Élisabeth Moreno: « Je crois à la détermination pour combattre le déterminisme»

Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, est entrée dans le gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. (crédit photo agence REA)
Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, est entrée dans le gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. (crédit photo agence REA)
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Publié le Mardi 06 juillet 2021

Élisabeth Moreno: « Je crois à la détermination pour combattre le déterminisme»

  • En tant que femme, noire, issue d’un milieu populaire, les échelons que j’ai pu gravir sont le fruit à la fois de combats que j’ai menés, mais aussi de rencontres, de hasards et des opportunités que la République m’a offertes
  • Les discriminations sont une réalité dans notre pays. Une réalité dont nous pouvons tous être victimes ou témoins au cours de notre vie et face à laquelle nous ne pouvons détourner le regard

PARIS: Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, a été nommée présidente de Hewlett-Packard Afrique en janvier 2019, avant d’entrer dans le gouvernement de Jean Castex le 6 juillet 2020. Sollicitée par Arab News en français, la ministre répond à nos questions.

Vous êtes en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances. Comment votre parcours vous a-t-il préparée à votre ministère?

J’ai l’habitude de dire que ce ministère était fait pour moi. Je suis née en Afrique, plus précisément au Cap-Vert, durant la colonisation portugaise, puis je suis arrivée en France enfant et j’ai grandi dans une cité de l’Essonne, dans une famille modeste. Une famille qui était également très patriarcale et j’ai mis du temps à m’extraire des carcans dans lesquels mes parents voulaient m’enfermer pour conquérir in fine ma liberté. Comme de très nombreuses femmes de par le monde, j’ai donc dû me battre pour briser les chaînes qui entouraient ma condition de fille et de femme.

Par ailleurs, en tant que femme, noire, issue d’un milieu populaire, les échelons que j’ai pu gravir sont le fruit à la fois de combats que j’ai menés, mais aussi de rencontres, de hasards et des opportunités que la République m’a offertes. Autrement dit, les valeurs que mon ministère véhicule et les causes qu’il défend sont celles qui m’habitent depuis toujours et qui se confondent avec mon parcours: le combat pour la condition des femmes et la double quête de liberté et d’égalité qu’il revêt, la promotion de la diversité ainsi qu’en toile de fond la lutte contre les discriminations et le combat pour l’égalité des chances sur tous nos territoires ; en zones rurales, dans nos quartiers prioritaires ainsi que dans les territoires ultramarins. Ce sont autant d’enjeux auxquels j’ai été confrontée, autant d’obstacles que j’ai dû franchir ou de causes pour lesquelles je me suis engagée de longue date.

 

«Nous devons absolument donner plus de chances à ceux qui en ont le moins. Et, en parallèle, lutter contre toutes les formes de discrimination.»

Élisabeth Moreno

Quels sont vos axes de travail et vos grandes priorités d’ici à la fin du quinquennat?

Le président de la République, Emmanuel Macron, a érigé l’égalité entre les femmes et les hommes en Grande cause du quinquennat. Dans ce contexte, je souhaite approfondir l’action conduite depuis 2017. Approfondir l’action conduite en veillant, notamment, à l’exécution rigoureuse de l’ensemble des 46 mesures issues du Grenelle des violences conjugales qui a jeté la lumière sur un sujet, jusqu’ici, trop longtemps resté dans l’ombre.

Aujourd’hui, 100% de ces mesures sont engagées et 32 d’entre elles sont mises en œuvre. Elles s’appuient sur un effort budgétaire sans précédent. Le budget dévolu à mon ministère a ainsi progressé de 40% en 2021; il s’agit d’une hausse historique, signe que le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes constitue une priorité du gouvernement.

Par ailleurs, parce qu’il ne peut subsister, dans notre pays, d’égalité à plusieurs vitesses, l’égalité des chances doit enfin trouver sa traduction concrète et effective. Pour cela, nous devons absolument donner plus de chances à ceux qui en ont le moins. Et, en parallèle, lutter contre toutes les formes de discrimination. En luttant contre les discriminations, nous agissons pour bâtir une France plus égalitaire, où chacun puisse trouver sa place par-delà ses origines, sa couleur de peau, son lieu de résidence ou de naissance, son orientation sexuelle ou son identité de genre. Depuis 2017, le gouvernement a beaucoup agi. Mais du chemin reste à parcourir. C’est le sens du discours et des annonces du président de la République à Clermont-Ferrand le 8 septembre 2020.

