La saga Médecins sans frontières, cinquante ans d'urgences, de révoltes et de rêves

Dans cette photo d'archives prise le 19 janvier 2006, un agent de Médecins Sans Frontières (Médecins Sans Frontières) s'occupe de certains patients, à Dubie, au Katanga. LIONEL HEALING / AFP
Dans cette photo d'archives prise le 19 janvier 2006, un agent de Médecins Sans Frontières (Médecins Sans Frontières) s'occupe de certains patients, à Dubie, au Katanga. LIONEL HEALING / AFP
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Publié le Lundi 07 juin 2021

La saga Médecins sans frontières, cinquante ans d'urgences, de révoltes et de rêves

  • Ils avaient 30 ans, des rêves plein la tête et l'ambition de soigner le monde
  • Leur épopée s'écrit depuis au gré des tremblements de terre, des famines, des épidémies ou des conflits qui défigurent la planète

PARIS: Ils avaient 30 ans, des rêves plein la tête et l'ambition de soigner le monde. Dans le tourbillon qui suit le mouvement étudiant de mai 1968 en France, une petite bande de médecins tout juste sortis de leur fac découvre les horreurs de la guerre civile au Biafra.

"Ce fut un choc", raconte Bernard Kouchner. "Les blessés arrivaient le soir dans notre hôpital quand s'arrêtaient les bombardements. On opérait à la chaîne la nuit, en faisant le tri entre ceux que l'on pouvait sauver et ceux qui allaient mourir. Je n'ai jamais oublié..."

MSF
Dans cette photo d'archive prise le 2 décembre 1981, le Dr Bernard Kouchner, co-fondateur de l'organisation humanitaire française Médecins sans frontières, MSF, s'entretient avec un patient dans un hôpital de MSF à N'Djamena, au Tchad. DOMINIQUE FAGET / AFP

Médecins sans frontières (MSF) naît en 1971 de cette épreuve et de la volonté d'une poignée de jeunes idéalistes comme lui, qui décident de se porter au secours des populations vulnérables partout sur la planète. Ils inventent l'urgence humanitaire.

Leur épopée s'écrit depuis au gré des tremblements de terre, des famines, des épidémies ou des conflits qui défigurent la planète.

Cinquante ans de missions et de révoltes, récompensés d'un prix Nobel en 1999 et scandés de ruptures et de polémiques qui font aujourd'hui de MSF une institution aussi inclassable qu'incontournable. Et une fantastique aventure humaine.

"D'un rêve, nous avons fait une épopée", s'émerveille encore à 83 ans Xavier Emmanuelli, un des grands anciens de l'ONG. "J'ai vu se transformer un tout petit groupe de types qui se la pétaient un peu mais géniaux en quelque chose de reconnu dans le monde entier."

Chaos biafrais

Le rêve a débuté par un cauchemar.

En 1968, les combats font rage au Biafra entre les rebelles sécessionnistes de cette province nigériane et l'armée gouvernementale. Les bombes tuent les civils, le blocus des autorités les affame.

A Paris, quelques médecins ont répondu à un appel à l'aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Parmi eux Bernard Kouchner, ancien chef de l'Union des étudiants communistes, et Max Récamier, un catholique tiers-mondiste.

Sur place, ils sont plongés dans l'enfer des combats et d'une famine qui tue hommes, femmes et enfants par centaines de milliers.

"Les enfants mouraient en masse parce que l'armée bloquait tout ravitaillement", se souvient le Dr Kouchner, 81 ans. "Dénoncer cette situation était de notre devoir de médecins."

msf
Dans cette photo d'archives prise le 1er décembre 1981, des médecins français de MSF s'occupent d'un enfant dans leur hôpital de N'Djamena.
DOMINIQUE FAGET / AFP

Avec son confrère Récamier, l'ancien ministre décide de déchirer le contrat de silence signé avec le CICR et d'exposer la réalité du conflit. "Biafra: deux médecins témoignent", titre le quotidien français le Monde en novembre 1968. La presse internationale se mobilise et les images d'enfants noirs mourant de faim envahissent les petits écrans.

Soigner et témoigner: l'humanitaire moderne est né.

