La transformation numérique de la presse tue-t-elle le journalisme?

La diminution des revenus publicitaires de la presse écrite, et le pouvoir croissant d'une poignée de géants du numérique posent des problèmes aux entreprises, aux gouvernements et aux économies. (Photo, AN)
La diminution des revenus publicitaires de la presse écrite, et le pouvoir croissant d'une poignée de géants du numérique posent des problèmes aux entreprises, aux gouvernements et aux économies. (Photo, AN)
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Publié le Vendredi 11 juin 2021

La transformation numérique de la presse tue-t-elle le journalisme?

  • Entre 2016 et 2024, la part du numérique dans les dépenses publicitaires dans le CCG devrait augmenter de 20%, et celle de l'imprimé régresser de 13%
  • La croissance des médias numériques et sociaux a eu un effet dévastateur sur l'industrie de la presse écrite

DUBAÏ: Pour beaucoup, lire un journal, ou feuilleter un magazine pendant le petit-déjeuner, s’informer des dernières nouvelles pour suivre le cours des marchés, les actualités sportives et les nouvelles destinations à explorer, demeure le moyen idéal pour commencer le week-end.

Toutefois, le monde de la presse, des journaux grand format et des tabloïds, des exclusivités et des scandales, a rapidement évolué, avec des implications importantes, non seulement sur la façon dont nous obtenons des informations, mais aussi sur notre compréhension du monde.

En 2020, 79% des jeunes du monde arabe se sont informés via les réseaux sociaux, contre seulement 25% en 2015, selon l’Enquête sur la jeunesse arabe 2020. D'ici à 2022, 65% du produit intérieur brut mondial devrait être numérisé, avec des investissements directs dans la transformation numérique totalisant 6 800 milliards de dollars (environ 5 580  milliards d’euros) entre 2020 et 2023, selon l'International Data Corporation.

Il n'est donc pas surprenant que la transformation numérique ait été le mot d’ordre de nombreuses réunions, conférences et déjeuners d'affaires. Mais quelles en sont les implications, en particulier pour l’industrie de la presse écrite?

Dans son dernier rapport «L'avenir des médias: mythe de la transformation numérique», l'Unité de recherche et d'études (RSU) d'Arab News examine la transformation numérique dans le contexte de la croissance des grandes entreprises technologiques. Elle en analyse aussi l'impact sur l'industrie de l'édition, et démontre pourquoi les gouvernements et les organismes de réglementation doivent agir.

Bien que la croissance des médias numériques et sociaux ait révolutionné les affaires, en grande partie pour le meilleur, elle a eu un effet dévastateur sur l'industrie de la presse écrite.

À l'échelle mondiale et régionale, les revenus publicitaires de la presse écrite sont en baisse constante depuis 2008. Entre 2016 et 2024, la part du numérique dans les dépenses publicitaires du Conseil de coopération du Golfe (CCG) devrait augmenter de 20%, et celle de l'imprimé régresser de 13%, selon les estimations du groupe Choueiri.

«Au fil des années, l'accent a été de plus en plus mis sur la performance, il s’agit de générer des ventes en ciblant les consommateurs à la base de l'entonnoir », explique Alexandre Hawari, PDG de la société d'édition et d'événements Mediaquest et Akama Holding, faisant référence à la baisse des revenus publicitaires.

À mesure que les annonceurs réorientent leurs budgets vers les plates-formes numériques, ils trouvent moins de débouchés pour leurs dépenses. Le numérique est dominé par quelques géants de la technologie. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Facebook et Google cumulent 80% des dépenses publicitaires numériques, selon les estimations du groupe Choueiri.

Aujourd'hui, seulement quatre entreprises – YouTube, Google, Facebook et Snap – représentent 35% du total des dépenses publicitaires mondiales dans les médias, selon les données d'eMarketer. Et la part des dépenses des médias traditionnels dans le monde est passée de 81% en 2011 à 44% en 2021.

Cette concentration, et donc le pouvoir détenu entre les mains de quelques grandes compagnies est dangereuse, tant pour les entreprises que pour les économies. La quasi-monopolisation de l'industrie de la publicité numérique signifie que les organismes gouvernementaux ont du mal à réglementer les géants de la technologie. Cela a de vraies implications sur l'authenticité et la précision du contenu de l’information.

