Lorenzo Vidino : « Les gouvernements européens doivent comprendre que les Frères Musulmans sont une entité problématique »

Affrontement entre partisans et opposants des Frères Musulmans en Egypte, où le groupe est actuellement interdit. (AFP)
Affrontement entre partisans et opposants des Frères Musulmans en Egypte, où le groupe est actuellement interdit. (AFP)
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Publié le Mardi 01 septembre 2020

Lorenzo Vidino : « Les gouvernements européens doivent comprendre que les Frères Musulmans sont une entité problématique »

  • Le nouveau livre du Dr Lorenzo Vidino, « Le Cercle Fermé », fait la lumière sur une organisation secrète qui « nie jusqu’à sa propre existence »
  • Dans une interview exclusive, il affirme que les gouvernements européens ne devraient pas considérer le groupe comme représentant les musulmans

ROME: Les gouvernements européens ne doivent pas tomber dans le piège des Frères Musulmans qui tentent d’être considérés comme les représentants des musulmans, explique le Dr Lorenzo Vidino, expert de l’islamisme en Occident. Pour lui, ils constituent «une entité problématique au sein de la communauté musulmane » dont l'influence est « dangereuse. »

Définir l’importance de la confrérie en Europe est « très difficile » car « contrairement au Moyen-Orient… il n'y a dans aucun pays européen de groupes ou d'individus qui se reconnaissent ouvertement membres de la confrérie » précise l’expert, directeur du Programme sur l’extrémisme à l’Université George-Washington, et auteur du récent ouvrage The Closed Circle : Joining and Leaving the Muslim Brotherhood in the West (Le Cercle Fermé : rejoindre et quitter les Frères Musulmans en Occident).

L’adaptation en Europe

Les Frères Musulmans ont été fondés en Égypte en 1928 par Hassan al-Banna et ont cherché à établir un califat islamique mondial. Ils ont influencé les mouvements islamistes dans le monde avec leur modèle de militantisme politique associé à des œuvres caritatives. On estime qu’à la fin des années 40, le groupe comptait 500 000 membres en Égypte, et que ses idées s'étaient répandues dans le monde arabe.

Selon Lorenzo Vidino, à partir des années 1960, des individus et des organisations ayant des liens avec la confrérie dans le monde arabe se sont déplacés vers l'Occident et « ont créé dans toute l’Europe des réseaux qui sont maintenant assez indépendants du Moyen-Orient.

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Dr. Lorenzo Vidino.(Photo Fournie)

Ils adoptent l'idéologie de la confrérie, mais sont pour la plupart libres de choisir leurs tactiques et leurs stratégies » affirme Vidino, dont les recherches se sont concentrées sur la dynamique de mobilisation des réseaux djihadistes en Occident, et sur les activités des organisations issues des Frères Musulmans.

Ces réseaux ont pu exercer une influence bien supérieure à leur petit nombre, selon le chercheur, pour lequel ils sont « particulièrement problématiques » en raison de leur impact sur la cohésion sociale et l'intégration en Europe. « Le message qu'ils font passer, au moins en interne au sein de la communauté musulmane, est très polarisant. Il crée un état d’esprit de ‘nous’ et ’eux’, avec un processus de victimisation constante, qui met en avant l’idée que l’Occident en veut aux musulmans et qu’il est contre l’Islam. Cela crée évidemment une société conflictuelle, qui empêche le processus d'intégration, et empoisonne les relations entre les communautés », explique à Arab News Lorenzo Vidino, qui a occupé diverses fonctions au Belfer Center for Science and International Affairs de la Harvard University, à la Kennedy School of Government, à l’US Institute of Peace, ainsi qu’à la RAND Corp. et au Center for Security Studies à Zurich.