"Bricoler"

MSF est créée trois ans plus tard, en décembre 1971. "On a trouvé le nom un soir de création où on fumait et on picolait", se souvient Xavier Emmanuelli, alors médecin dans la marine marchande. "J'ai dit +il faut absolument Médecins dedans+. Et puis on a ajouté sans frontières. Parce qu'on était des saute-frontières."

Les débuts de l'association sont difficiles.

Faute de moyens, la jeune ONG sert d'abord de réservoir de bonnes volontés. Une campagne de pub en 1977 installe son nom. "On a grandi avec les médias et la télévision", résume Xavier Emmanuelli. Mais sur le terrain, les premières missions riment avec galères.

Lorsqu'il débarque plein d'enthousiasme en 1975 en Thaïlande dans les camps des victimes du régime cambodgien des Khmers rouges, le jeune Dr Claude Malhuret déchante vite.

"C'était terrible. On n'avait rien". Il lui faut se débrouiller pour tout. Pour récupérer du matériel, pour installer le camp, pour avoir des médicaments, même pour manger.

"Quand je suis rentré à Paris, j'ai vidé mon sac. Je les ai traités d'assassins, nous envoyer en mission comme ça, sans rien...", raconte le sénateur de 71 ans. "C'était excessif, mais ça a secoué tout le monde. On ne pouvait pas continuer à bricoler." 

"Schisme"

Le torchon brûle au sommet de MSF depuis un peu de temps déjà. Les "Biafrais" souhaitent rester une petite équipe de copains sur le mode "commando" et s'accrochent aux "nouveaux", déterminés à grandir.

Le "bateau pour le Vietnam", en 1979, va les fâcher à vie. Alors président de MSF, Bernard Kouchner mobilise le tout-Paris intellectuel - les philosophes Raymond Aron et Jean-Paul Sartre en tête - pour affréter un bateau chargé de récupérer en mer de Chine les réfugiés qui fuient la dictature communiste de Hanoï.

Les "nouveaux" de MSF s'agacent de cet activisme mondain et, lors d'une AG, le mettent en minorité. Bernard Kouchner claque la porte et s'en va créer Médecins du monde (MDM).

Quatre décennies après, les cicatrices du "schisme" saignent toujours.

"Une triste querelle de pouvoir", fulmine encore l'ex-ministre des Affaires étrangères (2007-2010). "Je leur en ai beaucoup voulu." 

"Il avait tous les culots et surtout envie de devenir quelqu'un", le griffe Xavier Emmanuelli, ex-secrétaire d'Etat à l'action humanitaire. "Il nous a servi, au début. Le petit prince des médias. Mais MSF façon Kouchner, c'était devenu du baratin."

"Eux, les anciens, partaient sur place pour sonner l'alerte en espérant que les autres allaient suivre", note aussi Rony Brauman, à l'époque jeune médecin tendance "Mao" de l'ONG. "Nous, la jeune génération, nous voulions une action sérieuse, des moyens et des résultats."

MSF entre alors dans l'ère de la professionnalisation.

"Pour grandir, il nous fallait de l'argent. Je suis parti aux Etats-Unis apprendre le +fundraising+", se souvient Claude Malhuret. "Comme on était les premiers à le faire en France, on a raflé la mise."

"French Doctors"

Riche de l'indépendance que lui offre ce financement privé, MSF n'hésite plus à témoigner.

"Leur modèle s'est développé contre le principe de respect de la souveraineté des Etats défendu par le CICR", analyse l'avocat Philippe Ryfman, spécialiste de l'humanitaire, "ils prennent la parole pour mobiliser l'opinion publique et dénoncer les exactions".

Au nom des droits de l'Homme, les "gauchos" repentis de MSF dénoncent les exactions des régimes communistes au Cambodge.

Leurs missions clandestines auprès des populations d'Afghanistan et des rebelles en guerre contre l'occupant soviétique font une réputation mondiale aux "French Doctors".

"Nous étions les seuls à voir les effets de la guerre", plaide Juliette Fournot, la grande ordonnatrice des missions afghanes de l'ONG jusqu'en 1989. Tous les jours ils amputent les enfants, soignent les agriculteurs brûlés au napalm. "Témoigner a été très important, aujourd'hui encore, les Afghans se souviennent de nous."