L’égalité est donc au cœur de mon ministère. Elle en est l’alpha et l’oméga.

Comment s’articule votre action avec celle du Défenseur des droits?

Le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante et constitue ainsi l’un des piliers de l’architecture de notre État de droit. Ses missions visent à favoriser l’égalité de toutes et tous dans l’accès aux droits et défendre celles et ceux dont les droits ne sont pas respectés. À travers ses équipes juridiques notamment ainsi que son réseau territorial de délégués dans l’Hexagone et en Outre-mer, il est un acteur essentiel dans le combat que je mène contre les discriminations.

Je travaille donc en parfaite confiance avec Claire Hédon et, c’est pourquoi, le gouvernement a confié la plate-forme de lutte contre les discriminations que nous avons lancée le 12 février dernier au Défenseur des droits.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la consultation citoyenne sur les discriminations et quels sont ses objectifs?

Les discriminations sont une réalité dans notre pays. Une réalité dont nous pouvons tous être victimes ou témoins au cours de notre vie et face auxquelles nous ne pouvons détourner le regard. En plus d’être des injustices individuelles qui blessent toujours et qui, parfois, peuvent briser des destins, ces discriminations minent notre cohésion sociale et constituent des entorses à nos valeurs républicaines.

 

«Pour le secteur de l’emploi privé, les discriminations en raison de l’origine sont majoritaires. À l’inverse, dans le domaine de l’emploi public, le handicap est le critère le plus invoqué.»

Élisabeth Moreno

Ignorant les frontières géographiques, culturelles ou sociales, les discriminations se manifestent dans toutes les sphères de notre société – de manière insidieuse ou visible. À l’école, dans l’emploi, dans l’accès au logement, au financement bancaire… Au total, il existe 25 critères de discriminations prohibés par la loi qui concernent par exemple le handicap, le sexe, l’origine, la nationalité, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, les croyances ou encore l’âge et l’engagement syndical.

Dans ce contexte, si notre pays s’est d’ores et déjà doté d’un arsenal juridique solide en la matière, force est de constater que nous devons encore aller plus loin pour enrayer ce fléau. À la suite de l’engagement pris par le président de la République le 4 décembre 2020, le gouvernement a dès lors créé le 12 février dernier une plate-forme de lutte contre les discriminations, confiée au Défenseur des droits, et accessible via le numéro de téléphone 39 28 et la plate-forme www.antidiscriminations.fr.

Avec cette plate-forme et cette ligne d’écoute, toute personne victime ou témoin d’une discrimination, quels qu’en soient le motif et le domaine, peut désormais contacter directement et en toute confidentialité les équipes juridiques du Défenseur des droits. Elle pourra aussi être orientée vers l’association la plus proche de son domicile.

Par ailleurs, deuxième mesure annoncée par Emmanuel Macron, nous avons lancé le 8 avril dernier une consultation citoyenne sur les discriminations qui s’est achevée le 31 mai. Ouverte à tous les citoyens ainsi qu’aux associations, entreprises ou collectivités locales, cette consultation visait à donner la parole à nos concitoyens afin qu’ils puissent évaluer les dispositifs existants et proposer des solutions concrètes pour éradiquer les discriminations.

Il s’agissait d’un exercice totalement inédit sur cet enjeu et il n’y avait aucun sujet tabou. Toutes les situations de discrimination ont été mises sur la table, et ce dans tous les domaines de la vie quotidienne: l’emploi, la sécurité, l’accès aux soins, les transports, le logement… Je me réjouis que cette consultation ait rencontré un réel engouement. Nous allons désormais voir quelles propositions pourront être concrétisées.

La plate-forme antidiscriminations est destinée aux personnes victimes ou témoins de discriminations, quel qu’en soit le motif, origine, handicap, genre… Quels sont les problématiques les plus prégnantes remontées par cette plate-forme?

