Interview de Macron à la PQR: «Il nous faut retrouver notre art de vivre à la française»

Le président français, Emmanuel Macron, le 29 avril 2021. (AFP)
Le président français, Emmanuel Macron, le 29 avril 2021. (AFP)
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Interview de Macron à la PQR: «Il nous faut retrouver notre art de vivre à la française»

  • Les cafés et restaurants rouvriront en intérieur à partir du 9 juin, lorsque le couvre-feu passera alors à 23H00
  • Le télétravail «sera assoupli à partir du 9 juin, en lien avec les partenaires sociaux au niveau des entreprises», a indiqué Emmanuel Macron

PARIS: Dans une interview à la presse quotidienne régionale, le président français dévoile les étapes de son plan de déconfinement. Un entretien très attendu auquel a eu accès Arabnews en français. A partir du 19 mai prochain, en France la vie devrait reprendre, doucement mais sûrement, son cours. Les commerces, les lieux de culture, dont les cinémas et les musées, les terrasses de restaurants pourront rouvrir mais attention Emmanuel Macron prévient « nous pourrons actionner des « freins d’urgence » sanitaires dans les territoires où le virus circulerait trop.  

 

LES QUATRE ÉTAPES DE LA LEVÉE DES RESTRICTIONS

3 mai: fin des restrictions de déplacements  

  • couvre-feu maintenu 
  • télétravail maintenu 
  • réouverture des collèges, mais en demi-jauge pour les 4e et les 3e 
  • réouverture des lycées en demi-jauge 
  • levée des restrictions pour les déplacements inter-régionaux 
  • fin de l'attestation de déplacement en journée 

19 mai: commerces, terrasses, cinémas  

  • couvre-feu décalé à 21H00 
  • télétravail maintenu  
  • rassemblements de plus de 10 personnes interdits 
  • réouverture des commerces 
  • réouverture des terrasses (tables de 6 maximum) 
  • réouverture des lieux culturels (musées, cinémas, théâtres...) 
  • reprise des activités sportives de plein air et en intérieur (avec protocole)  
  • réouverture des établissements sportifs de plein air et couverts accueillant des spectateurs (800 personnes en intérieur, 1 000 en extérieur) 

9 juin: cafés-restaurants en intérieur 

  • couvre-feu décalé à 23H00 
  • télétravail assoupli 
  • réouverture des cafés et des restaurants en intérieur (tables de 6 maximum) 
  • réouverture des salles de sport (sports de contact en plein air, sans contact en intérieur) 
  • réouverture des salons et foires (jusqu'à 5 000 personnes, avec pass sanitaire) 
  • accueil jusqu'à 5 000 personnes dans les lieux culturels et établissements sportifs 
  • accueil des touristes étrangers (avec pass sanitaire) 

30 juin: levée du couvre-feu 

  • maintien des gestes barrière et distanciation 
  • levée du couvre-feu 
  • événements extérieurs et intérieurs de plus de 1 000 personnes autorisés (avec pass sanitaire) 
  • levée des limites de jauge (selon situation locale) dans les établissements recevant du public  
  • limite possible de public selon l'événement et la situation sanitaire locale 

« L'étape zéro, c'était la réouverture des écoles le 26 avril. Nous avons assumé cette priorité éducative et cette stratégie de vivre avec le virus », a affirmé le chef de l'Etat dans un entretien à la presse régionale. 

Première étape le 3 mai: comme prévu, les restrictions de déplacement à 10 km du domicile seront levées, les collégiens et lycéens retrouveront les salles de classe... En revanche, le couvre-feu demeurera inchangé. 

Il faudra attendre le 19 mai pour voir le couvre-feu repoussé à 21H00. Ce sera aussi le retour des terrasses des bars et restaurants, avec six personnes par table maximum. « Il nous faut retrouver notre art de vivre à la française, en restant prudents et responsables », a souhaité le chef de l'Etat.  

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Le musée du Louvre, à Paris, le 14 octobre 2020 (Photo, AFP)

Les commerces pourront aussi rouvrir à cette date, avec des jauges et protocoles adaptés, de même que les musées, cinémas et théâtres - dans la limite de 800 personnes en intérieur et 1 000 en extérieur. 

 

TÉLÉTRAVAIL: ASSOUPLISSEMENT DES RÈGLES À PARTIR DU 9 JUIN

Le télétravail « sera assoupli à partir du 9 juin, en lien avec les partenaires sociaux au niveau des entreprises », a indiqué Emmanuel Macron. 