En 1985, c'est en Ethiopie que l'ONG jette un pavé dans la mare. "Nos centres de distribution alimentaire étaient devenus un piège", se rappelle le Dr Brigitte Vasset, "ils servaient aux autorités à fixer les réfugiés pour les transférer de force vers le sud et dépeupler les zones rebelles".

Fallait-il se taire ou parler ? Devant la presse, Rony Brauman décide de dénoncer le gouvernement d'Addis Abeba. MSF est expulsée.

"L'aide était devenue un instrument entre les mains d'un régime criminel dont nous ne voulions pas être complices", justifie-t-il aujourd'hui. "Mais dire que l'argent qu'on envoyait aux affamés servait à les tuer (...) nous a valu énormément de critiques."

Droit d'ingérence

Au risque de paraître arrogant, MSF continue à faire entendre sa voix et à pointer du doigt toutes les récupérations de l'humanitaire.

Après la première guerre du Golfe, les Kurdes d'Irak sont écrasés par le régime de Saddam Hussein. MSF leur vient en aide et crie au massacre. En 1991, le Conseil de sécurité de l'ONU autorise une opération militaire occidentale pour venir en aide aux déplacés et les protéger de leur gouvernement. Une première.

Alors secrétaire d'Etat, Bernard Kouchner salue les débuts d'un "droit d'ingérence humanitaire". MSF se distingue en critiquant le mélange des genres entre humanitaires et militaires.

La controverse se prolonge un an plus tard en Somalie, en proie à la guerre civile et la famine. Sous mandat de l'ONU, les troupes américaines et les Casques bleus débarquent à Mogadiscio pour assurer la sécurité des distributions alimentaires.

Bernard Kouchner y participe, sac de riz sur l'épaule. Rony Brauman le raille et souligne alors le "piège" d'une opération où des soldats "tuent sous la bannière de l'humanitaire".

Parfois pourtant, MSF en appelle aux armes. En 1992 pour mettre fin aux exactions des miliciens serbes de Bosnie. Et deux ans plus tard, pour faire cesser le génocide des Tutsi au Rwanda.

Quand il arrive à Kigali en avril 1994, Jean-Hervé Bradol est vite débordé par l'ampleur des massacres.

"J'accompagnais les convois de la Croix-Rouge rwandaise qui ramenaient les blessés (...) Les Tutsi étaient achevés aux barrages des miliciens. On arrivait à négocier pour faire passer des femmes et des enfants, à condition de partir très tôt le matin quand les miliciens étaient encore endormis et défoncés."

"Tout s'est joué très vite à Kigali", poursuit-il. "On a fini par acheter un espace publicitaire dans le Monde pour dire qu'on n'arrête pas un génocide avec des médecins et qu'il faut une intervention militaire internationale. On n'avait jamais fait ça."

La dénonciation de la situation dans les camps de réfugiés rwandais au Zaïre voisin puis des exactions des nouveaux maîtres de Kigali vaudront jusqu'en 1997 à MSF les critiques de l'ONU et d'autres ONG.

Prix Nobel

La consécration vient avec le prix Nobel de la Paix, en 1999, qui récompense "une ONG (qui) tend la main à travers les frontières, les conflits et le chaos politique". Son prix sert à financer une campagne d'accès aux traitements des maladies tropicales ou du sida, un de ses nouveaux champs d'action.

MSF
Dans cette photo d'archives prise le 10 décembre 1999, Marie-Eve Raguenaud pose après avoir reçu la médaille du prix Nobel de la paix pour l'organisation humanitaire MSF. THOMAS COEX / AFP

Aujourd'hui, la petite association est devenu un géant. Sous le chapeau de MSF-International, les 25 sections nationales emploient 61.000 personnes, dont 41.000 déployées sur le terrain d'une centaine d'opérations dans près de 75 pays. 

Avec un budget annuel mondial de 1,6 milliard d'euros - à 99% issu de dons privés - MSF agit sur tous les fronts.

