Tunisie: Rached Ghannouchi, leader islamiste historique pris à son propre piège

Dans cette photo d'archives prise le 7 octobre 2019, le chef du parti Ennahdha d'inspiration islamiste tunisienne, Rached Ghannouchi, donne une conférence de presse dans la capitale Tunis. (Photo, AFP)
Dans cette photo d'archives prise le 7 octobre 2019, le chef du parti Ennahdha d'inspiration islamiste tunisienne, Rached Ghannouchi, donne une conférence de presse dans la capitale Tunis. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 29 juillet 2021

Tunisie: Rached Ghannouchi, leader islamiste historique pris à son propre piège

  • Né à El Hamma, petite ville de la côte sud, au sein d'une famille modeste, Rached Ghannouchi a étudié la théologie, puis la philosophie, notamment au Caire et à Damas
  • Numéro deux de l'Etat, l'actuel président du Parlement est en sursis à la tête de son parti et figure parmi les personnalités politiques les moins appréciées de Tunisie

TUNIS: Dirigeant historique d'Ennahdha, formation d'inspiration islamiste qui dénonce actuellement un "coup d'Etat" en Tunisie, Rached Ghannouchi incarne les louvoiements de ce parti au pouvoir depuis dix ans. Malgré son influence, il peine désormais à mobiliser autour de lui un leadership divisé et des partisans lassés.

Lundi, l'octogénaire a campé 12 heures durant devant le Parlement à Tunis, dénonçant l'aspect inconstitutionnel des décisions soudaines du président Kais Saied de s'octroyer le pouvoir exécutif et de suspendre l'activité des députés pour 30 jours.

Opposant de premier plan sous Bourguiba et Ben Ali, il a été rejoint par quelques centaines de partisans, loin des milliers de personnes qui avaient célébré son retour de Londres après 20 ans d'exil lors de la chute du dictateur en 2011.

Car depuis la révolution, ce personnage clivant, cheval de Troie d'un islamisme rigoriste pour certains, sage stratège ayant permis une cohabitation démocratique pour d'autres, s'est finalement vu accuser d'être un manoeuvrier pragmatique, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir.

"C'est un vieux briscard de la politique, avec des aptitudes de caméléon: il a montré qu'il pouvait s'adapter à toutes les situations, quitte à renier ses principes", explique le politologue Selim Kharrat, en rappelant qu'après 10 ans au pouvoir Ennahdha "cristallise le mécontentement" des Tunisiens, en pleine crise politique, sociale, économique et sanitaire.

Numéro deux de l'Etat, l'actuel président du Parlement est en sursis à la tête de son parti et figure parmi les personnalités politiques les moins appréciées de Tunisie, selon des sondages.

«Démocrate musulman»


A défaut de pouvoir réunir une majorité absolue, il s'est toujours arrangé pour qu'Ennahdha soit incontournable dans les différentes coalitions depuis la révolution. 


Quitte à passer des alliances contre nature avec le parti libéral Qalb Tounes de l'homme d'affaires Nabil Karoui, ou avec l'ancien président Beji Caid Essebsi, en arguant de la nécessité d'un "consensus" nécessaire à la transition démocratique.


A 80 ans, ce "cheikh" aux cheveux blancs et au physique frêle est accusé d'avoir été ambigu face à la montée du jihadisme après la révolution.

Auteur de prêches enflammés réclamant l'application de la charia dans les années 1970, il s'est d'abord inspiré des Frères musulmans égyptiens, avant de commencer à se réclamer du modèle islamiste turc de Recep Tayyip Erdogan.


Il a ensuite fait muer Ennahdha en mouvement civil, censé depuis 2016 n'être consacré qu'à la politique, et s'affiche depuis comme un "démocrate musulman" défendant des valeurs conservatrices sans dogmatisme.


Ses concessions ont divisé son camp. Certains partisans lui ont ainsi reproché d'avoir soutenu une loi controversée qui proposait d'amnistier les responsables accusés de corruption sous Ben Ali.

Lassitude du pouvoir 


Né à El Hamma, petite ville de la côte sud, au sein d'une famille modeste, Rached Ghannouchi a étudié la théologie, puis la philosophie, notamment au Caire et à Damas.


De retour en Tunisie à la fin des années 1960, il fonde en 1981 le "Mouvement de la tendance islamique", rebaptisé en 1989 Ennahdha - "La renaissance".


Une entreprise clandestine qui lui a valu deux séjours en prison dans la Tunisie du père de l'indépendance, Habib Bourguiba, qui réclamait qu'il soit "pendu".


