Vaincre Daech dans la région et le monde, une priorité américaine

Des enfants gesticulent alors que les soldats américains patrouillent à bord de leurs véhicules blindés les rues de la ville syrienne d'Al-Jawadiyah et rencontrent ses habitants, dans le nord-est de la province de Hasakah, près de la frontière avec la Turquie, le 17 décembre 2020. (Photo, AFP)
Des enfants gesticulent alors que les soldats américains patrouillent à bord de leurs véhicules blindés les rues de la ville syrienne d'Al-Jawadiyah et rencontrent ses habitants, dans le nord-est de la province de Hasakah, près de la frontière avec la Turquie, le 17 décembre 2020. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 02 juillet 2021

Vaincre Daech dans la région et le monde, une priorité américaine

  • Daech exploite les multiples no man’s land entre les zones forces fédérales irakiennes et celles des forces du gouvernement régional du Kurdistan
  • John Godfrey, émissaire US par intérim auprès de la Coalition mondiale pour vaincre Daech, signale que les menaces des milices pro-Iraniennes ont compliqué la situation sécuritaire en Irak

LONDRES : Daech s’active à reprendre le contrôle du territoire en Irak et en Syrie, a révélé jeudi John Godfrey, l’envoyé américain par intérim auprès de la Coalition mondiale pour vaincre Daech et coordinateur par intérim de la lutte contre le terrorisme.

Lors d'un point de presse auquel a assisté Arab News, Godfrey révèle que le nombre de branches et de réseaux de Daech à l’extérieur de ces deux pays est en pleine croissance.

Godfrey a effectué une tournée dans la région du Kurdistan irakien et dans le nord-est de la Syrie la semaine dernière. Il a ensuite rejoint le secrétaire d'État américain Antony Blinken dans une réunion ministérielle de la Coalition mondiale pour vaincre Daech dans la capitale italienne, Rome, lundi.

«Évaluer la situation sur le terrain était primordial préalablement à la réunion ministérielle à Rome, la première en deux ans en raison des défis que posent les restrictions relatives à la Covid-19», précise l’envoyé.

«La coalition anti-EI a remporté un succès extraordinaire dans la lutte contre l'État islamique, notamment en mettant fin au (système) de califat territorial frauduleux. Il est toutefois évident que nous avons encore du travail à faire», ajoute-t-il.

Godfrey explique que Daech est toujours actif dans le nord de l'Irak. Il exploite les multiples no man’s land entre les zones forces fédérales irakiennes et celles des forces du gouvernement régional du Kurdistan.

«Ces territoires offrent un espace limité où l’EI peut opérer. Alors que les attaques en Irak ont jusqu'à présent été moins meurtrières que l'année dernière, les terribles attentats suicides à Bagdad en janvier servent de rappel brutal que Daech continue d'aspirer à mener des attaques à grande échelle en Irak».

Le 22 janvier, Daech a revendiqué l'attaque qui a frappé un marché commercial très fréquenté, tuant au moins 32 personnes et en blessant environ 110 autres.

Godfrey affirme que les menaces des milices pro-Iraniennes compliquent la situation sécuritaire en Irak, et mettent en danger la vie des citoyens irakiens et des troupes ainsi que les installations de la coalition.

Il raconte avoir visité le camp d'Al-Hol, le plus grand camp de personnes déplacées en Syrie, ainsi qu'un centre de détention pour les combattants de Daech à Al-Hasaka. 

Godfrey a déclaré aux journalistes que la grande majorité de la population déplacée sont des enfants, et que les détenus dans le nord-est de la Syrie mettent à rude épreuve les ressources et les capacités locales. Selon lui, certains résidents de ces camps constituent une menace pour région et le monde. 

«Les États-Unis continuent d'exhorter les pays d'origine à rapatrier, réhabiliter, réintégrer et poursuivre comme il se doit les combattants terroristes étrangers ainsi que les membres de leurs familles. Nous continuons également d'exhorter les pays à contribuer aux efforts visant à héberger de manière responsable ces personnes dans le nord-est de la Syrie», a-t-il informé les journalistes. 

Godfrey estime que la pauvreté, les inégalités et l'injustice continuent de pousser de nombreux jeunes à rejoindre des groupes terroristes, dont Daech, en Irak et en Syrie.