De la lutte contre le virus Ebola en Afrique à l'aide aux déplacés par la guerre civile au Yémen, en passant par le sauvetage des migrants en Méditerranée et la lutte contre le sida en Malaisie.

"Bien qu'organisation privée, MSF est devenu le numéro 1 incontesté de l'urgence médicale dans le monde", constate Philippe Ryfman.

La parole de l'ONG détonne encore. Comme en 2004, où MSF refuse de se joindre à une campagne internationale qui dénonce, selon elle de façon outrancière, le "génocide" des populations de la province soudanaise du Darfour déplacées par la guerre civile.

Ou en 2005, quand elle suspend rapidement sa collecte de dons pour les rescapés du tsunami qui a lessivé l'Asie du Sud-Est, estimant que l'urgence est passée.

"Ils ont réagi en urgentistes. Mais il y avait encore plein de choses à faire sur place, le grand public ne les a pas compris", écorche Benoît Miribel, ex-directeur d'Action contre la faim (ACF).

Crise de croissance

La croissance de l'ONG suscite pourtant des inquiétudes, jusque dans ses propres rangs.

"On est devenu une grosse machine bureaucratique, avec des départements de soutien qui mettent la pression sur les gens de terrain pour avoir des rapports et des tableaux Excel", regrette le président de la section France, Mego Terzian.

Le Franco-Libanais ne cache pas regretter la rusticité de ses premières missions. "On savait ce qu'on avait plus ou moins dans le budget et on se débrouillait. Aujourd'hui, la moindre demande de cash doit être signée dans le monde entier..."

La mondialisation du mouvement, justement, pèse aussi. "Je ne me reconnais pas dans le côté international de MSF", grommelle Rony Brauman, analyste et toujours membre de l'ONG à presque 71 ans. Nostalgique du "côté village d'Astérix" de sa section France, il regrette "son poids qui diminue".

"MSF France n'est plus entièrement maître de ses décisions", abonde Brigitte Vasset, "mais c'est un mal nécessaire car ça nous a donné des moyens énormes".

"MSF a beaucoup innové mais elle s'est institutionnalisée et vit un peu repliée sur elle-même", épingle Jean-Christophe Rufin, qui en fut un vice-président.

La flamme MSF

"Grâce à ses fonds propres, l'ONG sort du lot quand les autres sont devenues des bureaux de reporting pour l'Union européenne qui les finance", analyse l'écrivain-médecin. Mais "l'époque a changé. Les priorités aussi. L'humanitaire est dominé aujourd'hui par les urgences intérieures, le terrorisme, les migrants, la pauvreté..."

Alors, quel avenir pour MSF, qui tient du 10 au 13 juin l'assemblée générale de ses 50 ans ? A l'heure de cet anniversaire, les pratiques humanitaires changent.

La demande d'aide continue à croître mais les accès aux populations continuent à se négocier de haute lutte avec les autorités et la sécurité des personnels devient primordiale à l'heure du terrorisme jihadiste.

"De plus en plus de pays sont capables d'organiser des secours de grande ampleur en cas de catastrophe naturelle", note Mego Terzian. "MSF restera-t-il utile ? Peut-être va-t-on évoluer en une fondation qui soutiendra des organisations autochtones…"

MSF
Une travailleuse médicale de Médecins Sans Frontières (MSF) International regarde dans une unité de soins intensifs (USI) de l'hôpital public de Dura dans le village de Dura, à l'ouest d'Hébron en Cisjordanie occupée, le 16 mars 2021.
HAZEM BADER / AFP

Sur le terrain en tout cas, la flamme des vocations brûle toujours.

Son internat à peine bouclé, Fanny Taudière, 29 ans, a débarqué en mars dans le sud de Madagascar en proie à une famine dantesque.

"Ici, je me sens utile", confie la jeune médecin depuis son camp d'Amboasary. "Ça donne un sens, une intensité à la vie. Il y a des rencontres incroyables, une aventure chaque jour, même si certains jours rien n'est simple."

Rejoindre MSF s'est imposée pour elle comme une évidence. "Ils vont là où les autres ne vont pas, ils restent quand tout le monde part. Et puis ils sont libres de leurs actes et de leurs paroles."