Le chef de l'Etat ne donne pas plus de détails mais cela semble indiquer que le protocole sanitaire national actuel, qui prévoit que le télétravail doit être la règle pour l'ensemble des activités qui le permettent, continuera à s'appliquer jusque-là.  

Depuis janvier s'est ajoutée la possibilité pour les salariés en télétravail à 100% de revenir un jour par semaine s'ils le souhaitent.

Troisième étape: le 9 juin, le couvre-feu sera décalé à 23H00 et les cafés et restaurants pourront rouvrir en intérieur - toujours avec six convives par table maximum. Il sera possible de retourner à la salle de sport et le télétravail sera assoupli. 

Pass sanitaire 

Enfin le 30 juin, à la veille des vacances, « fin du couvre-feu », a affirmé le chef de l'Etat. Il sera possible de participer à des événements de plus de 1 000 personnes, mais avec un pass sanitaire (test négatif de moins de 72 heures ou certificat d'immunité). 

Ce pass « ne sera jamais un droit d'accès qui différencie les Français », a assuré Emmanuel Macron, en précisant qu'il « ne saurait être obligatoire » dans les restaurants, théâtres et cinémas. « Par contre, dans des lieux où se brassent les foules (...) il serait absurde de ne pas l'utiliser », a-t-il considéré. 

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Des personnes regardent un film dans une salle de cinéma, à Nantes, le 14 mars 2021 (Photo, AFP)

Les professionnels de l'hôtellerie-restauration se sont réjouis d'avoir « enfin un calendrier », tout en s'inquiétant d'inconnues sur le niveau des jauges et des aides.  

Le chef de l'Etat l'a assuré: « Je n'ai jamais fait de pari sur la santé et la sécurité de nos concitoyens », affirmant avoir mis « l'humain avant tout ». 

 

OUVERTURE DE LA VACCINATION À TOUTES LES PERSONNES OBÈSES MAJEURES SAMEDI

La vaccination sera étendue « à compter du 1er mai » à toutes les personnes de plus de 18 ans « qui ont une surcharge pondérale sérieuse », soit « un indice de masse corporelle supérieur à 30 », a annoncé Emmanuel Macron. 

« J'invite les 2,3 millions de Français concernés à se rendre dans les centres de vaccination dès ce week-end », poursuit le chef de l'État.  

Les personnes de plus de 50 ans en situation d'obésité, c'est-à-dire dont l'IMC est égal ou supérieur à 30 selon la définition de l'Organisation mondiale de la santé, étaient déjà prioritaires pour la vaccination. 

Dans cet entretien, le président exclut par ailleurs d'élargir la campagne de vaccination contre la Covid-19 aux tranches d'âge plus jeunes, ce qui est réclamé depuis plusieurs jours par certains médecins et élus. 

« Pas tout de suite. On peut optimiser le fonctionnement de nos 1 700 centres de vaccination », indique Emmanuel Macron.  

« On va continuer à prioriser par âge parce que c'est le plus efficace », poursuit le chef de l'État, estimant que la « vaccination des plus vulnérables fait baisser la pression sur les services hospitaliers ».  

La prochaine étape de la vaccination interviendra à la mi-mai avec l'ouverture à toutes les personnes âgées de plus de 50 ans. 

« Précipitation »  

Les professionnels de santé ont accueilli ce calendrier avec prudence. 

« Peut-être que ça va se stabiliser mais je ne vois pas par quel miracle », a affirmé sur RTL Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Tenon à Paris, pour qui la prise de décision « est de plus en plus écartée de la logique scientifique ».  

« Gare à la précipitation », a averti la fédération hospitalière de France. 

En revanche pour Simon Cauchemez, membre du Conseil scientifique qui conseille le gouvernement, « si l'on étale progressivement la levée des restrictions sanitaires jusqu'à début juillet, avec un rythme plus soutenu sur la vaccination, on se retrouve au début des grandes vacances dans une situation épidémique plus tenable ». 

Le nombre de malades de la Covid-19 hospitalisés en réanimation a poursuivi jeudi sa lente décrue amorcée il y a quelques jours, à 5 804, selon les chiffres de Santé publique France. Le nombre de patients Covid à l'hôpital a reculé à 29 487 contre 29 911 la veille, et 321 en sont morts à l'hôpital ces dernières 24 heures. 

Alors que la vaccination est devenue un enjeu crucial, de nombreuses voix ont appelé le gouvernement à élargir les publics éligibles. 

« Je demande vraiment au gouvernement d'abaisser les limites d'âge pour permettre de faire un effet d'entraînement sur la vaccination », a affirmé la présidente (ex-LR) de l'Ile de France Valérie Pécresse. 

