Pourquoi Rached Ghannouchi redessine le Maghreb

Le président du Parlement tunisien, Rached Ghannouchi, fait signe de la main alors qu'il quitte une session plénière au parlement de la capitale Tunis le 30 juillet 2020. FETHI BELAID / AFP
Le président du Parlement tunisien, Rached Ghannouchi, fait signe de la main alors qu'il quitte une session plénière au parlement de la capitale Tunis le 30 juillet 2020. FETHI BELAID / AFP
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Publié le Mardi 16 mars 2021

Pourquoi Rached Ghannouchi redessine le Maghreb

  • Il se pourrait que l’Union du Maghreb arabe soit relancée par l’Algérie, la Tunisie et la Libye
  • «Le Parlement marocain répondra en temps opportun aux déclarations de Rached Ghannouchi concernant le Maroc», a déclaré Habib el-Malki

TUNIS: Pour le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et du parti islamiste Ennahdha, l’Union du Maghreb arabe (UMA), en panne depuis plus de vingt ans, devrait être relancée par l’Algérie, la Tunisie et la Libye. Revenons sur ce qui a motivé une initiative qui n’est pas au goût du Maroc qui, avec la Mauritanie, a été exclu du projet.

La déclaration a été surprenante et bien peu pertinente. Le 23 février, Rached Ghannouchi, président de l’ARP, le Parlement tunisien, a appelé à une relance de l’UMA, créée en 1989 et à l’arrêt depuis vingt-six ans, par trois de ses cinq membres – l’Algérie, la Tunisie et la Libye – à l’exclusion du Maroc et de la Mauritanie. Une déclaration que les Marocains n’ont guère appréciée.

Les médias marocains ont été les premiers à réagir, dès le 24 février. Puis, le 2 mars, Habib el-Malki, président de la Chambre des représentants, a fait savoir que le Parlement marocain répondrait «en temps opportun aux déclarations de Rached Ghannouchi concernant le Maroc». Le député de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) réagissait à une requête du groupe parlementaire du Parti authenticité et modernité (PAM), fondé en 2008 par Fouad Ali el-Himma – ami intime et conseiller du roi Mohamed VI –, qui s’en est depuis retiré.

Comment expliquer la déclaration provocatrice du président de l’ARP et du mouvement Ennahdha? L’objectif visé n’est pas clair, et les motivations de M. Ghannouchi semblent multiples. Il s’agit d’abord de réaffirmer sa volonté de ne pas renoncer à agir sur le terrain diplomatique, domaine réservé du président Kaïs Saïed d’après la Constitution, et objet d’un bras de fer entre les deux hommes depuis leur élection à leurs postes respectifs.

En outre, il se pourrait que Ghannouchi veuille prendre sa revanche sur le Maroc, pays dont il n’a jamais été autorisé à fouler le sol jusque-là, même après la victoire des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) en 2011.

Mais la principale motivation du président d’Ennahdha est peut-être d’une autre nature. Le chef islamiste ne possède plus l’accès privilégié au sommet de l’État algérien qui était le sien depuis 2011, et il pourrait avoir envie de récupérer le terrain perdu dans ce pays.

En effet, il n’a pas visité l’Algérie depuis plus de quatre ans. Il s’y est rendu pour la dernière fois en janvier 2017 pour rencontrer le président Abdelaziz Bouteflika, qui l’a reçu à sept reprises à partir de novembre 2011. Une tradition que les successeurs de l’ancien chef de l’État algérien – Abdelkader Bensalah puis Abdelmadjid Tebboune – ne semblent pas vouloir perpétuer.

Or, minoritaire à l’ARP et dans le pays bien qu’il en soit la formation la plus importante, le mouvement Ennahdha a besoin de soutiens internationaux et régionaux, d’autant qu’il est en perte de vitesse depuis les élections de 2014. En six ans, il a perdu les deux tiers de son électorat, passé d’1,5 million à près de 500 000 électeurs.