Cinquante ans après, un seul constat réunit les frères ennemis de Médecins sans frontières: celui de sa réussite.

"C'était une belle invention et elle n'a pas trop mal marché", plastronne Bernard Kouchner. "MSF a un peu esquinté sa poésie mais continue à faire rêver", le rejoint Xavier Emmanuelli, "c'est le plus important".


Deux Chinois inculpés en France, suspectés d'espionnage pour Pékin

Le président français Emmanuel Macron salue la foule en quittant l'université du Sichuan après une rencontre avec des étudiants à Chengdu, dans la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, le 5 décembre 2025. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron salue la foule en quittant l'université du Sichuan après une rencontre avec des étudiants à Chengdu, dans la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, le 5 décembre 2025. (AFP)
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  • Ces quatre suspects, interpellés fin janvier en Gironde (sud-ouest), ont été déférés notamment pour "livraison d'informations à une puissance étrangère" de nature "à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation"
  • A l'issue de leur inculpation, les deux ressortissants chinois ont été placés en détention provisoire, selon une source proche du dossier, les deux autres personnes ont été placées sous contrôle judiciaire

PARIS: Des données militaires sensibles sont au coeur du dossier: deux ressortissants chinois ainsi que deux autres personnes ont été inculpés jeudi à Paris pour espionnage présumé au profit de Pékin.

Ces quatre suspects, interpellés fin janvier en Gironde (sud-ouest), ont été déférés notamment pour "livraison d'informations à une puissance étrangère" de nature "à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation", décrit le parquet de Paris, sollicité par l'AFP.

Ces infractions présumées font encourir jusqu'à 15 ans de réclusion.

A l'issue de leur inculpation, les deux ressortissants chinois ont été placés en détention provisoire, selon une source proche du dossier, les deux autres personnes ont été placées sous contrôle judiciaire.

"Mon client a séjourné en France pour des raisons strictement professionnelles. Il conteste totalement les accusations formulées à son encontre et n'a aucun lien avec un quelconque service d'espionnage", a commenté auprès de l'AFP Me Baptiste Bellet, avocat de l'un des ressortissants chinois.

"L'information judiciaire confirmera la réalité de sa situation et établira son innocence", poursuit ce conseil.

Les défenseurs des autres mis en cause n'ont pu être joints dans l'immédiat par l'AFP.

Le parquet de Paris avait précisé mercredi que la venue des deux ressortissants chinois en France était destinée à "effectuer une mission de captation de données satellitaires du réseau Starlink et des données provenant d'entités d'importance vitale, notamment militaires, afin de les retransmettre à leur pays d'origine, la Chine".

L'enquête, dirigée par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, a été confiée à la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure).

Le 30 janvier, la police a été avisée que deux personnes de nationalité chinoise étaient suspectées de procéder à des opérations de captation satellitaire depuis leur location sur la plateforme Airbnb en Gironde. A l'origine de l'affaire: des riverains avaient constaté le déploiement d'une parabole d'environ 2 mètres de diamètre, corrélée à une déconnexion internet.

Lors d'une perquisition menée le lendemain, les enquêteurs ont découvert "un système d'ordinateurs reliés à des antennes paraboliques permettant la captation de données satellitaires", qui a été saisi pour exploitation.

"Brouillage de fréquences" 

L'agence nationale des fréquences radios, requise, avait constaté "l'utilisation illégale de fréquences, l'utilisation non conforme d'équipements radio, le brouillage de fréquences, la détention illégale de dispositifs techniques de captation de données informatiques".

Le dispositif permettait "d'intercepter illégalement le flux descendant des satellites, notamment des échanges entre entités militaires d'importance vitale", avait souligné le parquet.

Ces deux Chinois avaient, pour leur demande de visa, déclaré travailler comme ingénieurs pour une entreprise spécialisée dans la recherche et le développement d'équipements et de systèmes de communication sans fil, selon le ministère public.

Cette entreprise coopère avec des universités établissant des projets à vocation militaire, selon la même source.

Deux autres personnes ont été interpellées lorsqu'elles se sont présentées dans le logement, suspectées d'avoir procédé à l'importation illégale du matériel, a précisé le parquet.