Gracié par Ben Ali en 1987, puis de nouveau persécuté après une percée électorale, l'opposant s'exile en Algérie, puis à Londres en 1991.


Il y cultivera une image de penseur réformiste de l'islam. Au Royaume-Uni, "il côtoyait toute l'élite européenne et arabe, qu'elle soit nationaliste ou islamiste", raconte à l'AFP Ahmed Gaaloul, membre d'Ennahda et ancien ministre de la Jeunesse et des Sports. 


D'où sa propension à se poser en "homme de consensus", selon lui.


Sa culture des petits arrangements a toutefois fini par lasser: "Ennahdha a rétréci sa base électorale et se divise en interne", observe M. Kharrat.


Alors que son deuxième mandat à la tête du parti s'achevait en 2020, une centaine de ses membres influents ont fait fuiter une lettre lui demandant de quitter son poste.


Affaibli, M. Ghannouchi est en mauvaise posture pour résister au coup de force de Kais Saied, selon M. Kharrat.


"Il se retrouve pris à son propre jeu et paye ses erreurs politiques": sous son égide, Ennahdha a toujours empêché la formation d'une Cour constitutionnelle en Tunisie, la seule institution qui aurait aujourd'hui le pouvoir d'invalider les projets du président de la République. 

Analyse
Game over pour le mouvement Ennahdha?
Par Moncef Mahroug -
Spécial
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Par Moncef Mahroug -

Frappes israéliennes sur le sud du Liban parallèlement aux négociations de Rome

Un cratère laissé par une frappe aérienne israélienne menée durant la nuit, qui a visé une maison dans le secteur de Bourj al-Chamali, près de Tyr, le 6 août 2026. (AFP)
Un cratère laissé par une frappe aérienne israélienne menée durant la nuit, qui a visé une maison dans le secteur de Bourj al-Chamali, près de Tyr, le 6 août 2026. (AFP)
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  • Israël a intensifié ses frappes dans le sud du Liban, ciblant notamment Bourj al-Chamali et Mansouri, tandis que deux soldats israéliens ont été tués dans la région
  • Malgré cette escalade, Israël et le Liban poursuivent à Rome des négociations sous médiation américaine, alors que le Hezbollah rejette l'accord prévoyant son désarmement

BEYROUTH: Israël a mené dans la nuit une série de frappes contre deux localités du sud du Liban, alors que l'armée israélienne a annoncé jeudi la mort de deux de ses soldats, parallèlement à la poursuite des négociations entre les deux pays à Rome.

L'Agence nationale d'information (ANI) libanaise a indiqué que "l'ennemi israélien a intensifié ses attaques" dans la région de Tyr, en menant depuis la nuit de mercredi "une série de frappes aériennes et de bombardements".

Des drones israéliens ont frappé un quartier du village de Bourj al-Chamali avant une nouvelle frappe aérienne contre le même site, faisant quatre blessés, a ajouté l'agence de presse.

Selon la même source, l'aviation israélienne a également visé Mansouri, à une dizaine de kilomètres plus au sud, dont les habitants avaient reçu mardi un ordre d'évacuation.

Mardi, l'armée israélienne avait annoncé avoir mené des frappes contre le sud du Liban en réponse à ce qu'elle a qualifié de "violation flagrante du cessez-le-feu" par le Hezbollah pro-iranien.

Une personne a été tuée et douze autres blessées mercredi dans une frappe israélienne ayant visé une salle de prière située dans un cimetière de la localité de Tebnine, selon le ministère libanais de la Santé.

Cette escalade intervient après l'annonce, jeudi matin, de la mort de deux soldats israéliens dans le sud du Liban, les premières pertes enregistrées par l'armée israélienne dans cette région depuis plus d'un mois. Le Hezbollah n'a pas réagi dans l'immédiat.

Le Liban et Israël tiennent depuis mardi à Rome un septième cycle de négociations directes sous médiation américaine.

Les deux pays ont conclu en juin un accord-cadre prévoyant le désarmement du Hezbollah, un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban et le déploiement de l'armée libanaise dans la région.

Le Hezbollah rejette cet accord et refuse de déposer les armes.

Depuis le début de la guerre, plus de 4.300 personnes ont été tuées au Liban, tandis que 38 soldats israéliens et un contractuel civil ont perdu la vie.


