La Maison Blanche veut débloquer l'impasse Serbie-Kosovo en misant sur l'économie

Un drapeau américain à côté d'une statue de l'ancien président américain Bill Clinton sur un boulevard qui porte son nom à Pristina le 23 juin 2020. (Armend NIMANI / AFP)
Un drapeau américain à côté d'une statue de l'ancien président américain Bill Clinton sur un boulevard qui porte son nom à Pristina le 23 juin 2020. (Armend NIMANI / AFP)
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Publié le Mercredi 02 septembre 2020

La Maison Blanche veut débloquer l'impasse Serbie-Kosovo en misant sur l'économie

  • Une approche purement économique sans promettre de grand accord politique
  • Belgrade refuse de reconnaître l'indépendance proclamée en 2008 par le Kosovo après la guerre de la fin des années 1990, qui a fait 13.000 morts

WASHINGTON : L'annonce d'une rencontre, à la Maison Blanche, entre les dirigeants de la Serbie et du Kosovo a suscité les spéculations sur les intentions américaines. Mais Washington défend, avant le sommet de jeudi et vendredi, une approche purement économique sans promettre de grand accord politique.

La présence même de Donald Trump n'est pas assurée pour jouer les médiateurs entre le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti et le président serbe Aleksandar Vucic.

C'est le bouillonnant conseiller spécial du président américain pour les négociations serbo-kosovares, Richard Grenell, qui jouera les maîtres de cérémonie.

Mais aux Etats-Unis, on s'interroge sur la capacité américaine à relancer un dialogue enlisé et à résoudre un des plus épineux conflits territoriaux européens.

Belgrade refuse de reconnaître l'indépendance proclamée en 2008 par le Kosovo après la guerre de la fin des années 1990, qui a fait 13.000 morts. Et il est soutenu par ses alliés russe et chinois, tandis que les Américains figurent parmi ceux qui avaient immédiatement reconnu le nouvel Etat.

Jusqu'ici, les Européens ont été en première ligne dans la médiation, qui a péniblement repris en juillet.

D'où l'inquiétude de voir une administration Trump en froid avec le Vieux Continent faire irruption.

"C'est clairement une manoeuvre unilatérale pour reprendre en main les négociations sans réelle coordination avec l'Europe", dit à l'AFP une ex-diplomate américaine spécialiste du dossier, qui a requis l'anonymat. "Or, pour avoir une chance d'avancer dans les Balkans, il faut que les Etats-Unis et l'Europe travaillent main dans la main sur un objectif commun."

"Normalisation économique"

Selon elle, les raisons d'être sceptique sont nombreuses.

D'abord, peu d'observateurs prêtent à l'administration Trump le travail technique préparatoire permettant d'aboutir à un accord solide, et beaucoup voient là une manifestation de l'activisme un peu désordonné de Richard Grenell, un trumpiste de choc.

Ensuite, même en cas d'accord, le diable sera dans les détails de sa mise en oeuvre, et là aussi, la crainte est que Washington s'en désintéresse rapidement.

Enfin, les rumeurs ont circulé d'un "échange de territoires" que les Américains voudraient faire accepter à la Serbie et au Kosovo, qui compte une importante minorité serbe. Ce serait un précédent risqué dans une région où les velléités sécessionnistes sont légion.

Le sommet américain était initialement prévu en juin, mais il avait été repoussé après la mise en accusation du président kosovar Hashim Thaci par la justice internationale pour crimes de guerre.

A l'époque déjà, Richard Grenell avait dû monter au créneau pour prévenir qu'aucun grand accord politique n'était à attendre.

"Les discussions politiques sont dans l'impasse, et on ressasse les mêmes questions sans vraiment avancer", a dit mardi à des journalistes un conseiller spécial du président Trump. "On va renverser le scénario, donner d'abord aux gens un peu d'espoir au sujet de la croissance économique, et réserver certaines questions politiques pour un second temps."

Le conseiller a fermement démenti toute implication dans d'éventuelles discussions sur un échange de territoires.

Washington assure vouloir avancer sur des accords bilatéraux au sujet des transports aérien, ferroviaire et routier pour "développer les échanges", sans prédire l'issue du sommet.

Selon cette "vision" américaine, un règlement politique de la crise ne pourra intervenir qu'une fois que les populations auront constaté les dividendes économiques d'une meilleure entente.

Richard Grenell affirme être au diapason avec la France et l'Allemagne et prône un processus en deux phases: la "normalisation économique" promue par les Etats-Unis, puis l'accord politique, toujours sous l'égide des Européens.

Pour l'ex-diplomate américaine interrogée par l'AFP, "l'intention de Grenell, c'est de bricoler un succès rapide sur les questions économiques qu'il puisse présenter comme une victoire diplomatique" à deux mois de la présidentielle à laquelle Donald Trump briguera un second mandat.

Sa tâche s'annonce quoi qu'il en soit ardue.

Tout en reconnaissant le caractère économique des discussions, le Premier ministre kosovar a rappelé que son intention restait de réclamer "la reconnaissance réciproque", condition préalable à toute "normalisation des relations".