C'est donc une nouvelle affaire d'espionnage présumé au profit de la Chine en France. Mi-décembre, un enseignant-chercheur à l'institut d'ingénierie et de mécanique de Bordeaux, préfecture du département de la Gironde, avait été mis en examen, soupçonné d'ingérence au profit de la Chine en ayant fait pénétrer une délégation chinoise dans des zones sensibles interdites.

Ce professeur, laissé libre sous contrôle judiciaire, est poursuivi notamment pour "livraison d'information à une puissance étrangère", "intelligence avec une puissance étrangère" et "complicité d'intrusion dans un local ou terrain clos intéressant la défense nationale".

Plusieurs affaires d'espionnage en lien avec la Chine ont par ailleurs secoué l'Europe ces derniers mois.


A Paris, Grégoire veut être un maire «d'hyper-proximité», «différent» d'Hidalgo

Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a promis jeudi d’être un maire "différent" d'Anne Hidalgo, en "hyper-proximité" avec les Parisiens, s’érigeant en "rempart" contre la "spéculation" voulue, selon lui, par Rachida Dati. (AFP)
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a promis jeudi d’être un maire "différent" d'Anne Hidalgo, en "hyper-proximité" avec les Parisiens, s’érigeant en "rempart" contre la "spéculation" voulue, selon lui, par Rachida Dati. (AFP)
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  • Il entend renforcer "considérablement" les prérogatives des maires d'arrondissements pour pouvoir "réorganiser l'ensemble du service public à l'échelle du quartier"
  • "Plus aucune grande décision ne sera prise sans les Parisiens", a-t-il assuré, évoquant la tenue de votations comme en a organisé Anne Hidalgo

PARIS: Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI à la mairie de Paris, a promis jeudi d’être un maire "différent" d'Anne Hidalgo, en "hyper-proximité" avec les Parisiens, s’érigeant en "rempart" contre la "spéculation" voulue, selon lui, par Rachida Dati.

"Je serai un maire différent, les nouvelles attentes sont nombreuses et je porterai ces nouvelles priorités avec l'énergie et le style qui sont les miens", a déclaré celui qui fut pendant six ans le premier adjoint de l'édile socialiste sortante, en présentant son programme à la presse.

Bien que n'ayant "que des souvenirs merveilleux" de son mandat à l'Hôtel de ville, l'actuel député socialiste "assume une méthode de rupture" avec Anne Hidalgo, en froid avec son ancien dauphin qu'elle n'a soutenu que tardivement et du bout des lèvres.

Le candidat de la gauche unie non-mélenchoniste (écologistes, communistes, Place Publique et ex-Insoumis de L'Après), promet "hyper-proximité", "disponibilité" et "écoute permanente" avec les Parisiens s'il est élu en mars.

Il entend renforcer "considérablement" les prérogatives des maires d'arrondissements pour pouvoir "réorganiser l'ensemble du service public à l'échelle du quartier", à contre-pied selon lui du nouveau mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille, qui permet d'élire le maire directement sans passer par les maires de secteurs.

"Plus aucune grande décision ne sera prise sans les Parisiens", a-t-il assuré, évoquant la tenue de votations comme en a organisé Anne Hidalgo.

Dans chaque mairie, un guichet physique unique accompagnera les démarches administratives avec des "horaires élargis" qui s'appliqueront aussi aux bibliothèques et gymnases.

Contre les déserts médicaux, il prévoit de "mailler tous les quartiers en maisons de santé et cabinets de secteur 1".

Mille rues piétonnes seront aussi déployées dans la capitale, a indiqué le candidat qui détaillera son programme écologique la semaine prochaine.

"Notre socle, c'est le droit de vivre à Paris", a résumé l'aspirant maire de 48 ans, né en Seine-Saint-Denis, qui a longtemps vu la capitale comme une "promesse d'ascension sociale".

Le logement sera la "première des batailles", a-t-il insisté, rappelant son objectif de créer 60.000 logements sociaux et abordables, avec un "rééquilibrage à l'ouest", 4.000 hébergements d'urgence pour que "zéro enfant" ne dorme dans la rue l'hiver prochain.