Une étude réalisée en 2018 par trois universitaires du Massachusetts Institute of Technology a révélé que les fake news se propageaient beaucoup plus rapidement sur Twitter que les nouvelles authentiques. Selon leurs recherches, les fake news sont 70% plus susceptibles d'être retweetées que les vraies informations.

Une propension au scandale, à l'outrage et à la calomnie fait de la montée des fausses informations et des contenus haineux et violents sur ces plates-formes un sujet de grave préoccupation.

La croissance des médias numériques et sociaux a eu un effet dévastateur sur l'industrie de la presse écrite à travers le monde. (Photo, AFP/ Archives)
La croissance des médias numériques et sociaux a eu un effet dévastateur sur l'industrie de la presse écrite à travers le monde. (Photo, AFP/ Archives)

Comme les lecteurs consultent constamment les actualités sur leurs appareils mobiles, les fake news se retrouvent vite propagées à la une de l’actualité, car de plus en plus de personnes les lisent et les partagent, tout en raccourcissant la durée de vie des histoires véridiques. Les journalistes n'ont pas le luxe de prendre le temps de vérifier et de creuser ces fausses informations.

 Lorsque Bill Clinton a été accusé d'avoir des relations indécentes avec la stagiaire de la Maison Blanche, Monica Lewinsky, le journaliste et auteur de la BBC, Gavin Esler, a passé un an à enquêter sur la vérité. Mais lorsque «la principale source d'information au monde raconte constamment des mensonges», explique Esler – faisant référence à l'ancien président américain Donald Trump –, il est très difficile pour quiconque, en particulier les journalistes, de réagir.

Facebook a également joué un rôle essentiel dans la victoire de Trump en 2016. Brad Parscale, qui a dirigé la campagne numérique de Trump, a déclaré que 80% du budget de la campagne avait été consacré à Facebook. Dans une interview avec le magazine Wired, il avait ainsi déclaré: «Facebook et Twitter sont la raison pour laquelle nous avons gagné ce truc. Twitter pour M. Trump. Et Facebook pour la collecte de fonds.»

En 2018, l'ONU a déclaré que Facebook avait joué un rôle majeur dans la haine et la violence  exercées à l’encontre les musulmans rohingyas en Birmanie. Une enquête du New York Times avait montré que les membres de l'armée birmane étaient les principaux instigateurs d'une campagne systématique sur Facebook vieille de cinq ans, qui ciblait le groupe minoritaire.

Twitter n'est pas non plus exempt de controverse. Début janvier, le réseau social a banni Trump, à la suite des émeutes du Capitole pour des tweets qui auraient incité à la violence de la part des manifestants d'extrême droite.

Les partisans de l'ancien président américain, Donald Trump, se rassemblent devant le Capitole le 6 janvier 2021 – Le 4 juin 2021, Facebook a banni Trump du réseau social pendant deux ans, affirmant qu'il méritait la peine maximale pour avoir enfreint ses règles lors de l'attaque meurtrière des manifestants contre le Capitole. (Photo, AFP/ Images Getty / Archives)
Les partisans de l'ancien président américain, Donald Trump, se rassemblent devant le Capitole le 6 janvier 2021 – Le 4 juin 2021, Facebook a banni Trump du réseau social pendant deux ans, affirmant qu'il méritait la peine maximale pour avoir enfreint ses règles lors de l'attaque meurtrière des manifestants contre le Capitole. (Photo, AFP/ Images Getty / Archives)

D'autres dirigeants à la réputation douteuse continuent de tweeter, et d'inciter à la haine sur la plate-forme, notamment le religieux égyptien en exil, Youssef al-Qaradawi, le terroriste Qais al-Khazali, chef d'Asa'ib al-Haq en Irak, et le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

Ensuite, se pose évidemment la question du financement. Alors que le public se tourne vers des plates-formes numériques telles que Google, Facebook et Twitter pour lire les actualités quotidiennes, ces entreprises utilisent à leur profit un journalisme de qualité, alors que dans le même temps, les journalistes et les sociétés de presse accumulent des pertes.

La deuxième plus grande source de fréquentation pour Facebook et Google dans chaque pays est l'actualité, rappelle Juan Senor, président d'Innovation Media Consulting Group.

Il semble souhaitable que les grandes entreprises technologiques investissent non seulement dans le journalisme, mais rémunèrent également les éditeurs de manière équitable, ce que les régulateurs du monde entier tentent de faire respecter.