À ce jour, nous pouvons relever que plus de 10 000 internautes se sont rendus sur le site de la plate-forme, près de 3 000 personnes ont contacté le 39 28, près de 800 tchats ont été passés, 20% des utilisateurs ont ensuite saisi le Défenseur des droits.

Le domaine dans lequel est le plus souvent invoquée une discrimination demeure l’emploi puis vient ensuite le logement. Les problématiques de discrimination dans l’emploi concernent des refus d’embauche mais également des absences d’évolution de carrière, des écarts de rémunérations et des licenciements injustifiés.

Ces statistiques témoignent, je le crois, de l’utilité de cette plate-forme. Une plate-forme qui vient lutter contre une certaine forme de banalisation des discriminations qui nous conduit inconsciemment à accepter l’inacceptable.

 

«Parler d’égalité des choix, cela suppose que tous les jeunes, d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent, ne rencontrent pas de freins à la réalisation de leurs rêves. Or, on naît égaux en droits, mais on ne naît pas égaux en chances.»

Élisabeth Moreno

La nature des discriminations varie-t-elle selon les origines des personnes qui les subissent?

Je rappelle que, malheureusement, nous pouvons tous être un jour exposés aux discriminations ; en tant que victime, témoin voire auteur. C’est la raison pour laquelle nous nous devons de lutter collectivement contre ce fléau.

Les indicateurs d’activité du Défenseur des droits nous enseignent que des critères prohibés de discrimination sont plus invoqués que d’autres dans certains domaines. Par exemple, pour le secteur de l’emploi privé, les discriminations en raison de l’origine sont majoritaires. À l’inverse, dans le domaine de l’emploi public, le handicap est le critère le plus invoqué.

Le confinement a, semble-t-il, augmenté sensiblement les chiffres de la violence faite aux femmes? Comment lutter efficacement contre ce fléau? Vous avez lancé un appel à projets pour favoriser l'entrepreneuriat au féminin. Sous quelle forme se présente-t-il et qu’en attendez-vous concrètement?

La crise sanitaire et a fortiori les confinements ont aggravé le risque d’exposition aux violences pour les femmes. Dans ce contexte, le gouvernement a mis en place des mesures exceptionnelles. Qu’il s’agisse du dispositif «alerte-pharmacie», permettant aux femmes victimes de violences ou à leur entourage de pouvoir se signaler en officines, du dispositif de signalements par SMS via le 114, de la mise en place de points d’accueil et d’accompagnement dans les supermarchés, etc. Ces mesures, qui venaient s’ajouter aux dispositifs existants, ont toutes été pérennisées.

Par ailleurs, d’une manière générale, plusieurs dispositifs ont été fortement renforcés depuis 2017. Ainsi, en 2020, 3 254 ordonnances de protection ont été délivrées, contre 1 388 en 2017. Le déploiement des téléphones, grave danger, s’accélère lui aussi puisque leur nombre a triplé depuis 2017. Un plan d’actions pour renforcer l’utilisation des bracelets antirapprochement, mis à disposition des juridictions depuis septembre dernier, a été engagé par Éric Dupond-Moretti.

De surcroît, afin de mettre à l’abri les femmes victimes de violences, le gouvernement a ouvert 1 000 places d’hébergement dédiées en 2020 et en crée 1 000 supplémentaires en 2021 avec une revalorisation du coût pour permettre un meilleur accompagnement. Le nombre de places d’hébergement dédiées aura ainsi augmenté de 60% depuis 2017. C’est un engagement fort que nous portons avec Emmanuelle Wargon. Enfin, parce que protéger la victime nécessite aussi de prendre en charge les auteurs, 18 centres de prise en charge des auteurs de violences sur tout le territoire ont vu le jour en 2020 dans l’Hexagone et en Outre-mer pour lutter contre la récidive ou prévenir le passage à l’acte. Et 12 supplémentaires seront créés cette année. Aussi, depuis le 28 juin, le 3919, la plate-forme téléphonique d’écoute et d’orientation des victimes de violences, a étendu ses horaires 24h/24 du lundi au vendredi et passera d’ici à fin août à 7j/7. Elle sera également accessible aux personnes sourdes et aphasiques. Il s’agissait d’une attente forte des associations et d’un engagement du Grenelle des violences conjugales que nous concrétisons enfin.

