raguenaud pose après avoir reçu la médaille du prix Nobel de la paix pour l'organisation humanitaire MSF. THOMAS COEX / AFP

Aujourd'hui, la petite association est devenu un géant. Sous le chapeau de MSF-International, les 25 sections nationales emploient 61.000 personnes, dont 41.000 déployées sur le terrain d'une centaine d'opérations dans près de 75 pays. 

Avec un budget annuel mondial de 1,6 milliard d'euros - à 99% issu de dons privés - MSF agit sur tous les fronts.

De la lutte contre le virus Ebola en Afrique à l'aide aux déplacés par la guerre civile au Yémen, en passant par le sauvetage des migrants en Méditerranée et la lutte contre le sida en Malaisie.

"Bien qu'organisation privée, MSF est devenu le numéro 1 incontesté de l'urgence médicale dans le monde", constate Philippe Ryfman.

La parole de l'ONG détonne encore. Comme en 2004, où MSF refuse de se joindre à une campagne internationale qui dénonce, selon elle de façon outrancière, le "génocide" des populations de la province soudanaise du Darfour déplacées par la guerre civile.

Ou en 2005, quand elle suspend rapidement sa collecte de dons pour les rescapés du tsunami qui a lessivé l'Asie du Sud-Est, estimant que l'urgence est passée.

"Ils ont réagi en urgentistes. Mais il y avait encore plein de choses à faire sur place, le grand public ne les a pas compris", écorche Benoît Miribel, ex-directeur d'Action contre la faim (ACF).

Crise de croissance

La croissance de l'ONG suscite pourtant des inquiétudes, jusque dans ses propres rangs.

"On est devenu une grosse machine bureaucratique, avec des départements de soutien qui mettent la pression sur les gens de terrain pour avoir des rapports et des tableaux Excel", regrette le président de la section France, Mego Terzian.

Le Franco-Libanais ne cache pas regretter la rusticité de ses premières missions. "On savait ce qu'on avait plus ou moins dans le budget et on se débrouillait. Aujourd'hui, la moindre demande de cash doit être signée dans le monde entier..."

La mondialisation du mouvement, justement, pèse aussi. "Je ne me reconnais pas dans le côté international de MSF", grommelle Rony Brauman, analyste et toujours membre de l'ONG à presque 71 ans. Nostalgique du "côté village d'Astérix" de sa section France, il regrette "son poids qui diminue".

"MSF France n'est plus entièrement maître de ses décisions", abonde Brigitte Vasset, "mais c'est un mal nécessaire car ça nous a donné des moyens énormes".

"MSF a beaucoup innové mais elle s'est institutionnalisée et vit un peu repliée sur elle-même", épingle Jean-Christophe Rufin, qui en fut un vice-président.

La flamme MSF

"Grâce à ses fonds propres, l'ONG sort du lot quand les autres sont devenues des bureaux de reporting pour l'Union européenne qui les finance", analyse l'écrivain-médecin. Mais "l'époque a changé. Les priorités aussi. L'humanitaire est dominé aujourd'hui par les urgences intérieures, le terrorisme, les migrants, la pauvreté..."

Alors, quel avenir pour MSF, qui tient du 10 au 13 juin l'assemblée générale de ses 50 ans ? A l'heure de cet anniversaire, les pratiques humanitaires changent.

La demande d'aide continue à croître mais les accès aux populations continuent à se négocier de haute lutte avec les autorités et la sécurité des personnels devient primordiale à l'heure du terrorisme jihadiste.

"De plus en plus de pays sont capables d'organiser des secours de grande ampleur en cas de catastrophe naturelle", note Mego Terzian. "MSF restera-t-il utile ? Peut-être va-t-on évoluer en une fondation qui soutiendra des organisations autochtones…"

MSF
Une travailleuse médicale de Médecins Sans Frontières (MSF) International regarde dans une unité de soins intensifs (USI) de l'hôpital public de Dura dans le village de Dura, à l'ouest d'Hébron en Cisjordanie occupée, le 16 mars 2021.
HAZEM BADER / AFP

Sur le terrain en tout cas, la flamme des vocations brûle toujours.

Son internat à peine bouclé, Fanny Taudière, 29 ans, a débarqué en mars dans le sud de Madagascar en proie à une famine dantesque.

"Ici, je me sens utile", confie la jeune médecin depuis son camp d'Amboasary. "Ça donne un sens, une intensité à la vie. Il y a des rencontres incroyables, une aventure chaque jour, même si certains jours rien n'est simple."

Rejoindre MSF s'est imposée pour elle comme une évidence. "Ils vont là où les autres ne vont pas, ils restent quand tout le monde part. Et puis ils sont libres de leurs actes et de leurs paroles."