Ne pas payer le contenu diffusé d'une manière ou d'une autre est «fondamentalement absurde, c’est un argument erroné», affirme Esler. «Ne pas rémunérer les journalistes et les éditeurs, c'est comme prendre le lait des agriculteurs et ne pas les payer. Pourquoi ne devrait-il pas y avoir une récompense raisonnable de la part de ces organisations massives pour un contenu dont elles tirent profit sans contrepartie?».

Sarah Messer, directrice générale de Nielsen Media au Moyen-Orient, précise que lorsque les plates-formes de réseaux sociaux se développaient, les éditeurs traditionnels étaient lents «à comprendre comment mélanger leurs offres numériques avec leurs offres traditionnelles. Ils étaient mal à l'aise dans l'univers numérique, laissant la porte ouverte à l’implantation des grandes entreprises de technologie».

Bien que les éditeurs aient numérisé leur contenu, la relation entre les grandes entreprises technologiques et les médias d’actualités a toujours été «dysfonctionnelle», soutient Senor, d’Innovation Media.

Alors que les grandes technologies récompensent ceux qui obtiennent plus de clics, les experts affirment que les éditeurs de contenu crédible sont confrontés à d’énormes défis à l'avenir. (Photo, Shutterstock)
Alors que les grandes technologies récompensent ceux qui obtiennent plus de clics, les experts affirment que les éditeurs de contenu crédible sont confrontés à d’énormes défis à l'avenir. (Photo, Shutterstock)

«La relation est fondée sur le principe que si vous créez un public et obtenez un important trafic, vous générerez beaucoup de revenus publicitaires. Mais cela n'est vrai que pour les grandes entreprises technologiques, pas pour les éditeurs», ajoute-t-il. «Elles ont toujours eu le dessus.» 

Le rédacteur en chef d'Arab News, Faisal Abbas, explique qu'aujourd'hui presque tous les journaux publient désormais leurs articles en ligne, et ont une présence considérable sur les réseaux sociaux. Mais selon lui, le problème est que l'industrie n'est pas juste envers les éditeurs crédibles. «Nous devons uniformiser les règles du jeu, afin que les mêmes outils soient disponibles pour les maisons d'édition.»

«Le problème, c’est que Google, Facebook, et les grandes entreprises technologiques récompensent les personnes qui obtiennent plus de clics», poursuit Abbas. «Le plus grand perdant de cette équation, c’est l’information de qualité. Il doit y avoir un moyen de pouvoir récompenser les publications ou les médias qui produisent ces informations crédibles, au lieu de les punir. C’est malheureusement ce qui se passe actuellement.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com


L'armée américaine dit avoir avoir tiré sur un navire qui violait son blocus des ports iraniens

L'armée américaine a annoncé mardi avoir tiré sur un navire battant pavillon du Panama qui tentait de s'approcher d'un port iranien en violation du blocus instauré par Washington. (AFP)
L'armée américaine a annoncé mardi avoir tiré sur un navire battant pavillon du Panama qui tentait de s'approcher d'un port iranien en violation du blocus instauré par Washington. (AFP)
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  • Un hélicoptère a tiré deux missiles sur la salle des machines du bateau cargo, le Vela Nova, après que son équipage a "ignoré" les avertissements américains
  • C'est la troisième fois que l'armée américaine utilise la force pour faire respecter son blocus des ports iraniens depuis sa remise en place le 14 juillet

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mardi avoir tiré sur un navire battant pavillon du Panama qui tentait de s'approcher d'un port iranien en violation du blocus instauré par Washington.

Un hélicoptère a tiré deux missiles sur la salle des machines du bateau cargo, le Vela Nova, après que son équipage a "ignoré" les avertissements américains, précise le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, dans un communiqué publié sur X.

C'est la troisième fois que l'armée américaine utilise la force pour faire respecter son blocus des ports iraniens depuis sa remise en place le 14 juillet. Depuis, les forces américaines affirment avoir redirigé 55 navires qui tentaient de passer.

Lors de la première mise en place du blocus, entre mi-avril et mi-juin, l'armée américaine avait tiré sur neuf navires et redirigé plus de 140 autres.