"Nous acceptons le débat, mais nous n'accepterons jamais le chantage", a prévenu de son côté le président serbe avant d'aller à Washington, en assurant qu'il refuserait de rencontrer Donald Trump et Avdullah Hoti s'il flairait une mauvaise "surprise".


Trump assure que sa relation avec Netanyahu est "très bonne" en dépit des désaccords sur Gaza

Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) à son arrivée à la résidence de Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (AFP)
Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à gauche) à son arrivée à la résidence de Trump à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (AFP)
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  • Donald Trump affirme que sa relation avec Benjamin Netanyahu reste « très bonne », malgré les désaccords sur la feuille de route américaine pour Gaza
  • Netanyahu refuse tout retrait israélien tant que le Hamas ne sera pas désarmé, tout en affirmant qu’Israël continuera à défendre ses propres positions face à Washington

WASHINGTON: Donald Trump a assuré lundi que sa relation avec Benjamin Netanyahu restait "très bonne", après que ce dernier a rejeté la dernière feuille de route américaine pour Gaza.

Le Premier ministre israélien avait déjà exprimé des réticences sur ce texte censé lancer la deuxième étape du plan de paix.

L'armée israélienne "n'effectuera aucun retrait tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé", a déclaré Benjamin Netanyahu, qui tente de donner des gages à ses alliés d'extrême droite avant de délicates élections législatives en septembre.

Il a qualifié le président américain de "plus grand ami (d'Israël) à la Maison Blanche", tout en faisant comprendre qu'il était prêt à lui tenir tête: "Ils ont des idées, certaines nous conviennent et d'autres non, et nous savons défendre nos positions sur ces questions."

Les relations entre les deux dirigeants ont connu des difficultés au printemps.

Donald Trump, en des termes très virulents, a reproché en avril à Benjamin Netanyahu de saper des négociations en vue d'un cessez-le-feu avec l'Iran.


Trump va réclamer lui aussi des "compensations" à l'Iran

Le président Trump a appelé l’Iran à verser des compensations. (AFP)
Le président Trump a appelé l’Iran à verser des compensations. (AFP)
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  • Donald Trump affirme que Washington réclamera à l’Iran des compensations pour les victimes et dégâts liés à ses attaques et conflits passés
  • Ces nouvelles exigences pourraient compliquer davantage les négociations sur le détroit d’Ormuz, alors que Téhéran réclame lui aussi des réparations et la levée des sanctions américaines

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré lundi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis allaient réclamer des "compensations" pour des attaques menées par l'Iran depuis des décennies contre des adversaires à l'étranger ou contre des manifestants sur son sol.

Le président américain a assuré que cette demande serait faite "fermement" dans toute négociation, en réponse à une exigence de longue date des autorités iraniennes, qui conditionnent tout accord sur le détroit d'Ormuz au versement de réparations américaines.

L'Iran "demande des compensations pour les dommages qu'ils ont subis pendant les cinq mois de conflit militaire", a écrit Donald Trump, "bien que cela n'ait jamais été évoqué dans aucune de nos négociations ou réunions."

"Mais c'est une idée intéressante parce que, de la même manière, je demande moi aussi des compensations à l'Iran, pour tous les gens qu'ils ont tués et blessés" dans des attaques et "conflits", dont "les familles de ceux tués sur l'USS Cole", un navire de guerre américain frappé par un attentat meurtrier en 2000 au Yémen, a ajouté le milliardaire républicain.

Donald Trump a ajouté que "des compensations devraient être versées pour les familles des centaines de milliers de manifestants innocents que l'Iran a tués ces dernières cinquante années, sans même parler des 52.000 tués ces cinq derniers mois".

Un peu plus tard, dans une autre publication, le président octogénaire a jugé que l'Iran devait être tenu "responsable des dégâts et morts causés au Liban, en Syrie, au Yémen et à Gaza".

Ces nouvelles exigences de l'imprévisible dirigeant américain risquent de mettre hors de portée un accord rapide sur le détroit d'Ormuz, qui paraissait déjà bien improbable alors que l'Iran exige de son côté l'acceptation par Washington de "toutes" ses conditions.

Téhéran juge que les Etats-Unis doivent "mettre fin définitivement à la guerre et à l'agression" contre l'Iran et ses alliés, y compris au Yémen et en Irak, lever leur blocus des ports iraniens, "indemniser intégralement l'Iran pour les dommages causés" par les hostilités, lever les sanctions contre l'économie et débloquer "sans condition" les avoirs iraniens gelés.

Dimanche, Donald Trump a laissé entendre qu'il n'avait besoin d'engager ni une offensive militaire majeure ni un effort diplomatique particulier, en assurant qu'il lui suffisait d'"observer" les difficultés économiques de l'Iran.


L'Iran exige pour rouvrir Ormuz que les Etats-Unis acceptent "toutes" ses conditions

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. (Photo d’archives/AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi. (Photo d’archives/AFP)
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  • L’Iran maintient le détroit d’Ormuz fermé et exige la fin de la guerre, la levée du blocus et des sanctions, ainsi que des compensations avant toute réouverture
  • Malgré des échanges indirects avec Washington, les négociations restent bloquées, tandis que les tensions régionales s’intensifient avec la reprise des attaques des Houthis au Yémen

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, enjeu majeur de la guerre au Moyen-Orient, restera verrouillé tant que Washington n'acceptera pas "toutes" les conditions posées par Téhéran, ont insisté dimanche les Gardiens de la Révolution, éloignant l'espoir d'un règlement rapide du conflit.