Cinquante ans après, un seul constat réunit les frères ennemis de Médecins sans frontières: celui de sa réussite.

"C'était une belle invention et elle n'a pas trop mal marché", plastronne Bernard Kouchner. "MSF a un peu esquinté sa poésie mais continue à faire rêver", le rejoint Xavier Emmanuelli, "c'est le plus important".


La bataille contre le feu continue dans les Landes, la lutte au sol privilégiée dimanche

"Un travail de fourmi": après trois jours de lutte intense, le vaste feu de forêt dans les Landes évolue plutôt favorablement dimanche, mais les pompiers ne baissent pas la garde, privilégiant les attaques au sol pour fixer les lisières. (AFP)
"Un travail de fourmi": après trois jours de lutte intense, le vaste feu de forêt dans les Landes évolue plutôt favorablement dimanche, mais les pompiers ne baissent pas la garde, privilégiant les attaques au sol pour fixer les lisières. (AFP)
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  • "L'objectif, c'est de fixer la lisière, qu'elle ne progresse plus, qu'elle arrête de grignoter la végétation et qu'elle ne s'approche pas des habitations", explique le chef de colonne Gwendal Sirvent
  • "C'est un travail de fourmi, méticuleux", complète le commandant Alexandre Bourmaud, chef de secteur

LUGLON: "Un travail de fourmi": après trois jours de lutte intense, le vaste feu de forêt dans les Landes évolue plutôt favorablement dimanche, mais les pompiers ne baissent pas la garde, privilégiant les attaques au sol pour fixer les lisières.

Tout près de Luglon, l'une des deux communes les plus proches de l'incendie avec celle de Garein, les pompiers sont intervenus dimanche en milieu d'après-midi, sur une première reprise de feu significative en lisière de la zone sinistrée, à quelques mètres seulement d'habitations et de cabanons.

À bord de plusieurs camions-citernes pour feux de forêt, ou à pied munis de lances à incendie, ils ont pénétré par une dense végétation dans le massif pour noyer sous la mousse cette reprise de feu, sur un terrain carbonisé et fumant de plusieurs centaines de mètres, a constaté une équipe de l'AFP.

"L'objectif, c'est de fixer la lisière, qu'elle ne progresse plus, qu'elle arrête de grignoter la végétation et qu'elle ne s'approche pas des habitations", explique le chef de colonne Gwendal Sirvent en arrivant sur place.

"C'est un travail de fourmi, méticuleux", complète le commandant Alexandre Bourmaud, chef de secteur. Mais "c'est essentiel car les reprises de feux sont souvent plus violentes que les feux eux-mêmes (...). Si on avait mis cinq minutes de plus, la reprise faisait un hectare".

La situation évolue "plutôt favorablement", l'incendie n'ayant pas connu de "reprise majeure" dans la nuit de samedi à dimanche, a souligné le préfet des Landes Gilles Clavreul dans son point-presse matinal. Il doit refaire un point de situation à 18H30.

La surface parcourue par les flammes a été réévaluée dimanche matin à 1.700 hectares, contre près de 1.600 samedi. Mais "ça ne traduit pas une évolution nette, c'est nous qui avons réévalué l'enveloppe", grâce au travail de cartographie effectué dans la nuit par des drones, a expliqué le préfet.

"On a bossé comme des monstres" 

Quelque 550 pompiers sont mobilisés, ainsi que des dizaines de bénévoles, et ils peuvent compter sur le soutien des agriculteurs locaux.

"C'est un territoire où l'eau n'est pas accessible et disponible facilement", or les agriculteurs disposent de cuves de plus de 16.000 litres, qu'ils "mettent à disposition pour que les pompiers s'approvisionnent (...). Ça les aide beaucoup, les pompiers gagnent du temps", souligne dimanche Vincent Villenave, vice-président de la chambre d'agriculture des Landes, en sortant d'une réunion avec les pompiers à Lublon.

Bottes aux pieds et béret sur la tête, Gérard Uriona, un habitant de Luglon qui a refusé d'évacuer pour "sauver (sa) maison" léchée jeudi par les flammes, sort d'une parcelle brûlée en bordure du village. "On a bossé comme des monstres toute la nuit", souffle-t-il.

"Ça fait trois jours qu'on ne dort pas. Notre mission c'est de pister le feu et d'éteindre les reprises. Le sol est encore chaud, il peut repartir à tout moment", s'inquiète ce retraité de 75 ans, bénévole de la Direction des forêts contre les incendies (DFCI).