Trump assure que sa relation avec Netanyahu est "très bonne" en dépit des désaccords sur Gaza

Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) à son arrivée à la résidence de Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (AFP)
Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) à son arrivée à la résidence de Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (AFP)
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  • Donald Trump affirme que sa relation avec Benjamin Netanyahu reste « très bonne », malgré les désaccords sur la feuille de route américaine pour Gaza
  • Netanyahu refuse tout retrait israélien tant que le Hamas ne sera pas désarmé, tout en affirmant qu’Israël continuera à défendre ses propres positions face à Washington

WASHINGTON: Donald Trump a assuré lundi que sa relation avec Benjamin Netanyahu restait "très bonne", après que ce dernier a rejeté la dernière feuille de route américaine pour Gaza.

Le Premier ministre israélien avait déjà exprimé des réticences sur ce texte censé lancer la deuxième étape du plan de paix.

L'armée israélienne "n'effectuera aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé", a déclaré Benjamin Netanyahu, qui tente de donner des gages à ses alliés d'extrême droite avant de délicates élections législatives en septembre.

Il a qualifié le président américain de "plus grand ami (d'Israël) à la Maison Blanche", tout en faisant comprendre qu'il était prêt à lui tenir tête: "Ils ont des idées, certaines nous conviennent et d'autres non, et nous savons défendre nos positions sur ces questions."

Les relations entre les deux dirigeants ont connu des difficultés au printemps.

Donald Trump, en des termes très virulents, a reproché en avril à Benjamin Netanyahu de saper des négociations en vue d'un cessez-le-feu avec l'Iran.


Trump va réclamer lui aussi des "compensations" à l'Iran

Le président Trump a appelé l’Iran à verser des compensations. (AFP)
Le président Trump a appelé l’Iran à verser des compensations. (AFP)
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  • Donald Trump affirme que Washington réclamera à l’Iran des compensations pour les victimes et dégâts liés à ses attaques et conflits passés
  • Ces nouvelles exigences pourraient compliquer davantage les négociations sur le détroit d’Ormuz, alors que Téhéran réclame lui aussi des réparations et la levée des sanctions américaines

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré lundi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis allaient réclamer des "compensations" pour des attaques menées par l'Iran depuis des décennies contre des adversaires à l'étranger ou contre des manifestants sur son sol.

Le président américain a assuré que cette demande serait faite "fermement" dans toute négociation, en réponse à une exigence de longue date des autorités iraniennes, qui conditionnent tout accord sur le détroit d'Ormuz au versement de réparations américaines.

L'Iran "demande des compensations pour les dommages qu'ils ont subis pendant les cinq mois de conflit militaire", a écrit Donald Trump, "bien que cela n'ait jamais été évoqué dans aucune de nos négociations ou réunions."

"Mais c'est une idée intéressante parce que, de la même manière, je demande moi aussi des compensations à l'Iran, pour tous les gens qu'ils ont tués et blessés" dans des attaques et "conflits", dont "les familles de ceux tués sur l'USS Cole", un navire de guerre américain frappé par un attentat meurtrier en 2000 au Yémen, a ajouté le milliardaire républicain.

Donald Trump a ajouté que "des compensations devraient être versées pour les familles des centaines de milliers de manifestants innocents que l'Iran a tués ces dernières cinquante années, sans même parler des 52.000 tués ces cinq derniers mois".

Un peu plus tard, dans une autre publication, le président octogénaire a jugé que l'Iran devait être tenu "responsable des dégâts et morts causés au Liban, en Syrie, au Yémen et à Gaza".

Ces nouvelles exigences de l'imprévisible dirigeant américain risquent de mettre hors de portée un accord rapide sur le détroit d'Ormuz, qui paraissait déjà bien improbable alors que l'Iran exige de son côté l'acceptation par Washington de "toutes" ses conditions.

Téhéran juge que les Etats-Unis doivent "mettre fin définitivement à la guerre et à l'agression" contre l'Iran et ses alliés, y compris au Yémen et en Irak, lever leur blocus des ports iraniens, "indemniser intégralement l'Iran pour les dommages causés" par les hostilités, lever les sanctions contre l'économie et débloquer "sans condition" les avoirs iraniens gelés.

Dimanche, Donald Trump a laissé entendre qu'il n'avait besoin d'engager ni une offensive militaire majeure ni un effort diplomatique particulier, en assurant qu'il lui suffisait d'"observer" les difficultés économiques de l'Iran.