Minimisant ces exigences, le président Donald Trump a déclaré dans une interview au média Axios que les Etats-Unis restaient "discrets" et se contentaient "d'observer l'Iran avec son inflation galopante", une économie en "très mauvais état" et le risque selon lui de ne plus pouvoir payer ses troupes.

Les Etats-Unis imposent depuis juillet un blocus des ports iraniens qui, selon lui, aggrave la crise économique en Iran.

"Ça va s'arranger. Ça finit toujours par s'arranger", a estimé le président, qui a multiplié les déclarations contradictoires sur le conflit. "C'est comme une partie d'échecs", a-t-il estimé.

Au coeur des hostilités: le détroit d'Ormuz, verrouillé par Téhéran, que le puissant corps des Gardiens de la Révolution ont affirmé considéré comme "un théâtre de guerre et plus seulement (comme) une voie maritime".

"Notre stratégie actuelle est de maintenir ce détroit fermé jusqu'à ce que l'ennemi accepte toutes nos conditions", ont-ils dit.

Loin devant le nucléaire et les missiles iraniens avancés fin février pour justifier l'offensive américano-israélienne, la réouverture de ce passage vital pour le commerce mondial d'hydrocarbures est désormais la priorité n°1 de Donald Trump. Ces derniers jours encore, il n'a cessé de promettre que les discussions allaient bon train et que son déblocage était imminent.

Mais les conditions listées samedi par Téhéran pourraient mener au bras de fer: les Etats-Unis doivent "mettre fin définitivement à la guerre et à l'agression" contre l'Iran et ses alliés, y compris au Yémen et en Irak, lever leur blocus des ports iraniens, "indemniser intégralement l'Iran pour les dommages causés" par les hostilités, lever les sanctions contre l'économie et débloquer "sans condition" les avoirs iraniens gelés.

Nombre de ces dispositions figuraient déjà dans le protocole d'accord irano-américain signé en juin, qui devait ouvrir la voie à des négociations plus larges et avait permis une brève réouverture d'Ormuz couplée d'un reflux des prix du pétrole - avant que le processus ne déraille.

Alors que des divergences avec les Etats-Unis ont émergé au fil du conflit, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui insisté dimanche sur le volet nucléaire, redisant qu'"avec ou sans accord", l'ennemi iranien "n'aurait pas d'armes nucléaires".

- "Semi-négociations" -

Tout en réfutant la tenue de négociations avec Washington - dont le président américain s'est plusieurs fois prévalu - le chef de la diplomatie iranienne a fait état dimanche d'"un échange de messages à travers des intermédiaires".

"Ca ne s'appelle pas une négociation. Ca s'appelle échanger des messages", a argué Abbas Araghchi. Il a exclu de renouer le dialogue "tant que les violations américaines" du protocole d'accord ne cessaient pas.

L'Iran affirme ne dialoguer qu'avec Oman, l'autre pays riverain du détroit d'Omuz, pour tracer un futur itinéraire de passage. Ces discussions en sont toujours à leur "phase finale", a redit M. Araghchi.

"Nous ne faisons que des semi-négociations avec eux", a lancé Donald Trump, auprès d'Axios.

Téhéran refuse de revenir à la situation d'avant-guerre et entend imposer des frais de service à Ormuz, contre l'avis de Washington.

- Pause dans les bombardements -

Les bombardements américains ont cessé depuis plus d'une semaine, mais Donald Trump avait conditionné cette suspension à la conclusion d'un accord rapide.

Sur le front de guerre le plus récent, les Houthis du Yémen ont revendiqué dimanche une frappe de drone sur la raffinerie du géant pétrolier saoudien Aramco, sur la mer Rouge.

Ryad, qui soutient le gouvernement yéménite face aux rebelles, a annoncé qu'un incendie, dont il n'a pas précisé la cause, avait été maîtrisé sur le site.

Les Houthis ont aussi tiré des missiles balistiques et des drones sur des "troupes de l'ennemi saoudien et des dépôts d'armes dans la zone de Mokha", ville portuaire yéménite plus au sud, faisant selon une source médicale au moins 11 morts, civils et militaires.

Après quatre ans d'accalmie, les hostilités ont repris en juillet, marquant une nouvelle étape de l'embrasement régional consécutif à la guerre irano-américaine.

Les Houthis avaient alors annoncé un blocus des navires saoudiens en mer Rouge, devenue un passage essentiel pour le transport d'hydrocarbures depuis qu'Ormuz est paralysé. Ils ont aussi frappé à plusieurs reprises le royaume, pour la première fois depuis une trêve négociée en 2022.

L'Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis et déjà ciblée par l'Iran pendant la guerre, a signé vendredi avec le Pakistan et la Turquie un pacte de défense mutuelle.