Le chef de la diplomatie saoudienne participe à des discussions régionales en Jordanie sur la sécurité maritime et la désescalade

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a participé mercredi en Jordanie à une réunion avec ses homologues régionaux afin de discuter des efforts visant à désamorcer les tensions. (KSAMOFA)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a participé mercredi en Jordanie à une réunion avec ses homologues régionaux afin de discuter des efforts visant à désamorcer les tensions. (KSAMOFA)
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  • La réunion de quatre parties régionales à Amman a réuni le prince Faisal avec les ministres égyptien, turc et pakistanais

RIYAD : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a participé mercredi à Amman à une réunion avec ses homologues régionaux afin d'examiner les moyens de réduire les tensions, de renforcer la coordination et de préserver la sécurité maritime.

Cette réunion des quatre parties régionales s'est tenue dans la capitale jordanienne et a réuni le prince Faisal, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Ishaq Dar, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, ainsi que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan.

Les ministres ont passé en revue les derniers développements régionaux et ont souligné l'importance de renforcer la coordination et de maintenir une approche commune face aux enjeux actuels de la région.

Ils ont également insisté sur la nécessité d'efforts conjoints pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb, préserver la liberté de navigation et soutenir la stabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales ainsi que des marchés de l'énergie.

Les ministres ont salué l'initiative de l'Arabie saoudite visant à créer une alliance multinationale de défense maritime destinée à renforcer la sécurité en mer, protéger les voies navigables internationales et faire face aux menaces pesant sur le transport maritime et le commerce mondial.

Les discussions ont également porté sur les efforts visant à apaiser les tensions régionales et à répondre aux défis sécuritaires persistants. Les ministres ont souligné l'importance des solutions diplomatiques et du soutien aux efforts de médiation menés par le Pakistan et le Qatar.

Ils ont enfin réaffirmé la nécessité de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale des États dans le cadre des efforts visant à préserver la sécurité et la stabilité de la région. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Le Conseil des ministres saoudien souligne que le dialogue est essentiel à la désescalade régionale

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a présidé la réunion à Djeddah. (SPA)
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a présidé la réunion à Djeddah. (SPA)
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  • Les ministres soulignent l’importance de déployer tous les efforts possibles pour parvenir à un apaisement.

RIYAD : Le gouvernement saoudien a réaffirmé que le dialogue demeure indispensable pour parvenir à une désescalade, alors que des informations faisant état de progrès dans les discussions ont été rapportées mardi, laissant entrevoir un possible accord visant à mettre fin au conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui a présidé la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres à Djeddah, a souligné l’importance de tout mettre en œuvre pour instaurer un climat d’apaisement, ouvrant la voie à des solutions diplomatiques garantes de la sécurité et de la stabilité régionales.

Washington et Téhéran sont engagés dans une guerre régionale intense depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis ont lancé des attaques contre l’Iran, entraînant l’assassinat du guide suprême du pays.

Un responsable américain a évoqué la possibilité qu’un accord avec l’Iran soit conclu dès mercredi, ce qui pourrait permettre la réouverture du détroit d’Ormuz.

Le détroit avait été fermé par l’Iran après l’effondrement d’un protocole d’accord signé entre Washington et Téhéran, qui avait brièvement permis la reprise du trafic maritime dans cette voie navigable stratégique.

Le prince héritier a également informé le Conseil des ministres de son entretien téléphonique, tenu durant le week-end, avec le président américain Donald Trump.

« Son Altesse Royale a souligné la nécessité de privilégier le dialogue pour réduire les tensions, ainsi que l’importance de déployer tous les efforts possibles afin de parvenir à une trêve ouvrant la voie à des solutions diplomatiques », a rapporté samedi l’Agence de presse saoudienne (SPA), peu après l’échange entre les deux dirigeants.

Le Conseil des ministres a par ailleurs salué le soutien international croissant et la participation accrue à la coalition multinationale de défense maritime lancée par l’Arabie saoudite.

Le Royaume et treize autres pays ont créé cette coalition jeudi afin de protéger la navigation dans les principales voies maritimes du Moyen-Orient.

Selon le ministère saoudien de la Défense, la Coalition multinationale de défense maritime s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité maritime, protéger les routes maritimes internationales et faire face aux menaces pesant sur la navigation et le commerce mondial.

Toujours selon la SPA, cette coalition reflète le rôle de premier plan du Royaume dans le renforcement de la sécurité et de la stabilité aux niveaux régional et international.

Elle renforce la coopération multilatérale entre les États et établit un cadre destiné à protéger les voies maritimes internationales, les routes commerciales et les approvisionnements énergétiques face aux menaces croissantes en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d’Aden. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com