Une option écartée par le chef de l'Etat : « on va continuer à prioriser par âge », mais la vaccination sera ouverte « à compter du 1er mai » à tous les adultes obèses, ayant « un indice de masse corporelle supérieur à 30 », a-t-il affirmé. 

Pour l'heure, 14,9 millions de personnes ont reçu au moins une injection, dont plus de six millions deux doses. 

L'idée est de permettre le « retour à une vie aussi normale que possible », a martelé le chef de l'Etat, qui compte « aller dans les territoires » dès « le début du mois de juin ».  

Et « tant je serai là, il n'y aura pas de hausses d’impôts en sortie de crise », a-t-il assuré. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a elle mis en garde jeudi l'Europe sur l'assouplissement des restrictions, estimant que la situation en Inde, en pleine flambée, « peut se produire n'importe où ». 

 

«Pas d'examens ni diplômes aux rabais»

Le président de la République se veut rassurant concernant le baccalauréat et les examens universitaires « En aucun cas, nous n'aurons des examens et des diplômes au rabais» a assuré Emmanuel Macron. 

«Certaines épreuves du baccalauréat qui devaient se tenir en mars sont passées en contrôle continu du fait de l’épidémie. En revanche, les deux épreuves qui ont des examens terminaux, la philosophie et le grand oral, seront maintenues».

Il en sera de même pour le bac professionnel et les BTS. Une session exceptionnelle de rattrapage sera organisée courant du mois de juillet.

(Avec agences)


Macron reçoit mercredi les dirigeants du Danemark et du Groenland

A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois. (AFP)
A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois. (AFP)
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  • Des discussions à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, ont permis, selon le président américain, de déboucher sur un "cadre d'accord" sur le Groenland sans que les détails en soient révélés
  • En juin dernier, Emmanuel Macron s'était rendu à Nuuk, la capitale du Groenland, où l'ouverture d'un consulat français est prévue le 6 février

PARIS: Emmanuel Macron recevra mercredi midi la Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, et le Premier ministre du Groenland, Jens Frederik Nielsen, a annoncé l'Élysée mardi.

A l'occasion de ce "déjeuner de travail", le chef de l'État "réaffirmera la solidarité européenne et le soutien de la France à l'égard du Danemark et du Groenland, de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale".

Selon l'Élysée, les trois dirigeants échangeront "sur les enjeux de sécurité dans l'Arctique et sur le développement économique et social du Groenland que la France et l'Union européenne sont prêtes à accompagner".

Selon un communiqué du bureau de presse de la Première ministre danoise, les deux dirigeants se rendront ensuite pour un débat à Sciences-Po animé par Giuliano da Empoli, auteur du best-seller "Le Mage du Kremlin"

Dans un contexte diplomatique de tensions, du fait de la menace russe et des ambitions américaines pour le Groenland, Mette Frederiksen - qui a participé à un sommet sur la coopération énergétique et sécuritaire en Mer du Nord lundi à Hambourg - et Jens Frederik Nielsen seront à Berlin ce mardi avant de se rendre mercredi à Paris.

A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois.

Des discussions à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, ont permis, selon le président américain, de déboucher sur un "cadre d'accord" sur le Groenland sans que les détails en soient révélés.

Mme Frederiksen, qui a rencontré mardi à Berlin le chancelier allemand Friedrich Merz, a ensuite souligné sur la télévision allemande ARD que si le Danemark voulait une coopération militaire "accrue" avec les Américains, sa "souveraineté" était une "ligne rouge".

"Le Groenland a répété à plusieurs reprises qu'il ne voulait pas faire partie des États-Unis", a-t-elle déclaré, selon la traduction allemande, appelant les alliés transatlantiques à se concentrer sur "la défense de l'Europe contre la Russie".

Comme M. Merz, qui a de nouveau assuré le Danemark et le Groenland de la "solidarité" de l'Allemagne, selon une communication de ses services, la France se veut en pointe de la solidarité européenne avec Copenhague.

En juin dernier, Emmanuel Macron s'était rendu à Nuuk, la capitale du Groenland, où l'ouverture d'un consulat français est prévue le 6 février.