Ce parti craint donc, s’il venait à quitter le pouvoir, d’être évincé de la scène politique. Pour éviter un tel scénario, les nahdhaouis multiplient les alliances, à l’intérieur comme à l’extérieur. Sur le plan international, ils ont pour «sponsors» et protecteurs la Turquie et le Qatar; à l’échelle maghrébine, ils misent sur des liens privilégiés avec les deux voisins de la Tunisie, la Libye et l’Algérie.

Pour être de nouveau entendu des dirigeants algériens, Ghannouchi semble vouloir profiter d’un moment favorable: l’isolement du Maroc après la normalisation avec Israël et l’exacerbation de la tension avec son voisin de l’Est.

Enfin, un ancien ministre estime que, en essayant de rentrer dans les grâces de l’Algérie et de l’impliquer dans le Maghreb à trois qu’il a imaginé, Ghannouchi chercherait aussi la bénédiction de ce pays afin d’intensifier les relations tuniso-libyennes.

Le gouvernement, porté à bout de bras par le parti Ennahdha et ses alliés, place beaucoup d’espoir dans une relance des rapports économiques avec la Libye – partenaire le plus important de la Tunisie à l’échelle régionale – ainsi que dans le recrutement massif de Tunisiens, comme par le passé, pour donner de l’oxygène à une économie qui en a bien besoin. Car les islamistes libyens, proches d’Ennahdha, sont une composante importante du pouvoir, alors que ceux d’Algérie sont dans l’opposition.

Toutefois, le président de l’ARP sait pertinemment que l’Algérie ne voit jamais d’un bon œil toute modification de l’équilibre stratégique régional: ainsi, elle n’avait guère apprécié le Projet d’union entre la Tunisie et la Libye du 12 janvier 1974.

 


Liban: sept morts dans de nouvelles frappes d'Israël, qui veut occuper le sud après la guerre

Des civils et des secouristes se rassemblent sur le site d’une série de frappes israéliennes ayant visé la zone d’al Jnah, à la périphérie de la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2026. (AFP)
Des civils et des secouristes se rassemblent sur le site d’une série de frappes israéliennes ayant visé la zone d’al Jnah, à la périphérie de la banlieue sud de Beyrouth, le 1er avril 2026. (AFP)
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  • Les frappes israéliennes sur Beyrouth et ses environs ont fait au moins 7 morts supplémentaires, portant le bilan total à plus de 1 200 morts au Liban depuis le début du conflit avec le Hezbollah
  • Israël affirme vouloir occuper une partie du sud du Liban après la guerre, suscitant de fortes inquiétudes côté libanais et à l’ONU quant à une nouvelle occupation

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont annoncé tôt mercredi que de nouvelles attaques israéliennes avaient fait sept morts dans Beyrouth et sa région, au moment où Israël dit vouloir occuper une partie du Sud-Liban une fois la guerre terminée.

Les frappes israéliennes ne cessent pas dans ce pays embarqué dans la guerre depuis le 2 mars par une attaque du mouvement pro-iranien Hezbollah contre Israël. Elles ont causé au total plus de 1.200 morts, selon le ministère de la Santé libanais.

"Le raid mené par l'ennemi israélien sur le quartier de Jnah à Beyrouth a, selon un premier bilan, fait cinq morts et 21 blessés" dans ce quartier situé près de la banlieue sud de la capitale, a écrit le ministère de la Santé dans un communiqué.

D'après une source sécuritaire à l'AFP, les frappes israéliennes sur Jnah ont visé quatre voitures garées dans une rue.

Tôt mercredi, des journalistes de l'AFP ont entendu trois explosions dans la capitale. Elles résultent de bombardements effectués par des navires de guerre israéliens sur le quartier de Jnah, selon l'Agence nationale d'information (Ani) officielle du Liban.

Le ministère de la Santé a également indiqué qu'une frappe israélienne "visant un véhicule dans la région de Khaldeh, au sud de Beyrouth, a fait deux morts et trois blessés parmi la population civile".

