De la Libye à l’Algérie, les difficiles choix de la France au Maghreb

Khalifa Haftar (2e R) saluant le président français Emmanuel Macron (C) dans la capitale allemande Berlin. Les dirigeants du monde entier ont fait un nouvel effort pour la paix en Libye lors d'un sommet à Berlin, dans une tentative désespérée d'empêcher cette nation déchirée par le conflit de se transformer en une "seconde Syrie".  (Division de l'information de guerre AFP / LNA)
Khalifa Haftar (2e R) saluant le président français Emmanuel Macron (C) dans la capitale allemande Berlin. Les dirigeants du monde entier ont fait un nouvel effort pour la paix en Libye lors d'un sommet à Berlin, dans une tentative désespérée d'empêcher cette nation déchirée par le conflit de se transformer en une "seconde Syrie". (Division de l'information de guerre AFP / LNA)
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Publié le Jeudi 21 janvier 2021

De la Libye à l’Algérie, les difficiles choix de la France au Maghreb

  • Le bilan de l’action française en Libye depuis neuf ans n’est pas un succès. Le choix d’une neutralité décidée tardivement après un soutien au maréchal Haftar, vise à ne pas perdre la face
  • La faiblesse française «originelle» envers Alger en raison d’une histoire conflictuelle, limite la marge de manœuvre française et pousse Paris à traiter la question algérienne avec prudence et distanciation

PARIS : Aux frontières méridionales de l’Europe, l’Afrique du Nord traverse une conjoncture agitée, avec la persistance du conflit libyen, les incertitudes de la situation algérienne, la récente normalisation entre le Maroc et Israël, et l’instabilité en Tunisie. Tous ces éléments ajoutés au spectre du terrorisme au Sahel et au Maghreb compliquent les choix de la politique extérieure française dans cette région géopolitique prioritaire pour Paris.

Au fil des ans, la communauté internationale qui a légitimé, via le Conseil de sécurité de l’ONU, l’intervention de l’Otan en Libye s’est montrée impuissante face à la spirale des ingérences extérieures, qui ont commencé en 2011, et se sont accentuées entre 2014 et 2020 avec l’irruption de nouveaux acteurs comme la Russie et la Turquie. Comme sur le théâtre syrien, la Libye est en proie à une confrontation régionale aux dimensions internationales. Le chaos libyen ne menace pas seulement les équilibres méditerranéens, il révèle aussi un échec français et européen. 

Comme auparavant en Irak lorsque les États-Unis avaient failli dans la construction d’un État, la France et le Royaume-Uni portent une responsabilité particulière dans la division actuelle de la Libye entre deux pouvoirs de facto en place, à l’ouest (Tripoli) et à l’est (Benghazi). En outre, le déchirement européen entre la France et l’Italie complique la situation libyenne, prive l’Union européenne (UE) de tout rôle efficace, et pousse Berlin à tenter de recoller les pots cassés. Ce manquement européen s’est doublé d’un échec de l’ONU qui n’a fait qu’étaler ses divisions et n’est pas parvenue à imposer une solution politique en application de ses résolutions. 

Ce n’est qu’à la suite de l’implication russe et turque que Washington s’est montré plus sérieux dans la gestion de la déflagration libyenne. Après avoir empêché le maréchal Khalifa Haftar de conquérir Tripoli en 2019, les Américains ont imposé aux troupes loyales au gouvernement d’union (GNA) de ne pas franchir la ligne rouge stratégique de Syrte/Al-Jafra. Ce nouveau statu quo favorise depuis la fin de l’été 2020 la relance du processus politique sous l’égide de l’ONU. 

Bilan terne de l’action française en Libye

Le bilan de l’action française en Libye depuis neuf ans n’est pas un succès. À la suite de l’intervention lancée dans le pays pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, Paris, sous la présidence de François Hollande (2012-2017), a su maintenir un équilibre subtil entre les parties libyennes rivales. L’arrivée d’Emmanuel Macron s’est accompagnée d’un volontarisme bien accueilli, ce dernier souhaitant redéfinir une politique française alors à l’arrêt. Mais le jeu mené par l’Élysée s’est révélé trouble et opaque, selon ses détracteurs. Paris, sans doute inquiété par l’implantation de l’organisation de l’État islamique et d’autres groupes terroristes dans le sud et l’est libyen en plus de la montée des islamistes à l’ouest du pays a craint que la Libye ne se transforme en «État failli ou défaillant», et ce, aux portes de l’Europe. C’est dans ce contexte que la France a opté pour un soutien modéré du maréchal Haftar. 

La présence de l’Égypte et des Émirats arabes unis aux côtés de l’homme fort de l’est libyen, n’a pas semblé déranger la France. Mais l’implication russe indirecte en faveur du maréchal Haftar à l’est et la grande percée turque à l’ouest du pays ont rendu la position française insoutenable et fragile en l’absence d’une position européenne commune et de coordination manquée avec Washington. À partir de 2020, la France, craignant plus que tout un possible condominium turco-russe en Libye, comme dans le nord de la Syrie, a redéfini sa position, la rendant plus neutre et conforme à un consensus minimal européen.