 

«Les inégalités prennent racine lorsque l’on n’a pas accès à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation, à l’emploi…»

Élisabeth Moreno

Enfin, j’ai lancé le 22 avril dernier un appel à projets afin de valoriser des actions innovantes en matière d’autonomie et d’insertion économiques des femmes. En tant qu’ancienne cheffe d’entreprise, j’ai pu observer combien la mixité des équipes et la diversité des talents sont des facteurs de performance. Un enjeu qui revêt une dimension redoublée dans la triple crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons où les femmes ont été et demeurent en première ligne. À travers cet appel à projets, nous nous engageons collectivement pour l’égalité en y associant les acteurs publics, les partenaires sociaux, les fondations et les associations.

Arab News et l’institut de sondage YouGov ont mené une enquête sur la perception des Français d’origine arabe et de la vie en France. Dans ce document, les personnes interrogées affirment que c’est l’origine ethnique de leur nom qui a eu l’impact négatif le plus important (36%) sur leurs perspectives de carrière (la proportion la plus élevée concerne les 35-44 ans, à 41%). Selon vous, dans le domaine de l’égalité des chances et de la diversité, quels sont les principaux combats qui restent à mener pour les Français d’origine arabe?

L’égalité est au cœur du pacte républicain, elle en est la sève. C’est à la fois un idéal et une promesse. Et c’est l’une des missions essentielles de mon ministère. Néanmoins, comme l’a rappelé le président de la République lors de son allocution pour les 150 ans de la République au Panthéon, elle n’est pas encore «concrète et effective» pour tous les Français. Et c’est aussi ce que révèle votre sondage.

Parler d’égalité des choix, cela suppose que tous les jeunes, d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent, ne rencontrent pas de freins à la réalisation de leurs rêves. Or, on naît égaux en droits, mais on ne naît pas égaux en chances. Le rôle de l’État – et des pouvoirs publics en général – est de créer les conditions de cette réussite, qui peut prendre de multiples formes, pour toutes et tous. Nous devons faire en sorte que tous les jeunes aient conscience du champ des possibles.

Les inégalités prennent racine lorsque l’on n’a pas accès à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation, à l’emploi… Mais il n’y a pas de fatalité à cela. L’égalité des chances n’est pas un concept talisman, ni un slogan. Elle doit être du concret, du pragmatisme.

C’est, par exemple, l’objectif de la stratégie de lutte contre la pauvreté qui s’attaque aux inégalités dès la petite enfance; du dédoublement des classes en CP-CE1 et en grandes sections de maternelle dans les réseaux d’éducation prioritaire qu’a mis en place Jean-Michel Blanquer. C’est un investissement sans précédent dans la formation professionnelle avec le Plan d’investissement dans les compétences et la réforme de l’apprentissage ou encore le soutien massif à l’emploi des jeunes avec le plan «1 jeune, 1 solution» ou les mesures concrètes de l’Agenda rural porté par Joël Giraud.  Car je tiens à aborder l’égalité des chances sous l’angle de l’équité entre les territoires. Il faut que ces politiques se déploient partout: dans les zones rurales, dans les quartiers urbains défavorisés, dans les Outre-mer…

 

«Lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité, c’est au bout du compte réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine.»

Élisabeth Moreno

Enfin, je souhaite créer un Index de la diversité dans le monde professionnel. En prenant une photographie du niveau d’inclusion et de diversité d’une organisation publique ou privée, cet outil aidera les dirigeants et les DRH à engager ensuite des mesures correctives pour, au final, que leur organisation soit un meilleur reflet de notre société. Bien entendu, cet Index se fera à droit constant et sera basé sur le volontariat à la fois des entreprises et des organisations publiques ainsi que des salariés. Par ailleurs, il sera sécurisé juridiquement en respectant les conditions d’anonymat et de confidentialité posées par la CNIL.

