Dans le ciel balte, les chasseurs français à l'affût des avions russes

Un avion de combat F-16 de l'armée de l'air polonaise lors d'un exercice de la mission de police aérienne de l'OTAN sur la Baltique, en Lituanie, le 14  janvier 2020. (John THYS / AFP)
Un avion de combat F-16 de l'armée de l'air polonaise lors d'un exercice de la mission de police aérienne de l'OTAN sur la Baltique, en Lituanie, le 14 janvier 2020. (John THYS / AFP)
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Publié le Samedi 29 août 2020

Dans le ciel balte, les chasseurs français à l'affût des avions russes

  • Ces vols sur alerte dans l'espace aérien balte sont déclenchés « quand un avion n'a pas communiqué de plan de vol, s'il ne répond pas à la radio ou s'il n'a pas de transpondeur »
  • L'engagement de la France auprès des partenaires baltes, dans les airs mais aussi au sol depuis 2017, dans le cadre de la présence avancée renforcée (eFP) de l'Otan, est « absolument essentiel aujourd'hui »

ÄMARI : Le long de la piste entourée d'une forêt dense, non loin de la mer Baltique, quatre Mirage 2000 se tiennent prêts à décoller sur alerte: depuis quatre mois, ces chasseurs français contribuent à assurer la police du ciel des pays baltes, alliés de l'Otan et voisins méfiants de la Russie.

Incapables de protéger seuls l'intégrité de leur espace aérien, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie ont confié depuis 2004 le soin de veiller sur leur ciel aux partenaires de l'Alliance atlantique.

En 2014, après l'annexion russe de la Crimée et l'ingérence de Moscou dans le conflit en Ukraine, cette mission (Baltic Air Policing) réalisée depuis la base de Siauliai, en Lituanie, a été étendue à deux autres bases: Malbork, en Pologne, et Ämari, en Estonie, où quatre avions de combat français ont pris place en mai dans des hangars qui, pendant l'ère soviétique, abritaient des Sukhoï SU-24.

"En quatre mois, nous avons effectué une quinzaine de vols sur alerte" appelés "Alpha Scramble", où les avions décollent en une poignée de minutes à la demande du commandement des opérations aériennes de l'Otan, armés de canons de 30 mm et de missiles air-air, explique le lieutenant-colonel Joan Dussourd, chef du détachement français composé d'une centaine d'aviateurs.

Ces vols sur alerte dans l'espace aérien balte sont déclenchés "quand un avion n'a pas communiqué de plan de vol, s'il ne répond pas à la radio ou s'il n'a pas de transpondeur" permettant de suivre ses mouvements, détaille le commandant Georges, pilote du groupe de chasse 1/2 Cigognes.

Ces appareils indélicats, "à 100% militaires" de source française, ont des profils variés: pour moitié des chasseurs, mais aussi des avions de transport, de renseignement électromagnétique, de patrouille maritime, de lutte anti-sous-marine ou encore des avions VIP, dûment escortés.

Collecte de renseignement

En allant les marquer de près, les chasseurs de l'Otan en profitent pour collecter du renseignement, souligne le capitaine Jean-Charles: "En vol, on fait des prises de vue pour recenser les aéronefs, leur équipement. On a aussi une caméra de sport avec nous, pour analyser le comportement de l'avion".

Sur ce point, aucun incident à signaler avec les Russes, dont les incursions restent très calibrées. "De grands professionnels", qui viennent "voir où sont les bornes", commente sobrement le lieutenant-colonel Dussourd.

"Il est rarissime qu'un aéronef survole le territoire national. Ce qui est fréquent, ce sont des transits au-dessus des eaux internationales, hors du territoire souverain mais dans l'espace aérien dans lequel les contrôleurs baltes opèrent pour assurer la sécurité des vols ("flight information region")", décrit l'officier. "Ce n'est pas un viol de souveraineté mais cela représente un danger pour l'aviation civile".

Toutefois, prévient-il, si la chasse de "l'OTAN n'était pas là, il y aurait du survol des territoires nationaux. C'était le cas avant que les mandats OTAN se mettent en place", assumés par rotation de nations volontaires. 

"Nous apprécions beaucoup le soutien des Français" face à "un voisin qui n'est pas fiable", a déclaré à l'AFP le chef d'état-major estonien Martin Herem, en rappelant que l'Estonie, petit pays de 1,3 million d'habitants, participe de son côté à plusieurs opérations au Mali: EUTM, Barkhane et la nouvelle force Takuba.

Venu rendre visite fin août aux aviateurs français, le chef d'état-major français François Lecointre a pu pleinement appréhender "ce jeu du chat et de la souris que jouent ici l'armée de l'Air et les armées de l'Air de l'Otan, comme le fait la Marine nationale dans l'Atlantique avec les sous-marins russes".

L'engagement de la France auprès des partenaires baltes, dans les airs mais aussi au sol depuis 2017, dans le cadre de la présence avancée renforcée (eFP) de l'Otan, est "absolument essentiel aujourd'hui" , estime-t-il.

Cet engagement permet de crédibiliser une posture française "qui assume pleinement l'appartenance de la France à l'Otan (...) mais en même temps qui souhaite promouvoir une forme de souveraineté européenne", face au désengagement américain, ainsi qu'"un dialogue sans illusion mais clair avec la Russie", suscitant la méfiance d'un certain nombre d'alliés. 

"Cette position ne peut être audible par nos partenaires que si nous sommes capables de montrer la fermeté et le sérieux de notre engagement dans l'Otan", fait valoir le général Lecointre. 


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
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  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
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  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".