Cette option choisie tardivement vise à limiter les dégâts et à ne pas sortir perdante de l’épreuve libyenne. Ainsi, Paris se concerte désormais régulièrement avec Berlin et Le Caire pour appuyer les travaux du comité consultatif issu du Forum de dialogue politique libyen. Dorénavant, l’accent est mis sur «la nomination d’une autorité exécutive de transition, chargée d’organiser les élections prévues le 24 décembre 2021». Paris considère que ces progrès tangibles sont indispensables pour que «le pays retrouve sa souveraineté et sa stabilité et que les ingérences étrangères prennent fin». Malgré cette percée modeste réalisée au début de 2021, Paris espère qu’elle ouvre le chemin à la fin du calvaire libyen.

Instabilité politique en Tunisie 

Dans les autres pays du Maghreb, la situation n’est pas plus simple. En Tunisie, l’instabilité politique persiste dix ans après la chute du président Ben Ali. Paris tente d’accompagner le processus démocratique tunisien en masquant son inquiétude à l’égard d’un antagonisme grandissant entre les protagonistes politiques (le parti islamiste Ennahdha et ses rivaux), jugé menaçant pour la pérennité de l’expérience tunisienne, qui demeure fragile. 

À l’Élysée comme au Quai d’Orsay, on mise sur un rôle majeur du président Kaïs Saïed pour apaiser le grand déchirement politique dans un pays qui souffre d’une crise économique aigüe. Mais ni la France ni l’UE ne semblent en mesure de secourir Tunis. Dans les cercles politiques de Bruxelles et de Paris, on est de plus en plus conscient que la dégradation de la situation économique en Tunisie menace sérieusement les gains de l’expérience de transition démocratique, la seule expérience qui survit au «Printemps arabe». Le basculement de la Tunisie dans la spirale de la violence politique, la répétition des émeutes dans les quartiers pauvres de Tunis ou dans les banlieues et les villes du sud et du centre, devrait amener Paris à redoubler d’efforts pour venir en aide à la Tunisie, pays clé pour la stabilité maghrébine et méditerranéenne et l’ouverture culturelle. Mais, sans une implication française pour l’adoption d’un plan spécial européen de soutien à l’économie tunisienne, toute tentative restera vaine. 

France-Algérie, réconcilier les mémoires

Quant à l’Algérie, les dossiers sont multiples entre Alger et l’ancienne métropole. Les efforts du président français Emmanuel Macron pour soutenir les liens bilatéraux ont été freinés par l’évolution de la situation algérienne depuis 2019 et l’éviction de l’ancien président Bouteflika. Paris est aussi souvent «soupçonné» de s’ingérer dans les affaires internes, comme lors d’un récent entretien de Macron, en octobre 2020, dans lequel il affirmait son «soutien au président Abdelmadjid Tebboune», exposant sa vision du Hirak et de la transition, suscitant des réactions négatives. Emmanuel Macron est considéré comme ayant manqué à sa promesse, en décidant d’aborder l’histoire commune des deux pays et la nécessité de réconcilier les mémoires, mais sans présenter des excuses pour les méfaits de la colonisation française en Algérie. 

Ce litige historique pour «liquider» un passé chargé pèse sur toute action française en Algérie, où Paris est accusé de tous les maux et de «complicité avec les dirigeants corrompus». Ainsi, la tentative de Macron de soutenir le processus initié par le président Tebboune est rejeté et vu comme «un accroc à la souveraineté» et une tentative d’exercer une «tutelle sur la présidence algérienne». Depuis les années 1990, le même schéma se répète et Paris semble «coincé» entre l’armée et le Hirak. La faiblesse française «originelle» envers Alger en raison d’une histoire conflictuelle, limite la marge de manœuvre française et pousse Paris à traiter la question algérienne avec prudence et distanciation. 

La délicate question du Sahara occidental

De surcroît, l’embellie souvent constatée entre Paris et Rabat n’est pas de nature à rassurer l’Algérie, le grand voisin rival du royaume chérifien. Deux dossiers récents l’ont encore démontré: la normalisation entre le Maroc et Israël et les affrontements militaires il y deux mois sur le passage de Guerguerat, entre l’armée marocaine et le Front Polisario. 

Récemment, l’armée algérienne qui s’est montrée réticente à se déployer sur des terrains extérieurs, paraît très ferme sur le dossier sahraoui, le traitant comme un dossier interne. Parallèlement aux incidents de Guerguerat, de missiles balistiques sophistiqués Iskander auraient été utilisés par l'armée algérienne dans des manœuvres militaires. En réalité, il ne s'agissait pas simplement d'un défilé militaire de routine, qui visait plutôt à démontrer la disposition de l’Algérie à faire face à tout conflit armé dans l'espace occidental d'Afrique du Nord. Paris craint toute escalade dans le conflit du Sahara occidental.