Vous avez déclaré: «La différence peut être une richesse et elle peut porter loin.» Voulez-vous nous expliquer votre sentiment sur ce sujet?

Je considère que la diversité n’est pas un fardeau mais une richesse, qu’elle n’est pas un danger mais un atout. Et j’ai l’intime conviction que le talent et la compétence transcendent les origines, le sexe, la couleur de peau, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le lieu de résidence ou les croyances.

Lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité, c’est au bout du compte réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine. Et je crois à la détermination pour combattre le déterminisme.


Juillet 2026, mois le plus chaud jamais enregistré en France, et l'un des plus secs

Le lac des Brenets, sur le Doubs à la frontière franco-suisse, asséché par les fissures souterraines, le manque de pluie et les vagues de chaleur répétées, le 28 juillet 2026. (AFP)
Le lac des Brenets, sur le Doubs à la frontière franco-suisse, asséché par les fissures souterraines, le manque de pluie et les vagues de chaleur répétées, le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, avec des vagues de chaleur record
  • Une sécheresse sévère a aggravé les incendies, dont un mégafeu ayant brûlé près de 42 000 hectares

PARIS: Vagues de chaleur, sécheresse, incendies : le mois de juillet 2026 restera dans les annales comme le plus chaud et l'un des plus secs jamais enregistrés en France depuis le début des mesures en 1900, illustration d'un changement climatique dont les effets s'intensifient.

Avec une température moyenne de 24,9°C, le mois dernier efface les précédents records de la canicule d'août 2003 (24,8°C) et de juillet 2006 (24,4°C), a annoncé mardi Météo-France.

L'excédent de température par rapport aux normales (période 1991-2020) - déjà établies en prenant en compte un climat réchauffé par les activités humaines depuis 1850-1900 - atteint, comme en juin, +3,8°C.

"Il s'agit de la deuxième anomalie mensuelle la plus élevée" jamais enregistrée après février 1990 (+4°C), indique le prévisionniste national dans un communiqué.

Sur les températures maximales, l'excédent atteint même 5,2°C de plus que les normales de saison.

- canicules plus fréquentes -

Juillet 2026 a été marqué par deux vagues de chaleur. La première, du 4 au 19 juillet, est la troisième plus longue jamais enregistrée en France. La seconde, débutée le 28 juillet, est toujours en cours.

Des phénomènes extrêmes qui sont de moins en moins des exceptions : Météo-France rappelle que plus de la moitié des 54 vagues de chaleur recensées dans le pays se sont produites au cours des 15 dernières années.

Sous l'effet du changement climatique, ces épisodes deviennent "de plus en plus fréquents", "démarrent de plus en plus tôt dans la saison" et atteignent des températures toujours plus élevées.

En juillet, plusieurs autres pays européens ont également subi des épisodes caniculaires, notamment en Hongrie, Autriche ou Grèce, où le thermomètre a frôlé voire dépassé les 40°C.

Depuis la fin mai, la France a déjà subi quatre épisodes de fortes chaleurs, dont l'un historiquement intense fin juin.

Ce n'est peut-être pas fini : pour août, septembre et octobre, Météo-France privilégie un scénario plus chaud que la normale, sur fond de "poursuite des conditions de blocages anticycloniques".

Le prévisionniste rappelle toutefois qu'il s'agit de tendances saisonnières et non de prévisions météorologiques, et que cela ne permet pas de conclure que de nouvelles vagues de chaleur auront lieu.

- sécheresse et incendies -

Avec un déficit de pluie de près de 70%, juillet 2026 a également été le troisième mois de juillet le moins arrosé en France, aggravant encore la sécheresse superficielles des sols observée depuis deux mois.

À la fin juillet, "les sols sont encore plus secs qu'en 2022 et 2025 à la même période, et atteignent des niveaux équivalents aux plus bas jamais enregistrés" à la mi-août 2022, indique Météo-France.

Cette sécheresse record, combinée aux fortes chaleurs, a de lourdes conséquences pour l'agriculture et favorise les départs et la propagation des incendies.