L'Assemblée adopte le budget de l'Etat, qui va être transmis au Sénat

L'Assemblée nationale a de nouveau repoussé mardi deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, permettant l'adoption en nouvelle lecture du budget de l'Etat pour 2026, qui après un bref passage au Sénat devrait être adopté définitivement en début de semaine prochaine. (AFP)
L'Assemblée nationale a de nouveau repoussé mardi deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, permettant l'adoption en nouvelle lecture du budget de l'Etat pour 2026, qui après un bref passage au Sénat devrait être adopté définitivement en début de semaine prochaine. (AFP)
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  • Le débat a été l'occasion pour le Premier ministre, disant engager sa responsabilité "devant l'Histoire", de défendre un budget de "sursaut"
  • La motion de censure commune des groupes Insoumis, écologiste et GDR (communistes et ultra-marins) a été approuvée par 267 députés, alors que 289 voix étaient nécessaires pour faire tomber le gouvernement

PARIS: L'Assemblée nationale a de nouveau repoussé mardi deux motions de censure déposées contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, permettant l'adoption en nouvelle lecture du budget de l'Etat pour 2026, qui après un bref passage au Sénat devrait être adopté définitivement en début de semaine prochaine.

Le débat a été l'occasion pour le Premier ministre, disant engager sa responsabilité "devant l'Histoire", de défendre un budget de "sursaut", qui permettra d'augmenter les crédits de la défense de 6,5 milliards d'euros - occasion aussi pour lui de distribuer quelques coups de griffe et d'inviter à regarder "plus loin" que 2026.

La motion de censure commune des groupes Insoumis, écologiste et GDR (communistes et ultra-marins) a été approuvée par 267 députés, alors que 289 voix étaient nécessaires pour faire tomber le gouvernement.

Celle du RN et de son allié le groupe ciottiste UDR a recueilli seulement 140 voix.

Les uns et les autres ont une nouvelle fois dénoncé sur le plan de la méthode le choix du Premier ministre de recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui permet de faire passer un texte sans vote, en rupture avec la promesse faite en octobre devant le Parlement d'y renoncer.

Sur le fond, l'oratrice écologiste Christine Arrighi a fustigé un budget qui relègue l'écologie "au tout dernier rang", pointant notamment l'"effondrement" du budget alloué au Fonds vert: dédié à accompagner localement la transition écologique, celui-ci a, selon elle, vu ses crédits fondre de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 850 millions d'euros en 2026.

Pour le RN, Jean-Philippe Tanguy a critiqué un budget qui va alourdir les impôts "d'au moins 9 milliards d'euros", tout en creusant la dette.

Comme déjà vendredi, le PS et LR ont refusé de s'associer à ces motions, au nom de la "stabilité" et de la nécessité de doter la France d'un budget.

Impôts et économies "imaginaires" 

Le député LR Corentin Le Fur, saluant l'"humilité" et l'"écoute" de Sébastien Lecornu durant les débats, n'a cependant pas manqué d'égratigner un budget qui reste "largement imparfait", dans la mesure où il évite de s'attaquer suffisamment "au chantier fondamental de la réduction de notre dépense publique".

Prenant la parole après tous les orateurs, le Premier ministre a répondu sur un ton particulièrement offensif.

S'en prenant à tous ceux, à droite comme à gauche, qui "parlent d'un autre budget, mais sans jamais dire lequel", et font surgir des impôts ou des économies "imaginaires", l'ancien élu de la chambre haute n'a pas épargné la droite sénatoriale, qui se prétend "plus rigoureuse", mais in fine a voté "un budget à 5,3% de déficit".

"Pour la première fois depuis longtemps, les chiffres disent une chose claire: la dépense ralentit réellement", a-t-il défendu, tout en affirmant la nécessité dans le futur de mener des "réformes de structures profondes" et de recentrer l'Etat sur "l'essentiel".

Invitant à "regard(er) plus loin", il a souhaité que les crédits militaires puissent atteindre "des niveaux proches de 90 à 100 milliards d'euros par an", contre 57 en 2026, alors que "nous changeons de monde".

Le Sénat, qui examinera le texte jeudi, devrait le rejeter d'emblée, permettant son retour à rapide à l'Assemblée pour une lecture définitive.

Le Premier ministre pourrait ainsi engager la responsabilité de son gouvernement une troisième fois dès vendredi, s'exposant à deux dernières motions de censure, qui pourraient être rejetées le 2 ou le 3 février, fermant quatre mois de débats parlementaires sur le budget.

 


L'Assemblée adopte l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Des députés assistent à un débat parlementaire sur le processus législatif visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans à l'Assemblée nationale, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
Des députés assistent à un débat parlementaire sur le processus législatif visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans à l'Assemblée nationale, à Paris, le 26 janvier 2026. (AFP)
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  • Les députés ont adopté une proposition de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec le soutien du gouvernement et du président Emmanuel Macron, au nom de la protection de la santé mentale des adolescents
  • Le texte, qui doit encore être examiné au Sénat, prévoit une mise en œuvre progressive dès 2026, assortie de sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires des plateformes en cas de non-respect

PARIS: La France bientôt pionnière en Europe? Les députés ont adopté dans la nuit de lundi à mardi une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure visant à protéger la santé des adolescents, soutenue de tout leur poids par le gouvernement et Emmanuel Macron.