Les opposants aux Frères Musulmans affirment qu'ils sont devenus un terreau fertile pour les terroristes. A titre d’exemple, Ayman Al-Zawahiri, le dirigeant d'Al-Qaïda, a rejoint la confrérie dans les années 60, alors qu'il avait quatorze ans. Dans un entretien à Arab News l'année dernière, le Dr Hamdan Al-Shehri, analyste politique saoudien, avait affirmé qu’il « faut se rappeler que des organisations terroristes comme Al-Qaïda et Daech se sont inspirées des idéologues des Frères Musulmans. »

Les réseaux soutenus par le Qatar

Dans un article de 2015 intitulé « Les Frères Musulmans au Royaume-Uni », le Dr Vidino avait nommé trois catégories d'individus et d'organisations opérant à l’intérieur du Royaume-Uni, pouvant être considérés comme appartenant à la mouvance des Frères Musulmans. « Ils opèrent à différents degrés décroissants: il y a les Frères eux-mêmes, ceux qui leur sont affiliés et les organisations influencées par les Frères Musulmans. »

Le Dr Vidino ajoute qu’une « attention particulière est portée aux activités des membres de la branche égyptienne de la confrérie vivant à Londres. Ce petit groupe d'une poignée de hauts dirigeants et de jeunes militants est actif dans les médias déploie des efforts au niveau légal ainsi qu’auprès des groupes de pression afin de contester le régime égyptien actuel. »

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Le gouvernement égyptien a déclaré les Frères Musulmans groupe terroriste en décembre 2013, après les avoir accusés d'avoir mené une série d'attentats à la bombe au Caire. Le groupe étant contraint à la clandestinité en Égypte et dans un certain nombre d'autres pays arabes, nombre de ses membres et de ses partisans ont trouvé refuge en Turquie et au Qatar.

Un livre publié l'année dernière par deux journalistes d'investigation français, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, a révélé les détails de généreux versements effectués par le Qatar aux organisations des Frères Musulmans à travers l'Europe. Intitulé « Qatar Papers - Comment l’État finance l’Islam en France et en Europe », l’ouvrage serait basé sur des documents officiels et des témoignages qui mettent en lumière le vaste financement de Doha pour promouvoir l’idéologie des Frères Musulmans sur le continent. Le livre fait état de preuves de chèques et de transferts d'argent du Qatar ayant été utilisés pour financer des projets liés à la confrérie à travers l'Europe.

Vidino, qui a témoigné devant le Congrès Américain et d'autres Parlements à travers le monde et a conseillé aux responsables du monde entier d’appliquer la loi, affirme que les Frères Musulmans en Occident sont « une organisation tellement secrète qu’elle nie jusqu’à sa propre existence. C'est pourquoi j'ai pensé que l'un des meilleurs moyens d'obtenir des informations sur elle et sa structure, sur ce qu'elle pense et veut, était d'interroger des personnes qui font partie de cette organisation en Occident », affirme t-il à Arab News.

Le chercheur a rencontré des « expériences différentes » lors des interviews qu’il a réalisées pour son livre, mais assure que « tous ont été recrutés après un très long processus. Ils sont devenus une partie de ce qu'ils ont décrit comme étant un mécanisme très sophistiqué dans chaque pays. Ils avaient tous quelque chose en commun: ils ont tous constaté une corruption au sein de l'organisation et un manque de démocratie interne. Ils en sont tous arrivés à voir la confrérie comme trompeuse. Ils y ont vu beaucoup d'hypocrisie, et une utilisation de la religion à des fins purement politiques. »

L’ombre de la Turquie

Les personnes qui quittent le groupe sont « ostracisées ». Elles perdent une grande partie de leurs relations, « parce qu'être membre de la confrérie est une expérience très absorbante. Il est évidemment difficile pour toute personne qui y a consacré dix ou vingt ans de sa vie de se dire qu’elle a eu tort, et que l’organisation et l’idéologie auxquelles elle a consacré sa vie étaient fausses. Cela demande beaucoup de courage intellectuel. »

Certains ont manifestement le courage intellectuel nécessaire. A titre d’exemple, un récent compte-rendu dans les médias allemands faisait mention de la divulgation de documents confidentiels qui font la lumière sur l'utilisation par le Qatar de sa richesse et de ses œuvres caritatives pour financer et infiltrer des mosquées, activer les réseaux des Frères Musulmans et accroître son influence dans toute l'Allemagne.