Pas une journée de juillet ne s'est écoulée sans qu'au moins plusieurs départements ne soient placés en danger élevé de feux de forêt, selon Météo-France. Le 12 juillet, 70 départements étaient concernés. Les 5, 6 et 8 juillet, huit départements méditerranéens ont même été classés en danger très élevé.

Fin juillet, un mégafeu, caractérisé par son intensité, sa propagation rapide et sa difficulté à être maîtrisé, a notamment ravagé près de 42.000 hectares, selon les premières estimations, et entraîné l'évacuation de plus de 220.000 personnes en Gironde.

En termes de superficie brûlée, un tel sinistre ne s'était plus produit en France métropolitaine et en Corse depuis août 1949.

Les précédents mois de juillet les plus secs remontaient à 2022, avec un déficit de précipitations de 85%, et à 2020 (75%).

Le mois dernier, quasiment pas une goutte de pluie n'est tombée au nord de la Seine, dans la région nantaise, en Occitanie, dans l'intérieur du Var, sur la Côte d'Azur et en Corse.

Seule la région Auvergne-Rhône-Alpes a bénéficié de quelques précipitations. Mais cela s'est déroulé lors d'orages violents les 16 et 25 juillet, dont l'un a même provoqué une mini-tornade dans la Loire.

Mais sur l'ensemble du pays, c'est un "soleil accablant", constate Météo-France, qui a dominé le mois dernier. Avec un excédent d'ensoleillement de 35% en moyenne, juillet 2026 se classe au deuxième rang des mois de juillet les plus ensoleillés jamais enregistrés, derrière juillet 2022 (+40%).


L’Esport World Cup se déploie sur les Champs-Élysées, faisant cohabiter patrimoine et technologie

Les Champs-Élysées deviennent le théâtre d’une rencontre inédite entre patrimoine parisien et culture numérique. (Photo: Arab News en francais)
Les Champs-Élysées deviennent le théâtre d’une rencontre inédite entre patrimoine parisien et culture numérique. (Photo: Arab News en francais)
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  • L’Esport World Cup a transformé les Champs-Élysées en scène mondiale, réunissant patrimoine français et innovation technologique pour renforcer sa dimension internationale
  • Après son déplacement imprévu de Riyad à Paris, l’EWC affirme ses ambitions : développer l’écosystème esportif, attirer un large public et favoriser notamment la place des femmes dans la compétition

PARIS : Il y avait quelque chose de presque irréel, hier, à voir l’Esport World Cup s’installer au pied de l’Arc de Triomphe et tout au long des Champs-Élysées, cette avenue que le monde entier associe à la France, à son histoire et à son art de vivre.

Les écrans, les joueurs et les technologies de pointe ont fait irruption dans un décor chargé de symboles, illustrant la montée en puissance de l’Esport World Cup (EWC), qui entre dans sa cinquième semaine.

Il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle étape dans une compétition internationale, mais d’un véritable changement de dimension, comme l’ont souligné Mike McCabe, directeur des opérations de l’Esport World Cup Foundation, et Mohamed Alnimer, son directeur commercial.

En quittant, le temps de quelques événements, ses enceintes habituelles du parc des expositions de Paris pour investir l’une des avenues les plus célèbres au monde, l’EWC ne s’est pas seulement rapprochée du grand public : elle a également affirmé sa volonté de devenir un rendez-vous sportif mondial à part entière.

« C’est un moment extraordinaire », résume Mike McCabe en réponse à Arab News en français, et il est difficile de lui donner tort.

L’ambition initiale de l’EWC était de construire une plateforme mondiale pour l’esport, capable de voyager et de faire découvrir cette discipline à différents publics. Paris constitue donc, à cet égard, une démonstration particulièrement spectaculaire de cette stratégie.

Le pari était pourtant loin d’être gagné. La Coupe du monde devait initialement se dérouler à Riyad, mais la situation régionale et les difficultés liées aux déplacements internationaux ont contraint les organisateurs à revoir leur dispositif à seulement huit semaines du début de la compétition.

Deux mille joueurs venus de plus d’une centaine de pays, des équipes, des spectateurs, des infrastructures techniques et une organisation préparée pendant plusieurs mois : déplacer un événement d’une telle ampleur relevait presque de l’impossible.

