Dans les quartiers populaires, des habitants excédés par les incivilités et le trafic

La ville de Sarcelles, en banlieue nord de Paris. Photo d'archives MIGUEL MEDINA / AFP
La ville de Sarcelles, en banlieue nord de Paris. Photo d'archives MIGUEL MEDINA / AFP
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Publié le Dimanche 18 juillet 2021

Dans les quartiers populaires, des habitants excédés par les incivilités et le trafic

  • Une habitante de 23 ans, qui requiert l'anonymat, estime que la situation s'est dégradée depuis qu'elle a emménagé il y a dix ans, malgré une réhabilitation de l'immeuble entre 2016 et 2018
  • «C'est l'insécurité, c'est dangereux... On a peur que ça finisse à l'hôpital, qu'un jour ça finisse mal», lâche la jeune femme

SARCELLES : "Ils font la loi dans le bâtiment": au pied de la tour Ravel, posée près de la gare de Sarcelles (Val-d'Oise), des habitants disent leur "ras-le-bol" contre une cohorte d'incivilités, des dégradations au trafic de drogue, qui ruinent leur quotidien. "Je vous emmerde tous", annonce d'emblée un message d'accueil à l'entrée de la tour Ravel, quatorze étages gris-mauve et soixante logements sociaux, dans cette commune populaire de banlieue parisienne.

Une habitante de 23 ans, qui requiert l'anonymat, estime que la situation s'est dégradée depuis qu'elle a emménagé il y a dix ans, malgré une réhabilitation de l'immeuble entre 2016 et 2018.

"C'est l'insécurité, c'est dangereux... On a peur que ça finisse à l'hôpital, qu'un jour ça finisse mal", lâche la jeune femme. En cause: des "jeunes", souvent venus de l'extérieur, qui traînent dans le hall, s'installent sur des chaises pliantes pour fumer du cannabis ou s'adonner à quelques trafics, principalement la nuit, racontent des locataires rencontrés par l'AFP.

Sur le parking, ouvert aux quatre vents --grilles qui ne ferment plus, lampadaires cassés--, un groupe de trois personnes les épient de loin. "Regardez ils sont trois là-bas! Ils vont entrer dans le couloir avec la drogue", prédit Sylvie J., installée dans les lieux depuis 1982. "On ne vit plus", s'énerve-t-elle.

Le lieu n'est pourtant pas considéré comme "un point noir du deal" dans l'agglomération, même si le trafic est toujours mouvant, indique une source policière locale. Mais il illustre le quotidien de riverains livrés à une kyrielle de mauvais comportements et de dégradations.

"Nous demandons à être tranquilles", ont-ils écrit au bailleur, Val-d'Oise Habitat, qu'ils accusent de ne pas "prendre ses responsabilités". "C'est un moulin ici! Le bailleur ne nous écoute pas, il ne fait qu'encaisser le loyer", glisse Marcelle S., résidente depuis 43 ans.

Depuis de nombreux mois, ces locataires réclament notamment l'aménagement d'un poste de vigile au rez-de-chaussée, l'installation de caméras de vidéosurveillance et une révision complète des accès aux lieux. Contacté par l'AFP, le bailleur déclare veiller "régulièrement à maintenir les lieux dans un état de propreté et de sécurité" et déplore "les actes d'incivisme".

"Nous avons créé une cellule interne à l'office dédiée à la sécurité, le coordinateur assure le lien avec les différentes instances et signale tout incident aux forces de l'ordre", assure la direction de la communication. "Il faut faire plus de prévention et d'éducation dès le plus jeune âge pour que ce problème-là soit résorbé, c'est un travail à long terme", pointe également la municipalité de Sarcelles, qui souligne par ailleurs l'importance d'une réponse inter-bailleurs pour des solutions réellement efficaces.

«Réduit au silence»

La pauvreté et la présence insuffisante des pouvoirs publics conduisent parfois certaines tours à tomber entre les mains de trafiquants et à devenir des "fours", des points de deal très fréquentés et lucratifs. Les locataires de la cité Charles-Schmidt à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) désespèrent de voir le trafic disparaître, ainsi que les nuisances qui l'accompagnent: bruit, menaces, occupation des parties communes et insalubrité.

Regroupés en amicale, ils tiennent sur les réseaux sociaux un triste journal de bord. 8 juin: "L'accès au bâtiment 3 de la cité Charles Schmidt est totalement barricadé par les dealers." 9 juillet: "Ce matin: une caméra a été jetée par terre. (...) Nous sommes +chez-eux+, réduits au silence."

Ce point de deal rapporte environ 30.000 euros par jour, estimait en mai une source policière locale. Le gouvernement a fait de la fermeture des points de deal une de ses priorités mais en Seine-Saint-Denis, qui détient le record avec 276 points sur les 4.000 recensés en France, les "fours" les plus juteux font de la résistance, ou se déplacent.

A Sevran, des copropriétaires se sont opposés physiquement à des dealers fin 2020 afin de les empêcher d'installer un point de vente dans leur parking. Un locataire de la tour Ravel à Sarcelles a eu connaissance de cet affrontement. "Mais à mon âge, je ne vais pas faire des choses comme ça", confie-t-il, une petite bombe lacrymogène dépassant de la poche avant droite de son jean's.

par Fanny LATTACH


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
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  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".

 


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
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  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

belleville

Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

belleville

Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.


Frappes iraniennes: la France prête à «participer» à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie

 La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
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  • "Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté
  • "Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé

PARIS: La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères.

"Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des Gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu'ils n'avaient pas choisie -Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie- la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête (...) à participer à leur défense", a affirmé Jean-Noël Barrot lors d'une conférence de presse.

"Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté.

"Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé.

Le ministre a appelé à la "désescalade". "L'escalade militaire doit cesser au plus vite", a-t-il répété. "La prolongation indéfinie des opérations militaires sans but précis emporte le risque d'un engrenage qui entraînerait l'Iran et la région dans une longue période d'instabilité".

"Au Liban, le Hezbollah a commis une lourde faute, dont la population a payé ce matin le prix avec des dizaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés, en rejoignant un conflit dans lequel les autorités, comme le peuple libanais, refusent d'être entraînées", a-t-il poursuivi, appelant le Hezbollah à "mettre immédiatement un terme à ces opérations".