La proposition de loi Renaissance devra maintenant être examinée au Sénat, et ce "dans les semaines à venir" a promis la ministre du Numérique Anne Le Hénanff.

Le président de la République, attaché à cette réforme qui marquerait son second quinquennat, a salué "une étape majeure". "Parce que le cerveau de nos enfants n'est pas à vendre. Ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois", a-t-il ajouté sur X.

S'il est adopté définitivement, la France deviendrait le deuxième pays à se doter d'une législation aussi restrictive pour les mineurs, après l'Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans début décembre.

Le gouvernement souhaite aller vite, avec une interdiction mise en œuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et une vérification d'âge efficace pour tous les utilisateurs (y compris les comptes déjà existants) d'ici le 1er janvier 2027, a précisé Mme Le Hénanff.

Le texte, porté par la députée Laure Miller, prévoit que "l'accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans".

Il exclut de l'interdiction certaines plateformes éducatives. "Les messageries privées interpersonnelles" comme WhatsApp ne sont pas non plus concernées, a indiqué Mme Miller.

La proposition de loi a été adoptée par 130 voix contre 21, avec notamment le soutien du camp gouvernemental, de l'alliance RN-UDR, et de la majorité des socialistes. Seuls les insoumis et deux députés du groupe écologiste ont voté contre.

Durant les débats, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé "une forme de paternalisme numérique" et une réponse "simpliste".

- Santé mentale -

Les débats se sont par moments déroulés au pas de course, et des votes à quelques voix près ont parfois créé la surprise.

Plusieurs amendements visant à contraindre les plateformes de réseaux sociaux, combattus par la rapporteure et la ministre car contrevenant selon elles au droit européen, ont été adoptés. Il y aura "encore de multiples occasions de réajuster le texte", a toutefois voulu rassurer l'entourage de Mme Miller, dans une déclaration à l'AFP.

Le texte entendait aussi étendre l'interdiction des téléphones portables aux lycées, comme c'est déjà le cas dans les écoles et les collèges.

Les députés ont adopté une réécriture de cette mesure, prévoyant désormais que le réglement intérieur des lycées précise "les lieux et les conditions d'utilisation" des téléphones portables. A défaut, cette utilisation est "interdite pendant les cours" et "dans les couloirs, mais autorisée dans une zone définie de la cour", prévoit l'amendement.

Les réseaux comme TikTok, Snapchat ou encore Instagram, devenus omniprésents dans la vie des adolescents, nuisent gravement à leur santé mentale, a alerté au début du mois l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Les risques listés sont nombreux, entre cyberharcèlement, comparaison permanente ou exposition à des contenus violents. Également pointés: les systèmes de captation de l'attention, au détriment du sommeil.

L'ex-Premier ministre et chef des députés Renaissance Gabriel Attal s'est félicité d'une mesure "décisive pour la protection de nos jeunes", rappelant qu'elle semblait "impossible" il y encore "quelques mois".

- Sanctions -

La principale difficulté du texte réside dans l'obligation de conformité avec le droit européen - plus précisément avec son règlement sur les services numériques (DSA). Objectif: ne pas subir le même sort qu'une loi de 2023 instaurant une majorité numérique à 15 ans mais n'ayant jamais pu être appliquée.

Depuis cet été, la publication par la Commission européenne de nouvelles lignes directrices a permis d'ouvrir la voie à une régulation, dans le droit national, de l'accès aux réseaux sociaux sous un certain âge.

"Les plateformes ne respectant pas l'interdiction (...) seront passibles de sanctions pouvant s'élever jusqu'à 6% de leur chiffre d'affaires", a déclaré Laure Miller.

Pour que l'interdiction devienne une réalité, un système de vérification d'âge efficace devra être mis en place. Des travaux sont en cours au niveau européen.

Un "tiers de confiance", qui ne serait "ni l'État ni les plateformes de réseaux sociaux" pourrait procéder soit par reconnaissance faciale, soit par téléchargement de documents d'identité, a avancé lundi Gabriel Attal.

Plusieurs députés ont toutefois estimé que des contournements par les mineurs seraient inévitables. "Mais est ce une raison pour renoncer?", leur a lancé la rapporteure Laure Miller.