Mike McCabe reconnaît volontiers l’importance du défi. Il a fallu « entièrement repenser » l’organisation et reconstruire, en quelques semaines, un dispositif capable de fonctionner avec le même niveau d’exigence et de stabilité.

Le responsable de l’EWC insiste sur le rôle joué par les autorités françaises, notamment le ministère des Sports, la Ville de Paris et l’ensemble des équipes mobilisées.

Mohamed Alnimer confirme cette impression. Les questions de visas auraient notamment pu constituer un obstacle majeur pour une compétition réunissant des participants venus du monde entier. Mais le soutien des autorités françaises, ainsi que celui des partenaires privés, a permis de résoudre ces difficultés et de transformer ce transfert précipité en une opération réussie.

Mais c’est précisément ce caractère imprévu qui donne peut-être encore plus de relief à l’étape parisienne. L’EWC ne s’est pas contentée de reproduire à Paris ce qu’elle aurait fait à Riyad : elle a profité de la capitale française pour changer de décor, d’échelle et de perspective.

Le choix des Champs-Élysées et de l’Arc de Triomphe n’est évidemment pas anodin. Dans l’imaginaire collectif mondial, ces lieux sont immédiatement identifiables.

Les investir avec les codes de l’esport revient à faire dialoguer deux univers : d’un côté, le patrimoine, l’histoire et les monuments ; de l’autre, la technologie, les jeux vidéo et une culture née avec les nouvelles générations.

C’est précisément cette rencontre que Mike McCabe revendique. L’idée, explique-t-il, est d’amener « le futur » dans des lieux emblématiques chargés d’histoire. Paris devient ainsi une immense scène pour ce sport et ce spectacle qui ne se limitent plus aux seuls passionnés.

La capitale française possède d’ailleurs une légitimité particulière dans cet univers. Elle a déjà accueilli de grandes compétitions internationales de League of Legends ou de Call of Duty.

Elle dispose d’infrastructures, d’un public et surtout d’une communauté de joueurs et de professionnels qui ont contribué à installer durablement l’esport dans le paysage français.

Pour Mohamed Alnimer, l’enjeu dépasse toutefois largement le seul spectacle parisien. L’EWC est, selon lui, le plus grand tournoi au monde, avec une audience potentielle de plusieurs centaines de millions de personnes.

Plus de 150 000 billets ont été vendus en France, indique-t-il, tandis que l’intérêt médiatique autour de l’événement témoigne de son changement de statut.

Pour l’Arabie saoudite, qui demeure le pays d’origine et le point d’ancrage de la compétition, cette visibilité internationale constitue également un enjeu majeur. Alnimer assume un investissement important, tout en rappelant que la Fondation est une organisation à but non lucratif.

L’objectif n’est donc pas de réaliser un bénéfice immédiat, mais de contribuer au développement de tout un écosystème composé de clubs, de joueurs, de jeunes talents, ainsi que d’une industrie du jeu vidéo et d’entreprises spécialisées.

L’exemple des Falcons, club saoudien vainqueur de la précédente Coupe du monde et actuellement en tête de la compétition, illustre cette volonté de faire émerger des champions et des structures capables de s’imposer sur la scène internationale.

L’autre ambition affichée est celle de la féminisation de l’esport. Les deux responsables insistent sur la nécessité de multiplier les opportunités pour les joueuses, de développer les compétitions féminines et, à terme, de voir davantage de femmes accéder aux plus grandes scènes.

L’EWC entend notamment renforcer les compétitions féminines et favoriser les équipes mixtes. Cette évolution constitue également une manière de répondre aux critiques qui entourent encore les jeux vidéo.

Aux parents qui s’interrogent sur le temps passé devant les écrans, Mike McCabe répond par la notion de modération et de professionnalisation. Selon lui, lorsqu’un joueur vise le haut niveau, l’entraînement devient comparable à celui d’un athlète professionnel.

L’EWC retrouvera Riyad, son port d’attache, mais Mike McCabe ne cache pas que le championnat est appelé à voyager.