Les documents révèlent que la Qatar Charity a puisé dans ses fonds pour financer au moins 140 mosquées et centres Islamiques à travers l'Allemagne depuis le début de sa campagne - pour un coût estimé à 72 millions d'euros. Rien qu'en 2016, l'association caritative a dépensé environ cinq millions d'euros pour divers projets de construction dans les grandes villes allemandes, notamment Berlin et Munich.

Non loin derrière le Qatar se trouve la Turquie, qui a soutenu sous diverses formes les Frères Musulmans, notamment en accordant l'asile politique aux membres recherchés de la confrérie, et en les équipant de chaînes de télévision et de radio satellitaires. Dans un article récent intitulé « L'influence d'Erdogan en Europe: une étude de cas suédoise » dans le Fikra Forum du Washington Institute For Near East Policy, Magnus Norell, chercheur, écrit que « le leadership politique de la Turquie semble profondément investi dans un certain nombre de petits partis européens qui s'alignent sur la propre vision politique d'Erdogan mise en œuvre en Turquie. »

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Le gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdogan a grandement soutenu les Frères Musulmans. (AFP)

Norell explique qu'Erdogan avait clairement explicité sa politique à la télévision albanaise en juin 2017, déclarant qu'il n'y avait rien de mal à soutenir des partis politiques dans les Balkans et d'autres pays européens partageant une idéologie similaire à celle de son AKP islamiste, et que « personne ne devrait être dérangé par cette démarche. »

Faisant référence à leur présence en Europe, Vidino décrit les Frères Musulmans comme « un groupe élitiste. Pour eux, l’important n’est pas le nombre. On n’en fait pas facilement partie. Ils sont très sélectifs dans leurs choix, confie t-il à Arab News. Nous ne parlons pas de très grands nombres de personnes. Nous parlons peut-être de quelques centaines de personnes dans un pays comme l'Italie, peut-être de 1 000 dans des pays comme la France ou l'Allemagne. Leur pouvoir réside dans leur capacité à mobiliser d'autres personnes, à influencer la communauté musulmane, à influer sur l'élaboration des politiques en Occident… Ils ont une grande capacité d’adaptation à leur environnement. »

Les membres des Frères Musulmans veulent être considérés par « le pouvoir, les gouvernements et les médias occidentaux comme les représentants des communautés musulmanes et, en fait, devenir ceux qui façonnent l'Islam en Italie, en Allemagne, en Suède, en Belgique et dans d’autres pays. »

En conclusion, l’expert déclare qu’il « est du ressort des gouvernements européens de comprendre que les Frères Musulmans ne sont pas les représentants de la communauté musulmane, et qu'ils sont, le cas échéant, une entité problématique au sein de la communauté musulmane, qui est la preuve du danger qu’ils représenteront. »

Ce texte est la traduction d'un article paru sur ArabNews.com

 


Le Liban et Israël négocient à Rome sur fond de reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis

De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban et Israël reprennent les négociations à Rome, Beyrouth exigeant un retrait israélien de deux zones pilotes avant toute avancée
  • Les analystes estiment qu'une percée est peu probable, les tensions entre Washington et Téhéran risquant de compliquer le processus

BEYROUTH: Le Liban et Israël entament mardi à Rome de nouvelles négociations sous l’égide des États-Unis, sur fond de reprise des hostilités dans la région entre Washington et Téhéran qui pourrait les impacter selon des analystes.

Les deux pays, en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette cet accord dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

"La délégation libanaise a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", a annoncé lundi soir la présidence libanaise.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

- "Chances limitées" -

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée un vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite pro-iranien avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël pour soutenir l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe selon les médias officiels libanais.

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, selon les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées (..) Ce à quoi nous pourrions assister, c'est plutôt une sorte d'opportunité de montrer que le processus est encore en place (..) qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

Téhéran avait exigé le cessez-le-feu au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril. Dans la nuit de lundi à mardi, les Etats-Unis ont mené pour la troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", affirme Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Mais l'analyste israélienne estime que les priorités de Téhéran aujourd'hui sont le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire.