Ce bilan de l’action française au Maghreb démontre la faible marge de manœuvre de Paris dans une zone en plein bouillonnement.


Liban: nouveaux ordres d'évacuation, l'armée israélienne progresse en profondeur

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  • Israël a ordonné l’évacuation de 7 villages du sud du Liban avant de nouvelles frappes et affirme avoir avancé au-delà du Litani
  • Malgré l’escalade, Israël et le Liban poursuivent des discussions à Washington pour tenter d’obtenir un accord de sécurité

BEYROUTH: L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi la population de villages du sud du Liban à évacuer, en vue de frappes, alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait état de la progression plus en profondeur de son armée dans le pays voisin.

L'armée israélienne a intensifié ces derniers jours ses opérations aériennes et terrestres au Liban, où elle dit cibler le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont tenu vendredi une réunion militaire à Washington, en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les frappes de vendredi sur une trentaine localités ont fait 11 morts dans la région de Tyr, dont un secouriste, et blessé huit autres personnes, selon le ministère de la Santé.

L'armée israélienne a appelé samedi la population à évacuer sept villages du sud du Liban, avant d'y mener des frappes, malgré une trêve en vigueur depuis le 17 avril qui n'a jamais été respectée.

Une grande partie de ces villages sont situés à proximité de la ville de Nabatiyé.

Vendredi, le Hezbollah a dit avoir attaqué des troupes israéliennes qui tentaient d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de Nabatiyé.

Le Hezbollah a également revendiqué plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Le mouvement chiite à d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

- La trêve, "passage obligé" -

Israël a dit cette semaine considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat" et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait "traversé le Litani", fleuve situé à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Le Hezbollah, dont Israël réclame le désarmement au gouvernement libanais, y est ferment opposé.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

Selon le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby, les discussions serviront "de base au volet politique" en référence à des négociations prévues les 2 et 3 juin à Washington.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les ordres d'évacuation israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef.


Israël progresse en profondeur au Liban, réunion "constructive" à Washington

Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
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  • Israël affirme avoir avancé plus profondément dans le sud du Liban et poursuit ses frappes contre le Hezbollah
  • Des discussions militaires israélo-libanaises jugées « constructives » ont eu lieu à Washington, malgré la poursuite des combats

BEYROUTH: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait progressé encore plus en profondeur au Liban parallèlement à ses frappes intensives, au moment où les deux pays tenaient à Washington des discussions militaires jugées "constructives" par les Etats-Unis.

Israël a ordonné l'évacuation de villages et poursuivi ses frappes sur plus de 30 localités dans le sud, certaines proches de la ville millénaire de Tyr, affirmant viser le Hezbollah pro-iranien.

Ces frappes ont fait 11 morts dans trois localités de la région de Tyr, dont un secouriste et un ressortissant syrien, et blessé huit autres, dont un autre secouriste, selon le ministère de la Santé, ce qui porte à au moins 121 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre le 2 mars.

Le Hezbollah a revendiqué pour sa part plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Dans une série de communiqués, le mouvement islamiste a affirmé avoir visé à l'aide de drones des rassemblements de soldats près d'une localité du nord d'Israël, un autre dans un camp militaire en Galilée ainsi qu'une caserne.

Il a également dit attaquer des troupes israéliennes qui tentent d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de la ville libanaise de Nabatiyé.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

Ces affrontements interviennent alors que, sur l'autre front de la guerre au Moyen-Orient, l'incertitude règne sur l'issue des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, soutien du Hezbollah.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

"Nous avons tenu des discussions constructives entre militaires qui serviront de base au volet politique mené par le département d'Etat la semaine prochaine", a écrit sur le réseau social X le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Une nouvelle session est prévue les 2 et 3 juin à Washington.

- "Jamais imaginé vivre cela" -

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les avertissements israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef. Depuis le début, le 17 avril, du cessez-le-feu, jamais respecté, ils sont 55 enfants à avoir péri dans des bombardements, sur un total de 608 personnes tuées recensées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- "Passage obligé" -

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne et dit considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat". En visite dans le nord d'Israël auprès de soldats près de la frontière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que son armée avait "traversé le Litani", fleuve à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Dans un communiqué distinct, le département d'Etat a indiqué que M. Rubio avait, lors de leur appel, "salué le courage dont fait preuve le président Aoun en poursuivant des négociations directes avec Israël", et réaffirmé que "le Hezbollah était entièrement responsable des combats en cours".

Beyrouth va "insister sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à étendre l'autorité de l'Etat sur le territoire libanais", a indiqué une source militaire à l'AFP.


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.