"Dati a peur du débat" 

"Paris doit rester un modèle de mixité, elle n'appartient ni aux spéculateurs, ni aux plus riches", a-t-il cinglé à l'encontre de ses rivales à droite, Rachida Dati, candidate des LR et du MoDem, et Sarah Knafo (Reconquête).

"Rachida Dati et Sarah Knafo sont les deux faces d'une même pièce qui veut vendre Paris aux plus offrants, où la seule loi qui vaille est celle du marché", selon Emmanuel Grégoire.

Il craint notamment que "le travail des 71.000 associations qui aident les plus fragiles, et sont une structure invisible de notre action publique", soit "bradé" si Rachida Dati gagnait les élections.

"Paris a toujours été une ville refuge pour les ennemis des droites extrêmes et réactionnaires, et le restera. J'en serai le garant et le rempart", a-t-il développé.

Pour financer son programme, l'élu socialiste compte "maintenir un effort d'investissement soutenu, autour de 1,5 à 1,6 milliard d'euros par an". Il s'engage "à ne pas continuer à endetter la Ville au rythme de celui des dernières années, en gardant la capacité de désendettement à 12 ans en fin de mandature". La dette actuelle s'élève à 9,4 milliards d'euros et devrait s'élever à 9,7 milliards d'euros fin 2026.

Le candidat s'engage aussi à ne pas augmenter la taxe foncière, en hausse de 52% sous la mandature d'Anne Hidalgo.

Selon un sondage Cluster 17 pour Politico paru lundi, la liste conduite par Emmanuel Grégoire recueillerait 33% des suffrages exprimés, creusant l'écart avec Rachida Dati, créditée de 26% des intentions de vote.

Si l'actuelle ministre de la Culture a exclu de débattre avec ses opposants au premier tour, "c'est par peur, parce qu'elle est la moins armée sur les sujets parmi les candidats", a taclé le socialiste.


Jean-Noël Barrot au Proche-Orient: renforcer le rôle de la France dans le jeu régional

À travers cette tournée, la France entend rappeler qu’elle demeure un acteur engagé, porteur de messages de stabilité, de sécurité et de souveraineté étatique.  Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien. (AFP)
À travers cette tournée, la France entend rappeler qu’elle demeure un acteur engagé, porteur de messages de stabilité, de sécurité et de souveraineté étatique. Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien. (AFP)
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  • Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien
  • La récente crise au nord-est de la Syrie, marquée par des affrontements entre les autorités de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), a profondément modifié l’équation sécuritaire

PARIS: Sur fond de double crise régionale, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a entamé une tournée éclair au Proche-Orient, le conduisant successivement en Syrie, en Irak et au Liban, jusqu’à vendredi.

Il s’agit d’une séquence diplomatique dense, pensée comme une réponse française à une région sous tension, mais aussi d’une tentative de réaffirmer un rôle diplomatique autonome, à l’heure où l’omniprésence américaine menace de reléguer Paris à la marge des grands équilibres régionaux.

Le choix de ces trois pays n’a rien d’anodin, car tous sont directement exposés aux retombées de la recomposition sécuritaire du nord-est syrien, à la persistance de la menace djihadiste et, surtout, au risque d’escalade autour de l’Iran, qui pourrait embraser l’ensemble de la région.

À travers cette tournée, la France entend rappeler qu’elle demeure un acteur engagé, porteur de messages de stabilité, de sécurité et de souveraineté étatique.

Selon une source diplomatique, le premier axe central de la visite est la lutte contre Daech, un enjeu partagé par la Syrie, l’Irak et le Kurdistan irakien.

La récente crise au nord-est de la Syrie, marquée par des affrontements entre les autorités de Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), a profondément modifié l’équation sécuritaire.

Jusqu’ici, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par la coalition internationale, constituaient le principal partenaire opérationnel dans la lutte contre l’organisation terroriste.

Mais l’accord conclu le 29 janvier entre Damas et les FDS, auquel la France a activement contribué par sa médiation, prévoit l’intégration progressive des forces et des institutions kurdes dans l’appareil étatique syrien.