Karim Bitar affirme pour sa part, que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


France–Arabie saoudite : un siècle de relations diplomatiques, un partenariat stratégique tourné vers l’avenir

L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, s'exprime lors de la réception organisée à Riyad à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, s'exprime lors de la réception organisée à Riyad à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le prince Turki Al-Faisal. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le prince Turki Al-Faisal. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, rencontre le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
La réception a réuni des membres du corps diplomatique accrédité auprès du Royaume, ainsi que des représentants des communautés française et saoudienne. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, et le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf, coupent un gâteau à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, et le maire de Riyad, le prince Faisal ben Abdelaziz ben Ayyaf, coupent un gâteau à l'occasion du 14 Juillet. (Photo fournie)
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  • Le centenaire des relations diplomatiques entre la France et l'Arabie saoudite marque une nouvelle étape dans le renforcement d'un partenariat stratégique couvrant des domaines variés, de la culture à l'intelligence artificielle
  • Paris et Riyad affichent des convergences sur plusieurs enjeux régionaux majeurs, notamment la sécurité, la stabilité du Golfe et la recherche de solutions diplomatiques

RIYAD : À l'occasion de la fête nationale française du 14 juillet, l'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Patrick Maisonnave, a souligné la solidité et la dynamique des relations entre Paris et Riyad lors d'un entretien avec Arab News en français, alors que les deux pays célèbrent en 2026 le centenaire de leurs relations diplomatiques.

Il rappelle que cette année marque le centenaire de la reconnaissance par la France de la souveraineté du roi Abdelaziz sur les territoires du Nejd et du Hedjaz. Un anniversaire qui illustre, à ses yeux, une relation « ancienne, solide et tournée vers l'avenir », portée aujourd'hui par un dialogue politique régulier entre le président Emmanuel Macron et le prince héritier Mohammed ben Salmane.

L'ambassadeur estime que la visite d'État du président français en Arabie saoudite, en décembre 2024, a constitué une étape majeure dans la consolidation du partenariat stratégique global entre les deux pays. Il souligne que les prochaines échéances politiques devraient permettre de donner davantage de contenu et d'ambition à cette relation.

Patrick Maisonnave met également en avant l'élargissement des domaines de coopération bilatérale, qui couvrent désormais l'ensemble des priorités de la Vision 2030. Culture, patrimoine, tourisme, énergie, transports, défense, santé, intelligence artificielle, technologies, éducation ou encore développement urbain figurent parmi les principaux secteurs de collaboration.

Le projet d'AlUla demeure, selon lui, « l'exemple le plus emblématique » de cette dynamique. L'initiative associe préservation du patrimoine, développement touristique durable, archéologie, architecture, muséographie et formation de talents, illustrant l'ambition commune des deux pays.

L'ambassadeur cite également la culture comme l'un des piliers de la relation franco-saoudienne, évoquant notamment le lancement de « La Fabrique », présentée comme un incubateur de projets culturels franco-saoudiens. Il met aussi en avant l'essor de nouvelles coopérations dans les secteurs du numérique et du divertissement, notamment autour de l'e-sport.

À ce titre, il voit dans le choix de Paris par les autorités saoudiennes pour accueillir cet été la Coupe du monde d'e-sport « un acte de confiance envers la France », qui témoigne, selon lui, d'un partenariat s'étendant désormais « aux nouvelles industries du sport, du divertissement, du numérique et de l'innovation ».

Sur le plan régional, Patrick Maisonnave décrit la France comme un partenaire « présent, fiable et constant » des pays du Golfe. Il rappelle l'engagement français en faveur de la sécurité régionale, de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et de la désescalade.

L'ambassadeur souligne enfin les convergences entre Paris et Riyad sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la sécurité du Golfe, la mise en œuvre de la solution à deux États au Proche-Orient, le soutien à l'intégrité territoriale du Liban et les efforts de stabilisation de la Syrie.

Selon lui, ces priorités communes traduisent la volonté des deux pays de privilégier la diplomatie, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques au service de la stabilité régionale.