Paris aura donc peut-être été davantage qu’une simple parenthèse française. En investissant hier les Champs-Élysées, l’Esport World Cup a offert une image forte de ce que pourrait être son avenir : un événement mondial capable de franchir les frontières, de s’approprier les lieux les plus emblématiques et de faire cohabiter patrimoine et technologie.


Canicules en séries : les refuges de faune sauvage face à un afflux inédit

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"On craint que ça soit de pire en pire chaque année": alors que la France enchaîne les épisodes caniculaires, le refuge pour faune sauvage du Tichodrome, en Isère, fait face à un afflux de patients "hors norme".

Plus de 540 animaux sont arrivés en juin dans cette petite structure associative perchée dans la montagne à 20 km au sud de Grenoble, soit 24% de plus qu'en juin 2025 et deux fois plus qu'en juin 2018.

Les appels téléphoniques ont eux aussi explosé, contraignant le centre à temporairement restreindre l'accueil et fermer son standard. En cette fin juillet, le flux a ralenti mais ils sont encore près de 200 pensionnaires, dont de nombreux oiseaux et des mammifères, hérissons, renards ou écureuils.

Un pic d'animaux qui arrive en été, c'est "quelque chose d'habituel. Mais (il s'est produit cette fois) dans des proportions totalement inhabituelles", résume la directrice du centre, Mireille Lattier, désignant les dizaines de cages, volières ou cartons troués qui accueillent les bêtes à poil ou à plume, disposés partout où il y a de la place dans la maison et dans le jardin.

 

- Nids surchauffés -

 

En cause, la longue vague caniculaire de juin, qui a coïncidé avec la période de reproduction de nombreuses espèces, soit un moment de grande vulnérabilité.

"Beaucoup d'espèces nichent sous les toits, dans le bâti, typiquement le martinet noir, mais aussi les moineaux. Et ils souffrent non seulement de la chaleur, mais de la sécheresse", explique Mme Lattier. Les poussins se jettent hors de leurs nids surchauffés avant de savoir voler.

Pour ces espèces déjà en déclin, la canicule se traduit par une "hécatombe" d'oiseaux morts mais aussi une multiplication d'individus "en mauvais état", se désole Marjorie Guillem, soigneuse au centre.

Mais les autres espèces ne sont pas épargnées non plus et "on craint que ça soit de pire en pire chaque année. Et, à un moment, humainement et logistiquement parlant, on sera à court, on n'y arrivera plus", s'alarme la jeune femme.

"Si chaque été ressemble à celui-ci, oui, ça va vraiment être compliqué", abonde Mme Lattier, qui redoute un effet ciseau entre des phénomènes climatiques de plus en plus intenses et la "fragilité" structurelle des centres de soins, dont les financements reposent beaucoup sur des dons et restent en grande partie "aléatoires".

 

- Saturation -

 

Le Tichodrome est loin d'être le seul centre en difficulté : sur la centaine existant sur le territoire français, "70-80% ont été contraints de fermer pour saturation pendant la phase de canicule de juin", selon leur fédération, le Réseau des centres de soins de la faune sauvage.

"Le mois de juin a été terrible. (...) Ça n'était jamais arrivé dans l'histoire que la majorité des centres soient tous obligés de fermer en même temps", indique à l'AFP sa directrice, Manon Tissidre.

Selon elle, la question à ce stade n'est plus la canicule ni les incendies, ni les tempêtes de l'hiver sur le littoral qui ont coûté la vie à au moins 30.000 macareux, mais le fait que les centres sont "dans un état de crise permanente parce que les moyens sont toujours insuffisants par rapport à la demande, même quand tout va bien".

"On sent qu'il y a une accélération dramatique de l'érosion de la biodiversité, sans commune mesure. En plus, on reçoit des animaux qui sont de moins en moins sauvables", souligne-t-elle, évoquant le "désespoir" des équipes.

Les centres de soins ne peuvent en aucun cas compenser à eux seuls le changement climatique et la dégradation globale des habitats des animaux : "On essaye d'éponger un tsunami avec une petite éponge", conclut-elle, dénonçant "une énorme carence sur le plan de la décision politique".