Il s’agit là d’une évolution lourde de conséquences, car désormais Damas est appelé à devenir l’interlocuteur central dans la lutte antiterroriste au nord-est du pays.

Pour Paris, ce développement crée un risque, car non seulement la menace djihadiste demeure, mais l’architecture antiterroriste construite depuis plus de dix ans avec les FDS doit être entièrement repensée.

La source diplomatique estime que la sécurité des camps et des prisons abritant des détenus de Daech, la coordination opérationnelle et le partage du renseignement figurent parmi les dossiers sensibles que le ministre entend aborder avec les autorités syriennes, kurdes et irakiennes, en amont de la réunion de la coalition internationale prévue ce mois-ci à Riyad.

Le deuxième message concerne la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, perçu à Paris comme une avancée politique majeure, mais encore fragile.

Il est vrai, indique la source, que le cessez-le-feu tient, mais la méfiance demeure entre des acteurs qui se sont affrontés militairement, et les risques de sabotages par des factions radicales existent de part et d’autre.

La France plaide pour une application complète et sincère de l’accord, conforme à sa vision d’une Syrie unie, mais respectueuse de sa pluralité ethnique, culturelle et religieuse.

À Damas, Jean-Noël Barrot doit rappeler qu’une stabilité durable passe par des garanties concrètes accordées à la composante kurde, en matière de sécurité, de droits politiques et de reconnaissance culturelle et éducative.

Forte de ses liens anciens avec les Kurdes syriens, forgés dans le combat contre Daech, la diplomatie française assume son rôle d’intermédiaire crédible, capable de faire passer des messages difficiles, tout en refusant de renier cette « fraternité d’armes » qui structure encore sa position dans la région.

Troisième pilier de la tournée : la crise avec l’Iran et le risque d’escalade militaire régionale.

L’Irak et le Liban figurent parmi les pays les plus vulnérables, en raison de la présence de puissants relais iraniens, à savoir certaines factions de la mobilisation populaire irakienne et le Hezbollah libanais.

À Bagdad comme à Beyrouth, Jean-Noël Barrot entend délivrer un message de réassurance stratégique. Si le Liban a déjà été entraîné dans la spirale régionale en 2024, l’Irak, jusqu’ici, est parvenu à éviter l’engrenage.

Paris souhaite aider ses partenaires à préserver cette fragile stabilité, tout en soulignant les dangers d’une instrumentalisation de leurs territoires par des acteurs extérieurs.

La dernière étape libanaise constitue le temps fort de la tournée et sera largement consacrée à la préparation de la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises, prévue le 5 mars à Paris, sous l’égide du « quintet » (France, États-Unis, Arabie saoudite, Qatar, Égypte).

L’objectif est clair : renforcer l’armée libanaise afin qu’elle puisse assurer la souveraineté de l’État et progresser vers le monopole légitime des armes, conformément au plan « Nation Shield ».

Dans un contexte régional explosif, la question du désarmement du Hezbollah reste hautement sensible, mais Paris estime qu’une fenêtre d’opportunité existe, alors que l’Iran apparaît affaibli.

La France souligne les premiers résultats du déploiement de l’armée libanaise dans le sud du pays, longtemps laissé aux seules forces des Nations unies (Finul), ainsi que le renforcement des contrôles aux frontières, au port et à l’aéroport de Beyrouth. Un processus lent, estime la source, mais indispensable pour restaurer l’autorité de l’État.

Au-delà du sécuritaire, Paris entend aussi rappeler l’urgence des réformes économiques et financières.

À ce niveau, le vote par le gouvernement libanais du projet de loi sur la répartition des pertes, considéré comme une étape clé vers un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), est salué comme un acte de courage politique.

Mais sans restructuration du secteur bancaire, aucun redressement n’est possible, martèle Paris, qui plaide pour des réformes imparfaites mais concrètes, plutôt que pour un statu quo stérile.

Cette tournée traduit, au fond, une ambition plus large : maintenir la France dans le jeu régional, malgré la domination américaine sur les dossiers les plus sensibles, en renforçant sa position de médiatrice en Syrie, de partenaire stratégique en Irak et de pilier historique au Liban.