Ces convergences illustrent, selon lui, la portée du partenariat stratégique entre la France et l'Arabie saoudite. « Tous nos efforts vont dans le même sens : la stabilité régionale doit passer par la diplomatie, le respect du droit international et la recherche de solutions politiques », affirme-t-il.

Une approche qui résume, selon lui, l'esprit du partenariat franco-saoudien : « une relation bilatérale forte et une coopération de tous les instants au service de la stabilité régionale ».


Israël: les élections législatives se tiendront le 27 octobre

Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (AFP)
Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (AFP)
  • Ce scrutin sera le premier organisé depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza et a ouvert d'autres fronts pour Israël dans la région
  • Benjamin Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire d'Israël, a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat

JERUSALEM: Le Parlement israélien a annoncé la tenue des élections législatives pour le 27 octobre, un scrutin largement considéré comme un référendum sur le leadership du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

La Knesset, nom du Parlement israélien, doit achever son mandat le 17 juillet, permettant à la coalition au pouvoir d'aller jusqu'au bout de ses quatre ans, pour la première fois depuis plusieurs décennies.

Dans un communiqué, la conseillère juridique de Parlement, Sagit Afik, a indiqué que la législature actuelle était appelée à aller jusqu'au terme de son mandat, et que par conséquent "les élections étaient (...) fixées par la loi au 27 octobre, sans qu'il soit envisagé d'écourter le mandat de la Knesset".

Ce scrutin sera le premier organisé depuis l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza et a ouvert d'autres fronts pour Israël dans la région.

Benjamin Netanyahu, le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l'histoire d'Israël, a annoncé son intention de briguer un nouveau mandat.

Empêtré dans un procès pour corruption, le dirigeant de 76 ans a affirmé vouloir gagner cette élection, qui pourrait constituer le scrutin le plus déterminant de sa carrière politique.

Ces derniers jours, son gouvernement, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, s'est employé à faire adopter une série de projets de loi afin de consolider sa majorité et d'aborder les élections en position de force.

Les derniers sondages montrent toutefois qu'une majorité d'Israéliens souhaitent le départ de M. Netanyahu. L'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot apparaît désormais comme son principal rival.

La colère suscitée par les défaillances sécuritaires ayant entouré les attaques du 7-Octobre reste vive et continue de peser sur la popularité de Benjamin Netanyahu.

Popularité en baisse 

L'opinion publique lui reproche aussi de ne pas avoir tenu ses promesses de "victoire totale" sur le Hamas et le Hezbollah libanais pro-iranien et d'avoir été écarté des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, le protocole d'accord conclu ayant été jugé par beaucoup défavorable aux intérêts israéliens.

Un récent sondage de l'Université hébraïque de Jérusalem a révélé que plus de 92% des Israéliens estiment que l'Iran a remporté la guerre au Moyen-Orient, tandis que le soutien à M. Netanyahu comme Premier ministre a chuté de 40,5% début mars à 29,4% en juin.

Le mois dernier, le dirigeant israélien a déclaré qu'il souhaitait "établir un large gouvernement national".

En cherchant à tendre la main au-delà de son camp, il semble vouloir recentrer son discours électoral sur l'unité nationale plutôt que sur l'appartenance idéologique.

Le débat public est aussi profondément marqué par la question du service militaire obligatoire pour les hommes juifs ultra-orthodoxes.

Les principaux alliés de M. Netanyahu issus des partis ultra-orthodoxes ont à plusieurs reprises menacé de faire tomber le gouvernement si les étudiants en yechiva (centre d'études des textes rabbiniques) n'étaient pas exemptés de l'obligation de servir dans l'armée.

A l'inverse, l'armée israélienne et une grande partie de l'opinion publique estiment qu'un enrôlement plus large est nécessaire, après des années de guerres alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux.

Parmi les autres sujets susceptibles de peser sur la campagne figurent les réformes judiciaires controversées lancées par M. Netanyahu avant le déclenchement de la guerre à Gaza, son procès pour corruption en cours ainsi que les incertitudes concernant la gouvernance de la bande de Gaza, près d'un an après l'entrée en vigueur d'une trêve précaire.