Alors que deux Dash, quatre Canadair et le mégahélicoptère Chinook, prêté par l'Australie, s'étaient relayés incessamment samedi dans le ciel, les moyens aériens mobilisés ont été moins importants jusqu'à présent dimanche.

Mais il est encore trop tôt pour autoriser le retour des 650 évacués, principalement à Luglon, a prévenu le préfet dimanche matin.

Lecornu en Gironde lundi 

Il s'agit du troisième incendie majeur cet été dans l'immense massif des Landes de Gascogne, majoritairement planté de pins maritimes desséchés par les vagues de chaleur favorisées par le changement climatique, après ceux fin juillet de Biscarrosse (Landes, 3.700 hectares) et Saumos (Gironde, 42.000 hectares).

Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit se rendre lundi en Gironde avec plusieurs ministres pour lancer le chantier de la reconstruction après le mégafeu qui avait nécessité l'évacuation de 220.000 personnes.

En France, 2026 bat déjà le record de surfaces brûlées en 20 ans de mesures satellitaires, selon le système européen de surveillance des feux (Effis), qui recense près de 100.000 hectares brûlés.

Dans les Ardennes, un feu de forêt a parcouru une centaine d'hectares depuis samedi matin mais ne progresse plus actuellement, selon la préfecture du département.

La sécheresse favorise aussi les départs de feu ailleurs en Europe, notamment en Belgique, confrontée à l'un des plus grands incendies de son histoire, avec désormais près de 3.000 hectares brûlés dans un parc naturel proche de l'Allemagne. Des feux font aussi rage en Aragon (nord-est de l'Espagne) et sur des îles grecques.


Canicule : énième journée écrasée par la chaleur avant une amélioration progressive

Le lit asséché du lac des Brenets, sur le Doubs, frontière naturelle entre l’est de la France et l’ouest de la Suisse, témoigne des effets de la nouvelle vague de chaleur qui frappe l’Europe centrale. (AFP)
Le lit asséché du lac des Brenets, sur le Doubs, frontière naturelle entre l’est de la France et l’ouest de la Suisse, témoigne des effets de la nouvelle vague de chaleur qui frappe l’Europe centrale. (AFP)
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  • Canicule : 75 départements restent en vigilance orange, avant une baisse des températures ce week-end

PARIS: La fraîcheur au bout du tunnel ? Une grande partie du pays fait face vendredi à une énième journée de canicule, qui met sous tension les corps et les esprits, asséchant aussi des territoires soumis au risque d'incendies, avant une baisse des températures prévues ce week-end.

A 6H00, le Finistère, les Côtes-d'Armor, la Manche et le Calvados sont repassés en vert, tandis que l'Ille-et-Vilaine a été rétrogradé en jaune par Météo-France, mais 75 départements restent en vigilance orange canicule.

"Vendredi, ces températures caniculaires se décaleront progressivement un peu plus vers l'est", a souligné le service de météorologie, permettant "d'amorcer une évolution vers une baisse progressive des températures sur le Nord-Ouest".

Débutée le 28 juillet, cette vague de chaleur a dépassé en durée celle de 2003, avec 17 jours de fortes chaleurs, a annoncé jeudi Météo-France.

Jeudi après-midi, Lauren, 31 ans, a "très chaud" devant un kiosque à journaux du centre de Paris d'où elle sort munie d'un petit trésor vert : un ventilateur portable qui vaporise de l'eau.

Il fait 37°C.

"C'est notre premier jour ici, nous n'avions pas réalisé à quel point il ferait chaud", reconnaît cette touriste venue de Manchester, en Angleterre.

Pascal Knittel a "la chance" de travailler "dans un cabinet climatisé". "Comme tout le monde", ce sexagénaire en a marre des canicules, "mais on s'adapte".

"C'est le réchauffement climatique, il faut en prendre conscience et il faut surtout prendre les mesures adaptées. Je pense qu'enfin les gens vont se réveiller", espère cet habitant d'Epinal (Vosges), qui vient régulièrement dans la capitale.

Les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, principalement causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ont montré les climatologues. Ces vagues de chaleur sont appelées à encore se multiplier, s'allonger et s'intensifier.

- Incendie dans les Landes -

Avec un été 2026 brûlant et une sécheresse marquée qui favorise les incendies, les sapeurs-pompiers luttent depuis le début de la saison estivale contre les flammes sur une grande partie du territoire. Elles ont parcouru au moins 120.000 hectares, selon les estimations provisoires des autorités.

"Très déçus" par les promesses du ministre de l'Intérieur auquel ils sont venus réclamer jeudi plus de moyens, les sapeurs-pompiers professionnels ont appelé à la mobilisation nationale en septembre.