«La grave sécheresse et les faibles récoltes, dont le rendement est divisé par deux, créent un ralentissement économique important qui aura un impact certain sur les revenus des partenaires locaux et haussera le taux de chômage. J'ai même entendu dire que Daech tente activement d’exploiter cette situation économique pour tenter de rétablir sa présence dans les zones les plus durement touchées par ce ralentissement économique».

Il a salué le succès de la réunion de Rome, et annoncé que la coalition prévoit d'atteindre son objectif de promesse de stabilisation pour 2021, qui est de $670 millions.

À ce jour, ils ont reçu des promesses de dons de plus de $500 millions.

Godfrey affirme que la réunion ministérielle a rassemblé le plus grand nombre de ministres des Affaires étrangères participants de l’histoire, ce qui «est une indication claire sur le sérieux avec lequel la communauté internationale prend la menace de l’EI et l'engagement continu à le vaincre».

Il a ajouté que la réunion a aussi discuté de l'élargissement de la concentration de la coalition sur Daech en Afrique, où la menace a considérablement amplifié.

Au sujet des frappes aériennes américaines visant des installations opérationnelles et de stockage d'armes des milices soutenues par l'Iran dans deux endroits en Syrie et un endroit en Irak, Godfrey assure que Washington les soutient car elles font partie du mandat de la coalition pour vaincre Daech. Mais aussi, selon lui, parce que les forces de la coalition sont présents à la demande du gouvernement irakien, les irakiens doivent aussi assumer une part de responsabilité pour garantir leur sécurité.

«Bien que nous ayons certainement vu une augmentation de l'activité des branches et des réseaux à travers le monde, l’EI reste très concentré en tant qu'organisation sur l'Irak et la Syrie, précisément parce que c'était là que se trouvait le prétendu califat. Il est très concentré sur la tentative de reprendre le contrôle du territoire physique dans cette région».

Néanmoins, Godfrey a confié que le nombre de branches et de réseaux de Daech en dehors de l'Irak et de la Syrie qui sont actifs et engagés pour mener des attaques a augmenté, et c'est quelque chose sur lequel la coalition s’adhère. Il a réitéré que la coalition anti-Daech a pour objectif affiché de parvenir à la défaite mondiale finale de ce groupe terroriste.

«La coalition continue de soutenir les forces alliées avec des conseils de haut niveau, un partage de renseignements, un soutien aérien et des équipements», a-t-il conclu.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.


En Tunisie, la militante Sihem Bensedrine condamnée à 25 ans de prison

La militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine a indiqué vendredi à l'AFP avoir été condamnée à 25 ans de prison, notamment pour falsification d'une partie du rapport final d'une commission de justice transitionnelle. (AFP/Archives)
La militante tunisienne des droits humains Sihem Bensedrine a indiqué vendredi à l'AFP avoir été condamnée à 25 ans de prison, notamment pour falsification d'une partie du rapport final d'une commission de justice transitionnelle. (AFP/Archives)
  • La militante des droits humains Sihem Bensedrine a été condamnée à 25 ans de prison dans des dossiers liés à l'Instance vérité et dignité (IVD), une décision dont elle a fait appel
  • Elle affirme que ces poursuites visent à remettre en cause le travail de justice transitionnelle, tandis que des ONG dénoncent une régression des droits et libertés en Tunisie

TUNIS: La militante des droits humains Sihem Bensedrine, l'une des opposantes les plus connues de Tunisie, a été condamnée dans la nuit de jeudi à vendredi à 25 ans de prison dans des affaires liées à la justice transitionnelle.

"Bien entendu, c'est une décision qui n'a rien à voir avec la justice", a réagi auprès de l'AFP Mme Bensedrine, 75 ans.

"Elle a à voir avec un régime totalitaire qui veut éliminer l'héritage de l'IVD", a-t-elle affirmé vendredi, en référence à l'Instance vérité et dignité dont elle a été la présidente et qui a auditionné des milliers de victimes des pouvoirs de Habib Bourguiba (1957-1987) et Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).

Elle a annoncé qu'elle allait faire appel. Placée en détention en août 2024, elle avait été libérée en février 2025.

De nombreux autres opposants sont en prison ou en exil en Tunisie. Des ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés dans ce berceau du Printemps arabe, depuis un coup de force en juillet 2021 du président Kais Saied par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

- "Effacer" la justice transitionnelle -

La justice poursuivait notamment Mme Bensedrine, ancienne journaliste, pour des soupçons de falsification d'une partie du rapport final de cette instance, mise en place après la révolution de 2011.