Peu de temps avant ce communiqué, l'Ani avait rapporté que plusieurs missiles tirés par un drone israélien avaient visé une voiture sur une grande route au sud de Beyrouth mardi, soulignant que des ambulances et des pompiers s'étaient rendus sur place, mais sans donner alors de bilan.

Du côté israélien, l'armée a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi avoir frappé un "haut commandant" du Hezbollah ainsi qu'un "terroriste de haut rang" dans deux assauts distincts conduits "dans la région de Beyrouth" - sans préciser si cette seconde cible faisait également partie du mouvement islamiste libanais, ni communiquer sur le lieu précis des attaques.

- Craintes d'occupation -

Mardi, déjà, le ministère de la Santé avait dénombré huit morts lors de plusieurs frappes israéliennes dans le sud du Liban, dans les régions de Tyr, de Sidon et de Bint Jbeil. Parmi les personnes décédées se trouvait un secouriste, de même source.

Le Hezbollah a indiqué être engagé dans de "violents affrontements" avec Israël dans la nuit de mardi à mercredi dans deux localités du sud du pays.

L'ONU s'est inquiétée mardi, par la voix de son chef des opérations humanitaires Tom Fletcher, de la perspective que soit créé un nouveau "territoire occupé" au Moyen-Orient.

Plus tôt, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait répété l'intention de son pays "d'occuper" une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée. Avec pour l'objectif d'y établir, selon lui, une "zone de sécurité".

Le ministre libanais de la Défense, Michel Menassa, a affirmé que les propos de son homologue israélien n'étaient "plus de simples menaces" mais traduisaient "une intention claire d'imposer une nouvelle occupation du territoire libanais, de déplacer de force des centaines de milliers de citoyens et de détruire systématiquement des villages et des villes dans le sud".

C'est dans cette zone qu'ont été tués trois Casques bleus indonésiens ces derniers jours.

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) avait affirmé lundi que l'origine des projectiles ayant visé tué dimanche un soldat indonésien puis deux lundi étaient "inconnue".

Mais mardi, une source sécuritaire de l'ONU ayant souhaité rester anonyme a indiqué à l'AFP que des "investigations ultérieures" ont révélé que le tir de dimanche provenait d'un "char" israélien.

Et que l'explosion qui a tué lundi deux autres Casques bleus indonésiens pourrait être due à une mine, selon cette source.

L'armée israélienne a lancé une enquête concernant la mort de ces deux Casques bleus. Selon elle, "aucun engin explosif n'a été placé dans la zone par des soldats israéliens" et aucune de ses troupes "n'était présente sur place".

Mardi encore, Israël a notamment visé un immeuble sur la route de l'aéroport de Beyrouth et frappé sans avertissement un appartement de la banlieue nord de la capitale, selon l'Ani.

L'aviation israélienne a également visé mardi matin, après avertissement, la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, désertée par une grande partie de ses habitants.


Le Qatar affirme que les pays du Golfe sont «unis» dans leur appel à la désescalade

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  • "Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari
  • Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février

DOHA: Les pays du Golfe sont "unis" dans leur appel à une désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, a affirmé mardi le Qatar, alors que l'Iran poursuit ses attaques de représailles contre ses voisins de la région.

"Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, tandis que leurs exportations d'hydrocarbures sont affectées par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.

Lundi, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit stratégique par lequel passait environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le détroit a été "fermé en raison d'une opération militaire", et son avenir est "une question que l'ensemble de la région et les partenaires internationaux doivent décider collectivement", a déclaré le responsable qatari.

"Je pense que nous avons pris une décision collective, dans le Golfe, pour traiter cela comme une menace collective", a-t-il insisté.

Pays le plus visé par les attaques iraniennes, les Emirats arabes unis se sont démarqués ces derniers jours de leurs voisins en adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.

"Un simple cessez-le-feu n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un résultat concluant qui réponde à l'ensemble des menaces iraniennes: capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales", a écrit leur ambassadeur à Washington, Yousef Al Otaiba, la semaine dernière dans une tribune du Wall Street Journal.

Le diplomate émirati a affirmé que son pays était prêt "à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.