Laurent Nuñez a promis de leur présenter le 8 septembre un projet de loi de modernisation de la Sécurité civile très attendu.

Sur le terrain, les soldats du feu ne peuvent pas baisser la garde.

Dans les Landes, un feu a parcouru 600 hectares dans une parcelle de forêt de pins et provoqué 500 évacuations.

Vers minuit, les flammes étaient à quelques centaines de mètres de Luglon, petit bourg situé à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Biscarrosse, théâtre d'un incendie qui a ravagé 3.700 hectares fin juillet, et à une centaine de kilomètres au sud du mégafeu qui a parcouru plus de 40.000 hectares au même moment dans la Gironde voisine.

A Guérande, près du littoral très touristique de la Loire-Atlantique, un feu de végétation, "fixé", a provoqué jeudi l'évacuation d'environ 2.000 campeurs, selon la préfecture.

Sur la côte du Pas-de-Calais, les incendies qui sévissent depuis mercredi dans une zone naturelle touristique sont "contenus" mais toujours "non fixés", trois pompiers ayant été légèrement blessés, d'après les services de l'Etat.

Quatre départements sont vendredi au niveau "très élevé", le plus haut, de "danger feux" - Mayenne, Deux-Sèvres, Indre-et-Loire et Indre - et 57 autres au niveau "élevé", selon la Météo des forêts.

Une grande partie du pays fait l'objet de mesures de restrictions des usages de l'eau, 72 départements étant en situation de "crise" au regard de la sécheresse, selon le site gouvernemental VigiEau.

A ce stade, cette vague de chaleur est la troisième la plus longue jamais enregistrée dans le pays, derrière juillet 2006 (21 jours) et juillet 1983 (23 jours).

Elle est aussi la troisième vague de chaleur de l'été, après celle exceptionnellement intense de fin juin et celle du 4 au 19 juillet. Avant cela, un épisode caniculaire précoce avait eu lieu fin mai.


Besançon: trois personnes gravement blessées par arme à feu

Trois hommes âgés de 19, 20 et 40 ans ont été grièvement blessés par arme à feu, mercredi soir dans la rue à Besançon, mais leur pronostic vital n'est plus engagé, a-t-on appris jeudi auprès du parquet. Photo d'illustration. (AFP)
Trois hommes âgés de 19, 20 et 40 ans ont été grièvement blessés par arme à feu, mercredi soir dans la rue à Besançon, mais leur pronostic vital n'est plus engagé, a-t-on appris jeudi auprès du parquet. Photo d'illustration. (AFP)
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  • Une troisième homme, également blessé par arme à feu s'est rendu de lui-même au CHU de Besançon où il a été hospitalisé avec un pronostic vital engagé, ont-ils ajouté
  • Les victimes sont toujours hospitalisées jeudi matin, mais le parquet de Besançon a indiqué à l'AFP que les pronostics vitaux n'étaient plus engagés, après un nouveau bilan médical

BESANCON: Trois hommes âgés de 19, 20 et 40 ans ont été grièvement blessés par arme à feu, mercredi soir dans la rue à Besançon, mais leur pronostic vital n'est plus engagé, a-t-on appris jeudi auprès du parquet.

Des hommes se trouvaient devant une épicerie, dans le quartier populaire de Planoise, lorsqu'un véhicule est arrivé avec à son bord plusieurs individus qui ont tiré dans leur direction, avec deux armes différentes, selon les premiers éléments de l'enquête de police, a indiqué à l'AFP le parquet de Besançon.

Deux hommes âgés de 20 et 40 ans ont été blessés par balles et pris en charge par les secours avec un pronostic vital engagé, mercredi à 23 heures, selon les pompiers.

Une troisième homme, également blessé par arme à feu s'est rendu de lui-même au CHU de Besançon où il a été hospitalisé avec un pronostic vital engagé, ont-ils ajouté.

Les victimes sont toujours hospitalisées jeudi matin, mais le parquet de Besançon a indiqué à l'AFP que les pronostics vitaux n'étaient plus engagés, après un nouveau bilan médical.

"Aucun suspect n'a été interpellé pour le moment", a précisé le parquet.

Deux armes auraient été utilisées lors de la fusillade: une arme de type kalachnikov avec un calibre 7,62 et un fusil utilisant des munitions type chevrotine.

Les enquêteurs explorent "toutes les pistes", dont "l'hypothèse d'un règlement de compte lié au trafic de stupéfiants", précise le parquet.

La gendarmerie du Doubs a retrouvé un véhicule incendié à Montferrand-le-Château, près de Besançon, qui pourrait être celui des auteurs. Des constatations sont en cours.

L'enquête a été confiée aux policiers de la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Besançon.