"Ils veulent effacer la mémoire de la justice transitionnelle", a accusé Mme Bensedrine.

L'IVD a mené un long travail de mémoire rendu possible par le soulèvement de 2010-2011, qui a abouti à la chute du président Ben Ali.

Elle a enquêté sur les violations des droits humains commises entre juillet 1955 et décembre 2013, dans le but de mettre fin à l'impunité de leurs auteurs et de réhabiliter les victimes.

Mais si des audiences publiques, retransmises en direct à la télévision en 2016, avaient marqué les esprits, elles étaient malgré tout intervenues dans une société fracturée où certains refusent tout examen de conscience.

Sihem Bensedrine, figure très exposée, a été au centre de nombreuses critiques dans ce climat politique fortement polarisé.

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a jugé cette semaine dans un communiqué que les accusations à son encontre étaient "infondées".

- "Dépublier" le rapport -

La justice accuse notamment Mme Bensedrine d'avoir abusé de sa fonction de présidente de l'IVD pour avantager un tiers, à savoir l'homme d'affaires Slim Chiboub, lors d'un accord d'arbitrage et de réconciliation conclu avec l'IVD.

Cet accord n'a "jamais été exécuté", a précisé à l'AFP son avocat Elyes Bensedrine. Elle a été condamnée à cinq ans dans ce dossier.

Elle a également été reconnue coupable d'avoir causé un préjudice à l'administration dans l'affaire de la Banque franco-tunisienne (BFT) - accusée de corruption - et de falsification du rapport final de l'IVD dans ce cadre, ce qui lui vaut 20 ans de prison, toujours selon son avocat.

Mme Bensedrine affirme être visée par "des fonctionnaires mafieux (qui) prennent l'Etat en otage", afin de "prendre leur revanche" et "délégitimer nos travaux".

Ils veulent "pouvoir avoir une base judiciaire pour dépublier le rapport (de l'IVD), parce que tant qu'il est publié au Journal officiel, il engage l'Etat", a-t-elle assuré.

La FIDH a écrit que les poursuites contre l'ancienne journaliste soulevaient "de sérieuses préoccupations", car la loi "prévoit qu'aucun membre de l'Instance ne peut être tenu responsable du contenu des rapports produits".

Mme Bensedrine, qui dément toute malversation, a expliqué à l'AFP que sa défense avait en effet plaidé que le tribunal n'était pas compétent.

Dans son rapport final publié en 2020, l'IVD avait appelé à "démanteler un système de corruption, de répression et de dictature" persistant au sein des institutions de l'Etat.


Les discussions entre le Liban et Israël à Washington vont se poursuivre vendredi

Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
Un barbier coupe les cheveux d'un client dans son salon, endommagé par des frappes militaires israéliennes, dans le village de Srifa, au sud du Liban, le 24 juin 2026. (Photo : Fadel Itani / AFP)
  • Les pourparlers entre Israël et le Liban, sous médiation américaine à Washington, se poursuivront vendredi afin de tenter de parvenir à un accord
  • Malgré les négociations, les tensions persistent : le Hezbollah accuse Israël d'avoir violé le cessez-le-feu après une frappe meurtrière, tandis qu'Israël affirme avoir ciblé des combattants du mouvement

WASHINGTON: La cinquième session de pourparlers entre Israël et le Liban sous médiation américaine censée se terminer jeudi va finalement se poursuivre vendredi à Washington, a annoncé le département d'Etat américain.

"Les discussions entre Israël et le Liban sont toujours en cours alors que nous continuons à les faciliter. Les deux parties reprendront demain à 9h00 (13h00 GMT) pour continuer leur travail en vue d'un accord", a déclaré le département d'Etat à l'AFP jeudi.

Le Hezbollah pro-iranien a de nouveau accusé jeudi Israël de "violation flagrante" du cessez-le-feu après qu'une frappe de drone a fait trois morts. L'armée israélienne a affirmé avoir tué des combattants de la formation chiite.

Le protocole d'accord irano-américain signé le 17 juin prévoit la cessation des hostilités, y compris au Liban. L'Iran a imposé que cette question soit incluse dans le protocole d'accord.